‹ Mélanges de critique biblique: Le texte primitif du premier récit de la création, le DeutéronomeChapitre 21 sur 99 · DEUXIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME

(Genèse, ch. II, o — ch. HT, 24).

Ce serait un intéressant travail que de comparer le Premier et le Deuxième récit de la Création sous le rapport des doctrines qu'ils représentent et de Tinfluence qu'ils ont pu et peuvent encore exercer. Mais un pareil sujet n'est pas à traiter d'une manière accessoire ; nous nous bornerons donc à donner ici, avec quelques notes, le texte bien conservé du Second récit, en indiquant les différences matérielles et morales qui le séparent du précédent.

Il y a d'abord la différence du nom divin, déjà signalée au commencement de ce Mémoire : Elohim (Dieu) dans le Premier récit, Iahveh Elohim (lahveh Dieu) dans le Second. Puis le sujet traité n'est pas exactement le même : d'une part, c'est la création du ciel et de la terre et des êtres qu'ils renferment ; de l'autre, c'est la création seulement de l'homme, des plantes et des animaux.

Mais même sur ce terrain commun, les deux récits ne se rencontrent point.

Selon le premier, les plantes et les animaux sont créés avant l'homme, et l'homme est créé mâle et femelle. Selon le second, les plantes et les animaux sont créés après l'homme; celui-ci d'ailleurs est d'abord créé mâle, et c'est seulement lorsque Dieu a reconnu « qu'il n'est pas bon que l'homme soit seul, et qu'il lui faut un aide qui

soit son pareil », c*est alors seulement que la femme est formée d'une côte de Thomme, que Dieu lui a enlevée pendant son sommeil.

L*habitation de Thomme, selon le premier récit, est la terre elle-même, dans toute son étendue ; selon le second, c'est un jardin {paradis) planté au pays d'Eden, c'est-àdire au pays de délices.

Cependant, ces différences sont peu de chose en comparaison de celles qui existent dans la destinée assignée à rhomme de part et d'autre.

D'un côté, nous Tavons vu, le couple appelé à régner sur la nature doit, pour remplir sa mission, développer toute son énergie physique et morale. De l'autre, il est soumis à une loi tyrannique qui lui interdit tout progrès, puisqu'elle lui défend de goûter le fruit de l'arbre qui figure la science du bien et du mal. Cependant la femme, séduite par le serpent, désobéit et entraîne l'homme à la désobéissance. Un cruel anathème est le châtiment de leur faute. La femme est condamnée à enfanter dans la douleur ; l'homme doit travailler à la sueur de son front, et la terre est maudite à cause de lui. Le serpent, qui auparavant pouvait parler et marcher, est privé de la parole, condamné à ramper sur le ventre et à se nourrir de terre.

Dans le Premier récit, une fois admise la donnée de la création, tout est positif; dans le Second, nous sommes en plein mythe.

Ainsi nos deux récits ne sont pas seulement divers ; ils sont contraires, ils s'excluent l'un l'autre. Ce n'est que par un assemblage forcé, par la combinaison d'une Genèse élohiste avec une Genèse jéhoviste, comme l'avait bien vu Astruc, et sous l'empire de préoccupations religieuses toutes particulières, que ces doux documents ont pu se trouver réunis.

On a dit que le second document était un complément nécessaire du premier, parce qu*autrement l'introduction du mal dans le monde primitivement créé bonne s'expliquerait pas. L'objection n'est pas fondée. Avant Tintertercalation du Second récit et de l'histoire de Gain et d'Abel qui en est la suite, le Premier récit se reliait directement au chapitre V, qui contient le dénombrement de la postérité d'Adam, et par celui-ci au chapitre VI, qui donne l'histoire du déluge. Ici nous apprenons que le déluge a été le châtiment du genre humain, puni « parce qu'il a corrompu sa voie». C'est l'application de la môme loi religieuse qui domine toute la Bible, et qui fait du mal physique le châtiment et le remède du mal moral. Mais cette loi est tout à fait indépendante de Tanathème étrange prononcé au Second récit, anathème dont on ne retrouve d'ailleurs aucune trace, non plus que du récit lui-môme, dans le reste de la Bible.

lAIlVEH-DIEU CRÉE l'hOMME ET LE PLACE DANS LE

JARDIN d'eDEN

Gh. IL 5. Il n'y avait pas encore d'arbrisseaux sur la terre; aucune herbe des champs n'avait encore poussé, car lahveh-Dieu n'avait point fait pleuvoir sur la terre et il n'y avait pas d'homme pour cultiver le sol.

6. Une vapeur monta de la terre et arrosa toute la surface du sol ;

7. Et lahveh-Dieu (lAHVEn-ELOniM) forma l'homme (Adam) de la poussière de la terre ; il souffla dans ses narines le souffle de la vie, et l'homme devint un être vivant.

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