X. ERNEST RENAN
se9 assertions, à rectifier ses jugements, à présenter ses idées sous une forme plus exacte ou plus complète, au risque, nous l’avons vu, de fournir à des intelligences moins déliées la joie de le surprendre en flagrant délit d’inconséquence. Il redoute les catégories absolues. La simplicité même lui est suspecte. On lui proposerait une analyse au delà de laquelle il n'y aurait plus rien à chercher, qu’il la récuserait tout d’abord : la clarté de la formule suffirait, selon lui, pour montrer que cette formule est insufflsante. Equilibre, mesure, impartialité, tels sont les attributs de cet excellent esprit, attributs qui, s’ils excluent la rigueur et l’autorité, forment cependant les meilleures qualités de l’historien. Au reste, M. Renan a tout de l’historien : il a le tact critique qui résulte de l’habitude des recherches et de la pratique des méthodes ; il a la souplesse qui lui permet de se séparer delui-même et de son siècle pour se placer « dans le milieu fuyant et insaisissable de la réalité; » il a l’intuition poétique qui l’aide à mieux comprendre le génie des anciens âges; il a surtout la pénétration, laûnesse,le sentiment des nuances, ces aptitudes délicates dont le nom et l’éloge reviennent si souvent sous sa plume. « Dieu, dit-il quelque part. Dieu qui abandonne le monde aux violents et aux forts, leur refuse presque toujours les dons de finesse qui seuls dans les choses spéculatives mènent à la vérité. La vérité est tout entière dans la nuance. » M. Renan n’est point du nombre des violents et des forls, il ne laissera pas peut-être dans la science de trace profonde, il ne déploiera pas une action créatrice, mais il ne peut manquer d’exercer une influence d’autant plus salutaire que l’esprit français manque plus des