‹ Mélanges de critique religieuseChapitre 2 sur 16 · I.A CRISE DE U FOI · texte numérisé non relu

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tage de ces éléments étrangers qui sont les causes de division. Le mouvement par lequel le christianisme se retrempe toujours plus dans ses sources, revient à sa vraie nature, se manifeste davantage comme la religion par excellence, et revendique une universalité plus réelle, ce mouvement est l’essence de toute réformation. Le seizième siècle se dégage ainsi du moyen âge, l'Eglise de l’avenir de l’Eglise du présent. A l’orthodoxie catholique qui demande la soumission complète succède l’orthodoxie protestante et la doctrine des articles fondumentaux. La métaphysique, les questions de critique, le droit ecclésiastique Uniront par être considérés comme plus étrangers encore à la foi que l’observation rituelle du jeûne et du sabbat ne l’est è la morale. La réforraalion incessante et organique dont je parle s’opère par un exhaussement insensible de la conscience générale. L'homme qui exprime l’état de cette conscience générale à une époque donnée est un réformateur; l’homme qui en devance les instincts reste isolé au milieu de son siècle, comme Milton, ou donne naissance à quelque secte avortée, comme plusieurs des contemporains de Luther. Il y a plus, l’innovation qui, devançant le temps, ne répond pas aux besoins d’une époque, n’en exprime pas les tendances, n’en réalise pas les pressentiments, et, par toutes ces raisons, ne parvient pas à se fondre avec les éléments de sa vie, celte innovation, alors même qu’elle est légitime et fondée en elle-même, risque d’aboutir au fanatisme, comme l’anabaptisme et le quakérisme d’autrefois, ou à une inféconde négation, comme celle desSocin, des Tbamer, des Sébastien Franck et de tant d’autres. La conscience d’un siècle est semblable à

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celle d’un individu; la même négation peut troubler l’un dans les profondeurs de sa vie religieuse et affranchir l’autre du fardeau sous lequel il étouffait; tout dépend du degré de préparation intérieure auquel chacun est arrivé.

J’ai nommé le symbole comme l’un de ces éléments du relatif dont la religion va se dépouillant graduellement, sans parvenir à s’en dépouiller jamais entièrement. Par ce mot j’ai anticipé sur l’une des révolutions dont se compose la crise que je caractérise, ou plutôt j’ai marqué combien tout se touche en ce sujet. Echapper à l’autorité, c’est échapper en même temps à la confiance dans le caractère absolu des doctrines et des institutions, et l’intelligence du caractère relatif de nos conceptions coïncide, à son tour, avec la distinction entre le symbole et l’idée qui s’y enveloppe. Ce dernier point mérite d’être considéré en particulier.

Le paysan de nos campagnes se représente la Divinité d’une manière toute sensible. Dieu est pour lui un personnage de proportions gigantesques, un vieillard qui habite au-dessus du firmament, qui siège sur un trône et qu’entourent des flots de lumière. L’homme cultivé s’élève au contraire, ou plutôt cherche à s’élever à la notion de l’Esprit suprême et s’efforce d’éliminer de cette notion des données trop grossièrement anthropomorphiques. Si le danger de l’une de ces conceptions est de réduire Dieu aux proportions de la créature et, par suite, de le nier, le danger de l’autre est de réduire la Divinité à une abstraction sans vie, ce qui est aussi une négation. Ce qui est certain, c’est que la conception spirituelle de

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Dieu opère dans la vie religieuse de l'homme un changement assez profond pour qu’on soit souvent tenté de se demander s’il y a quelque chose de commun entre la croyance naïve des uns et la croyance réfléchie des autres.

Prenons un autre exemple. De même que la notion du bien est la notion fondamentale de la morale, de même la notion du salut est la notion fondamentale de la dogmatique et, pour le dire en passant, c’est par cette notion commune que la dogmatique et la inorale se rattachent l’une à l’autre, le salut et le bien n’étant au fond qu’une même chose. Or, le salut et son contraire, la perdition , se symbolisent naturellement dans l’esprit et deviennent le paradis et la géhenne, la plupart du temps avec accompagnement de jouissances et de souffrances matérielles, repos délicieux ou flammes dévorantes, mais, dans tous les cas, sous forme locale, c’està-dire sous l’image d’un lieu auquel sont attachées des douceurs ou des douleurs, tellement qu’on participe à celles-ci par cela seul qu’on est admis dans celui-là. Celte forme symbolique de l’idée ne s’en sépare,jamais dans la croyance populaire et exerce l’influence la plus décisive sur tout l’ensemble ,de la conception dogmatique. Lorsque l’apêtre s’écrie qu’il voudrait être maudit pour ses frères *, il est évident que celte exclamation passionnée s’explique par une notion d’après laquelle la malédiction est distincte de l’état moral intérieur. Paul n’aurait ni dit ni pu dire : je consens à devenir un impie, pourvu que les juifs soient sauvés. 11 en est de même de la forme la plus grossière, mais en même

1 Épftre aux Romain», ix, 3.

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temps la plus populaire du dogme de l'expiation. Le Christ, ainsi s’exprime-t-on, a souffert à notre place la malédiction que nous avions méritée ; il a pris sur lui nos fautes et la peine de nos fautes, c’est-à-dire la colère divine; de là ce cri: Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? Qui ne voit que cette manière de représenter les choses repose sur une séparation du péché et de la peine, de la disposition morale et de la rétribution, séparation qui peut se faire à lafaveurde l’image, au moyendu symbole, par une localisation et une matérialisation de ce qui est spirituel, mais qui ne saurait subsister devant la réflexion? On ne peut, au sens propre, prendre sur soi des fautes que l’on n’a pas commises, mais seulement les conséquences de ces fautes, et ces conséquences seulement dans ce qu’elles ont d’extérieur et de matériel. Le sentiment de la colère divine ne peut être éprouve indépendamment du remords pour le péché commis. Etre maudit de Dieu, c’est maudire Dieu. Il n’y a pas jusqu’aux idées de mérite, de récompense et de châtiment qui ne soient symboliques, puisque la vie éternelle et la perdition ne font qu’un avec la sanctification et le péché. La doctrine dont nous parlons, bien loin de pouvoir se défendre, ne peut pas même être énoncée lorsqu’on essaye de pénétrer au-dessous des images dont elle se compose.

La doctrine de la justification, sous la forme juridique dont Paul la revêt, repose également sur une distinction dialectique de notions qui, dans la réalité, ne font qu’un, et sur un symbolisme religieux qui prête une existence plus indépendante encore à ces éléments de la réalité arbitrairement séparés. Le pardon ne peut être

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distingué de U rénovation, la justification de la sanctification, qu’à un point de vue où le salut est considéré comme indépendant des dispositions morales, et le ciel comme un lieu et une habitation plutôt que comme un état intérieur.

C'est ainsi que le langage religieux entraîne «ne grande et constante accommodation sous laquelle la religion devient, sans doute, accessible à bien des esprits qui ne l’auraient pas saisie autrement, mais sous laquelle elle dérobe aussi une partie de sa grandeur et de sa beauté. La découverte du sens intime des religions appartient à la crise que je signale, car cette découverte ne se fait pas sans une transformation éminemment critique de toute notre manière de voir et de concevoir. On en pourrait dire autant de quelques autres conquêtes de la culture religieuse, telleque la substitution de la conception dynamique et psycologique des choses à la conception magique et mécanique, telle que l'intelligence de la vraie nature du dogme et de son identité essentielle avec la morale dès que l’on prend l’un et l’autre à une profondeur suffisante. Après tout, ainsi que je l’ai déjà avancé, ce sont là autant d’aspects divers d’un même fait, autant de points de vue successifs d’une même vérité, autant de noms d'une même évolution. Le tout doit aboutir et aboutira certainement à un christianisme plus universel parce qu’il sera plus spirituel, à une religion plus religieuse, à un protestantisme plus conséquent. A mesure que le culte devient davantage un culte en esprit et en vérité, on comprend mieux aussi qu’il y a salut hors de l’orthodoxie comme il y a

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salut hors de l’Église, parce que l’Évangile est quelque chose de plus grand que toute église et que toute formule.

DE L’INSPIRATION DE L’ÉCRITURE

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