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VII. Dans le courant de l'année 1585, il publia un ouvrage

(1) De Thou, Hist. universelle, Jiv. lxxxi.

intitulé : Apologie catholique contre les libelles, déclarations , advis, consultations faites, escrites et publiées par les Liguez, perturbateurs du repos du royaume de France , qui se sont eslevez depuis le décez de monseigneur le frère unique du roy (1). Ce manifeste décida des destinées de son auteur , et l'attacha définitivement à la cause dont il devait être un des plus actifs serviteurs. Il produisit une grande sensation sur les partis, fut traduit presque aussitôt en langue latine, et se répandit tant en France qu'à l'étranger. Il fit à de Beloy une célébrité dangereuse, c'est-à-dire, avec des amis ardents, des ennemis plus ardents encore. C'était une de ces époques dont parle Tacite, où il est difficile de concilier une grande renommée avec le repos et la sécurité (2).

L'année suivante, de Beloy publia un volume portant pour titre : Moyens d'abus, entreprises et militiez du reserti et Bulle du pape Sixte- Quint du nom, en date du mois de septembre 1585, contre le sérénissime prince Henry de Bourbon, roy de Navarre, seigneur souveraineté Béam, premier prince du sang de France , et premier pair de la couronne , et Henry de Bourbon, aussi prince du sang , pair de France , prince de Coudé, duc d'Enguien; par un catholique, apostolique et ro~ main, mais bon François, et très fidèle sujet de la couronne de France (3).

Le roi de Navarre n'avait pas manqué de protester contre Fédil du 18 juillet dont nous avons parlé. Cette protestation provoqua un pamphlet des plus éloquents et des plus incendiaires : Uadvertissemmt d'un catholique anglais aux catholiques français. Cet écrit, œuvre de l'avocat Louis d'Orléans ,

(1) Sans nom d'imprimeur, et portant pour nom d'auteur les initiales ED. L. E. I. C— 1585, in-8°, avec cette épigraphe : Respon au fol selon sa folie, afin qu'il ne s'estime estre sage. Prov. xxvi, 5. — (Bibliothèque publique, nM04, 63.)

(2) De Oratoribus, g 4.

(3) Sans nom d'auteur ni d'imprimeur, 1586. Bibliolb. publ., in-8b,n°2147. L'ouvrage est dédié au roi très chrétien Henri, roi de France et do Pologne. — Sur certaines éditions on lit : A Coloigne, de l'imprimerie d'Herman Jobin, 1586, in-8*.

enflamma de plus en plus les esprits ; il louait la Saint-Barthélémy , glorifiait l'inquisition , et combattait avec la plus grande violence les prétentions du roi de Navarre.

D'un autre côté, Catherine de Médicis rêvait l'abolition de la loi salique au profit du fils de sa fille aînée, la duchesse de Lorraine ; et le duc de Guise, chef de la Ligue, feignait d'entrer dans ses vues. Pour les favoriser, il fut publié un discours contre la loi salique.

De Beloy répondit, en 1587, à ce libelle par un nouvel ouvrage portant pour titre : Examen du discours publié contre la maisonlroyale de France , et particulièrement contre la branche de Bourbon , seul reste d'icelle , sur la loy salique et succession du royaume (1) ; par un catholique, apostolique , romain, mais bon Français, et très fidèle sujet de la couronne de France.

Les ligueurs affectant depuis longtemps de déprécier la race des Capétiens au profit de celle des Carlovingiens (2), de Beloy, pour rendre à la première la justice qui lui était due, publia, la même année, un ouvrage portant pour titre : Mémoire et Recueil de V origine, alliances et successions de la royale famille de Bourbon, branche de la maison de France ; ensemble , de l'histoire , gestes et services plus mémorables , faietz par les princes d'icelle , aux rois et couronne de France (3).

Son Examen du discours publié contre la maison de France, donna lieu à une réponse à laquelle il répliqua immédiatement ; dans l'année 1587 (4), il fut publié à Rome une réponse des plus véhémentes à son Apologie catholique (5).

(1) Sans nom^d'imprimeur ni d'auteur, 1587, in-8V — Biblioth. publiq., n° 104, 49.

(2) Vid. notamment les Mémoires de Jean David, avocat au parlement de Paris (M étnoires de la Ligue, lom. 1, pag. 2 et suiv.).

(3) Sans nom d'auteur, imprimé à la Rochelle par P. Haultin, 1585, in-8*. Biblioth. publ. n* 105, 28.

(4) L'abbé Lenglet, Méthode pour étudier l'histoire, p. 258.

(5) Response aux principaux articles et chapitres de l'apologie de Belloy, faulsement et\à faute titre inscrit Apologie catholique, etc.. traduite du

Dans le courant de la même année, de Beloy gratifia à son tour le public d'un Traité de l'autorité du Roi et des crimes de lèze majesté (1). Les ligueurs firent publier immédiatement une réponse à ce livre (2).

VIII. La part active prise par le magistrat du Midi à des controverses qui absorbaient tous les esprits, avait accumulé sur sa tête les haines les plus vives ; aussi, dès le commencement de l'année 4588, peu de temps avant la journée des Barricades, il fut emprisonné à la Conciergerie par les agents de la maison de Lorraine, qui disposait alors, grâce à l'intermédiaire de la reine-mère, de la volonté de Henri III, assez pusillanime , ou assez peu clairvoyant pour consentir à ce qu'on privât de la liberté ceux qui étaient ses plus intelligents défenseurs (3).

Un quart de siècle auparavant, Dumoulin s'était vu privé aussi de la liberté pour avoir écrit son célèbre pamphlet contre la réception des canons du Concile de Trente, qu'il considérait comme attentatoires à l'autorité du Roi, aux lois de l'État et aux arrêts des Cours souveraines.

latin (voir le titre latin dans Lelong, n» 118,494) sur la copie imprimée à Rome, 1586, in-12). Cet écrit que Baillet (p. 73, des Auteurs déguisés) attribue au cardinal Robert Bellarmin, est la défense des idées ultramontaines les plus avancées. — Prenant pour point de départ le texte du 8e chapitre des Proverbes : Per me reges régnant et legum conditoresjusta decernunt, et les mots adressés par Jésus-Christ à Saint- Pierre : Pasce oves meas... Pasce agnos meos, l'auteur aboutit à cette conséquence que le pape use de son autorité la plus légitime quand il prive les princes chrétiens de leurs sceptres et couronnes. Henri, roi de Navarre, ou plutôt le Navarriste, y est l'objet de nombreuses invectives ; sa qualité de fiJs légitime d'Antoine, roi de Navarre, y est formellement contestée sous le prétexte de la nullité du mariage d'Antoine avec Jeanne d'Albret. Les injures ne sont pas non plus ménagées à de Beloy, son apologiste, qui est traité ici de méchant, là de faulx docteur, de traistrepolitique, plus loin de grosse beste, tantôt d'athéiste, tantôt d'hypocrite, tantôt de pernicieux hérétique, etc., etc.. Je dois la connaissance de cet opuscule à la bienveillante communication de M. Forestié neveu, à Montauban.

(1) L'analyse de ce livre se trouve dans le P. Lelong. Bibliothèque historique de la France, t. n, n° 18,739.

(2) Ibid. n« 18740.

(3) De Thou atteste que de Beloy fut fait prisonnier par les ordres d'Henri III {Hist. liv. 93, S 22).

Après l'événement tragique de Blois, la captivité de de Beloy s'aggrava par l'effet de la recradescence des ligueurs, qui ne reconnurent plus aucun frein ; il fut transféré de la Conciergerie à la Bastille, où Bussy le Clerc avait conduit cinquante ou soixante membres du Parlement de Paris, tous revêtus de leurs toges, marchant à la suite d'Achille de Harlay (1). Les plus grands périls pesèrent dès ce moment sur la tête de de Beloy; car on voit les prédicateurs de la Ligue le désigner à la vengeance et à la fureur des Seize. — Dans un journal du temps écrit par Pierre Fayet, greffier de prévôté d'Étampes, très-récemment publié (2),-on lit ce qui suit, concernant une prédication du fougueux Guinchestre, qui prêchait à Saint-Barthélémy, et l'un de ceux qui ne prêchaient que glaive et cousteau(3). < Le jour des Rois de l'an 4589, » le dict Guinchestre prescha contre ung nommé Belleau » ou de Belloy, qui estoit détenu prisonnier à la Concier- » gerie ; il fit promettre à ses auditeurs que son sermon » finy, ils le suivroient; ce qu'ils firent, jusques au bailliage » où le tenoit le premier président de la Court, monsieur du » Harlay ; et là il lui fict promectre de faire juger le procès » du dict Belleau, disant : qu'il y avoit dix ans qu'il debvoit » estre pourry ; ce que leur promit faire le dict sieur prési- » dent (4). » C'est le même prédicateur qui, le 1er du même mois, parlant encore en faveur de la Ligue, s'adressant au premier président Achille de Harlay, assis devantlui au banc de l'œuvre, l'interloqua brusquement en l'engageant à prêter serment à l'Union, et en s'écriant : « Levez donc la main, monsieur le Président, et levez-la bien haut afin que tout le monde la voie (5). »

Les prisonniers politiques de tous les temps se sont efforcés

(1) Vid. Henri Martin, Hist. t. 11, p. 163, 164.

(2) Tours, imprimerie de Ladevèse, 1852 ; in-12, p. 53 et 54.

(3) Pierre Fayet, dict. loc. p. 55.

(4) Vid ibid. p. 228, la note de M. Luzarche. de Tours, éditeur de ce journal.

(5) Journal de Pierre de l'Étoile, année 1589, p. 258.

de trouver dans des distractions littéraires un charme aux ennuis attachés à la privation de la liberté. De Belloy était doué d'une activité intellectuelle trop incessante pour ne pas imiter de tels exemples, et il travailla à rechercher les origines de la chevalerie, comme aussi il composa une Exposition de la prophétie de l'ange Gabriel, touchant les septante' semaines décrites par le prophète Daniel, au chapitre neuviifoie de ses prophéties.

Des études sur l'Écriture sacrée, quel qu'en soit le sujet, ne constituent pas pour un prisonnier de simples exercices ou des délassements de l'esprit ; elles sont une méditation propre à reposer son âme des fatigues de l'adversité, et à la former à la résignation en favorisant ces aspirations conso lantes qui en appellent de l'injustice des hommes à la justice éternelle et suprême de Dieu. C'est ainsi que, dans le siècle suivant, le célèbre Le Maistre de Sacy, enfermé aussi à la Bastille, accusé qu'il était de jansénisme, y composa une traduction de la Bible qui est fort estimée.

Les ligueurs étaient toujours à la veille de faire à leur manière le procès à de Beloy, lorsque celui-ci parvint heureusement à s'évader. Voici comment Pierre de l'Étoile raconte cette évasion dans ses Mémoires : c Le samedi dix-huitième » du dit mois de may, de Beloy, prisonnier en la Bastille et » pensionnaire de Bussi-Leclerc il y avoit près de trois ans, » trouva moyen d'évader et sortir avec le serviteur du capi- » taine Béguié et un nommé Nuts, et de là gagner Saint- » Denis, où il se mist à couvert, ayant esté par une spéciale

> grâce de Dieu préservé et garanti durant ce temps, et » comme retiré des abismes de la mort, qui autrement lui

> étoit inévitable. De cette évasion, Bussi en fust aucunement » suspect, pour ce qu'on disoit qu'il instruisoit depuis » quelque temps le fils dudit Bussi, qu'on apeloit le dauphin :

> ce qui estoit faux, comme je l'ai appris moi-même de la » bouche du dit Beloy. El la vérité est que ni eut jamais intel- » ligence autre que la volonté de Dieu, qui se vouloit encore » servir de cest homme. Les Seize de Paris en voulurent mal

» à monsieur de Belin, leur gouverneur, pour ce qu'il avoit » révoqué en doute la fidélité de Bussi-Leclerc, que les dits » Seize adoroient et tenoient entre eux comme un grand * prophète (1). »

IX. Rendu ainsi miraculeusement à la liberté, de Beloy fut présenté à Henri IV par Dominique de Vie, un de ses plus braves capitaines, alors gouverneur de Saint-Denis, de la famille de Mery de Vie, dédica taire, comme on Ta vu, du commentaire publié par de Beloy, sur les Successions ab intestat.

Henri IV accueillit, comme il le devait, le sujet fidèle qui avait été si dévoué à sa cause, et qui venait de subir de longues souffrances pour lui. En reconnaissance de ses services, il le nomma maître des requêtes ordinaires de son hôtel, couronne de Navarre et son ancien domaine.

Mais le nouveau conseiller, après tant de secousses, devait être impatient de rentrer dans son pays, dont il était éloigné depuis douze années au moins , espace de temps bien long quand il s'écoule au milieu des guerres civiles. Aussi le roi lui conféra-t-il bientôt après une charge d'avocat général au Parlement de Toulouse ; cette charge lui permettrait de combattre encore, mais avec d'autres armes, dans l'intérêt du prince, objet de toutes ses affections. Henri IV le nomma à ces fonctions par des lettres patentes datées de Chartres le 15 janvier 1593 (2), au moment où les États généraux delà Ligue se réunissaient à Paris. L'office qui lui fut concédé se trouva être, par une coïncidence remarquable, celui qu'avait occupé Jacques Daffis, massacré par les ligueurs le 10 février 1589 ; et Jacques Daffis lui-même avait succédé immédiatement à l'office qu'occupait Duranti avant d'être promu à la dignité de premier président. Ainsi, un magistrat, victime

(1) Journal de Henri IV, mai 1591.

(2) Vid. ci-après, Pièces justificatives, I. Ces lettres lui donnent le titre de Conseiller avocat général, parce que, commo de Beloy le fait remarquer luimême en son livre de la Conférence des Édits (p. 139), le titre d'avocat général impliquait celui de conseiller.

des tyrannies de la Ligue, venait prendre la place occupée successivement par deux magistrats qu'elle avait égorgés.

X. Il semblait que les tribulations de l'avocat général de Beloy touchaient enfin à leur terme, et qu'il allait jouir paisiblement des honneurs et des avantages attachés à l'état qu'il avait si bien conquis. Mais l'homme ne commande pas à sa destinée, et il est des existences que la Providence a condamnées à de perpétuelles épreuves; un pareil sort qui, le plus souvent, n'est pas réservé à 'des hommes vulgaires, fut celui du nouvel avocat général.

Quand Pierre de Beloy fut pourvu, en janvier 4593, le Parlement de Toulouse était tout entier sous la domination de la Ligue, dont il ne secoua le joug que deux ans plus tard, au mois d'avril 1595, en émigrant à Castelsarrasin. Peu de temps avant sa mort, et peu de jours après l'assassinat de Durand et de Daffis, Henri III avait, par des lettres patentes datées de Beaugency le 45 juin 4589, transféré le Parlement de Toulouse dans la ville basse de Garcassonne : mais le Parlement adhéra à la déchéance du dernier des Valois, et les injonctions de celui-ci restèrent sans exécution. Un seul des membres du Parlement, Sabatier de la Bourgade, resté fidèle à la royauté légitime, se sépara de ses collègues et alla présider à Garcassonne un Parlement royaliste, composé des officiers de la Sénéchaussée de cette ville. Les ligueurs s'étant emparés de Garcassonne en 4591 , le Parlement royaliste fut transféré d'abord à Montpellier, et c'est à ce Parlement que Pierre de Beloy est attaché en qualité de conseiller avocat général par les lettres patentes du 45 janvier.

Ici commence une série presque incroyable de contre-temps et de mécomptes sans fin qui viennent entraver la prise de possession de la part de de Beloy. Lorsqu'il voulut se faire installer au Parlement de Montpellier, il rencontra un obstacle insurmontable, au moins sur les lieux, car il ne s'était pas réuni dans cette ville un nombre suffisant de magistrats pour procéder à cette installation. Pour vaincre cette difficulté, Henri IV donna, par lettres du 7 mars de la même

année, commission aux membres de son grand conseil, d'avoir à recevoir de Beloy pour le Parlement (1). Il fut reçu le jour même par un arrêt de ce Conseil réuni dans la ville de Chartres (2). Le voilà donc investi de ses fonctions ; mais, quand il a son investiture, il n'existe plus de Parlement de Toulouse i Montpellier ; ce Parlement avait été transporté à Béziers ; c'est là que de Beloy fut installé par un arrêt du 12 août de la même année.

XI. A peine le magistrat fut-il établi à Béziers qu'il s'y trouva en butte à des calomnies dont nous n'avons pu découvrir le véritable objet, mais dont il se plaignait amèrement au roi dans un livre dont je parlerai plus tard, et qui donnèrent lieu à des procédures suivies de décrets de prise de corps.

Moins de deux ans après son établissement à Béziers, de Beloy fut obligé de changer de résidence. Le 11 avril 1595, le Parlement de Toulouse s'était divisé en deux fractions, et la grande majorité de ce Parlement, secouant enfin le joug que faisait peser sur elle Henri, duc de Joyeuse, reconnut Henri IV, et alla rendre la justice en son nom à Castelsarrasin (3). Henri IV, informé de ces faits, approuva la translation de son Parlement à Castelsarrasin, et ordonna, en confirmant un édit du 18 mars précédent, que la chambre de Béziers y serait incorporée. Mais, le 9 juin, la chambre se se mit en état de rébellion contre les ordres du roi , et refusa de se réunir à la fraction du Parlement de Toulouse émigrée. Un seul des membres de la compagnie de Béziers se soumit ; ce fut l'avocat général de Beloy qui demanda à faire partie du Parlement de Castelsarrasin.

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