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de ceste ville, ne se sont arrestés en ces te Université pour le peu d'émolument. » Il paraissait donc résulter de ces expressions contenant un appel aux souvenirs du passé, qu'on n'attribuait en 4598 le départ de Cujas de Toulouse, qu'à une fatale parcimonie envers les professeurs, et non à un échec public éprouvé à la suite d'un concours. Ce document, il faut en convenir, n'était pas sans valeur; il fut connu par la communication que M. Belhommeen fit à l'Académie de Toulouse (1) et il inspira aussitôt à M. Benech la pensée de reprendre l'examen de la question historique qui avait reçu, dans le travail de M. Berriat-Saint-Prix, une solution propre à blesser la juste susceptibilité des Toulousains pour tout ce qui touche au passé scientifique de leur ville. Il s'agissait de se livrer à une nouvelle appréciation des pièces produites et des raisons déduites dans cet obscur débat, en les envisageant au nouveau point de vue qui résultaitdu passage du discours découvert par M. Belhomme. C'est ce que fit M. Bénech dans un écrit qu'il publia en 1842 sous ce titre : Cujàs et Toulouse , ou documents nouveaux constatant que Cujas n'a jamais échoué dans la dispute a"une régence de droit civil à l'Université de Toulouse, accompagnés d'aperçus historiques sur cette Université. Ce travail, qui est inséré dans ce volume (2), opposait, comme on le voit, une négation à l'affirmation de M. Berriat-Saint-Prix. M. Bénech y engageait, avec son collègue de Paris, une polémique des plus vigoureuses. Il prenait une à une ses raisons de décider, il les appréciait toutes et il s'efforçait de les réfuter. Une attaque aussi vive ne devait pas rester sans réponse. M. Berriat-Saint-Prix publia bientôt dans la Revue étrangère de législation et de jurisprudence (3) une lettre adressée à son honorable collégueM. Valette, dans laquelle il déclara persister, malgré le document nouveau, dans l'opinion qu'il avait émise en 1820. Il soutint que le passage du discours de Vincent Cabot, de 1598, pouvait se référer aux démarches qui avaient été faites auprès de Cujas, pour le ramener à Toulouse, plusieurs années après celle du concours, démarches qui ne purent jamais le déterminer, comme on le sait, à rentrer dans son pays (4). Cette explication
Dumoulin an sujet du Concile de Trente, et il défendit les prétentions de la Papauté. On cite encore ses Syntagma juris universi atque legum pêne omnium, in-folio plusieurs fois imprimé. Il a aussi laissé un ouvrage qui a pour titre : Derepublicâ, lib. XXVI.
(1) Documents historiques et inédits concernant le jurisconsulte Cujas, par M. Belhomme, dans les Mémoires de V Académie impériale des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, au tome VI, 2e partie, p. 145. ■ (2) Page 1.
(3) Au tome IV, année 1842, p. 329.
(4) « En 1578, dit M. Berriat Saint-Prix, le président de Saint-Jory proposa a Cujas de venir a l'Ecole de Toulouse : Cujas refusa par une lettre citée plus haut, et où, entr'autres motifs, il parle de sa crainte de ne pas obtenir à Toulouse des émoluments aussi considérables que ceux dont il jouissait à Bourges, et dont il indique retendue. Voilà le refus auquel Cabot fait évidemment allusion en ces termes : «Deux hommes...
ingénieuse, sans doute, mais peu satisfaisante, ne mit pas fin au débat. La réponse de M. Berriat-Saint-Prix fut immédiatement suivie d'une réplique de M. Benech, publiée aussi dans le même recueil (1).
En parcourant avec attention les nombreux documents produits et les pièces invoquées de part et d'autre dans cet intéressant débat, tout en étant édifié sur l'habileté respective des contendants, un appréciateur sincère et impartial arrive à reconnaître que la thèse soutenue par M. Benech est celle des deux qui est la plus probable et qui peut être défendue avec le plus d'avantage ; elle se réduit, en effet, à la négation d'un événement dont son adversaire est dans l'impuissance d'établir l'existence par des preuves directes. Elle est, en outre, étayée sur des présomptions déduites du rapprochement de quelques dates certaines qui tendent à établir que Cujas s'inscrivit bien pour le concours ouvert au sein de l'Université de Toulouse, ainsi que le constate un arrêt du Parlement, mais qu'il quitta quelques mois après définitivement cette ville, sans avoir pris part à des épreuves (2).
faisant profession de droict..., Cujas et Grégoire..., ne se sont pas arrestés en cette université pour le peu d'émoluments... » Arrestés, c'est-à-dire engagés, car alors les Tilles faisaient des traités avec les professeurs de Droit, des espèces de louages d'outrages (on les appelait conduites, du mot latin conductio), comme en passerait aujourd'hui un. chef de manufacture, s'il arrêtait pendant un certain temps un artiste pour son exploitation, v II cite son Histoire de l'université de Grenoble, aux Mémoires de la société des antiquaires, t. III, p. 400.
(1) Revue étrangère de Légitlat. etdeJurisp., tome IV, année 1842, p. 673 et 839.
(2) Il y a, en effet, a rapprocher quatre dates qui ont nne grande signification. On a celle d'an arrêt du Parlement de Toulouse du 21 juin 1553, qui met au concours la chaire de Droit civil vacante dans l'université (M. Benech, p. 5 de ce volume); celle d'un second arrêt du 29 mars 1554, qui contient la liste des candidats, au nombre de cinq, admis « à disputer pour le faict de ladite régence en faculté de Droit civil vacant. » Le nom de Cnjas y figure le troisième (v. a la p. 8 de ce volume). Six mois après cet arrêt, en octobre de cette même année 1551, Cujas quitta Toulouse pour ne plus y revenir (Berriat-Saint-Prix, p. 500, note 69). Força tel, nommé a suite du concours, est promu a sa chaire te 9 février 1556, un an quatre mois après le départ de Cujas (Força tel, Henrieo tertio, folio 79; Berriat-Saint-Prix, p. 499, note 46). Cujas, comme on le voit, était absent depuis longtemps et n'avait par conséquent, pu prendre aucune part aux épreuves qui durent précéder a cette époque la nomination ; le problème historique qu'il s'agit de résoudre se resserre donc entre les deux dates du 29 mars 1554 et du mois d'octobre de la même année. 11 s'agit de savoir s'il y eut des épreuves pendant cet intervalle de six mois environ, si Cujas y participa, et si elles furent suivies d'un refus. Il y a sur ce point absence de pièces officielles. Pour soutenir sa thèse, M. Berriat Saint-Pru est réduit à prétendre qu'il y eut deux concours, l'un qui eut lieu en 1554, a suite duquel Cujas se serait retiré ou aurait été écarté, et qui n'aurait pas produit de nomination ; l'autre qui se reporterait a l'année 1556, dans lequel Forcatcl l'aurait emporté sur Rossel et les antres compétiteurs (Histoire de Cujas, p. 507, note 8). Tout cela n'est que conjectural et même peu probable. M. Benech conteste l'existence de ce premier concours et maintient, en invoquant des faits qui ont de la valeur, que Cujas abandonna spontanément et
Il est en effet constant que la nomination de Forcatel (1) qui fut pourvu de la chaire vacante, n'eut lieu que plus d'un an après que [Cujas eut quitté pour toujours sa ville natale. Ces circonstances , relevées avec habileté dans le travail de M. Benech, devaient impressionner des hommes judicieux. Aussi M. de Savigny lui écrivait dans une lettre qui porte la date du 14 juillet 1855 : « J'ai lu avec le plus grand intérêt votre énergique et vigoureux plaidoyer par lequel vous avez repoussé les anciennes accusations portées contre votre Université au sujet de Cujas, et j'ai trouvé que vous n'avez laissé aucun doute sur cette question assez compliquée en elle-même. » Peu après le docte doyen de la Faculté de droit de Leipsick, M. Haënel, disait aussi dans une lettre qu'il adressait à M. Benech en sa qualité de secrétaire perpétuel de l'Académie de législation : « Après avoir lu votre ouvrage (Cujas et Toulouse), j'avoue comme M. de Savigny que vos arguments sont sans réplique (2). »
avant toutes épreuves, ses prétentions a la chaire vacante, pour accepter les offres qui lui étaient faites par l'université de Gahors. Il rend compte des motifs de cette détermination, qui s'explique par les malheurs do temps, par les dissensions religieuses qui agitaient alors Toulouse et que Cujas abhorrait, par la position de l'université de cette ville, qui n'offrait a cette époque a ses régents, que de minces avantages pécuniaires, et par ce qu'avaient d'attirant les propositions de l'université de Cabors.
An reste, la conclusion de M. Berriat-Saint-Prix, lorsqu'il se voit renfermé entre deux dates étroites, n'est pas conçue dans des termes aussi affirmatifs que ceux qu'il emploie dans d'autres parties de son travail. Nous croyons devoir rapporter sur ce point ses propres expressions : « Nous serions, dit-il, portés a présumer que, pendant quelques-unes des séances du concours, les juges, mus par les intrigues de Bodin (Jean Bodin, l'auteur du livre de la République, l'un des plus ardents antagonistes de Cujas), ou entraînés par les signes désapprobateurs de ses partisans, manifestèrent assez clairement leur opinion pour que Cujas ne pût douter qu'il échouerait, et qu'en conséquence, il se décida a abandonner le concours, et à accepter la chaire qu'on lui offrait à Cabors {Histoire de Cujas, page 508). »
(1) Les auteurs modernes l'appellent Forcadel, quoique son nom véritable fût Forcatel, ainsi qu'on le voit dans l'arrêt du Parlement de Toulouse que nous avons cité II est d'ailleurs ainsi dénommé dans le privilège obtenu en 1572 pour l'impression de ses œuvres. On trouve l'indication des travaux qu'il a publiés, dans une notice de M. Truinet, avocat, insérée dans la Revue bibliographique de Droit français et étranger, de M. Ginoulhiac, année 1858-4854, p. 185.
(2) Cette dernière lettre porte la date du 11 juillet 1855 ; elle est déposée avec celle de M. Savigny aux* archives de l'Académie de législation de Toulouse. Toutes les deux sont citées dans les notes qui accompagnent le discours prononcé par le président de cette Académie, M. le conseiller t'azes, a la séanee publique du 20 juillet 1855 (Recueil de V Académie de législation, t. IV, année 1855, p. 232).
Le savant M. Laferrière n'était pas moins affirmatif que M. de Savigny et que M. Haènel dans le remarquable discours qu'il prononça à Toulouse en novembre 1855, a la séance solennelle de rentrée des Facultés. En exprimant dans des termes touchants les regrets que causait la perte de M. Benech, et en retraçant la vie de ce professeur, il disait: « Ses travaux sur Cujas et Toulouse ont réhabilité sa patrie eontre le jugement erroné