‹ Mélanges de droit et d'histoireChapitre 8 sur 51 · XXJ · texte numérisé non relu

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Je me suis un peu étendu, à raison de l'intérêt que présentait le sujet, sur celui des travaux dans lequel M Benech a le plus déployé l'ampleur et la fécondité de son talent pour la polémique. Cet écrit sur Cujas et Toulouse, avait reporté ses idées sur l'ancienne Université de cette ville qu'il aimait tant à parer de son passé glorieux, et l'avait conduit à des recherches dont il profita pour publier en 1847 un autre travail très intéressant qui a pour titre : De renseignement du droit français dans la Faculté de droit civil et canonique de Toulouse (1). Ce petit volume de i 1 7 pages a pour sujet, l'histoire, au seirç de l'Université de Toulouse, d'un professorat spécial créé au xviie siècle.

Avant le régne de Louis XIV, on n'enseignait que le droit civil (le droit romain) et le droit canonique dans la faculté de droit de l'Université de Toulouse organisée, comme on le sait, à l'occasion de la croisade contré les Albigeois, par le pape Grégoire IX, qui lui accorda tous les privilèges dont jouissait celle de Paris (2). L'une des plus grandes gloires de

de l'histoire, qui avait enregistré la prétendue victoire de l'intrigue et de la médiocrité tar l'émirent professeur, déjà tonna par ses Commentaires d'Ulpien. On se rappelle avec qadle persévérance de recherches M. Benech a fouillé dans les archives toulousaines pour meure en saillie la vérité méconnue ; avec quelle sagacité il a tiré parti de tous les docuœots oubliés ou mal compris ; avec quelle verve patriotique il a combattu les biographes de Cujas anciens et nouveaux, et le plus savant d'entre eux, M. Berriat-Saint-Prix, qui soutenait l'ancienne thèse avec une ironie incisive et la ténacité d'un vieux préjugé d'école. H. Benech a fait pénétrer la lumière des faits dans la conscience publique. ÀDJoanfhui, grâce à sa démonstration, il n'est plus personne dans l'Europe savante qui voulût reproduire cette erreur vieillie de Papyre-Masson, « que les juges du concours de Toulouse avaient préféré Foreadel à Cujas.» {Revue de V Académie de Toulouse, tome 11, W 34).

(1) Inséré dans ce volume, p. 181.

(2) Pasquier, Recherche» de la France, liv. IX, ebap. 36, p. 984. — Histoire générale du Languedoc, liv. XXIV, cb. 51 et 98. — De Savigny, Histoire du Droit romain, t. II, p. 390 de la traduction française de M. Guenoux. — Laferrière, Histoire du Droit français, t. IV, p. 35. — Ou Mège, Histoire de Toulouse, t. IV, p. 618. — On trouve des documents précieux sur les premiers temps de l'Université de Toulouse, dans les 5e et 6« livres du poème de Jean de Garlande, Johannis de Garlandia, qui a pour titre : de rriumphis JBcclesiœ, libri VIII, et qui a été publié par M. Thomas Wright, d'après on manuscrit du British-Museum.

Jean de Garlande était un des maîtres qui furent envoyés de Paris a Toulouse, où il passa trois années, pour y mire l'enseignement, lors de l'organisation de l'université, qui «ni lieu en vertu du traité de 1229 intervenu entre le roi saint Louis et le comte Raymond VII. Le 5* livre du poème de Jean de Garlande contient une pièce en prose qui et très intéressante. C'est une épttre , une sorte de prospectus , que les maîtres de l'Université de Toulouse adressent a toutes les écoles des autres pays pour faire connaître les avantages qu'ils offrent aux étudiants : Universis Christi fldelibus, et pracipue Xagittri* et Scholaribus ubicumque terrarum studentibus. Le programme de renseignement organisé a Toulouse y est indiqué de la manière suivante : c Hic eniut Theolûfi discipulos in pulpitis et populos in compitis informant, Logici liberalibus in artibus tyrones Aristotelis eruderant, Grammatici balbuticntium linguas in analogiam effigiant»

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Louis XIV fui, sans contredit, d'avoir fait rédiger ces ordonnances justement célèbres, qui offrent des codes complets et méthodiques dans lesquels les parties importantes de la législation française susceptibles de recevoir l'unité, se trouvent formulées avec une remarquable science. Le Droit Français devait, sous un prince éclairé, se poser dans les écoles et y conquérir la place qui lui revenait. Un édit du mois d'avril 1679, daté de St-Germain-en-Laye, introduisit des réformes précieuses dans l'enseignement du Droit et voulut que le Droit français eût des chaires spéciales dans toutes les universités (1). C'est l'histoire de ce professorat nouveau, au sein de la Faculté de droit de Toulouse, que M. Benech a tracée, à l'aide des documents qui nous sont parvenus et qu'il a pu recueillir dans les archives. Il lui a été possible de constituer, sans lacunes, la suite des dix professeurs, tous nommés par le roi, sans concours, et pris parmi les avocats les plus distingués du Parlement, qui occupèrent à Toulouse la chaire unique de Droit français, depuis sa création, qui eut lieu en 1682, jusqu'à la suppression de l'université, en 1793. Tous ces hommes, dont les noms figurent aussi honorablement parmi ceux des premiers magistrats de la ville de Toulouse, remplirent avec zèle l'importante mission qui leur était confiée. Plusieurs ont laissé des écrits qu'on consulte encore, et il est certain qu'ils fécondèrent dans

Organiste populares aures molliti gutturis organo demulcent , Decrctisfce Jostinianum extollunt, et a latere Medici praedicant Galienum. Libros na tu raies, qui fuerant Parisiis prohibiti, potoerant illic audire qui volunt naturs sinum medullitus perscrutari. »

La jeune université eut bientôt a subir une tourmente violente, à suite de laquelle Jean de Garlande fut forcé de quitter Toulouse. M. Leclerc a publié une notice sur le poème de Triumphis Ecclesiœ et sur son auteur, dans le tome XXII de V Histoire littéraire de la France, qui a paru en 1842. Notre savant collègue, M. Gatien-Arnoult , a donné en entier la lettre des Maîtres de Toulouse, dans une note sur les commencements de l'Université de cette ville, qu'il a lue a l'Académie des sciences, et qui est insérée dans son Recueil (Mémoires de V Académie impériale des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, IVe série, t. 6, année 1857, p. 202 et suiv.). Voir aussi, sur l'organisation des anciennes universités, sur l'enseignement qui s'y faisait, et sur la collation des grades, le savant Mémoire de M. Bartbélemi Bona, concernant spécialement celle de Turin , et qui a pour titre : Delta costituxione delV Université di Torino, dalla sua fondations, alVano 1848, Memoria storica (Turin, imprimerie royale, in-4° de 168 pages, 1852).

{!) C'est ce même édit qui déroge aux dispositions de la fameuse décrétale Super spécula* de la quatrième année du pontificat d'Honorius III, en vertu de laquelle renseignement du Droit romain n'avait pas de chaires a l'Université de Paris, où on ne conférait des grades que pour le Droit canon. Louis XIV changea cet état de choses et voulut que le Droit romain, le Droit canonique et le Droit français, fussent enseignés dans toutes les universités du royaume (Isambert, Anciennes lois françaises, t. XIX, p. 195).

Sur la décrétale Super spécula et sur son observation dans l'Université de Paris, voir M. Laferrière et les autorités nombreuses qu'il cite {Histoire du Droit français, t. IV, page 330).

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leur pays cet enseignement national , auquel on doit des fruits précieux pour la bonne administration de la justice.

Il nous reste maintenant à parler des travaux nombreux et très variés communiqués par M. Benech aux divers corps savants dont il faisait partie, ou publiés dans les Revues auxquelles il fournissait une utile collaboration. Afin de ne pas trop étendre cette notice, déjà longue, je me bornerai à mentionner ceux de ces écrits qui me paraîtront être les plus importants et qu'on peut avoir à consulter.

En suivant l'ordre des dates, on trouve d'abord un Compte-rendu du manuscrit d'Etienne Pasquier, publié par les soins de M. Ch. Giraud, et qui a pour titre : De l'interprétation des Institutes de Justinian , avec la conférence de chaque paragraphe aux ordonnances royaux, arrêts de parlement et coutumes générales de la France (1). Ce travail de M. Benech contient des détails pleins d'intérêt sur la vie , les travaux et les luttes judiciaires du célèbre juriste du XVIe siècle , l'adversaire ardent d'une corporation religieuse célèbre, et le défenseur zélé^es libertés de l'église de France. On y trouve des aperçus critiques qu'il importe de lire, sur quelques passages de l'œuvre. d'Etienne Pasquier, que ce docte jurisconsulte eût peut- être rectifiés lui-même si ce travail, dans lequel notre Droit national est rapproché delà législation romaine, eût été publié de son vivant.

Vers la même époque, en 4849, M. Benech communiquait à l'Académie des sciences de Toulouse, un Mémoire sur Vinfluence respective des laboureurs ou des habitants de la campagne et des habitants de la ville, sur les élections romaines (2), et un autre travail intitulé : Du respect des Romains pour le droit de propriété (3). Il communiquait aussi, en 1850, à l'Académie des Jeux-Floraux, une Notice sur le droit de propriété et /.-/. Rousseau (4). Ces écrits, inspirés par les circonstances qne leurs dates indiquent, expriment une pensée conservatrice et attestent que leur auteur s'unissait alors aux défenseurs des vrais principes sur lesquels reposent les sociétés humaines, pour réfuter des doctrines dangereuses qui débordaient de toutes parts.

A partir de l'année 1852, M. Benech s'occupa encore d'un grand nombre de travaux historiques. Il lut à l'Académie des sciences de Toulouse un Mémoire sur la table de Claude (oratio Claudii principis) (5) ,

(1) Inséré dans ce volume, p. 283.

(2) Publié dans la Revue de législation et de jurisprudence de M. Wolowski, année 1849, t. II , p. 210.

(3; Inséré dans ce volume, p. 419.

(4) Publiée dans la Revue de législation et de jurisprudence de M. Wolowski, année 1850, 1. 11, p. 129.

(5) Inséré dans ce volume, p. 485.

dans lequel on trouve des observations importantes sur quelques-uns des points touchés dans la savante Monographie de M. Monfalcon , qui accompagne la publication de ce document, que Ton doit i la munificence de l'administration municipale de la ville de Lyon (1). En 4853, il communiquait également à la môme Académie un autre Mémoire intitulé : Toulouse cité latine, ou du droit de latinité dam la Narbonnaise et dans les provinces romaines en général (2). Ce travail, plein d'érudition, rappelle la riche Monographie de Roth, qui y est souvent citée (3). On regrette que M. Benech n'ait pas pu connaître, lorsqu'il le rédigeait, les documents nouveaux que lui eussent offert, sur le Droit municipal des romains, les deux tables de bronze découvertes à Malaga en 1851, dont l'authenticité, après avoir soulevé quelques doutes, paratt aujourd'hui établie parles savantes investigations de M. Ch. Giraud (4). Un autre écrit, communiqué à l'Académie de législation, atteste encore les sympathies de M. Benech pour tout ce qui se rattachait au passé de son pays. C'est une étude sur la Lex Romana Visigothorum (5), dont M. Haênel avait, quelques années auparavant, édité de nouveau les textes,

il) La Monographie de U Table de Claude de M. Monfalcon est accompagnée d'an foc simile dans les dimensions exactes des fragments de bronze sur lesquels est gravé ce monument qne possède la ville de Lyon. Cette magnifique publication n'a été éditée qu'à un petit nombre d'exemplaires, qui ont été placés dans les principales bibliothèques de la France. Celle de la Tille de Toulouse en possède un (Lyon, 1851, grand format atlantique).

(2) Inséré dans ee volume, p. 521.

(3) Frbdibjci Roth, de re municipal* Romanorum, tibri //. Stutgartiœ 1801, in-8° 144 p.

(4) Voir sur ces deux monuments du Droit municipal des cités de Malaga et de Salpensa me Monographie de M. de Berianga, avocat a Malaga, qui a pour titre ; Bstudios tobr$ los dos bromes eneontrados en Malaga, à fines de octubre 1851. Ce travail, accompagné, des textes et d'un foc simile de l'écriture des bronzes, se trouve dans le tome 1" de U Revista gênerai de législation y jurisprudencia, publiée a Madrid en 1853 ; il a été aussi édité a part a Malaga en 1853 (in-8°, 6 feuilles à 2 colonnes).

Voir aissi les deux Mémoires communiqués à l'Académie royale de Saxe par M. Mommsen , et qui ont poar titre : Dis StadtreehU der latinisehen Gemeinden Sulpensa und Malaea , in der provins BcBtica. Yon Th. Mommsen , Leipsig , 1866 , grand in -8°. — Die Stadtrechte der latinisehen Gemeinden Salpensa, und Malaea* — Nacbtrag, von Th. Mommsen, Leipsig, 1855, in-8°.

L'authenticité de ces tables a été, en France, l'objet d'une savante polémique entre deux membres de l'Institut, MM. Ed. Laboulaye et Ch. Giraud. M. Laboulaye avait élevé des objections contre la sincérité de ces documents, dans un article de la Revue historique, t. 1er, p. 529. M. Ch. Giraud lui a répondu dans une suite de lettres publiées d'abord dans le Journal général de l'instruction publique (de février a septembre 1856), et éditées ensuite a part, avec des additions, sous ce titre : Les Tables de Salpensa et de Malaga (Paris, 1856, in-8° de 188 pages, accompagné de deux tableaux et d'an foc simile). Nous avons communiqué a l'Académie de législation une notice sur ces tables, qui a été insérée au tome V de son Recueil (année 1856, p. 64).

(5) Insérée dans ce volume, p. 571.

en les accompagnant de notes pleines d'une profonde érudition (1). Il appartenait à notre infatigable collègue de s'emparer du Gode romain de Toulouse (2), que la savante Allemagne venait de rétablir dans sa ' sincérité, à l'aide d'un grand nombre de manuscrits , et d'y rechercher lespritde nos institutions au commencement VI* siècle. M. Benech s'est proposé, dans cet écrit, de signaler les innovations les plus importantes que contient la Lex romana dans les parties qui intéressent l'histoire du Droit public et du Droit privé, afin d'arriver à une appréciation de l'influence que cette législation a pu exercer sur la civilisation du midi de la Gaule. On sait que les textes des Constitutions impériales et des Sentences de Paul sont accompagnés, dans ce recueil, de commentaires (interprelatiom) qui sont l'œuvre des compilateurs barbares. Ces commentaires font Tohjet principal du travail de M. Benech. Il en est un grand nombre qui ne sont pas purement explicatifs des textes et qui introduisent dans la législation romaine des changements propres à l'adapter aux mœurs et aux besoins des temps. On conçoit tout l'intérêt qu'ils offrent pour l'historien, qui y rencontre une manifestation du Droit, des institutions sociales et de l'esprit des populations gallo-romaines sous la domination des Yisigoths. M. Benech émet, dans ce travail , quelques idées qui lui sont propres. Il soutient, contrairement à l'opinion adoptée par M. Haënel (3) , et qui est assez généralement reçue en Allemagne, que quelques éléments du droit national visigoth, peu nombreux il est vrai, se sont introduits dans le Breviarium destiné aux sujets romains (4). Ce point intéressant touche à une controverse qui n'est pas encore en ce moment entièrement vidée, et qui porte sur la détermination de la date de l'ancien Code des Visigoths, dont M. Blume a publié des fragments d'après un palimpseste de la Bibliothèque impériale de Paris. M. Benech, en se fondant sur la chronique de saint Isidore et sur l'opinion de M. de Savigny et d'Hauteserre, admet que la première rédaction de kLexantiqua, souvent rapportée dans le Forum judicum, remonte au règne d'Euric (466-484) (5). M. Blume fait, au contraire, descendre la

(1) lex romana Visigothorum, md LXX71 librorum manu scriptorum fldem recogwrit, septem ejus antiquis Rpitomti, quœprœter duos adhuc ineditœ sunt, titulorum explanatione auxit, annotatione, appendicibtu , prologomenis instruxit Gustavus tioénel Upsiensis. Lipsiae, 1848, gr. in-4°.

(2) C'est a Toulouse , alors capitale de l'empire des Visigoths, que fat promulgué le Code romain d'Alaric II, le 4 des Nones de février de l'année 506, la xxn* du règne de ce prince. Y. Haihil, p. ti, note 1.

(3) Introduction à la Lex romana, p. XI.

(4) Voir ce rolume, p 600 et 611.

(5) Telle est également l'opinion émise par notre ancien collègue M. Batbie, actuellement professeor suppléant a la Facnlté de Paris, dans des Etude* savantes sur le Porum judicum, oo Fuero Juxgo des Yisigoths, insérées dans le Recueil de V Académie de législation de Toulouse, année 1856, p. 333.

rédaction de la Lex antiqua au règne de Reccarède Ier, postérieur de plus d'un demi-siècle (586-601) à celui d'Alaric II (1). Cette opinion excluerait la possibilité de l'influence de l'ancien Code national sur la Lex romana, et pourrait faire supposer l'inverse. Mais cette donnée de M. Blume a eu des contradicteurs en Allemagne et en France. M. de Pettigny vient récemment de l'attaquer dans un travail remarquable, où il s'efforce d'établir, en s'appuyant sur l'opinion de l'historien espagnol Mariana, que les rédactions de la Lex romana et de la Lex antiqua Vlsigothorum seraient contemporaines (2). Selon lui, Alaric 11 aurait, à la fois, fait rédiger deux Codes; l'un, dans lequel auraient été réunies les anciennes coutumes nationales desVisigotbs, et dont une partie se trouverait dans le Palimpseste de la Bibliothèque impériale de Paris; l'autre, destiné à ses sujets gallo-romains, la Lex romana rééditée par H. Haënel. Cette dernière opinion ne fournirait aucune objection contre le fait signalé de l'existence des traces du Droit des Yisigoths dans la Lex romana. M. Benech n'avait pas Y Antiqua legum coliectio de M. Blume. 11 y eût trouvé des textes qu'il eût pu invoquer avec avantage (3).

A ces travaux historiques sur la législation du moyen-âge, M. Benech avait joint des recherches sur les événements du XVIe siècle, dont nous avons déjà eu à constater les fruits. Il lisait, au sein de l'Académie des sciences de Toulouse, en 4854, un Mémoire très intéressant, dans lequel il évoquait des souvenirs qui se rattachaient aux lieux qui l'avaient vu naître. De Thon rapporte, dans son histoire, que le Parlement de Toulouse, à suite des menées des ligueurs, se divisa en deux parties en 1595 (4). Une partie, dominée encore par le duc de Joyeuse, resta à Toulouse, et l'autre partie, qui s'était prononcée en faveur de Henri IV, se retira à Castelsarrasin pour y administrer librement la

(1) Die Westgothiecht antiqua oder dos gesezbuch Reccared des ersten. Bruchstùcke eines Pariser palimpsesten herau$gtgeben von Friederich Blume. Bonn, 1817, in-8°, XXIV, 48 p.

(2) De Vorigine et des différente* rédactions de la Loi des Yisigoths, publié dans la Revue historique de Droit français et étranger, t. 1er (1855), p. 309 etsuiv.

(3) Notamment à l'appui de ce qa'il dit a la page 601 de ce volume, sur la nécessite de Técriture établie dans le Breviarium pour la preuve de la vente dont le prii est dû. On trouve a la p. 16 des fragments de l'ancien Gode publiés par M. Blume, la disposition suivante: « GGLXXXV1. Vendilio per scripturam fada plenam habeat finnitatem. Si etiam scriptura facta non fucrit, datum praHium testibus comprobetur et emptio habeat firmitatem. » Ce texte se trouve dans le Forum judicum sous la rubrique Antiqua, au liv. V, t. IV, c. 3, p. 67 de l'édition de l'Académie royale de Madrid. Petit in-folio, 1815.

(4) « Tolos» hocaano (1595) tumultualum est..., scisso studiis se m tu... iU ut alii, agmine facto, Tolos» excesserint, et castrum Saracenorum se contulerint. » J. A. Thuan., uistor., lib. CXIII, 14. Le pouvoir du roi Henri IV ne fut définitivement reconnu à- Toulouse qu'à suite de l'édit de Folembrai en 1596. V. D. Vaissetc, Histoire générale du Languedoc, liv. XLIr ch. 95 a 99, t. IX, p. 275 et suiv. de l'édit. de M. Du Mcpe.

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justice. C'est l'histoire de cet épisode de nos troubles politiques et religieux, que M. Benech a tracée dans cet écrit; qui a pour titre : La Cour du Parlement de Toulouse, séant à Castelsarrasin (1). On y trouve des détails historiques très intéressants, et il est suivi de neuf pièces justificatives jusqu'alors inédites, recueillies dans les anciennes archives de nos contrées.

Ces recherches dans les dépôts publics avaient encore fourni à M. Benech des documents pour une biographie intéressante de Pierre de Bcloy, conseiller du roi et avocat-général au Parlement de Toulouse (2). L'auteur y dépeint d'une manière heureuse une de ces grandes figures et un de ces nobles caractères qui apparurent parmi la magistrature française au sein des tourmentes de ce XVI* siècle, si fécond en grands événements et en grandes choses. Ce travail, remarquable par la forme et par l'élévation des idées, contient aussi, à sa suite, des pièces inédites qui ont de la valeur pour l'histoire des temps auxquels elles se réfèrent.

Il nous reste encore à mentionner une Notice historique sur Géraud de Moynard, conseiller au Parlement de Toulouse (3), et une Etude sur la femme romaine, lue 4 l'Académie des Jeux-Floraux, dont M. Benech était l'un des mainteneurs (4). Je ne dois pas, non plus, passer sous silence des Etudes sur les classiques latins appliquées au Droit civil romain (5). Ce travail, dans lequel l'auteur sait montrer le Droit en action au sein de la littérature romaine, atteste qu'il apportait à toutes ses lectures cet esprit d'investigation, d'étude et de critique qui le portait à rechercher partout ce qui pouvait toucher à la science qu'il cultivait.

Le Droit, c'était, en effet, sa vie entière, l'objet incessant et unique de ses pensées, la base sur laquelle reposaient son passé et toutes les espérances de son avenir. Il appartenait à celui en qui cette science était si profondément incarnée, d'avoir l'idée de fonder, dans la patrie du docte Cujas, une académie nouvelle qui lui serait consacrée. Je fus le confident de cette pensée, et je puis rendre témoignage du zèle et de la persévérance avec lesquels M. Benech en poursuivit la réalisation. Le concours empressé des hommes les plus recommandâmes de la ville de Toulouse ne lui fit pas défaut : l'Ecole, la Magistrature, le Barreau secondèrent la réalisation de ce projet. La nouvelle Académie vint

(1) Mémoires de V Académie impériale des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, IV« série, t IV (1854), p. 27.

(2) Insérée dans ce volume, p. 369.

(3) Insérée dans ce volume, p. 307.

(4) Insérée daos ce volume, p. 619.

(5) Etudes sur les classiques latins, appliquées au Droit civil romain. lre série : Us satiriques, Horace, Perse, Martial, Juvenal (Paris, 1853, 1 vol in-8°, 284 papes \

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compléter convenablement les autres sociétés savantes que possède Toulouse, et les adhésions des hommes les plus éminents de l'Europe cimentèrent bientôt cette nouvelle création.

Tous ces efforts de M. Benech avaient été couronnés de succès et l'avaient posé honorablement dans son pays. Il leur devait la croix de la Légion -d'Honneur, dont il avait été décoré en 1844; son entrée en qualité de mainteneur dans l'Académie des Jeux-Floraux, et en qualité d'associé ordinaire dans celle des Sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse; il leur devait encore la présidence du Conseil général du département de Tarn-et-Garonne, qui lui fut déférée pendant plusieurs années; sa promotion aux fonctions de premier adjoint de la ville de Toulouse. Il venait d'être investi de cette charge municipale , lorsque la nouvelle d'un événement aussi triste qu'inattendu se répandit tout à coup dans la ville, à l'administration de laquelle il était appelé : M. Benech

venait de mourir! Cette existence si remplie, et pour laquelle

l'horizon allait encore s'agrandir, était à jamais éteinte! En présence d'une fin si subite et si pleine d'afflictions, chacun eut le sentiment de la fragilité des choses humaines , et tous ceux qui connaissaient particulièrement M. Benech, lui donnèrent des regrets. Ses qualités personnelles et set mérites comme jurisconsulte, ont été éloquemment retracés dans des circonstances solennelles (1). J'ai voulu aussi, dans cette simple notice, fixer les souvenirs de sa vie scientifique et de ses travaux. Ses écrits, déjà si nombreux, et qui donnaient pour l'avenir des espérances que la mort est venue éteindre au sein de ses impénétrables mystères, seront, pendant longtemps, lus et. consultés. Ceux qui cultivent la science du Droit y trouveront' des documents précieux et des théories largement exposées. Les magistrats et les jurisconsultes , qui appliquent les lois, y rencontreront aussi des interprétations heureuses, une polémique habile et des solutions fécondes sur les difficultés que la pratique soulève dans les matières les plus importantes et les plus difficiles.

(1) Discours de M. Laferrière, inspecteur général de renseignement supérieur de l'ordre du Droit, lors de la rentrée solennelle des Facultés de l'Académie de Toulouse, au mois de novembre 1855. — Discours de M . Gaze , conseiller à la Cour impériale, a la séance do rentrée de l'Académie de législation du 5 décembre 1855 (Recueil de cette Académie, t. V, année 1856, p. 1). — Rapport de M. le conseiller Sacase, secrétaire-perpétuel de l'Académie de législation, lu a la séance publique du 3 août 1856 (même Recueil , au même volume, p. 370).

CUJAS ET TOULOUSE

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