LA. DATE DE L'ÉDIT DE JULIEN
Mais il est présentement possible d'écarter cette objection, d'établir l'antériorité de la codification en face des digesta tant par la preuve directe que l'ordre des digesta leur vient de l'édit codifié que peut-être par des preuves indépendantes.
Pour citer d'abord la preuve directe qui me paraît la plus décisive, on sait, maintenant, je crois, en quoi la forme de l'édit de Julien différait de celle de l'édit antérieur. L'édit antérieur se composait d'une partie principale où le préteur, parlant à la première personne, disait ce qu'il ferait, promettait d'accorder des actions, d'accorder des exceptions, de prescrire des stipulations prétoriennes, de prononcer des interdits ; puis de quatre appendices où il donnait les modèles concrets, les formules, des actions, desexceptions,des interdits et des stipulations. L'innovation essentielle de Julien a consisté à vider l'appendice des formules d'actions dans le corps de l'édit. Il a, sans toucher à l'ordre des matières de la partie principale ni aux trois appendices des formules d'exceptions, d'interdits et de stipulations, transporté dans la partie principale les formules d'actions, qu'il a placées au dessous des édits spéciaux qui les promettaient, quand c'étaient des actions promises par des édits, et dans le voisinage des édits relatifs à des matières analogues, quand il n'y avait pas d'édit les promettant. La preuve de cette diversité, la preuve que, dans l'édit antérieur à Julien, les formules d'actions n'étaient pas, comme dans le sien, dans le corps de l'édit, mais dans un appendice, est fournie par tous les débris qui nous restent des ouvrages sur l'édit antérieurs à Julien, où l'on ne trouve, à cause de cela, dans le commentaire ducorpsde l'édit, aucune mention des formules d'actions*.
bien pu être emprunté par l'édit aux digesta qu'à l'édit par les digesta est réfutée par ce fait que les digesta ont apporté une amélioration au plan de l'édit (p. 224, n. 1).
(1) V. une démonstration plus détaillée de cette idée, déjà émise par M..*Wlassak, Edict und Klageform, 1882, pp. 22-32, dans mes deux articles, N. II. H., XXV III, 1904, pp. 160-163 [reproduit plus loin, à la suite de celui-cij et Aus Rômischen und Bûrgerlichem Recht, Weimar, 1907, pp. 42-49 [reproduit plus haut, pp. 177-211]. Mon argumentation a con-
43 Or les digesta de Julien suivent un plan où, comme dans Tédit codifié, les formules d'actions se mêlent aux édits et où il ne reste dans les appendices que les formules d'exceptions, d'interdits et de stipulations.
Une autre raison indépendante de croire que Julien avait déjà fait sa rédaction officielle de l'édit avant d'écrire ses digesta a été signalée tout récemment !. Le jurisconsulte à peu près contemporain de Julien Pomponius, qui a, dans sa carrière, perpétuellement utilisé et cité les différents ouvrages de Julien, a écrit ses libri ad Sabinum avant que .lulien écrivît ses digesta; car les digesta de Julien ne sont pas cités dans les libri ad Sabinum de Pomponius et les libri ad Sabinum de Pomponius sont cités dans les digesta <le Julien. Or, dans cet ouvrage antérieur aux digesta de lulien et par conséquent à l'an 129, Pomponius commente déjà une clause bien connue comme ayant été insérée dans l'édil par Julien, la clausula nova de conjungendà cum emancipato liberis ejus ■.
vaincu MM. Koschaker, /. 8. St., XXIX, 1908. pp. 509-510; Erman. Zentralbhr -hnfu XXVIII, 1908-1909, p. 73; Kipp, Ge-
ÊOhichtê der Quellcn, 3. Aufl., 1909, p. 58; Adolf Berger, Zeitschr. de Gruenhut, XXVI, 1909, p. 215; Norden sur Mommsen, GesammelV: Schriften, VII, 1909, p. 213, n.*, et au moins «en partie ». M. de Francisci, Hendiconti delV Ist. Lombardo, «908, p. 444. Elle a été combattue par 11. Riccobono, Bull, di D. /?., XX, 1908, pp. 106-110, à l'aide d'objections qui ne me paraissent pas décisives. [Voir ma réponse, pp. 212-213J.
(1) Fitting, Alter der Schriften, 2. Aufl., 1908, p. X. L'argument est aussi indiqué par M. de Francisci, Rendiconti, 1908, p. 447. Mais M. Fitting l'a formulé le premier, croyons-nous, son livre nous paraissant avoir paru avant l'article, et l'a présenté d'une façon plus résolue.
(2) Pomponius, 4 ad Sab., D., 38, 6, 5, pr. se Ulpien, 40 ad éd., D., 37, 8, 1, pr. Cf. Marcello», 9 dig., D.. 37, 8, 3 (p. 214, n. 2); Ulpien, 41 ad éd.. Z),37, 9, I, 13:... namque natus solet patri ex novo edicto jungi. Bien qu'assis principalement sur un fait négatif, qui est l'absence de citations des digesta de Julien dans les débris qui nous ont été conservés des libri ad Sabinum de Pomponius, l'argument nous paraît solide à cause de la fréquence des citations des digesta dans les autres ouvrages de Pomponius. A l.i vérité, il y a une objection que n'a pas prévue M. Fitting. C'est que rationnellement, Julien pourrait avoir introduit la clause dans l'édit pendant sa préture avant d'être chargé à une époque postérieure de la codification; en sorte que la preuve de l'existence de la clause ne serait pas une preuve de l'existence de la codification. Et je ne crois même pas que, sur le terrain logique, l'objection puisse être directement écartée. Mais pratiquement, elle