LA LITTÉRATURE
Ce volume est uoe oonvelle édition, 1res soigneusement revisée et enrichie de nombreuses additions qui se traduisent jusque dans un léger remaniement du titre, delà mince brochure sur La date des écrits des jurisconsultes romains d Hadrien à Alexandre-Sévère publiée par M. Hermann Fittiug en 1860 en l'honneur du quatrième centenaire de l'Université de Baie 2. Rarement une réimpression fut mieux justifiée.
Le travail de M. Filting se rattache à des recherches avec les résultats immédiats desquelles nous sommes aujourd'hui si familiarisés qu'on en oublierait facilement Ja modernité. Ce serait une erreur et une injustice. Au temps où M. Filting publia sa première édition, on n'était peutêtre plus tout à fait à l'état d'esprit qui avait longtemps conduit, suivant une expression connue, à considérer les textes desjurisconsulles contenus dans les compilations de Justinien comme des choses fongibles, sans plus distinguer entre un fragment de Labéon et un fragment de Modestin
(1) [Compte rendu publié dans les Gôttingische gelehrte Anzeigen, 1910, n° 4, pp. 245-268, de l'ouvrage d'Hermann Fitting, Alter und Folge der Schriften rômischer Juristen von Iladrian bis Alexander. Zweite vôllig neue Bearbeitung. Max Niemeyer, Halle a. S., 1908, X,l30 pp. gr. in-80].
(2) Ueber das Alter der Schriften rômischer Juristen von Hadrian bis Alexander. Zur vierten Sàkularfeier der Universitàt Basel im Auflrage der juristischenFakultàt verfasst von Hermann Heinrioh Fitting , Dr. der Redite und ord. 6. Professor desrôm. Rechtes, Basel, 1860, IV, 55 pp. et une planche.
qu'entre deux pièces de monnaie ou entre deux boisseaux de blé ; mais l'histoire de la science du droit à Rome était à faire tout entière, aussi bien dans son ossature, qui est la chronologie desjurisconsultes et de leurs écrils,que dan chairmême, qui est la restitution de leursdoctrines, de leurprocédés de raisonnement et du plan de leurs ouvrages. Or, dans le premier ordre d'idées, pour la chronol' juridique, la brochure de 4860 marque une date : d'abord c'est elle qui a donné l'impulsion ; ensuite ellea été, durant une certaine période, un instrument de travail dont ceux 246 qui ont eu toujours a leur disposition les grands ouvi
d'aujourd'hui n'imagineront jamais combien l'usage a été intense. Ceux-là MNlli qui ont commencé à s'occuper de L'étude du droit romain il y a pldfl de \ingt-cinq à trente ans, quand OU n'avait encore ni la Palùtgénisiê de Lencl publiée en 1889, ni V Histoire des Sottm - du Droit liomain de Krueger, dont l'édition originale allemande parai en 1888, ni YEdictum Perpeêuum de Leoel dont la première édition est de 1883, ni même V Histoire du Droit Romain de Karlowa dont le premier fascicule fut publié en 18> savent combien de fois on avait alors l'occasion de recourir aux 55 pages et au tableau synoptique de Filtingcomplétés en 1870 par l'article de Mommsen sur la désignation des empereurs chez les jurisconsultes2 et en 1871 par la réponse de Fitling à Mommsenconlenue dansl'introduction de son Peculium Castre?tse2\ quel sentiment de reposant*sécurité on éprouvait à pouvoir recourir à cestravauxsolid» assis sur une utilisation méthodique des sources, au lieu
(!) Palingencsiaiuris civilix secundum auctores et libros disposuit Otto lAnel, 2 vol., Leipzig, 1888-1899. — Geschichte der Quellen und Litteratur des rômischen Rechls von Paul Krueger, Leipzig, I8è8 ; traduction française par Brissaud, Paris, 1894. — Das Edictum perpetuum von Otto Lenrl, Leipzig, 1883; traduction française par P. Peltier, 2 vol., Paris, 1901- 1903; 2. Aufl., Leipzig, 1908.— Bômische Rechtsgeschichte von Otto Karlowa, 2 vol., Leipzig, 1885-1902.
(2) Z. R. G., IX, 1870, pp. 97-116= Gesammelte Schriflen, II, 1905, pp. 155-171.
(3) H. Fitting, Das castrense Peculium in seiner geschichtlirhen Enti'-ickelung und heutigen gemeinrechtlichen Geltung, Halle, lb71, p. xxvni et ss.
d'être réduit aux allégations vagues et contradictoires, souvent inexactes et souvent gratuites, contenues dansa peu près toute la littérature plus ancienne ; combien aussi l'on regrettait, quand on avait à se renseigner sur quelque jurisconsulte antérieur aux Antonins ou postérieur aux Sévères, que la brochure et les études complémentaires provoquées par elle ne se fussent pas étendues à tous les jurisconsultes au lieu de s'enfermer entre Hadrien et Alexandre-Sévère.
Le volume de 1908 commence également à Hadrien et finit pareillement à Alexandre-Sévère; mais quant au reste, il a été si entièrement refait que c'est pour ainsi dire un livre nouveau. Même en tenant compte de la différence de formatde deux éditions, l'ouvrage a presque doublé décontenance, moins encore parce que, comme l'annonce son titre, il traite maintenant de Tordre de succession des écrits à côté de leur date positive de publication, qu'à raison de retendue plus grande imposée aux développements par l'extension de la littérature de la matière, qu'à raison aussi de l'ampleur nouvelle donnée par M. Fitting à l'exposition systématique de la théorie des procédés à employer 247 pour dater les œuvres de jurisconsultes. L'introduction de la première édition n'avait pas quatre pages ; elle a été remplacée par un chapitre spécial de vingt pages compactes dans lequel l'auteur examine les instruments des recherches à instituer avant de passer à ces recherches ellesmêmes, relativescomme dans la première édition à 23 jurisconsultes dont le premier est Julien et le dernier Modestin.
Nous suivrons son plan en nous occupant successivement de la partie théorique et de la partie pratique, des règles abstraites posées par M. Fitting et de ses solutions concrètes.
Malgré son étendue nouvelle, le chapitre théorique ne sera pas celui qui nous retiendra le plus longtemps. Il ne fait en somme en grande partie qu'exprimer des idées
déjà connues au sujet des polémiques engagées entre l'auteur et Mommsen sur les conclusions à tirer, pour la détermination de l'époque à laquelle ont été écrits les ouvrages des jurisconsultes, de la dénomination donnée aux empereurs dans ces ouvrages.
Le qualificatif divus joint au nom d'un empereur implique, comme on sait, que cet empereur est déjà mort. On sait aussi qu'il y a plus de difficultés sur le point de MTOÎrsi, à l'inverse, le nom à'tmpcrator donné à un prince implique qu'il soit au pouvoir au moment de la rédaction du texte. Mommsen Ta soutenu non sans bonnes raisons, mais eu «tant obligé d'admettre une assez grande quantité d'exceptions. M. Fitting le nie en m prévalant du nombre el de la diversité des exceptions. Mais il remarque luimême que celte divergence théorique n'entraîne pas dans les application! pratique! les différence! considérables qu'on pourrait croire, en sorte que la controverse, qui garde
portée aoctrioale, in Hue seulement eo quelques cas sa r la solution des problèmes à résoudre et que les explications données sur elle semblent lrè> suffisamment étendues.
On aurait eu plutôt le droit de désirer que M. Fitting insistât davantage sur d'autres procédés de mise en ordre des textes dont la théorie a été beaucoup moins étudiée, mais dont l'emploi empirique n'est pas moins fréquent.
L'observation du mode de qualification des empereurs est un des procédés qui servent à dater les textes. Il est donc utile et légitime d'en faire la théorie. Il ne serait pas moins légitime et il serait encore plus utile de chercher à l'aire la théorie des conclusions chronologiques qu'on tire continuellement, à des points de vue beaucoup plus variés, des tournures grammaticales diverses employées par les textes pour mentionner les personnages quelconques, en 248 particulier les jurisconsultes, qui y sont visés, des conclusions qui peuvent être tirées pour le classement des jurisconsultesde la façon dont ils se citent entre eux, ainsi, pour savoir si un jurisconsulte est mort ou vivant à l'époque où il est mentionné par un autre, des termes employés par le second pour parler du premier.
Il me semble que l'exposé dogmatique de M. Fittiog aurait pu facilement être rendu plus systématique et surtout plus complet sur ces questions.
A la vérité, M. Fitting a consacré, à raison de l'élargissement de son cadre, un nouveau paragraphe de son introduction aux procédés à l'aide desquels on peut déterminer quels ouvrages plus anciens sont mis à contribution dans un ouvrage plus nouveau et il y relève notamment un procédé pour distinguer, sinon toujours, au moins souvent, les citations prises directement aux sources et les citations faites de seconde main, procédé qu'il note être appliqué aux citations faites par Ulpien dans le bel article sur ce jurisconsulte donné par M. Jors à l'encyclopédie de Pauly-Wissowa • et qu'il blâme d'autres interprètes d'avoir ignoré. C'est l'indication contenue dans les premières et non dans les secondes, à côté du nom de l'auteur cité, du titre et du livre, ou tout au moins du livre de l'ouvrage cité — Julianus libro duodecimo digestornm ou Julianus libro duodecimo et non pas seulement Julianus. — Mais il y a là un instrument plus profitable pour la pénétration des procédés de travail d'un auteur ou pour l'appréciation de la valeur et de l'étendue de ses informations que pour l'amélioration de la chronologie positive des jurisconsultes et de leurs ouvrages.
De même M. Fitting s'explique, non pas au reste là, mais pour ainsi dire accidentellement, à un autre endroit, au cours de ses développements relatifs au mode de désignation des empereurs, sur une autre question qui rentre directement dans le cercle des problèmes chronologiques que soulèvent les citations de jurisconsultes faites par d'autres jurisconsultes : c'est sur la question, déjà agitée dans sa polémique avec Mommsen, de l'emploi fait par un jurisconsulte du terme noster pour en désigner un autre — Julianus noster, Scaevola noster. — M. Fitting pensait, contrairement à Mommsen, que cette qualification ne pouvait s'appliquer qu'à un jurisconsulte vivant. Il le pense
(1) Pauly-Wissowa, V, 1, 1903, v<> Domitius, pp. 1435-1509.
toujours et même il est piquant de remarquer que l'un des passages assez rares où le texte de la seconde édition reproduit purement et simplement celui de la première présente à ee sujet une contradiclion qui avait déjà été relevée jtt9 par Mommsen1. Après avoir posé le principe que le terme noster désigne toujours un jurisconsulte vivant . M. FittiQg invoque, dans la premier* de ses biographies. celle de Salvius JulianusJ, comme preuve que Julien était mort entre l'an 161 et Tan 469, sous Marc-Aurèle et L. Verus, une constitution de ces deux empereurs dans laquelle il e>l | n'eix' ment appelé amtCUi ■ noster*. Au fti
ri l'observation «le Mommsen souligne nue inadvertance de M. Fitiing, elle De lerail pas à elle seule une réfutation ;
Car H. Pilting aurait peut-être répondu, s'il avait sont:'
l'obsenralioo, qn'amiat* mister n'est pas la même cfe
que Julianus natter el doui ne sommes pas sûr que Julien fût mort au moment OÙ la constitution fut rendue, pas plufl d'ailleurs que nous ne sommes sur que jamais un jurisconsulte décédé n'ait pu être appelé noster. Mais, quand bien même cette règle d'interprétation serait d'une vérité absolue, elle ne toucherait encore qu'un groupe a^ restreint de textes OU d'auteurs.
Au contraire, pour ne rien dire de points plus a< soirée, il est un autre problème de la matière, — celui peut-être qui présente la plus large portée pratique; car, en simple statistique, il n'y en a pas qui soit soulevé par 00 plus grand nombre de textes, — qui n'est même pas% abordé dans l'inlroduclion de M. Fitiing pas plus d'ailleurs que dans aucun autre travail de droit romain et dont la discussion méthodique eut pourtant été là rigoureusement à sa place; c'est le problème des temps des verbes employés dans les citations.
(1) Z. R. G., IX, p. 116 = Gesammelte Schriften, II, p. 171.
(2) Alter der Schriften, 1860, pp. 2-3. Alter vnd Folge, 1S08, pp. 3-5.
(3) Aller, p. 7. Alter und Folge, p. 23.
(4) Rescrit cité par Ulpien, D., 37, 14, 17, jtr. : Plvrivm ctiam juris auctorum, sed et Sahi Juliarii amicij<c±tri clari&slmi viri har.c sentenlit m fuisse.
Quelles conclusions peut-on tirer quant à la vie ou à la mort d'un personnage, en particulier d'un jurisconsulte, du temps auquel est employé le verbe se rapportant à lui dans le texte qui le cite? Il n'est guère douteux que le présent (Julianus scribit, Juliano placet) s'applique indifféremment aux vivants et aux morts : un relevé matériel des textes qui citent Labéon au présent depuis le début du Principat jusqu'au temps des Sévères suffirait à le prouver. Mais faut-il admettre que le personnage est mort quand on parle de lui au parfait [Julianus scripsit, Juliano placuit), ou encore à l'imparfait (Juliano placebat, Julianus scribebat), ou enfin, comme il arrive plus rarement, au plus-que-parfait (Julianus scripserat, Juliano placuerat)?
C'est une question, qui n'est aucunement spéciale à l'histoire de la littérature juridique ni à l'histoire de la littérature; mais elle présente pour l'histoire de la littérature juridique, comme pour toutes les autres branches de l'histoire de la littérature, un intérêt extraordinaire qui se 230 présente par exemple beaucoup moins pour l'histoire politique, parce qu'il arrive très fréquemment qu'on ait moins de renseignements sur l'état civil des écrivains juridiques, scientifiques ou même littéraires que sur celui des souverains, des généraux ou des hommes politiques célèbres et qu'on soit en conséquence réduit, pour fixer approximativement la période dans laquelle s'est renfermée leur activité, aux indications indirectes fournies par les termes dans lesquels ont parlé d'eux d'autres écrivains du même ordre.
11 suffit d'ouvrir une histoire générale de la littérature latine, ou mieux encore une histoire d'une science déterminée, droit, grammaire, mathématiques, sciences naturelles, pour voir quel usage on fait ci cette fin de l'emploi <les parfaits et des imparfaits. Cela se comprend. Ce sont là des indices trop saillants et trop abondants pour que personne se détermine aisément à les négliger tant qu'on n'aura pasdémontré clairement l'impossibilité absolue d'en tirer une conclusion justifiée. Mais, d'autre part, pour que <:es indices puissent être utilisés d'une manière profitable
au lieu d'être, comme il arrive trop souvent aujourd'hui, arbitrairement misa contribution ou à l'écart selon qu'ils favorisent ou contrarient des idées préconçues, il faudrait que l'on eût d'abord établi, de la manière la plus exacte possible, les emplois faits des différents temps des verbes, aux différentes époques et chez les différents auteurs, pour des personnages que l'on sait déjà par d'autres témoignages être vivants ou morts au moment où les textes ont été écrits. Or, c'est un problème pour la solution duquel on D6 trouve pas grand chose dans la littérature général» et on De trouve rien dans la littérature juridique.
Pour le droit tout au moins, la lacune ne restera peutêtre pas trop longtemps sans être comblée ; car la question est tout à fait propre à devenir l'objet d'une de bonnes dissertations inaugurales, sobres et précises, plus utiles au progrès de la -cieiice que nombre de gros livres
à grandes phrases, comme il j en a depuis longtemps en Allemagne et coin me nous commençons à en avoir en France, et l'essentiel serait aussi forcément dit là-dessus dans la grammaire du latin des jurisconsultes qui serait le corrélatif logique de nos vocabulaires de la latinité juridique et dont la confection finira bien par tenter l'un des philologues au courant des choses du droit que possède notre époque. Mais, en attendant, on aurait dû avoir à ce sujet les explications de M. Fitting. On est d'autant plus mii pris de ne pas les reuconlrer dans l'introduction théorique mise en tète de son livre qu'il a lui-même usé de Fargumentqui conclut du passé dans une citation au décès du jurisconsulte cité et que cet argument a même été contesté tout récemment à propos de l'un des textes au sujet desquels il l'emploie.
£H En effet, M. Fitting invoque, après bien d'autres, dans
sa biographie de Julien, comme preuve que Julien était mort au moment où Marc-Aurèle et L. Verus écrivaient un rescrit dont nous avons parlé plus haut1, l'emploi fait par le rescrit de l'infinitif passé pour rapporter l'opinion du
(1) D., :n, 14, 17, pr. (p. 316, n. 4).
jurisconsulte (Juliani hanc sentenliam fuisse). Il invoque encore par exemple dans sa biographie de Sextus Caecilius Africanus comme preuve que le jurisconsulte mentionné par Aulu-Gelle était déjà mort au moment où écrivait Aulu-Gelle, l'emploi fait par ce dernier du passé pour dire que il lus tris fuit ». 11 fait peut-être encore ailleurs le même raisonnement. Or, au sujet du premier texte, un autre biographe de Julien M. Kornemann a résolument contesté l'argumentation2 en invoquant trois fragments du Digeste qui établiraient selon lui positivement l'emploi du passé pour un jurisconsulte vivant. Ces trois fragments qui lui paraissent avoir été écrits du vivant de Julien sont : un fragment de Gaius extrait de son traité de verborum obligationibus, où il dit que Julianus scripsit* ; un fragment des libri ftdeicommissorum d'Aburnius Yalens selon lequel Juliano placuit^ et un fragment extrait du livre 8 des fideicommissorum libri 16 de Maecianus qui porte que Celso et Juliano nostro placuit*.
En face de cela il aurait fallu à M. Fitting, pour maintenir sa doctrine, soutenir que les trois textes sont postérieurs au décès de Julien. Il ne l'a essayé pour aucun et il ne l'aurait pas pu pour tous. Il ne l'a essayé pour aucun; car, pour le faire, il aurait du dans sa seconde partie, précisément en partant de la désignation de Julien faîteau passé, les placer après l'an 161, date de lamortd'Antonin le Pieux et de l'avènement de Marc-Aurèle et L. Yerus au moment duquel Julien vivait encore cerlainemenl6, tandis qu'il place le traité de verborum obligationibus de Gaius après Tan 148, mais avant ou après la mort d'Antonin le Pieux, le traité de fidei commis sis d'Aburnius Valens dans les derniers temps d'Hadrien ou sous Antonin le Pieux et celui de Maecianus sous Antonin le Pieux. Il ne l'aurait pas pu pour le troisième; car Julien y est désigné de l'épi—
(i) Aulu-Gelle, 20, 1,1.
(2) Klio, VI, 1906, p. 183.
(3) Z)., 45, 3, 28, pr.
(6) V. plus loin la p. 322, n. 1.
thète noster qui ne peut suivant lui être appliquée qu'à un vivant. Ceux qui n'attachent pas au terme noster la même portée fatidique que M. Fitting le pourraient au contraire, s'ils ne se heurtaient à mi obstacle indépendant qui semble -•'»- plus solide. C'est au fait appuyé par AI. kornemann sur la seule autorité de Mommsen1, mais prouvé positivement par M. Fitting que Maecianui a écrit ses fideicmitmi rum libri — tout entiers, pcusciii .MM. Koroemaon et Fitting, en tout ou partie, dirons-nous — sous Antonio le Pieux qu'il appelle, au Witfi 7, Antonitius Auçustus Pius nusler J. Cependant il est à la rigueur possible, sans être assurément ni prouvé ni même très probable, que, comme d'autres outrages encore moins volumineux (ainsi les Institutes de Gains qui n'ont que quatre livres), les fideifimmissoriim lihri !(> de Maerianus aient été publiés en plusieurs fois. Alors le livre 7 pourrait avoir été publié sous Antonin le Pieux et le livre S a une époque du règne de M uv-Aurèle et L. Verus où Julien qu'il cite au ps «tait déjà mort. C'est pourquoi le système, infiniment plus pratiqué que démontré, qui considère la mort d'un jurisconsulte comme établie par sa citation au passé, ne nous paraît être positivement réfuté par aucun des trois textes de M. Kornemann ; mais cela montre combien il eut été souhaitable de voir M. Fitting poser explicitement, dans sa partie théorique, avec un matériel de renvois aux sources suffisamment complet, la question des conclusions précises à tirer de l'emploi des verbes fait soit au parfait, soit aussi du reste à l'imparfait, que certains considèrent comme un symptôme de décès encore plus sûr3, pour ne rien dire du plus-que-parfait dont l'usage est plus rare et subordonné à des circonstances propres.
(1) GesammeUe Schriften, II, p. 13, n. 18.
(2) £>., 40, 5, 42. V. Fitting, Alter und Folge. p. 44. Dans la 1*« édition, le texte était simplement relevé p. 15, et l'ouvrage signalé p. 16, comme se plaçant sans aucun doute sous Antonin le Pieux et peut-être pour les premiers livres sous Hadrien.
(3i V. en ce s.;ns C. Ferrini, Rendiconti del R. Istiluto Lombarde, XXIV, 1891, p. 564 ; P. de Francisci, même recueil, XL1, 1908, p. 461.
Dans la seconde partie, M. Fitting a rassemblé tout ce qu'on peut savoir chronologiquement de la vie et des œuvres de 23 jurisconsultes qui sont les mômes que dans la brochure de 1860, mais qui ne sont pas toujours rangés dans le même ordre que là et dont les notices ont été mises fort soigneusement au courant des travaux publiés dans l'intervalle. Les jurisconsultes sont dans l'ordre de la seconde édition : 1° Salvius Julianus, 2° Sextus Caecilius Africanus, 3° AburniusValens, 4° Sextus Pomponius, 5° Junius Mauricianus, 6° L. Volusius Maecianus, 7° Terentius Clemens, 8° Venuleius Saturninus, 9° Gaius, 10°UlpiusMarcellus, 11° Papirius Justus, 12° Q. Cervidius Scaevola, 13° Callistratus, 14° Aemilius Papinianus, 15° Tertullianus, 16° Arrius Menander, 17°Claudius Tryphoninus, 18° Julius Paulus, 19° Domitius 253 Ulpianus, 20° Licinnius Rufînus, 21° Aelius Marcianus, 22° Aemilius Macer, 23° Herennius Modestinus.
Ce serait une entreprise chimérique et superflue que de vouloir résumer ici sur les 23 jurisconsultes ce qui est dit, en termes plus clairs, avec un appareil de preuves plus complet, dans les 23 notices. Nous nous bornerons à relever quelques-uns des points qui nous paraissent le plus dignes d'attention ou le plus sujets à controverse.
Le premier nom de la liste, celui de Salvius Julianus, le directeur de l'école sabinienne, qui codifia l'édit prétorien sous Hadrien, rappelle un des plus solides et des plus brillants résultats dus à l'ouvrage de M. Fitting : la découverte du mode et des termes de publication du principal ouvrage de Julien, de ses digesta en 90 livres. M. Fitting avait établi, en 1860, qu'en dehors d'ouvrages moins importants, probablement publiés sous Hadrien, Julien avait publié ses digesta en plusieurs fois : les livres 1 à 6 avant Fan 129, date du sénatus-consulte Juventien sur la pétition d'hérédité, qui est bien connu dans le livre 60, mais qui ne l'est pas dans le livre 6 ; le livre 27 encore
Girard. 21
sous Hadrien, donc avant la fin de 138 ; le livre 42 après leconsulat de Julien que M. Fitting plaçait à la suite de Borghesi en l'an 148, mais dont la date ne paraissait pourtant pas encore assurée en face de sérieuses objections formulées notamment par Mommsen; le livre 04 g Antonin le Pieux, donc entre 138 et 161 ; enfin le livre 90 encore sous Antonin le Pieux, donc avant 161.
Depuis, la biographie de Julien a été éclairée par la trouvaille faite en 1899 de la célèbre inscription tunisienne de Souk-el-Abiod \ qui atteste qu'il fut, sous Marc AunMe et L. Verus, d'abord légat d'Espagne citérieure, puis proconsul d'Afrique et qui, d'après les intervalles alors ménagés entre le consulat et le proconsulat d'Afrique, conduit, de l'aveu de Mommsen, à reconnaître le jurisconsulte Julien dans le consul de l'an 148, ce qui confirme le schéma des périodes de publication des diyesta dressé par M. Fitting dans celui de Wfl termes qui semblail le pluincertain. Ce ne sont pas seulement les livres 64 à 90 qui ont été* écrits entre 138 et 161 ,ce sont les livres 42 à 90 qui ont été écrits entre 148 et 161. Cela ne paraît pas douteux aujourd'hui; mais M. Fitting l'avait pensé dès 1860. 254 C'est en revanche seulement dans l'édition de 1908, et même dans une addition faite à la dernière heure à son avant-propos, que M. Fitting a signalé une autre idée intéressante pour la chronologie de la vie de Julien et pour la détermination de l'époque où il codifia l'édit prétorien : à savoir que Julien avait déjà codifié l'édit quand il commença la rédaction de ses digesta, attendu qu'ils paraissent postérieurs aux libri ad Sabinum de Pomponius qui connaissent pourtant déjà une clause ajoutée à l'édit par Julien lors de la codification : la clausula nova de conjuiigendi*
(1) P. Gauckler, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1899, pp. 366-374. Th. Mommsen, Z. S. St., XXIII, 1902, pp. 54-60= Gesammelte Schriften, II, pp. 1-6. Les travaux assez nombreux sur la biographie de Julien qu'a provoqués cette inscription sont relevés, pour la plupart, par M. Fitting. Il faut pourtant ajouter à sa liste ceux de Kornemann, Klio, VI, 1906, pp. 178-184; Kalb, Iahresberichte de Bursian, CXXXIV, 1907, pp. 57- 61, 119 et P. de Francisci, Rendiconti del R. Istituto Lombardo, XLI, 1908, pp. 442-464. [V. aussi plus haut les pp. 239-248].
cum emancipato liberis ejusi ; ce qui conduit M. Fittiog à décider que la codification faite sous Hadrien avant les libri ad Sabinum de Pomponius antérieurs aux digesta de Julien eux-mêmes antérieurs au sénatus-consulte Juventien de 129 aurait eu lieu très peu de temps après l'avènement d'Hadrien. J'ai dit tout récemment ailleurs2 comment l'antériorité de la codification aux digesta peut encore être appuyée par un autre argument qui me semble plus décisif et comment d'autres considérations me paraissent permettre d'enfermer la date de la réforme entre des termes extrêmes plus précis.
Le n° 2, Sextus Caecilius Africanus, élève connu de Julien, a laissé des quaestionum libri 9 que M. Filting plaçait dans sa première édition et place encore dans la seconde, bien qu'en termes un peu moins tranchants, à la fin du règne d'Hadrien ou au début de celui d'Antonin le Pieux; mais, suivant une idée, déjà émise. par Cujas et mieux démontrée de notre temps 3, que M. Fitting ne mentionnait pas dans sa première édition et qu'il signale a\ec raison dans la seconde comme généralement admise aujourd'hui, les quaestiones d'Africain ne sont guère qu'une sorte de complément des œuvres de Julien, un recueil des opinions exprimées oralement par Julien devant ses élèves, un recueil de ses conversations savantes comparable sinon aux entretiens de Goethe et d'Eckermann ou aux propos de table d'autres hommes célèbres, du moins aux digesta d'Alfenus Yarus qui sont aussi, pour une forte part, un recueil des opinions émises par Ser. Sulpicius en présence de ses disciples; cela rend, me semble-t-il, vraisemblable la doctrine de M. Paul Krueger selon laquelle Africain n'a pu se permettre cette publication qu'après la mort de Julien, donc à une époque sensiblement postérieure à l'avènement de Marc Aurèle et 255
(i) Pomponius, 4 ad Sabinum, Z)., 38, 6, 5, rapproché de Marcellus, 9 dig., Z)., 37, 8, 3. V. Fitting, p. x.
(2) La date de l'édit de Salvius Julianus, N. H. H., 1910, pp. 5-40 [article reproduit plus haut, pp. 214-248].
(3) V. H. Buhl, Salvius Julianus, I, Heidelberg, 1886, pp. 67-85 et auparavant Z. S. St., II, 1881, pp. 180-199.
L. Verus sous lesquels Julien eut encore le temps d'être légat d'Espagne eitérieure et proconsul d'Afrique.
Aburnius Valens, L. Fulvius Ahurnius Valens, désigné dans la première édition du nom d'Aburius Valens que nous relevons seulement pour montrer dans quel étal lamentable étaient les recherches relativesà la biographie des jurisconsultes avant le réveil dont M. Fitting a été l'un des promoteurs, est connu par une inscription ' dont M. Fitting relate un peu elliptiquement le sens en écrivant, après d'autres qu'il est né aux environs de l'an 100; sur laquelle il eût mieux renseigné ses lecteurs en disant qu'il était encore fort jeune en Tau 118 où l'empereur lïilrien, alors consul, lui confia les fonctions de préfet des fêtes latines conférées d'ordinaire sous le Principat à de tout jeunes gens de bonne famille. Le seul ouvrage de lui dont on ait des extraits est un traité des fidéicommis en sept livres postérieur à l'avènenn'iit <1 Hadrien et ta la publication du livre 39 des digesta de Julien. M. Fitting place cet auteur, dans l'édition actuelle, sous le n° 3, entre Africain et Pomponius, comme au reste il le plaçait dans la première édition, sous le même numéro, entre Pomponius et Africain. En chronologie rigoureuse, il devrait être en tête des jurisconsultes étudiés, avant Pomponius et Africain et avant Julien lui-même; car rien n'indique que la carrière d'aucun des trois ait commencé avant la sienne et il est celui sur l'existence duquel les témoignages s'arrêtent le plus tôt : aucun qui conduise au delà du règne d'Hadrien 2, tandis qu'Africain que nous croyons avoir écrit sous Marc Aurèle et L. Yerus ne peut en tout cas être placé avant son maître Julien, que Pomponius a encore écrit sous
(1) L'inscription, pour laquelle M. Fitting renvoie au recueil ancien d'Orelli, n° 3153, est aujourd'hui reproduite dans le C. /. L., VI, 1421, et dans le recueil de M. Dessau, d° 1051 [et plus haut, p. 237, n. 1],
(2) On a, pour soutenir qu'il aurait fait partie du conseil impérial sous Antonin le Pieux, corrigé dans la liste de la Vita Pu, 14, 2, les mots Salvio Valente en Fulvio Valente (Mommsen, Gesammelte Schriften, II, 1905, p. 13, n. 21) ou en Salvio Juliano, Fuloio Valente (éd. H. Peter ; mais ces corrections paraissent d'autant moins justifiées que l'on trouve au Digeste le nom de Salvius Valens comme destinataire d'un rescrit d'Anto-, nin le Pieux ([)., 48, 2, 7, 2).
Marc Aurèle et L. Venis et que Julien était toujours vivant à leur avènement1.
Pour le n° 6, L. Yolusius Maecianus, probablement élève de Julien qu'il appelle Julianus noster, maître de droit du futur empereur Marc Aurèle sous Antonin le Pieux, membre du conseil impérial sous Antonin le Pieux et peut-être sous Marc Aurèle et L. Yerus, auteur d'ouvrages sur les fidéicommis, les judicia publica et la loi rhodienne et du petit morceau sur ï assis distribution 256 M. Fitting admet, dans la deuxième édition comme dans la première, la conjecture, tirée par Rudorff de passages de l'Histoire auguste, suivant laquelle ce jurisconsulte aurait péri comme juridicu s Aie xandriae en Egypte en Tan 175 après avoir participé à la sédition d'Avidius Cassius2. Cette conjecture est devenue matériellement insoutenable, depuis que l'on sait par un papyrus que Volusius Maecianus avait occupé dès l'an 161 les fonctions plus élevées de préfet d'Egypte3.
C'est pour nous une autre surprise de voir, dans la notice approfondie consacrée sous le n° 9 au contemporain des Antonins Gaius, M. Fitting persister à soutenir que les ouvrages de ce jurisconsulte d'histoire singulière, infiniment plus connu de notre temps qu'il ne le fut sans doute du sien, auraient été mis directement à contribution par les jurisconsultes du temps des Sévères Ulpien et Paul, qu'en particulier ses Institutes auraient servi de modèle aux regulae d'Ulpien. S'il est un point que les recherches modernes nous paraissent avoir mis en éclatante lumière, c'est l'ignorance radicale, absolue, de Gaius et de ses œuvres dans laquelle sont demeurés tous les jurisconsultes.
(1) Le texte de Pomponius, p. 331, n. 4, éveille même l'idée d'une carrière commencée plus tôt que celle de Julien.
(2) Vita.Marcl,2'b, 4. Vita Avidii Cassii, 7, 4.
(3) Papyrus de Genève, n° 35, dans Nicole, Papyrus de Genève, I, 2" livraisou, 1900, pp. 46-47. V. Stein, Archiv f. Papyrusforschung, 1, 190i,p. 447. V. encore le papyrus de Berlin, B. G. U., 613, qui avait déjà révélé auparavant la préfecture de Maecianus sans Ja dater aussi précisément (cf. Stein, Hermès, 31, 1897, p. 664 et les renvois) et depuis le papyrus d'Oxyrhynchos, P. Oxy. III, 653, publié en 1903.
Pas un seul ne le cite une seule fois ni de son vivant, ni après sa mort, jusqu'au jour où ce professeur obscur dont les ouvrages avaient probablement d'abord pénétré dans l'enseignement des misérables écoles provinciales postérieures à Constantin apparaît en 426 avec Papinien, Paul, Ulpien et Modestin comme une des cinq autorités de la fameuse Loi des citations. Le hasard qui nous a transmis dans le palimpseste de Vérone, plus complètement qu'aucun autre monument de la littérature juridique de Rome, le livre élémentaire écrit par cet auteur de second ordre sur un plan suivi avant et après lui dans d'autres ouvrages, a provoqué l'illusion d'optique qui a fait prendre, au lendemain de sa découverte, l'ouvrage de Gaius pour Le modèle de l'ouvrage d'Ulpien écrit >ur le même plan et connu depuis le xvT siècle par l'abrégé qui s'en Irotnre dans le manuscrit 1128 du fonds de la reine Christine; mais, depuis qu'il est établi que ce plan, loin d'avoir été inventé par Gains, etl un plan traditionnel dont Gaius n'a même pas bien compris toutes les subdivisions1, il n'y a 257 pas de raison de rattacher la similitude apparente des Institues de Gaius et des Règles d'Ulpien à un emprunt de l'un à l'autre plutôt qu'à un emprunt de tous deui à une source commune. Il y a encore moins lieu de conclure, de concordances beaucoup moins nettes, que Paul et Ulpien se soient, dans d'autres ouvrages, donné la peine de piller un auteur aussi ignoré. En particulier, pour les libri adedictum d'Ulpien où M. Fitting croit trouver des emprunts aux libri ad e di et um provinciale de Gaius, Ulpien, qui accumule là, souvent de seconde main, tant de noms d'auteurs et d'ouvrages, n'aurait pas manqué d'enrichir sa bibliographie du titre original de cet écrit d'un écrivain
(i) V. à ce sujet P. Krueger, Geschichte der Quellen, p. 189 et tr. fr., p. 252 ; A. Pernice,Z. S. St., IX, 1888, p. 120; Girard, Textes de droit romain, 3« éd., 1903, p. 203; Kuebler, dans Pauly-VYissowa, \° Gaius. Celte prémisse, qui ne semble plus contestée, me parait commander la conclusion qui en est tirée au texte. Mais la conclusion est loin d'être adoptée par tous ceux qui admettent la prémisse. Voy. en ce sens AVT. Kalb, Roms Juristen nach ihrer Sprache dargestellt, 1890, p. 77 et Iahresberichte de Bursian, CIX, 1901, p. 38 et s.; Girard, Textes, p. 203.
peu connu s'il avait lu ou seulement connu l'ouvrage de Gaius.
Sur le n° 10, Marcellus, membre du conseil impérial sous Antonin le Pieux et Marc Aurèle, auteur de digesta publiés sous Marc Aurèle et L. Verus, M. Fitting remarque qu'il est probablement le L. Ulpius Marcellus signalé comme ayant été légat de Pannonie inférieure par une inscription que lui rapporiait déjà M. Paul Krueger et comme ayant été gouverneur de Bretagne sous Commode par un texte de Dion que le même auteur considérait comme lui étant étranger1. Il aurait été bon de dire en outre que son gouvernement de Bretagne est encore mentionné, d'abord sous Marc Aurèle et Commode, puis sous Commode, par deux inscriptions qui ne sont pas citées dans les ouvrages de droit, mais qui le sont dans la Prosog raphia imper ii Romani* .
Parmi les jurisconsultes du temps des Sévères, M. Fitting plaçait Ulpien avant Paul dans l'ancienne édition. Dans la nouvelle, il met Paul le premier sous le n° 18 et Ulpien le second sous le n° 19. C'est avec raison, croyonsnous, pour des motifs qu'il serait long et peu nouveau de développer ici.
M. Fitting se montre aussi plus soucieux de la vérité chronologique que dans la précédente édition en plaçant sous le n°20, après Paul et Ulpien, l'élève de Paul Licinnius Rufinus, auteur de regulae en 12 ou 13 livres, qu'il 258 plaçait auparavant avant eux entre Tertullien et Arrius Menander sous le n° 17. Il fait bien de renvoyer pour les inscriptions qui le concernent à une note récente de M. Dessau3. Il eût encore mieux fait de dire le contenu de cette note et même d'exposer les conséquences que M. Dessau a omis de développer explicitement, mais qui résultent nécessairement de là pour le nom et la carrière
(1) C. I. L., 111,3307. Dion, 72, 8. Cf. P. Krueger, p. 192, n. 1 et tr. fr., p. 256, n. 6.
(2) Prosopographia imperii Romani, III, 1898, p. 461, n° 557. Les inscriptions sont, la première au C. I. L. VII, 504, et la seconde dans Gagnât, Année épigraphique, 1898, n° 35.
(3) Z. S. St., XXVII, 1906, p. 420.
du jurisconsulte. Dans sa note brève et rempli»:, If. Dessau signale une inscription découverte à Salonique en 4906 et dédiée par un certain Claudius Menon, qu'il dit déjà connu par d'autres inscriptions du début du m0 siècle1, à un certain Licinnius Rufinus que Menon appelle xbi KpdrnoTOv xal \a\kvpbxono\ m tacarttxov et il
la rapporte au jurisconsulle Licinnius Rufinus auquel il rattache en conséquence également des inscriptions de Thyalira dans la province d'Asie dédiées a M. (inaeus LicinniusRufinu> l '/.zy.-zi-y-z: ; toB Ztfamtà '. Il
résulte de là que le juriconsulte s'appelait non pa> Licinius, comme M. Piltiog l'écrivait dans sa première édition, mais Licinnius, comme il fait dans la seconde sans dire pourquoi; ensuite, quoique M. Fittiog ne Le dise pas, qu'il s'appelait de son nom complet Al. (inaeus Licinnius Rufinus; enfin, quoique M. Fitting ne le dise pas davantage, que ce personnage, qui n'était jusqu'à présent connu que comme écrivain juridique, n'a pas été seulement très versé dans les lois, ainsi que dit l'inscription de Salonique, mais consulaire, ainsi que disent à la fois l'inscription de Salonique et celles de Thyalira et même en outre, d'après deux de celles de Thyalira, honoré du titre d'ami du prince, qu'il a donc été, en laissant ce dernier point, consul à une date antérieure aux inscriptions et ensuite, à une date antérieure ou contemporaine, gouverneur d'une province impériale consulaire qui ne peut être la province sénatoriale d'Asie où ont été trouvées les inscriptions de Thyatira, mais qui peut être parfaitement la province impériale consulaire de Macédoine où a été trouvée l'inscription de Salonique.
11 ne serait pas malaisé de multiplier ces observations qui ne sont pas toutes à beaucoup près des critiques ; mais
(i) C. I. Gr., 3499.3500. Mittheilungen d. deutsch. arch. Inst. in Athen, XXVII, 1902, p. 269.
(2) Licinnius Rufinus figure en conséquence, sans y être identifié avec le jurisconsulte, dans les listes d'amici principis données par Friedlaender Sittengeschiçhie, 7, 6 Aufl., 1888, p. 219 [et encore, 8 Aufl., 1910, p. 222] où il note sur lui que Borghesi plaçait son consulat sous Alexandre Sévère et par Ciccotti, Dizionario epigrafico de De Ruggiero, I, 1886, p. 448, qui le met sous Alexandre Sévère.
elles seraient toutes des critiques que la valeur de l'ouvrage n'en serait pas atteinte. Après avoir été un instrument de 259 travail très précieux et très employé, la brochure de 4860 ne gardait plus guère, en face d'ouvrages plus récents, que le mérite historique, au reste assez rare, de marquer une date dans l'étude scientifique du droit romain. Le petit volume de 1908 appartient à la littérature vivante. Il devra être consulté sur chacun des personnages dont il traite, à côté des ouvrages généraux et des spéciaux, aussi bien des monographies comme celles de Costa sur Papinien1 et les articles de Jôrs sur lui, sur Ulpien et sur Scaevola2, que de la Palingenesia de Lenel, de YHistoire des Sources de Krueger et de la courte Histoire des Sources de Kipp3, qui, avec sa troisième édition de 1909, se retrouve encore une fois l'ouvrage le plus récent de la matière. Car, quelles que soient les solutions qu'il adopte, il fournit, pour dater les ouvrages des auteurs dont il traite, des renseignements qui sont rarement moins complets et qui sont souvent plus étendus que ceux donnés partout ailleurs.
Notre plus grand chagrin est que ces ouvrages et ces auteurs ne soient pas plus nombreux. On a le droit de critiquer le livre de M. Fitting parce qu'il ne parle pas de tous les jurisconsultes dont il paraîtrait devoir traiter d'après son titre* et surtout on doit regretter très profondément qu'il n'ait pas voulu parler des jurisconsultes exclus par son titre.
1. D'abord il va des noms dont on ne comprend pas bien pourquoi ils sont omis dans l'ouvrage de M. Fitting; car les 23 jurisconsultes qu'étudie M. Fitting ne sont pas les
(1) Papiniano, 4 vol., Bologna, 1894-1899.
(2) Pauly-Wissowa, III, 1, 1893, v A emilius, pp. 572-575; III, 2, 1899r v« Cervidius, pp. 1988-1993: VI, 2, 1903, v<> Bomitius, pp. 1435-1509.
(3) Geschichte der Quellen d. rômischen Rechts, 3. Aufl., 1909. V. aussi la Stûria délie fonti del diritto romano de M. Emilio Costa parue presque en même temps en 1909.
(4) [A la vérité, le titre de M. Fitting annonce littéralement l'étude de la date des éciits de jurisconsultes et non pas des écrits de tous les jurisconsultes placés entre les Antonins et les Sévères. Mais nous ne pensons pas que cela diminue beaucoup ni la surprise, ni les regrets causés par les- ■omissions que nous signalons].
seuls dont on rencontre des ouvrages à dater entre L'are' nement d'Iiadrien et la mort d'Aleiandre Sévère.
Ainsi, avant la mort d'Alexandre Séfère, on ne comprend pas pourquoi on ne trouve pas de notice sur Florentinus, l'auteur d'un traité dlnslitutes en 12 livres écrit après la mort d'Anlonin le Pieux sur un plan différent de celui de Gaius, que la table des ouvrages mis à eonlrilmtion pour le Digeste conserfée par le manuscrit de Florence place entre Seaevola et (iaius. Si M. Filting le place, cou traire ment à l'opinion commune et à l'indice résultant de cette table, à une époque postérieure ta la mort d'Alexandre S<'-\. n- il aurait dû le dire. De même, ee qui
260 peut être dit sur le jurisconsulte Julius Aquila placé dans le même indei entre Marcien et Modestie sous le nom de
Gallus Aquila, nVsl pal l'ien long, mai» .M. Fittiug aurait dû le dire, à moins qu'il ne considère Aquila comme postérieur à Alexandre Sévère, auquel cas il eût dû tout au moins donner ses raison-.
De même encore, au début de la période, certains Lonneront peut-être de ne rien trouver sur Sextus Pedius, l'auteur d'un commentaire sur l'édit cité par Paul et par Ulpien, qui est placé par MM. Paul Kroeger et Kipp entre, les digesta de Julien et les libri ad edictum de Pomponius. C'est peut-être parce que M. Fitting le considère comme ayant écrit au 1er siècle, sous les Flaviens, ses libri ad edictum qui acquièrent alors un intérêt tout particulier en qualité de commentaire de l'édit antérieur à la codification de Julien. C'est la doctrine que nous croyons la meilleure1; mais il aurait fallu la justifier pour justifier du même coup l'omission de Pedius.
M. Fitting aurait dû encore parler, pour l'exclure ou pour l'admettre, d'un autre jurisconsulte: c'est du Sabinien Javolenus Priscus, le maître de Julien. On suppose à peu près unanimement que Javolenus, qui vivait encore en l'an 106 ou 107 où Pline le Jeune parle de lui dans une
(1) N. R. H., J1904, p. 158, n. 1. Aus Iiomischem und Bûrgerlichem Recht, Weimar, 1907, p. 42, a. 4 [V. plus haut, pp. 177, n. 2 el 299, n. i]m
de ses lettres1, serait mort sous Trajan, donc entre 107 et 117, parce que, d'après divers témoignages épigraphiques2, il fut, dans le cours du Ier siècle, successivement commandant de plusieurs légions, gouverneur de Bretagne, gouverneur consulaire de Germanie supérieure en l'an 90, puis gouverneur de Syrie et enfin proconsul d'Afrique et que cela rejette sa naissance h une date assez précoce du même siècle, — ce qui serait un argument pour l'exclusion. — Mais ce ne sont là que des probabilités qui doivent s'effacer devant les faits positifs. Or la petite histoire du droit écrite par Pomponius sous Hadrien3 fournit en faveur de son existence après l'avènement d'Hadrien un argument considérable que je m'étonne de ne pas avoir trouvé signalé. Elle rapporlequ'il a été remplacé dans la direction de l'école des Sabiniens par Aburnius ValensetTuscianusetpar SalviusJulianus : Javoleno Prisco [successerunt) Aburnius Valens et Tuscianus, item Salvius 261 JulianusK. Gela peut vouloir dire qu'il a eu pour successeurs les trois à la fois, ou encore qu'il fut remplacé par Aburnius Valens et Tuscianus qui le furent eux-mêmes par Julien, beaucoup plus difficilement qu'il ait été remplacé par Aburnius Valens après lequel serait venu Tuscianus. Cela ne permet pas qu'il ait quitté la direction de l'école avant l'entrée en exercice d'Aburnius Valens. Mais, si on se rappelle que ce personnage était sans doute encore un tout jeune homme quand Hadrien le choisissait en 118 comme préfet des fêtes latines5, on jugera que c'est plutôt avant qu'après cette préfecture qu'il a pu être appelé, seul ou en participation, à la direction d'un grand établissement d'enseignement supérieur; que par conséquent
(1) Pline, Ep., 6, 15. Sur la date, v. l'étude de xMommsen sur Pline, aujourd'hui reproduite Gesammelte Schriften, IV, 1906, p. 384, qui place le livre 6 en 106-107. Le système de M. Asbach, qui place les livres 5 à 9 en 106-109, ne conduirait pas ici à des conclusions bien différentes.
(2) Us sont relevés dans la Prosopographia, III, p. 428, n° 40. Ajouter l'inscription de Tebessa, Mélanges de Rome, 1908, pp. 341-344.
(3) Pomponius, Enchiridii liber singularis, D., 1, 2, 2. La date résulte des mots du § 49 optimus princeps Hadrianus.
Javolenus n'a quitté cette direction qu'à une époque sensiblement postérieure à l'avènement d'Hadrien, a encore été sous Hadrien un jurisconsulte vivant et pratiquant, — ce qui aurait été une raison pour que M. Fitting l'admît sur sa liste.
Enfin, il esldeux exclusions qui me semblent absolument injustifiables et dont la seconde est plus fâcheuse que toutes tes autres ensemble. Ce sont celles de Neratius Priscus et de Celsus Films, Juventiu- Cohofl le fils, le grand jurisconsulte proculien contemporain et rival de Julien. Non seulement iNeratius vivait certainement sous Hadrien du conseil duquel il faisait partie d'après l'Histoire auguste1 ; mais l'existence et l'activité scientifique de tous deux sous Hadrien sont attestées positivement par Pomponius, car il finit sa liste des chefs des deux écoles par les chefs en exercice au moment où il écrit, a savoir précisément par Celse et Neratius pour les Proculiens et par Julien pour les Sahiniens*. Le livre de .M. Fitting aurait dû contenir des notices sur les deux et celle sur Celse était particulièrement désirable, parce que la biographie de ce jurisconsulte est une de celles qui ont été jusqu'à présent étudiées le moins soigneusement, parce qu'elle soulève un certain nombre de problèmes généraux et spéciaux qui ne sont que très imparfaitement énoncés même dans les ouvrages les plus complets.
Je n'en cite qu'un que M. Fitting eût inévitablement rencontré en faisant, dans sa notice sur Celse, le relevé des auteurs cités par Celse et des auteurs qui le citent. M. Fitting aurait, d'après les principes que nous l'avons vu suivre, 262 nécessairement conclu de la façon dont Celse est cité dans certains passages des livres 11 et 15 des libri ad Sabinum de Pomponius {Celsus filins aiebat, Celsus filius puiabat3)
(i) Vita Hadriani, 18.
(2) 2)., 1, 2, 2, 53, avant les mots cités p. 331, n. 3 : Patri Celso tuccesserunt) Celsus filius et Priscus Neratius, qui utrique consules fuerunt, Celsus quidem et iterum.
(3) Pomponius, 11 ad Sabinum, D., 21, 2, 29: Celsus filius aiebat. Z>., 43, 6, 13, 2 : Celsus filius aiebat; 15 ad Sabinum, D., 18, 5, 1 : Cehus filius putabat.
que Celse était déjà mort au moment où Pomponius écrivait cet ouvrage1; mais, d'autre part, M. Fitting estime, avons-nous vu, que Pomponius a écrit ses libriad Sabinum avant le commencement de la publication du digeste de Julien, donc avant le sénatus-consulte Juventien de l'an 129 : alors le jurisconsulte Celse ne peut pas, comme on l'admet aujourd'hui communément sans indiquer même la possibilité de controverses, être le consul P. Juventius Celsus Titius Aufidius Oenus Severianus duquel le sénatusconsulte Juventien tire son nom2. Nous ne disons pas que la doctrine soit insoutenable : elle a été déjà émise par l'auteur italien Ferrini en corrélation avec une autre idée infiniment moins admissible à notre sens suivant laquelle Celse aurait écrit ses digesta avant et non après la codification de l'édil faite par Julien3 et elle pourrait être appuyée par des arguments qu'il n'a pas donnés. Mais on aurait aimé à voir M. Fitting s'expliquer sur ce point, s'expliquer aussi sur la date de confection des digesta de Celse comme il l'a fait sur celle des digesta de Julien, enfin entreprendre l'examen critique de cette biographie conventionnelle de Celse dans laquelle nous venons de voir qu'il y a peut-être lieu d'exclure le sénatus-consulte Juventien et de placer son second consulat avant 129, dans laquelle il y a peut-être lieu d'éliminer d'autres traits: la participation à une conjuration contre Domitien pour laquelle on lui rapporte le texte de Dion parlant d'un certain Celsus*,
(1) Des textes extraits des livres 3 (Z)., 28, 5, 27), 5 (Z).,, 45, 1, 14), 6 (Z)., 34,3, 2), 9 (Z)., 18, 1, 4; 6, pr.) selon lesquels Celsus ait, putat, pourraient ■donner l'idée de raffiner en disant que Pomponius a écrit les livres 1 à 9 du vivant de Gelse et les livres 11 et suivants après sa mort. Ce n'est pas impossible. Mais il faudrait alors aussi remarquer que Pomponius cite de nouveau Celse au présent dans ses livres 22 (Z)., 12, 6, 19, 4), 26 (Z)., 23, 4, 10) et 31 (Z)., 41, 1, 30, 1). Ainsi que nous avous déjà dit, le présent s'emploie également pour les vivants et les morts.
(2) Z)., 5, 3, 20, 6, où l'on corrige ordinairement Titius en Titus et Oenus •en Oenius ou Boenius.
(3) Rendiconti delV Jst. Lomb., XXIV, 1891, pp. 562-565. M. Lenel, Edictum, 2. Aufl., 1907, p. 7, n. 1, semble pencher aujourd'hui pour des idées analogues.
(4) Dion, 67, 13 : 'Io-jousvtioç xtç Ke'Xaoç. Gf. L. Gianturco, Studi giuridioi in onore di C. Fadda, V, 1906, pp. 37-53.
la qualité de membre du conseil impérial d'Hadrien qu'on lui attribue par une correction au texte de 1" Histoire auguste1. 2C3 2. Nous avions le droit d'attendre de M. Filling cette notice sur Celse : elle semblait promise par le titre de son livre. Mats, & vrai dire, nos regrets les plus vifs et les plus larges se rapportent à ce que le titre du livre de M. Pitting ne promettait pas, à ce qu'il excluait. Nous avons déjà dit combien ceux qui ont pratiqué l'ancienne édition ont eu d'occasions de déplorer que l'auteur eût restreint ses recherches à certains jurisconsultes au lieu de les étendre à tous. C'est encore plus regrettable pour l'édition nouvelle. Le plan du livre de 1860 correspond consciemment ou non, à une conception des études <le droit romain qui était alors dominante et que l'on peut appeler la conception esthétique. Ce qu'on voulait alors connaître avant tout et le mieux possible, c'étaient les jurisconsultesd'une époque qu'on considérait comme ayant été à Rome pour le droit ce que d'autres époques avaient été dans d'autres j pour l'art ou la littérature, l'époque de la beauté absolue, de la perfection classique et que Ion plaçait pour le droit romain dans la période qui va du commencement de la duiastie des Antonins à la fin de celle des Sévères, en en mettant l'apogée plutôt sous les Sévères avec Papinien, Ulpien et Paul que sous les Antonins et en négligeant à la fois la barbarie des âges antérieurs et la décrépitude des temps plus récents. Un livre commençant à l'avènement d'Hadrien pour s'arrêter à la mort d'Alexandre Sévère s'adaptait merveilleusement à cet état d'esprit.
Aujourd'hui les idées ont changé, les jugements esthétiques ne sont plus tout à fait les mêmes et surtout le point de vue esthétique a été presque entièrement abandonné pour le point de vue historique. Esthétiquement on n'est plus aussi certain de l'écrasante supériorité de la triade du temps des Sévères sur les auteurs du temps des Antonins, les Celse, les Julien, les Cervidius Scaevola, ni même sur
(i) Vita Hadriani, 18, où la correction de Julium Celsum en Juventium Celsum a déjà été critiquée par K. Viertel, Nova quaedam de vitis iurisconsultorum, Koenigsberg, 1868, p. 9.
les vieux maîtres du temps de la République et du début du Principat tels que Q. Mucius, Ser. Sulpicius, Labéon, Sabinus et Cassius. Surtout, au lieu d'étudier le droit romain d'une période ou d'une autre dans l'espoir d'y trouver le type de la perfection juridique, on étudie le droit romain tout entier, sans distinction d'époques, moins encore à raisoo de ses mérites techniques que parce que c'est probablement la législation sur laquelle on peut le mieux observer l'évolution historique du droit d'un peuple de ses origines à son dernier terme. Ce nouveau point de vue ne fait naturellement qu'accroître l'importance des recherches relatives à la succession chronologique des jurisconsultes et de leurs ouvrages et ces recherches ont ainsi reçu une impulsion nouvelle sous laquelle elles ont déjà donné des résultats positifs excellents qui permettront à leur tour d'en atteindre d'autres plus lointains, non 264 seulement au sujet de la connaissance individuelle des divers jurisconsultes, mais quant aux parties les plus élevées de la science, à l'histoire générale des méthodes, des doctrines et des types d'ouvrages. Seulement il est clair que ces différentes recherches et en particulier les dernières ne peuvent être instituées avec fruit qu'à travers toute l'histoire du droit romain, doivent porter sur les jurisconsultes et les ouvrages de toutes les périodes et non pas d'une seule. On peut prendre pour exemple l'histoire de la littérature proprement dite, l'histoire des différents types d'ouvrages qui est à la fois plus neuve que l'histoire des doctrines et plus avancée que celle des méthodes. La littérature juridique de Rome a été comme toutes les littératures techniques. Elle s'est progressivement constituée par l'établissement d'un certain nombre de types distincts d'ouvrages se rapportant soit aux différentes branches du droit soit à son ensemble : des recueils de consultations pratiques qu'on désigne ordinairement du nom de responsa; des recueils de consultations théoriques qu'on désigne de celui de quaestiones] des commentaires du droit civil pour lesquels des plans plus ou moins voisins paraissent avoir été successivement proposés par Q. Mucius Scaevola, par
336 M Kl ANGES DE DROIT ROMAIN.
Sabinus et par Cassius ; des commentaires de l'édit du préteur, les libri ad edictwn; des ouvrages d'ensemble s'étendant à l'universalité du droit, qualifiés du nom de digesla, qui apparaissent au début du Principal avec les digesta d'Alfenus, qui, fout au moins depuis ceux de Julien et de Celse, juxtaposent une première partie traitant des matières édictales dans Tordre de l'édit et une seconde partie relative aux matières réglées par d'autres monuments législatifs, lois, sénatus-consultes, constitutions impériales, et dont le plan a été emprunté à la fois par des çecaeill «les consultations théoriques ou pratiques telles que lea r/uarstiones et les responsa de Papinien et par des ouvrages élémentaires tels que les sententiae de Paul; enfin, en négligeant la foule des monographies de toute sorte, tics ouvrages élémentaires fusionnant le droit civil et le droit prétorien en un exposé unique selon la division de fond en droit des personnes, droit des choses et droit des actions inventée par un auteur ignoré plus ancien que Gaius et adoptée à la fois dans les tnstUudones de Gaius, dans les regulae d'Ulpien, dans les Inslitutes de Justinien et jusque dans les codes français où le code civil correspond au droit des personnes et au droit des choses et le code de procédure au droit des actions.
A l'époque où M. Fittiog publiait sa première édition, c'est à peine si l'on apercevait un peu clairement les diversités générales de quelques-uns de ces types. Aujourd'hui $65 non seulement celui des Inslitutes qui a été le plus vite mis en lumière est connu jusque dans les nuances; mais les recherches sur l'édit auxquelles reste glorieusement attaché le nom de Lenel ont fourni une certitude à peu près égale sur celui beaucoup plus compliqué de libri ad edictum écrits après la codification de Julien. Il n'en est pas autrement des digesla dont la partie la plus considérable suit l'ordre de l'édit. Même en ce qui concerne les traités du droit civil, pour lesquels le "progrès a .été plus lent, il suffit, pour mesurer le chemin parcouru, de comparer par exemple l'énumération brute des matières traitées dans les libri ad Sabinum qui est contenue
dans l 'Histoire des Sources de Krueger à la restitution raisonnée de leur plan théorique donnée dans l'ouvrage de Lenel sur le système de Sabinus'. Mais, là comme ailleurs, les solutions obtenues doivent servir d'instrument pour en atteindre d'autres.
Nous connaissons désormais ou nous connaîtrons bientôt d'une manière suffisante la structure positive des ouvrages écrits suivant les principaux types, institutiones, libri ad edictum,libri ad Sabinum, digesta, etc. Le moment est venu de chercher comment et à quelle date les différents types se sont constitués, par quelles phases ils ontpassé avant d'arriverà leur forme définitive, dansquelle mesureils ont été suivis intégralementouremaniésdans l'emploi qu'en ont fait les divers auteurs. Ce travail, quand il sera achevé, ne procurera pas seulement la satisfaction qu'on éprouve toujours à avoir atteint, sur un point historique quelconque, toute la somme d'informations que permettent d'acquérir les documents existants. La connaissance plus précise ainsi obtenue des différents ouvrages des divers jurisconsultes fournira de nouveaux moyens de déterminer la portée première des fragments incorporés dans le Digeste. A un point de vue plus élevé, elle permettra d'examiner et déjuger la valeur des jurisconsultes romains sur un terrain nouveau qui n'est peut-être pas celui où ils apparaîtront sous le jour le plus favorable, sur le terrain de la construction littéraire, de l'art de composer. Elle permettra même, au fond et du même coup, pourrait-on dire plus largement, d'examiner et de juger, au point de vue de cet art de la composition, l'esprit romain tout entier dans la branche de4a littérature où il a été forcément le plus lui-même parce qu'il y a été le plus dépourvu de modèles étrangers. Il faut même ajouter que les résultats ainsi obtenus, à l'aide des dates des ouvrages individuel* des jurisconsultes, pour la connaissance plus élevée des divers types d'ouvrages juridiques, comme d'ailleurs ceux
(1) P. Krueger, Geschiohte der Quellen, pp. 151-152, tr. fr., pp. 200-202. 0. Lenel, Das Sabinussystem, 1892. V. aussi le compte-rendu du dernier ouvrage par Th. Kipp, Gotlingische Gelehrte Anzeigen, 1895, pp. 344-362.
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obtenus à l'aide d'instruments analogues pour l'histoire îdê dorlrim -s juridiques ou même pour cette histoire de la dialectique juridique qui ne serait ni moins intéressante ni plus impossible à écrire, permettront à leur tour de préciser de nouvelles dates dans l'histoire individuelle des personnes .1 des livres ; car la connaissance de la chronologie des doctrines, des type* d'ouvrages et même des procédés de raisonnement mettra plus d'une fois à même de lixer le moment auquel un jurisconsulte a pu connaître telle doctrine, tel procédé de raisonnement, tel plan d'ouvrage, a pu surtout y apporter tel remaniement encore inconnu d'un jurisconsulte et déjà connu d'un auti
Il est trop évident que, pour toutes ces investigations, l'instrument premier indispensable est un tableau bien date des jurisconsultes et de leurs œuvres non pas seulement dans une période, mais dans toutes les périodes, depuis les tri/,ertitn de Sei, Aftîitlfl jusqu'à cet t pitome juris dllermogénien pat lequel Sait l'index du manuscrit de Florence.
M. Fittini: s'est du reste lui-même parfaitement aperçu de ce besoin. Il rapporte, dans son avant-propos, qu'il avait un moment SOS)$é a étendre ses recherches, des jurisconsultes étudiés dans sa première édition, à tous les jurisconsultes des écrits desquels il nous reste quelque chose. Seulement il déclare y avoir renoncé, parce que, dit-il, il reconnut très vite que, pour les jurisconsultes anciens jusque et y compris Celse et Neratius, on ne pouvait à peu près rien donner de plus que ce qu'il y a dans YHistoiredes Sources de Krueger. Mais, en parlant ainsi, M. Fitting ne montre pas seulement une modestie trop grande. Il méconnaît entièrement l'utilité propre et considérable qu'aurait eue aujourd'hui, en face de" YHistoire des Sources de Krueger comme de tous les autres ouvrages existants, un relevé chronologique général de toute la littérature juridique de Rome fait d'après les procédés appliqués dans son ouvrage aux jurisconsultes d'une seule période. Nul plus que moi n'apprécie la rare valeur de l'excellente Hisloire des Sources de M Paul Krueger et je
me rappelle avec une certaine fierté que l'auteur de la traduction française, le regretté Brissaud, a raconté dans la préface de cette traduction avoir été déterminé à l'entreprendre par la lecture d'un compte-rendu que j'avais écrit de l'ouvrage original'. Mais celte Histoire des Sources ne tient pas lieu de l'ouvrage différent que nous aurions voulu devoir à M. Fitting. Et cela pour beaucoup de raisons.
D'abord, une simple raison de temps empêche que le contenu du livre écrit aujourd'hui par M. Fitting eût pu, comme il le dit, se confondre avec celui des parties correspondantes de l'ouvrage de M. Rrueger. La production 267 littéraire ne s'est pas arrêtée avec l'apparition de cet ouvrage, ni même avec celle de sa traduction française qui s'en dislingue par quelques additions utiles. M. Fitting aurait eu à dire des choses qui ne sont pas dans le livre de M. Krueger, par cela même qu'il eût eu à s'occuper de cette production, parce que, dût-il accepter toutes les conclusions de M. Rrueger, il eût dû, pour les défendre, s'expliquer sur les travaux postérieurs qui les complètent, les contredisent ou les confirment.
Ensuite, ce n'est pas du tout la même chose de signaler, avec preuves à l'appui, les dates de publication des principaux ouvrages des jurisconsultes dont on écrit la biographie, dans une histoire générale des sources, ou de faire, dans une monographie distincte, l'inventaire méthodique des informations qui peuvent être contenues dans les débris qui nous ont été transmis directement ou indirectement des ouvrages des divers jurisconsultes, à la fois sur les dates positives des ouvrages et sur leurs rapports respectifs. M. Fitting affirme qu'en faisant, pour les jurisconsultes qui se sont succédé à Rome jusque et y compris Gelse et Neratius, un dépouillement semblable à celui qu'il avait fait précédemment pour les jurisconsultes plus récents, il n'eût rien trouvé de plus que M. Krueger. Il ne peut le savoir d'avance. C'est seulement après avoir fait le dépouillement qu'il aurait vu ce que le dépouillement
(1) [Histoire des Sources, 1894, p. ix. Le compte-rendu avait été publié dans la N. R. H., XIV, 1890, pp. 331-335].
aurait donné. Nous avons précisément signalé tout à l'heure pour Celse un exemple où la mise en ordre des indications chronologiques contenues dans les textes qui sont de Celse ou qui parlent de Celse, telle que M. Fitting l'a faite pour les auteurs dont il s'est occupé, l'aurait conduit mécaniquement à se poser et à trancher dans un certain sens une question qui n'est pas traitée dans le livre de M.Krueger. Cela lui serait arrivé hien d'autres fois. Enfin, le profit scientifique à attendre de l'extension à tous les jurisconsultes d'un dépouillement systématique de tous les textes ayant une valeur chronologique ne se restreignait aucunement aux conclusions que ML Fitting aurait immédiatement tirées des matériaux qu'il aurait ainsi groupés pour la première fois et qui par la force des choses ne sont pas groupés de cette façon dans le livre de M, Krueger. Il faut, en honne logique, y comprendre toutes les conclusions nouvelles, imprévues de M. Fitting comme de nous, que d'autres chercheurs auraient pu tirer à leur tour des bons matériaux rassemblés par i\J. Fitting, de l'excellent outillage qu'il aurait ainsi mis à la portée des travailleurs futurs. C'est même surtout en vue de ces recherches à venir, qui auront à se poursuivre dans un certain nombre de directions que l'on aperçoit 2fi8 parfaitement, mais qui trouveront sans doute aussi d'autres voies auxquelles nul ne songe aujourd'hui, que l'un des besoins les plus urgents de l'heure présente est celui d'une bonne chronologie bien complète des jurisconsultes et de leurs œuvres. Celte chronologie complète, à la fois pratique et savante, maniable et pourtant bien fournie de renvois de textes et d'auteurs, M. Fitting n'avait, pour nous la donner, qu'à traiter les ouvrages de tous les jurisconsultes par les procédés auxquels il avait dans sa première édition soumis ceux de quelques-uns. Pourquoi s'est-il laissé détourner de te faire par un motif aussi faible que la crainte de doubles emplois, en réalité matériellement impossibles, avec un ouvrage antérieur d'un type différent?