‹ Mélanges de géologie et de physique généraleChapitre 3 sur 69 · PREFACE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

PREFACE DE L'AUTEUR

Si , en composant ce Recueil , j'ai pris la résolution de joindre & des travaux récents des travaux déjà fort anciens , j*ai été mû surtout par le désir de prévenir ces compilations fastidieuses , dans lesquelles on réimprime sans choix, et uniquement d'après Tordre chronologique, des essais surannés, eu égard à rétat actuel de la science , ou dont quelques par-* ties seulement peuvent encore contribuer à répandre d'utiles connaissances. Cet aveu sera, j'espère, la justification de mon entreprise; un écrivain qui, depuis plus de soixante années , entretient avec le public un commerce non interrompu , ne demandera pas en vain , vers la fin d'une existence agitée, l'indulgence dont il a déjà reçu tant de témoignages.

Je choisis dans mes premiers travaux ceux seu* lement auxquels je puis me flatter que les juges compétents veulent bien accorder encore quelque attention , et qui depuis , agrandis par une génération nouvelle, ont été rendus plus féconds , grâce à l'heureux développement des idées qu'ils contenaient

en germe. Mon choix a porté de préférence sur les écrits épars dans des Recueils périodiques , ou qui , publiés dans des ouvrages de luxe, étaient restés peu accessibles au public. Il m'a paru qu'il pouvait être utile à rhistoire de telle ou telle science de reproduire ces travaux sous leur forme primitive ; mais en même temps j'ai eu soin de les ramener, dans des notes et dans des appendices , au niveau actuel de nos connaissances, et de les accommoder aux nouvelles nomenclatures et aux formes de langage qui ont prévalu récemment

Presque toute la première partie de ce volume est consacrée à des souvenirs géognostiques , recueillis dans les Cordillères de l'Amérique méridionale. On y lira successivement la description du volcan de Pichincha , au pied duquel est située la ville de Quito ; celle du plateau de Bogota dans la Nouvelle-Grenade, avec son champ des Géants, semé d'ossements fos-^ siles d'Éléphants et de Mastodontes ; enfin le récit de deux tentatives pour gravir la cime du Cbimborazo. Tout ce qui a trait à l'exploration du Pichincha était demeuré inédit jusqu'à ce jour; la description du plateau de Bogota et celle du Cbimborazo, auquel se rattache naturellement le Yana Urcu, volcan jadis enflammé, qui s'élève à une faible hauteur près du pied de cette colossale montagne , ont été publiées dans les premières livraisons du Recueil intitulé Deutsche Vierteljahrschrifl et dans V Aslronamisches Jahrbticà

de Schumacher, mais n'étaient connues que d*un petit nombre de lecteurs. Je n'ai pas cru devoir séparer des détails géognostiques sur la configuration des montagnes le récit des accidents auxquels sont exposés les voyageurs, et qui ne s^nt pas toujours sans dangers. La hardiesse d'un excellent observateur, préparé par des études sérieuses à ces expéditions , de M. Sébastien Wisse , qui , accompagné du jeune Garcia Moreno , a passé , par dévouement à la science , • plusieurs nuits dans le cratère du Pichincha , excitera un intérêt général mêlé d'étonnement.

La révolution qu'a subie la géognosie dans les vingt-cinq premières années du xix* siècle vient en partie de ce que Ton a reconnu le lien qui unit la formation trachytique et l'activité volcanique, de ce que l'on a déterminé plus sûrement l'âge des roches d'après les organismes fossiles qu'elles contiennent, de ce que l'on a jeté un regard plus pénétrant sur la nature, et mieux saisi l'harmonie des êtres qui ont disparu de la terre. A la vérité , cette révolution a enlevé une grande partie de leur valeur à des souvenirs géognostiques qui remontent aussi haut que les miens. Les observations sont restées souvent incomplètes, faute de principes qui pussent guider l'observateur, et parce qu'il n'avait nul moyen de distinguer des caractères différentiels, qui n'ont été mis en lumière que plus tard. Toutefois, ces anciens travaux

ODt une valeur qui ne saurait être contestée : c^est Fexactitude dans les mesures et dans les descriptions; c'est la connaissance particulière des divers gisements , dans les lieux où des soulèvements de roches plutoniques ou volcaniques n*en ont pas rendu la superposition confuse; c'est enfin Tutilité constante dont peuvent être des collections de roches que Ton a soi-même recueillies , et auxquelles on a joint des notices sur les circonstances relatives de leur position. Qu'il me soit permis à ce sujet de rappeler que les deux collections de coquilles fossiles dont Tune avait été rapportée par moi en 180/i, dont l'autre a été recueillie en 1808 par Charles Degenhardt sur d'autres points de la chaîne tropicale des Andes, sont la source à laquelle le grand géognoste qui a le plus efficacement contribué à régénérer la science , et auquel j'avais dédié ce livre dans un temps où je pouvais jouir encore de son commerce instructif et fortifiant , a puisé la croyance à la vaste diffusion de la formation crétacée dans ces hautes cimes de montagnes. Bien des voyageurs quitteront encore les côtes de l'Europe avant que cette science incomplète, comme l'appelle lui-même Léopold de Buch, se soit définitivement constituée ; ils auront la consolation de penser que, soit qu'ils le sachent, soit qu'ils l'ignorent , ils contribueront, par tout ce qu'ils auront observé ou recueilli , à rapprocher la science de ce but auquel elle doit tendre toujours , sans se

flatter de Fatteindre jamais, à savoir le complet achèvement du système géognostique.

Les deux collections dont je viens de parler et celles de mes amis Boussingault, Pentland et Joaquin Acosta, m*ont fourni le moyen de distinguer sûrement le feldspath commun ou orthoclase , Talbite, Toligoclase et le mica à base de potasse et de magnésie, dans les lieux où la composition des masses montagneuses permet de reconnaître les formations américaines de trachyte, de dolérite ou de porphyre. Mon compagnon de voyage en Sibérie, Gustave Rose, a étudié, à différentes époques, ces collections recueillies au Mexique, dans la Nouvelle -Grenade, à Quito , dans le Pérou et dans la Bolivie , lorsqu'il était occupé de son grand et beau travail sur le groupe des feldspath et sur les formations granitiques.

Les Mélanges de géognosie sont suivis de trois Mémoires sur des sujets de physique générale ; ce sont : i" ma théorie des Lignes isothermes, qui, publiée dans le tome II des Mémoires de ta Société d*Arcueil^ était épuisée depuis longtemps; 3* un travail sur la Composition de l'Atmosphère, fait avec Gay-Lussac en 1805 , et inséré dans le tome LX du Journal de Physique; 3* un Mémoire sur T Accroissement nocturne de Fintensité du Son , publié en 1820 dans les Annales de Chimie et de Physique. Le premier et le second de ces écrits reparaissent sans

changements, et coastatent Tétat de h scieDce m moment où ils ont été composés. Le Tableau des zones isothermes , dressé d*abord par moi en 1817, et publié de nouveau , en iSH « dans le tome troi* sième de mon Asie centrale , avec les développements considérables de Guillaume Mahlmann » contient aujourd'hui, tel qu'il est joint à ce volume , 506 stations. Je suis redevable d'additions si importantes et si nécessaires , à Tamitié prévenante d'un homme qui, ainsi que je Tai dit ailleurs , s'efforce, avec toute la pénétration et la persévérance dont il est doué, de fonder sur une base solide la théorie de la distribution de la chaleur à la surface du globe terrestre.

Le travail de chimie que j'ai entrepris à Paris avec mon cher Gay-Lussac, peu de temps avant de partir tous deux pour l'Italie , afin d'en remplacer un autre fort incomplet que j'avais lu à l'Institut en i79S, avait un triple but. Nous nous proposions d'apprécier la valeur elativ4{ des méthodes eudiométriques, d'évaluer exactement la quantité d'oxygène contenue dans i'air, et de déterminer les effets de l'eau saUirée d'air, en contact avec des f^az purs et méiang es. Dans cette longue suite d'expériences, nous avons re<connu le rapport constant suivant lequel les deux éléments principaux, l'oxygène et l'hydrogène, se réunissent pour former de l'eau. Cent parties d'oxygène exigent deux cents parties d'hydrogène. La découverte de ce rapport, à laquelle Gay-Lussac attachait

dès lor8 une grande importance, et qui^ trois années plus tard » le conduisit à la loi générale des rapports simples dans les combinaisons des gaz , appartient exclusivement à ce grand chimiste. Je n'ai fait qm prendre part aux expériences qui Tout confirmée. Gomme dans un grand nombre d'ouvrages de chimie* on nous fait honneur à tous deux d'avoir déterminé les parties constitutives de Teau, j'ai cru devoir charger exjMressément Arago de rectifier cette erreur, dans l'Éloge de Gay-Lussac qu'il a lu , en 1853, à la séance annuelle de l'Académie.

D'après les analyses de l'air atmosphérique faites par Gay-Lussac et par moi» du 17 novembre an 23 décembre 180&, la quantité d'oxygène était égale à 0^21* Ce résultat concorde d'une manière satisfai*sante avec ceux que , près d'un demi-siècle après, Dumas , Boussingault et Regnault , ont obtenus par l'application de méthodes encore plus prédaes. Regnault, à la suite de cent analyses, a trouvé comme nombres extrêmes, pour l'air de Paris, 20,913 et 20,997 ; pour Pair de Berlin , 20,908 et 20,998 ; pour rair de Madrid , 20,916 et 20,982 ; pour de l'air recueilli sur la mer entre Liverpool et les côtes du Mexique^ 20,918 et 20,965; pour de l'air recueilli par M. Sébastien Wisse près du sommet du Pichincha, 20,9/(9. Ayant travaillé durant plusieurs années, seul ou sous la direction de Gay-Lussac , dans le laboratoire de l'École polytechnique, je puis ajouter, comme

une conséquence de la quantité constante d^oxygène qui concourt à former l*air atmosphérique, que, dans les nombreuses expériences auxquelles je me suis livré , en vue de la respiration des poissons , sur la quantité d*air contenue dans Teau de Seine , les oscillations ont toujours été comprises entre 0,309 et 0,51&.

Les Mémoires sur TAccroissement nocturne de rinlensité du Son et sur là Hauteur moyenne des Continents reparaissent avec des additions considérables. Dans rétat actuel des connaissances hypsométriques , le nombre très-insuffisant des stations dont on a déterminé la hauteur, surtout dans les pays plats , ne permet pas d'espérer encore des résultats satisfaisants ; il nous a paru qu'il y avait , en attendant, quelque intérêt à posséder du moins des déterminations approximatives , c'est-à-dire des nombres 4imites.

Tegel, 1& septembre 1S53.

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