‹ Mélanges de géologie et de physique généraleChapitre 4 sur 69 · SUR LES VOLCANS DU PLATEAU DE QUITO · texte numérisé non relu

SUR LES VOLCANS DU PLATEAU DE QUITO

LO A CkCkhimiE DES SGIBHCIS Dl BERLIN, DANS LA S^ANCC

DU 9 FiTRIER 1837.

Si la Science des volcans, prise dans le sens le plus étendu , a pour objet tous les phénomènes que peut produire la réaction des matières demeurées en fusion à rintérieur d'une planète , contre la surface oxydée et rendue solide par le rayonnement de la chaleur, peu de contrées sur la terre ofirent au même degré qpie la haute plaine de Quito le spectacle des effets si divers produits par Taction combinée des

Mtu I. 1

forces volcaniques. Les mesures et tous les résultats yraisemblables à mes yeux, qu'un séjour de huit mois dans cette contrée m*a permis de recueillir, sont dispersés dans la Relation de mon voyage en Amérique, particulièrement dans le Nwettemêta bêreméirique de la chaîne des Andes , dans V Essai géognosiique sur le Gisement des Roches dans tes deux Hémisphères , et dans un Mémoire intitulé ; Esquisse ifnn tfé(eau géologique de C Amérique méridionale au nord de la rivière des Amazones (1). Quant aux descriiAions topographiques de chacun des volcans et aux mono* graphies distinctes dont ils m^ont fourni la matière , elles sont restées jusqu'à ce jour inédites. Or les descriptions géologiques de telle ou telle partie de la terre reposent sur deux bases complètement diiSërentes : les unes sont subordonnées au temps et au progrès incessant de nos connaisniiof s en physique et en minéralogie ; les autres , uniquement fondées sur des rapports de grandeur, de situation et de superposition , sont invariables , sauf les changements que peuvent apporter à la figure de la terre les révolutions naturelles ; et, dans ce cas, ces descriptions ont d'autant plus dlmporttnce qu'elles permettent de comparer numériquespieat les effets de oes grands cataclysmes^ Il est facile die comprendra que* si Ton veut distinguer rHPoareusement ka formationlf soit d'après leurs caractères loologiques» c'est4«dîra d'après Texistence simultanée ou sooeeasiTe des or« ganismes antédiluvleiis» soit d'après leurs caractère» géologiques, autrement dit, suivant la stmcture^ols*

«ont 4e $9 pr^ciiioQ et d^ sa v«l«ar Kîwitifl^ve, kinqufi 1« temp» «ur^i modifia l«i idées soi» Ti»flwoce 4esqueU9« «vaieqt été faites les observaUoQit Mais celui qui sent au fond 4a spn cceur un vif et pur amour da la science, lorsque le wpiQeiii est vepu de jeter un regard en arrière «ur sep trav^ut d*uQe 9vitre époque^ ne se plsiot pas de les retrouver vieillis par le progrès di) tevipi, Outf» lu satisfaptioii de revoir encore une fois, qyec une expérienoe plu» consommée, ce qu'il n'arait fait qu'entrevoir jus-r que-*li , il éprouve la noble et bienfaisante émotion que doivant toujours causer les conquêtes succès-* sives de la science.

Au contraire, Tau ire partie des matériaui , la pfrtia topograpbique et deseriptive, est indépendante do Tépoque çh elle a été recueillie ; elle ne repose point sur des vues changeantes , mais sur l4 base inébrani» lable des mathématiques* À mesure , il est vrai , que se sQot perfectionnas les instruments, la détermina*

tion des lieux astronomiques et l'évaluation des hauteurs par la trigenométrie ou le b^iromètre ont aequis une plus graqde précislou ; mais les exigence» de la géologie et de rorpgrapbie sont plus fociles 4 satisfaire que celles de rastropomie, en tantque cette science se propose de calculer la position et la marebe des corps célestes, la forme et la densité de natre planète, et pour ainsi dire de mesurer et de peser la terre. Depuis la fin du dernier siècle , les instru* ments astronomiques et géodésiques , entre lesquels

le voyageur n'a qu'à choisir « donnent des mesures angulaires non moins délicates que sûres, et peuvent conduire à des résultats numériques d*une suflOsante eiactitude pour le but que Ton poursuit. Les observations orographiques ont encore Tavantage que lorsqu'on publie» comme on devrait toujours le faire» on que du moins Ton conserve le détail de toutes les opérations partielles, elles deviennent longtemps après la mesure de la confiance que mérite Ten^ semble du travail , et peuvent conduire à des combinaisons nouvelles et plus fécondes.

En signalant avec sincérité la différence qui existe entre la partie des observations géologiques suscep* tibles de vieillir rapidement et cette autre partie sur laquelle le temps n'a point de prise , j'indique par là même ce qui peut manquer au travail que je présente à l'Académie. Tout voyageur qui reste seulement trois ou quatre ans éloigné de l'Europe , dans des conditions qui ne lui permettent point de communication scientifique avec sa patrie, s'aperçoit au retour combien l'agrandissement rapide des vues sur la formation des roches a modifié le langage qui sert à exprimer ces idées* Souvent il arrive que ce dépaysement dispose plus qu'il ne convient à interpréter et & accommoder les choses; et comme, à chaque époque , cela seul a chance de plaire généralement qui répond à l'opinion dominante, il en résulte que peu à peu la simple observation des faits se trouve subordonnée à une opération de l'esprit et à des théories arbitraires. La noble ambition

qii'éproave Thomme » de dominer par Fascendant de la pensée les données matérielles de rexpérience, ne permet point d'échapper complètement à un pa« reil péril» péril plus grand et plus menaçant à mesure qu'augmente le nombre des années qui nous séparent du moment de l'observation. Si » placé moimôme dans les conditions que j'indique ici , je me décide à prendre pour sujet de ces Mémoires des fragments inédits du Journal que je rédigeais durant mon voyage dans FAmérique du Sud, cette ré^ solution courageuse repose sur le ferme propos de reproduire le plus souvent mes observations avec les mêmes termes dans lesquels je les avais consignées sur les lieux , et de n'y point mêler les interpréta* tiens qui se sont produites plus tard, tout en rectiiBant la nomenclature des roches d'après un examen géologique des collections incomplètes que j'ai rapportées avec moi. Cette résolution m'a été encore inspirée, et c'est là même le motif déterminant de lu communication que j'ai l'honneur de faire & l'A* cadémie, par cette considération, que la plus grande partie de mes opérations géologiques sur la pente des volcans de Quito, ont eu pour objet de calculer des rapports d'étendue , de dépeindre les formes des montagnes, et de tracer l'orographie d'une admirable contrée , toutes choses qui ne sauraient vieillir, et qui depuis n'ont été décrites par personne.

Dans cette longue chaîne des Andes, qui s'étend en forme de muraille, tantftt sur une seule ligne, tantôt sur deux ou trois rangées rattachées entre elles par

d*étroit8 chaînons, le voisinage des volcans actifs s*annonce régulièremeut et presque périodiquement par Tappârition soudaine de certaines roches qui divisent les formations réputées autrefois primitives, aussi bien que les formations schisteuses ou arénacées appelées terrains de transition et. de sédiment. Un fait aussi facile à observer dut convaincre de bonne heure que ces roches sporadiques sont proprement le siège des phénomènes volcaniques, et la condition même des éruptions. Ce que Ton considérait alors dans F Amérique méridionale , pour nous placer ici au point de vue plus borné de la composition minéralogique , comme une espèce distincte de diorite porphyroîde syénitique sans mélange de quartz, prit plus tard en Europe la dénomination de trachyte, que l'ouvrage de Haûy, intitulé DistribtUûm minéralogique des Roches , fit prévaloir sur le nom plus ancien et plus caractéristique de domite. On a reconnu, dans les derniers temps, que ces masses rompues par la pression des vapeurs et tantôt soulevées en forme de cloches sans cratère , tantôt percées à jour de manière à entretenir une communication constante entre l'atmosphère et l'intérieur du globe, n'offrent pas toujours, sous les différentes zones, une composition identique. Tantôt ce sont proprement des trachy tes caractérisés par la présence du feldspath, comme sur le pic de Ténériffe et sur les sept Montagnes de Bonn , où quelques parties d'albite se mêlent au feldspath , et ces trachytes feldspathi<)u^& produisent dans les volcans

6B adiviléuiMi quantité abondante d'obsidienne et de pierre peœe; tantôt ee «ont des mélaphyres, des mélMges de labrador et d'angite ressemblant à la delériti , et qui se rapprochent davantage de la for* nation basaltique t on peut citer, comme exemple , rStaa» le Stromboli et le Chimboraio. Quelquefois aussi Falbite domine avee la hornblende, comme dans les rodies des volcans du Chili récemment désignées sooa le nom d'andésites ; dans les magoi* fiques colonnes de Pisaje, près de Popayan, que Ton a décrites comme étant formées de porphyre dloritique ; an pied du volcan de Purace et dans le votean meiicain de Toluca. Tantôt enfin , ce sont des leudtopbyres ou mâanges de leucite et d'augite, oemme dans Tancien cratère du Tésuve , la Somma. Les eicellents travaux de Gustave Rose sur Tanalyse chimique et eristallographique du groupe des feld* spaths a jeté , sur cette importante distinction des roches à travers lelquelies se sont Mt Jour les éruplfa>Ds voloattiquei, une lumière noutelle dont le bien* fait s'est fait sentir à toute une branche de la géofliotie« Si je répète presque dans les mômes termes le jugeoMut que Léopold de Boeh a porté, dans renégate de cette Aoadémie , arâe plus d'autorité que 01^4 c'est aussi pour avoir l'occasion de rappeler un livre qui a Mt époque dans la science , et qui, avec isi BombKuses aéditiona dont l'auteur a enrichi l'éditioii finnçaiiet OMbrasM et présente sous un aspect faUBineus toiltes lesdéceuvirtes dont les phénomènes valfeailiqiiÉi «Et été fol^ La BÊmrtplUm ph^H^uê

des lies Canaries renferme , dans la partie consacrée aux bouches volcaniques centrales et aux chaînes volcaniques , les détails les plus intéressants et les plus complets sur toutes les éruptions enflammées qui se sont produites à la surface du globe, dans les contrées du moins où jusqu'à ce jour la science a pu faire pénétrer ses enquêtes*

Les volcans de la haute plaine de Quito dont je m'occupe dans ce Mémoire, appartiennent aux chaînes volcaniques , courant sur deux lignes parai* lèles que sépare une étroite vallée longitudinale , et dont grâce aux excellents travaux géographiques de la Condamine , de Bouguer et de Petro Maldonado , on a connu , dès le principe , la véritable disposition. Ainsi , la comparaison de faits analogues à ceux dont je me propose de traiter, et Ténumération des phénomènes , ajoutent à mes observations , ce que Ton gagne toujours à comparer les faits et à généraliser les idées : un intérêt plus vif, des vues plus justes et une lumière qui , partant de foyers éloignés , se réfléchit en un même point.

Avant de passer à la description du volcan de Pichincha (prononcez Pitschintscha), je dois, afin que Ton puisse plus facilement s'orienter, et pour mieux faire connaître la situation du plateau, appeler l'attention sur quelques mesures qui, à la vérité , prises en elles*mêmes et ramenées au niveau de la mer du Sud, n'auraient point une grande importance géognostique , mais qui , si Ton considère l'élévation progressive des vallées longitudinales,

deviennent intéressantes à plus d*un titre. De nouvelles déterminations étaient nécessaires par suite de la triple faute des Astronomes français qui, dans leurs calculs barométriques , lors de la célèbre mesure du degré, ont négligé de corriger Finfluence de la température, ont adopté une moyenne inexacte pour la pression de Tair à la surface de la mer, et n'ont point eu égard aux variations horaires que subit la hauteur du baromètre. 11 est vrai que, grâce à des compensations fortuites, les résultats de la Condamine concordent d*une manière fort satis* faisante avec ceux de Boussingault et les miens ; mais sur la plupart des autres points , les différences sont considérables, tantôt en plus, tantôt en moins, et toujours fort irrégulières, de sorte que ces premières déterminations relatives méritent peu de confiance , toutes les fois qu'il est question de Télévalion plus ou moins considérable des plaines de montagnes audessus du grand foyer volcanique de Quito. Ces inexactitudes ont dû influer aussi naturellement sur les résultats absolus des mesures trigonométriques, puisqu'on n'ignore pas que, dans les opérations des Astronomes français, les bases, à l'extrémité desquelles furent tracés les angles servant à mesurer les hauteurs des montagnes , n'étaient point prises dans la plaine qui borde la mer, et que par conséquent chacune de ces déterminations se com* posait nécessairement d'une mesure trigonométrique et d'une mesure barométrique.

Si l'on jette un regard sur la carte hypsométri<*

— loque (9) dans laquelle * après une discunioD sérieuse de toutes les nouvelles déterminations de lieux astronomiques, j'ai essayé de représenter la direotion, la puissance et tes ramifications direrses de la ebalne des Andes, à complètement défigurée jusque-là Bur les cartes de l'Amérique méridionale, et de marquer les principales hauteurs relatives que l'on pouvait connaître à cette époque, on voit que la bifureation d» Cordillères, dont il a été foit tant de bruit, depuis la mesure du degré exécutée par les Astronomes français , n'existe réellement que dans l'espace compris entre A' 15' de latitude australe et 1* 20* de latitude boréale, c'est-i-dire entre le nœud de montagnes de Loxa , célèbre par les magnifiques forêts de Quinquina qui en couvrent le versant oriental , et le nœud de montagnes d'où deuendent les sources du grand fleuve de la Magdalena. Au nord et au sud des parallèles peasant par ces nœuds , les plus extérieurs du Pérou et de la NouveUe-Orenade (depuis la République de Cundioamarca) , lea Andes se partagent en trois braaches, dont le cours devient moins régulier. La largeur de ces cbatnes de montagnes dans la direction de l'est a été autrefois exagérée par suite d'une si»gnlière méprise de langage. Là , où dans la carte de La GruK OlmedUla qui , pendant quaraate ans , a servi de base à toutes les cartes anglaises, françaises et allemandes, on lisait ces mots ; Aqui hay menles de Cacao (ici croissent des AorAts de 6aeao sauvage), de eélftbree géographes |riacir«nt une nontagne net-

geuse , ne doutant pas que le mont numte^ générale^ ment usité ches les colons espagnols dans le sens de forêt, ne fût synonyme des mots cerras^ $efrania$ et ne représentât une montagne, et oubliant de plus que le Tbeobroma Cacao ne croit que dans les plaines les plus cbaudes , par une température moyenne de S3* Réaumor. Même dans le plus pur dialecte espagnol parlé en Europe , les mots monte tf/ro signifient une forêt peuplée de grands arbres (8).

La grande vallée longitudinale , qui s'étend entre les deux nœuds cités plus haut , a une longueur de plus de 60 milles géographiques de 15 au degré , et une largeur de cinq milles seulement ; elle est traversée par des chaînons qui la divisent en cinq bassins dont le sol est très-inégalement élevé audessus du niveau de la mer. Parmi les plateaux qui forment cette vallée, les trois plus reculés vers le Sud, dans lesquels sont situés Guenca , Tacunga et Quito, ont 2682, 2572 et 2612 mètres de hauteur, et offrent par conséquent une remarquable égalité de niveau ; mais en deçà s'étend la plaine de los Pastos , dont la hauteur varie de 8083 à 8218 mètres, et qui représente leThibet volcanique derAmérique, bien qu'inférieure encore de 692 mètres au sol de la vallée qui entoure le lac de Tîticaca , visité tout récemment par Peutland, Meyen et d'Orbigny. Le cinquième bassin, le plus septentrional de tous, qui porte le nom d'Al* maguer, s'abaisse subitement, et n'a plus qu'une hau* tcur de 2268 mètres.

Des chaînons transversaux un seul a de l'impor-

tance : c*est le passage de TAssuay, où Ton voit les ruines des palais de Tlnca. Je me suis assuré que le point culminant de ces montagnes » vers Tendroit où le chemin traverse la ladera de Cadlud , est à plus de &730 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cest seulement 780 mètres plus bas que se trouvent les ruines du palais de Tinca Tupac Yupanqui, avec des restes de bains qui^ eu égard au climat, devaient, selon toute vraisemblance, être remplis avec de Teau chauffée. Comme les mesures prises par Pentland dans la Cordillère occidentale de Bolivie, dont les plus hauts sommets, le Sahama et le Parinacota, s'élèvent à 6815 et 6718 mètres, et dominent par conséquent le Chimborazo , ont conduit à cette conjecture, que les proportions de tous les monuments construits de main d'homme devaient être plus vastes dans ces latitudes australes que dans la zone voisine de réquateur , je dois faire remarquer que de tous les passages mesurés par Pentland deui seulement sont plus élevés que FAssuay , à l'endroit où passe la grande route de commerce qui va de Quito à Cuenca et à Lima ; encore la différence est-elle très-peu considérable. Le passage qui traverse les altos de Toledo a kS mètres de plus ; celui de Chullunquani en a 33. Partout, en effet, les hauteurs moyennes des croupes de montagnes dont les passages représentent les minima^ sont entre elles dans des rapports différents de ceux qui existent entre les pics ou les points culminants des chaînes. Une reproduction graphique des Alpes et des Pyrénées confir-

merait ces considératioDS ; on sait en effet que, dans les Pyrénées, les croupes sont fort élevées relativement h la hauteur peu considérable des sommets.

De la crête rocheuse du Pichincha, le regard, franchissant les forêts solitaires et impénétrables des Yumbos et de la province de las Esmeraldas , s*étend jusqu'à la mer du Sud, et, dans la traversée de Lima h Guayaquil, lorsque Tair est très-transparent, les ftavigateurs qui passent à Fouest de Ttle de Puna et du rocher connu sous le nom de Et Amortajado peuvent apercevoir le sommet du Ghimborazo. Cette particularité me décida à déterminer avec un soin scrupuleux la véritable distance qui sépare la côte de la Cordillère occidentale. Les principaux éléments du problème à résoudre sont la différence de longitude entre les villes de Quito et de Guayaquil , Taximuth et Tangle de hauteur du Chimborazo , tel qu*il s'offre aux regards lorsqu'on Taperçoit de la c6te de Guayaquil. Je dois me borner ici à remarquer que les doutes élevés par le capitaine Basile Hall contre la longitude que j'avais indiquée pour Guayaquil ont été résolus de manière h justifier mon assertion, par Ja grande expédition anglaise envoyée sous les ordres des capitaines King, Stolces et Fitz Roy, pour relever les côtes de la Patagonie occidentale jusqu'à Guayaquil. D'après les résultats publiés par sir John Barrow(&) , la longitude de Guayaquil, bien que le temps eût été transporté d'un point très-éloigné , Yalparaiso, s'est trouvée concorder, à moins de 17 se* condes près (mesure de temps), avec mes calculât

qui dé|à F«moQUtim( k un* époqa* ficurt 41o|s(iâ9f L*e«pé4itioA « ni4i»Q troyvô ppur le port C«11«Q de Lima t auquel j*aT«U rattaché cbronoiQ^triquo*mept Guayaquil , un résultat m^y w qui , aiuyi que cala ast bien spécifié, ue diffère qua da daui aa-*- CQudea (mesura da temps) da la lougituda qu'OU-^ mauns avait déduite de mou observation du pas** sage da Uercure devant le disque du soleil. QommQ j| da si grandes hauteurs et en raison de la routç & parcourir » puisque la Picbincba , un peu plus élavé qud la Mont-Blanc , peut sans réfraction 4tra vu k une distance da trente-quatre milles géographi'* ques da i5 au degré, et le Gbimborazo à trente-neuf, il y a toujours chance que la rayon lumineux soit intercepté par quelqu'une des couches de nuages qui se groupent et s'amopcaUent , il est rare que Ton puisse jouir, sur la côte de la mer du Sud, du majestueux spectacle de la chaîne des Andes, Un angle da hauteur du Chimboraso mesuré sur la rira du Guayaquil , par un savant marin espagnol , don José Espinosa (5), durant le royage de circumua'^ yigation de Ualaspina, et qui a donné pour résultai 1*^7' 40", est devenu l'objet d'un débat sur la hauteur véritable du Chimborazo, qui, dans ces termes , pourra se prolonger longtemps , attendu que Ton n'a point déterminé assez rigoureusement la réfraction et Fazimuth , non plus que la distance horizontale. Fai encore à toucher un autre point qui a trait k hi position et aux dimensions relatives des Gordilldres. Jiôopold de Bucb# dans sa vaste théorie du soulé-

ftnttil dM cliitiMi dt DHMUigMs à tnvtrt réeorot tmPiMM du ^olKf •^cft ioannit ippuyé tur \m rip* pont qiMiron temArqut tntra la dto«Gtioii dei chataet 61 ttlk dMCôtM situées & plas 00 moint dt diitdiiM» On Mit qu*il n'existe plus dans rAmériqao méridio* Btle de Tolœiie ecUfs que sur le c6te ocddtfitele da eontinent, et le profil hypscmiétrique que j*ai trteé de toute la cbatiie dee Andes, et qui transporté dans les dersièns cartes de Braé , n'a cependant jamais été reproduit avec plus d'eiactitude el de goût que dans une petite carte de Bergbaus, malheureusement inédite (6), témoigne d*nne relation intime entre le fnrme du continent et les détours de la chaîne des Andns» i'tA signalé pkiaieurs fois, en en faisant res^ sortir rimpertance géologique, le point d'Arioat situé par 18* SO' de latitude australe, oà le céte, jui^ qne*là parallèle au méridien, prend hrusquement le difectsan nonl«4K]est, déviatton qni répond eiacto» ment & cdle de la oéte occidentale du continent efricaîn, près de Fernando Fo, par A* SO' de latitude boréale. Le cbanganent non moins subit dans la dU rectioD de la chatae des Andes, sous le parallèle û'k^ rica, n'est point borné à la Cordillère oceidMtale , le Idns rapprochée de le ixier du Sud ; il n'est pas moins sensifaie dans la chafaie orientaie qui borne les hatttes plaines de Titicaca, où fleurît pour la première fois la eivilisatioe de T Amérique méridionale, et qui porte sur son dos les montagnes colossales du So« rata et de l'Illimani, hautes de 6189 et 64A7 mè* très d'après des nsesnres euctes , qui tout récem«

ment ont rectifié des idées fausses. Le parallélisme des Cordillères entre elles » surtout dans Tespaoe qui 8*étend à cinq degrés en deçà et au deUi de Téqua* teur , n*est pas moins surprenant que leur parallé« lisme avec les sinuosités de la côte. Une seule branche^ formée de fragments anguleux ou brèches « se dirige vers le nord-est, et traversant la Nouvelle-Grenade à Test de Bogota , rattache la crevasse des Andes de Quito h la crevasse plus ancienne d'où est sortie la chaîne côtière de Caracas.

La direction des Cordillères , à Touest de la haute plaine de Quito, semble même prouver que Téchancrure du golfe Guayaquil est un phénomène fortuit, postérieur au soulèvement des chaînes. La côte s'approche en effet Jusqu'à une distance de 25 minutes seulement de la partie de la Cor* dillère occidentale située dans la contrée de Cuenca, au sud du passage de TAssuay et de la route trèfrfréquentée qui atteint presque la hauteur du Mont* Blanc; et cependant cette proximité de la mer ne paraît point avoir eu dUnfluence sur la situation des volcans. La longue chaîne des volcans actifs est déjà terminée 83 lieues plus loin vers le nord, à partir du parallèle de Tunguragua. Il est possible qu'en cet endroit, plus voisin de la mer, des obstacles tenant à la superposition des roches aient empêché Faction des forces élastiques et la communication permanente du dehors avec le dedans. On remarque même» non sans étonnement, que du côté opposé au littoral» robstade a dû se trouver moins puissant, car il y a

eu éruplion du Sangay ou volcan de Macas, situé dans une plaine boisée, près des sources du Rio Morona, au pied de la chaîne orientale, un demi-degré au sud du parallèle de Tunguragua. Dans FÂsie ceu« traie, le Pe-chan et le Ho-tcbeou ou Montagne de Feu de Taneien pays de Tourfan , qui font tous deux partie de la chaîne du Thian-chan ou Montagne Céleste, et ont encore vomi des flots de lave depuis Fère des temps historiques, sont situés & plus de &30 lieues de la mer la plus rapprochée ; il ne se trouve même pas de grand lac dans le voisinage.

Bien que dans une grande partie de la terre les points culminants des groupes d'îles ou des chaînes de montagnes aient été formés par des masses soulevées de trachyle, d'andésite et de dolérite, d'autres zones, celles par exemple de l'Himalaya et de la Cordillère orientale de Bolivie, montrent que cette relation entre le maximum de hauteur et la nature des roches n'est nullement nécessaire. A la vérité, dans le Mexique , où tous les volcans sont élevés au-dessus d'une faille qui coupe presque à angle droit l'isthme et l'axe de la chaîne, disposition que Léopold de Buch compare à celle des volcans situés à l'intérieur de Java , tous les nevados , c'est-à-dire tous les sommets élevés à une grande hauteur au-dessus de la limite des neiges éternelles, sont des volcans et sont formés des roches mentionnées plus haut. De même; sur le plateau de Quito, les sommets les plus élevés des Cordillères se terminent en cloches et en cônes de dolérite ; cependant sur ce même

piftteaiiy en face du Ghimboraao «t du yokan de TuBguragiia, les nevéutos de Condorastio, de GôrviUao et de Collaoes sont formés de schiste micacé. Les plus hautes montagnes de la Cordillère orientale de Bolivie, le Sorata ou* Tusubaya, situé un peu & Touest de laf mission de Challana, et Fillimani, au sud de la mission d'Ocobaya , sont formées de grau^ wackes schisteuses, et, d'après des notes manuscrites de Pentland que j'ai en ma possession , il existe , au moins sur le versant occidental de riUimani , dfes masses éruptives de syénite et de porphyre , daiî« lesquelles sont restés au&si engagés des fragments anguleux de grauwackes schisteuses, (iomvne poUtf porter témoignage de la rupture dtes roches; Ces observations démontrent que les hauteurs absolues aies cimes, qui ont toujours eu le privilège d^exciter Fintérêt populaire , sont des faits* purement locaux et fortuits, qui tiennent à la plus ou moins grande i^ésistance des roches, et n'ont que peu d'importance pour le géologue en comparaison de la directioii des axes, de la régularité du tracé , et de lahauteut* moyenne des croupes de montagnes.

De ces considérations générales sur les Cordlliôt^eg des Andes , je passe à la description des volcans ré^ pandus sur la haute plaine de Quito , en commençant par le moins élevé de tous , le Pichincha , parce qu'il est le plus voisin de la ville de Quito , parce que sa forme ne ressemble point à celle du plus grand nombre des montagnes ignivomes, et qu'il a été pour moi le but de trois expéditions. Cette montagne.

dont le renam s'est affaibli depuis longtempê , était trè»-€éhkbre en Europe dans le milieu du deroier siècle, gr&ee au séjour de Bouguer et de la Gondamioe, qui, durant trois semaines , y firent des observations météorologiques , abrités sous une butte, à une baiiteur de 2i!iS0 toises , 180 pieds seulement au-dessous de la cime du Mont-Blanc. La vallée longitudinale qui s'étend entre les deux Cordill^es , orientale et occidentale» ou, pour la désigner d'une manière plus caractéristique, entre la Cordillère de TÂutisana et du Gotopaxi et celle du Pichincha et du Gbimborazo ^ est divisée elle-même en deux parties, & Tendroit où s'élève la ville de Quito, par une cbaine de collines peu élevées qui court du sud au nord , la chaîne d'Ichimbio et de Poingasi. A l'est de ces collines, sont situées les plaines gracieuses et fécondes de Puembo et de Ghillo ; à l'ouest , en se rapprochant du v<rican de Pichincha , on rencontre les prairies désertes d'Inaquito et de Turubamba. Le niveau n'est point le même dans ces deux parties de la vallée : , dans }a partie orientale , qui est la plus tempérée , le sol est à 80&0 pieds au-dessus du niveau de la mer ; dans la vallée occidentale, le climat est plus âpre et le sol s'élève à près de 9000 pieds (2908 mètres d'après mes calculs , 2910 mètres d'après ceux de Boussingault). L'inscription latine que les Astronomes françak ontplacée dans le Collège des Jésuites, et qui recule beaucoup trop vers l'ouest la longitude de Quito , abaisse aussi cette ville , par des raisons que j'ai indiquées plus haut , de 270 pieds au-dessous

de sa hauteur réelle. Si maintenant l'on songe que la ville de Quito est solidement adossée aux flancs de Pichincha et traversée par un grand nombre de crevasses béantes, très-profondes, le plus souvent à sec, et toutes perpendiculaires au volcan, si de plus on se rappelle que, durant le séjour que nous y flmes, nous entendions presque tous les mois audessous de nos pieds un effroyable mugissement (bramido), il n'y a plus lieu de s'étonner que les forces volcaniques, encore agissantes aujourd'hui, aient élevé le sol dans les plaines d'Inaquito et de Turubamba, plus rapprochées du volcan , au-dessus de la partie orientale de la vallée.

J'ai trouvé la chaleur moyenne de Quito , d'après des expériences répétées durant quatre mois sur les maxima et les mininia de la température diurne de l'air, égale à 11%5 de Réaumur; Boussiogault , en prenant la température du sol même à une profondeur de 14 à 16 pouces, a obtenu 12%2; différence 0%7, C'est à peu près la température moyenne de Rome transportée sur les hauteurs de Quito, presque sous l'équaleur, mais tout autrement distribuée. Les deux extrêmes sont, à Quito, &%8 et 17%6 Réaumur. Les traces de glace même les plus légères y sont extrêmement rares, et ne proviennent que du rayonnement de la chaleur à travers des couches d'air raréfié sous un ciel sans nuages. Les Académiciens français représentent le climat comme plus doux qu'il ne l'est aujourd'hui; la comparaison

vec la vallée de Kaschmir est complètement dépour-

vue de justesse » puisque , d'après les dernières mesures de Victor Jacquemont et du baron de Hugel (7)» cette ville est située à 3700 pieds au-dessous de Quito, et que dans Thiver il y tombe de la neige durant plusieurs mois. De la Ptaza major de Quito» on voit, à une proximité menaçante, les flancs abrupts (faldas) du volcan de Pichincha , mais non pas la rangée de sommets que nous allons bientôt décrire. On aperçoit aussi, sur une colline dénudée, située dans le premier plan et qui déjà surpasse en hauteur le pic de Ténériffe , la croix que la Condamine éleva pour servir de signal ( la Cruz de Pichincha ) ; mais ce qui ajoute surtout à la beauté du spectacle , c'est réclat argenté de la chute d'eau de Cautuna , placée plus à l'ouest et plus bas, à une hauteur de i 728 toises seulement. Un rocher en saillie cache le pied de la cascade.

J'ai tracé à Quito même un plan topographique du volcan de Pichincha et de toutes les vallées situées du côté du sud-est qui conduisent par le versant le plus accessible à la vaste croupe de la montagne , et, pour l'intelligence de cette carte, j'y ai joint une vue de profil représentant le spectacle dont on jouit par un temps serein, près de Cbillo, dans la savane de Cachapamba. La carte a paru dans l'Atlas de rAmérique méridionale qui accompagne la Relation de mon Voyage, et le paysage dans les Vues des Cordillères (8) . Outre les mesures barométriques prises sur plusieurs sommets isolés, j'ai mesuré trigonométriquement toutes les cimes que l'on peut apercevoir

dans la plaine de Cachapamba, séparée du cratère du Rucu-Pichincha par une distance de 27698 mètres. Comme il m'était impossible d'exécuter réellement des travaux de triangulation sur le flanc même de la montagne , entre les étroits ravins du volcan , et que ces opérations d'ailleurs eussent exigé plusieurs semaines, j'ai dû, pour abréger, adopter ]a méthode hypsométrique , qui consiste à prendre des bases trigonométriques et à calculer des angles de hauteur, méthode d'une suffisante justesse, d'après l'exactitude avec laquelle j'ai pu , à une distance de 3 degrés , déterminer par les azimutbs la différence de longitude entre Mexico et Yera-Cruz. La mesure des angles a donné en outre la masse du volcan tout entier et celle des divers pics dont il se compose. Placé sur la colline de Poiugasi , d'où l'on embrasse la tour de l'église de la Merci, à Quito, et les trois rochers qui entourent le cratère encore enflammé du Pichincha , j'ai déterminé , par des calculs de triangulation assez compliqués , la distance qui sépare ces deux points et qui était d'un grand intérêt pour les habitants. J'ai trouvé à la suite de plusieurs combinaisons 10887 mètres. Mon plan était gravé depuis longtemps lorsque j'eus le bonheur de pouvoir me procurer le premier projet d'une carte manuscrite trouvée dans les papiers de la Gondamine , et dont l'échelle permet de reconnaître un écart de 15 à 20 mètres. Cette carte renferme la ville de Quito et la tour de la Merci , mais elle ne donne du Pichincha même que le centre du cratère. La distance entre

(ees deq( points, calculée graphiquem^t , est de 10759 mètres : différence entre ce résultat et celui que j'ai obtenu « i28 mètres ou i/8&« Les aziiuutbs magnétiques n'ont presque point été mis à profit, ou l'ont été seulement à Poingasi , c'est-à^ire à 35 mètres de la pente du volcan , dans un lieu par conséquent où il m'était facile de déterminer la dépUnaisoD magnétique à l'aide d'un déclinatoire de Lambert long de 1& pouces; ils n'ont d'ailleurs été considérés que comme des points secondaires. Cet exposé, déjà peut-être trop circonstancié, des moyens mis en usage pour la construction de ma carte du Pi« cbincha, doit garantirlajustesse des dimensions principales de ce volcan , dont le grand axe forme , du sud-ouest au nord'-est, une muraille isolée et non interrompue. Le cratère a été dessiné aussi , dans la Vue pittoresque que j'ai donnée de cette montagne , d'après des angles }iori;(ontaux et des angles de hauteur mesurés plusieurs fois au moyen du sextant.

l4^ descriptions que la Condamipe a laissées du Piçhinclia dans sou Journal du, voyage fait à F Equateur sont extrêmement vagues. 11 parle de plusieurs ^mmets , mais il n'pn nomme que trois au lieu de goatre. ï^es Académiciens français n'ont pas mesuré 1^ fKHUmet le plus élevé, situé du côté du sud-ouest, f^ qui t seul , a produit les grandes éruptions. La cime distiopte d^signéç dans l'inscription du Collège des ffésuites , par les mots de Cacumen lapiUeum et acu^ tum (9) , est la troisième qime taiilée à pic que Von aperçoit dans la direction du sud-ouest au nord-est.

Quant à savoir où était la cabane dans laquelle les observateurs passèrent la nuit durant plusieurs semaines avec une si noble persévérance , c*est là un point difficile & déterminer, en l'absence de toute tradition , et d'après la seule indication de la hauteur barométrique. L'unique moyen de décrire clairement la structure de la montagne , c'est de désigner les différents pics par les dénominations indiennes , qui ont toujours un sens très-précis.

Ce qui frappe d'abord , en présence du Pichincha, c'est sa forme, très-différente de la forme habituelle des volcans. Le Pichîncha offre surtout le plus grand contraste avec le Cotopaxi , dont les plus petites inégalités , susceptibles d'altérer sa forme conique , sont dîssimuléesparlemanteaudeneigequile recouvre (10) et dont les créoles espagnols disent avec raison qu'il semble fait au tour (hecho al torno). Le Pichincha forme une muraille dont la longueur disproportionnée avec sa hauteur, qui égale à peine 4800 mètres, amoindrit, sur certains points, où l'on peut embrasser la montagne détachée de tout ce qui l'entoure , l'impression majestueuse du paysage.

Le Pichincha , si l'on considère dans son ensemble la Cordillère occidentale, est situé dans le même axe et sur le même alignement que les montagnes neigeuses d'Iliniza , de Corazon et de Cotocachi , et fait partie de la même rangée de volcans. Mais la chaîne, en cet endroit, est si brusquement taillée à pic du côté de la mer, que le Pichincha , considéré seul , semble une fortification servant de couronnement à

la Cordillère, et que la direction de ses murs abrupts forme avec la direction de la base sur laquelle ils reposent , ou Taxe général de la chaîne , un angle de 35*. L'axe de la cordillère occidentale s*étend entre 0* &0' de latitude australe et 0* 20' de latitude boréale , et est dirigé N. 21* E. La direction de Taxe volcanique , c*est-à-dire de la ligne qui passe par les sommets des volcans est N. 56* E. On en pourrait conclure, d'après des aperçus récents, que les forti* fications naturelles auxquelles on a donné le nom de Pîchincha , et qui sont d'origine plus moderne, sont sorties d'une faille distincte et moins large, qui s'écarte davantage du méridien dans la direction de Test. La grande plaine montagneuse d'Ântisana , située à &100 mètres de hauteur, fournit aussi un exemple remarquable de ces phénomènes particuliers subordonnés aux phénomènes généraux. Le sommet arrondi et neigeux de la montagne se détache comme une ile au milieu de la plaine , mais dans la partie occidentale s'élève un rocher noir, le Chussolongo « qui se prolonge comme un mur en suivant la direc» tion du nord au sud , et dont la forme m'a rappelé en petit celle du Pichincha. Le Pichincha , à la vérité, est isolé de toute part ; il l'est moins cependant du côté du Corazon et de l'Uiniza, où il n'est pas fort éloigné de l'Âtacazo , que vers le nord , dans la direc* tion du Cerro de Guicocha et du Nevado de Gotocachit où le Guallabamba , sortant du plateau de Quinche» riche en obsidienne, se fraye, à travers une vaste ouverture , un chemin vers la mer du Sud*

Afin que l'on comprenne mieui ce qui suit » je fois remarquer d'abord d'une manière sommaire que les quatre sommets du Pichincha , qui de loin affectent la forme de cônes, de tours et de châteaux forts en ruine, forment, dans la direction du nord-est au sudouest, une rangée de volcans, où l'on distingue ; i'^un cône sans nom, situé près du dos de Tlngapilca, que pour moi j'appelle ]e sommet du Condor, en raison du grand nombre de Condors qui l'habitent, et parce que c'est là que vient aboutir la profonde crevasse de Cundurguachana, dont pous avons traversé les blocs épars avant de déboucher dans la belle prairie d'Inaquito; 2* le Guagua*Pichincha , c'est-à-dire l'Enfant du vieux volcan Pichincha; &"" le Picacho de los Ladrillos, ainsi nommé à cause d'une faille taillée à pic, et réuni par une étroite langue de terre en forme de selle à un autre cône situé plus au sud , le Ta« blahuma; kf" le Rucu- Pichincha, c'est-à-dire l'Anoien ou le Père , qui renferme le cratère , et qui , placé un peu en dehors de l'alignement du côté de la mer du Sud, apparaît, vu de Chillo ou de Poingasi , sous un angle un peu plus petit que le commet du Guagua-Pichincha. Les naturels au teint cuivré nomment volcans l'ensemble des montagnes colossales du Cotopaxi et du Tunguragua, parce qu'ils les considèrent comme des individus distincts, pe formant chacun qu'un seul cône ; mais pour le pichinct)a, ils donpent le nom de el VQkWy non pas à la réunion de toutes les fortifications naturelles, miiii aeuleisttnt au Mmaiet plaeé vers le sud*

ouest t d'où ils savent par tradition que, dans les années 4533, 1530, 1560, 1566, 1577, 1580 et 1660, il est sorti des éruptions si considérables que la cendre en tombant plongea durant des jours entiers la ville de Quito dans une obscurité profonde. Lors-qu'ils veulent se faire passer pour d'habiles latinistes (ladinos), ce qui est pour eux le signe d'une éducation distinguée, ils désignent plus volontiers la quatrième cime par le nom de el Volcan que par celui de Rucu- Pichincha*

Première ascension. — Nous tentâmes pour la première fois de parvenir au cratère du IMchincha par une belle matinée du mois d'avril. Notre cortège était plus nombreux que nous ne l'aurions désiré. C'est un inconvénient qu'il est difficile d'éviter dans les voyages où les instruments qu'il faut porter avec soi excitent la curiosité des indigènes. Comme les habitants de Quito vont souvent chercher dans les régions inférieures de la montagne, et que les Indiens de leur côté ont l'habitude de porter à la ville pour le vendue un mélange de grêle et de neige recueilli non pas sur la cime neigeuse du cratère , mais dans des cavités situées plus bas, il en résulte que tous ceux qui nous suivaient , blancs ou hommes de couleur, se vantaient de parfaitement connaître la contrée. Il y avait juste un mois que j'avais été sur l'Antisana avec M. Bonpland et le jeune fils du marquis de Selvalegre, Carlos Nontufar, qui, après nous avoir aceumpagn^ au fleuve des Amaienes, & Lima, à

Mexico et à Paris, de retour daos sa patrie, trouva une mort glorieuse dans la guerre de rindépendance. Nous avions atteint sur FAntisana un rocher dentelé, placé à une hauteur de plus de 5500 mètres, et Tascension du pic le plus élevé du Pichincha, qui dépasse à peine le mont Blanc de 60 mètres , nous semblait en comparaison une entreprise facile. L'expérience nous a montré que les vallées ou crevasses profondes qui séparent les quatre sommets principaux du Pichincha offrent sur plusieurs points des obstacles presque insurmontables.

Nous nous dirigeAmes, en sortant de Quito, vers le nord-ouest, pour gagner la chute d'eau, ou Chorro de la Cantuna^ et nous passâmes devant un jardin appartenant à des moines et désigné sous le nom de Recoleccion de la Merced. La Recoleccion est située entre deux guaycos; c'est ainsi que sont appelées les crevasses béantes, larges de 30 ou &0 pieds dont il a été parlé plus haut, et qui toutes aboutissent aux flancs de la montagne. Ces deux crevasses se réunissent un peu au nord de l'église de la Merci , sur un point où l'on a jeté un pont de l'un à l'autre bord. Plus loin , au delà de la place de Saint-François , on perd de vue les guaycos qui disparaissent sous des voûtes surmontées de hauts édifices. Quelques-uns de ces guaycos ressemblent à de puissants filons en-* tr'ou verts, et le regard en peut mesurer la profondeur, qui est de 20 à 25 mètres ; mais sur beaucoup d'autres points , ils sont fermés par en haut durant des espaces de 60 à 80 mètres et forment des galeries sou-*

terraîDes naturelles. C'est une croyance populaire à Quito que , si les fréquents tremblements de terre n*ont pas atteint plus grayement les belles églises et les édifices , cela tient à ce que ces cavités , plus intéressantes à un autre point de vue pour les géologues, livrent passage aux vapeurs qui se dégagent du sein de la terre. Cette théorie , adoptée aussi à Ulloa , et qui s'accorde avec l'ancienne opinion des Bomains sur le rôle des sources dans les tremblements de terre (11), est d'ailleurs peu confirmée par l'expérience. Des observateurs attentifs ont remarqué que les quartiers de la ville de Quito situés plus à l'est, et qui avoisinent Santa-Barbara et San-Juan- Evangelista , ont moins souffert que ceux qui sont traversés par les guaycos.

Les flancs du Pichincha , qui conduisent par une pente assez douce à la chute d'eau de la Cantuna, sont couverts d'une herbe courte appartenant aux Graminées sociales (Podosaemum débile , Gymnotrix et Slipa eminens, Cavan. ). Au milieu de ce gazon fleurissent çà et là quelques Calcéolaires. La chute d'eau, située à 3368 mètres au-dessus de la mer, était en ce moment fort desséchée, et satisfit mal l'attente qu'elle avait excitée en nous quelques mois auparavant, lorsque nous l'apercevions de la Plazatnajor. Nous avançâmes plus loin, en suivant un ravin étroit, et laissant à droite la Croix de la Condamine (la Gruz de Pichincha), placée sur une hauteur de /i038 mètres et qui frappe les regards à une grande distance, nous arrivâmes dans une petite plaine tout à fait horizon-

tale« appelée Llano de la Toma ou Llaoo de Palmascuchu. La hauteur absolue de cette plaioe est de AMO mètres* Une autre plaine entièreuient semblable, mais presque de moitié plus petite , et qui a tout au plus 600 mètres de large, le Llano de Âltarcuchu, est située beaucoup plus à l'ouest et, comme le Lleuo de Palmascuchu , conflue au dos même de la montagne. Ces deux plaines , qui semblent avoir été jadis recouvertes par les eaux , forment le dernier étage des vallées superposées en amphithéAlre, et sont séparées par un nœud de montagnes, sur le prolongement duquel s'élève la cime bizarre du Guagua-Picbincha. Dans la plaine de Palmascuchu , nous Jouîmes d'un admirable spectacle , en portant nos regards sur FAntisana et le prétendu volcan d*Ansango, sur le Gotopaxi et le Sinchulahua , tous appartenant à la Cordillère orientale. 11 était onze heures du matin , et, malgré Télévation, le thermomètre marquait encore il'' Béaumur. Le Gudgua-Pichincha , vu de la plaine, fait TeiTet d'un château démantelé. Nous croyions d'abord que ces espèces de fortifications étaient f<H*mées de colonnes perpendiculaires et articulées, mais en nous approchant, nous trouvâmes une roche noire semblable à de la rétinite^ et divisée en couches minces, qui n'avaient souvent pas plus de deux ou trois lignes d'épaisseur ; quelques-unes cependant en avaient de douze à quatorze. Toutes étaien t très-régulièrement inclinées vers le nord de 85% Leur direction était donnée par hor. 6,&, de notre boussole de mines allemande. De loin , des crevasses transver-

Mies donnaient à cette roche brillante, & cassure fratche, disposée presque verticalement , et qui n'a- Tait encore subi aucune décomposition , quelque ressemblance aveb un rocher de porphyre schisteux. Je désignai alors cette roche sous le nom de porphyre trappéen rétinitique ; mais là où j*ayais soupçonné la présence de la hornblende, Léopold de Buch qui, peu de temps après mon retour, examina soigneusement et & la loupe mes collections, un peu plus riches alors qu'elles ne le sont aujourd'hui, reconnut des cristaux bien déterminés d'augite qu'il retrouva encore dans les roches volcaniques du Ghimborazo.

D'après une analyse plus récente de mon ami Gustave Bose , la masse noire rétinitique qui forme la base dd Guagua-Pichincha à une hauteur de &635 mètres, contient, outre l'augite» du labrador, mais elle ne contient ni feldspath , ni atbite , ni hornblende. L'éclat de la roche est moindre que celui de la rétiùite proprement dite ; la masse est seulement luisante et légèrement transparente aux arêtes ; la cassure en est inégale. Gustave Bose a pu la fondre en verre blanc au chalumeau, mais avec difficulté et seulement près des arêtes. Le labrador s'y trouve sous la forme de cristaux maclés à angles rentrants. Les cristaux sont blancs et d'une ^ande transparence ; ils ont , dans la cassure , l'éclat vif de la nacre. D'un très-petlt volume, car ils n'ont guère sur la face de la macle plus de deux lignes de longueur, ils sont disséminés en grand noiïibre dans la :pia8se. Les cristaux d'augite sont

d'un vert noirâtre , petits et trèâ-peu nombreux. Nous avons trouvé aussi sur le Pichincha, comme sur l*Etna, une espèce de dolérite où domine le labrador. Les contours du Guagua-Pichincha sont singulièrement déchiquetés , ce que nous avons remarqué dans beaucoup de roches volcaniques des Andes. Vers le sud-ouest , nous vîmes des aiguilles et des éminences en forme de pommes de pin , qui, épaisses à peine de dix pouces , s'élevaient perpen* diculairement à huit ou neuf pieds de hauteur. L'esquisse des contours du Guagua-Pichincha , que j'ai prise avec grand soin dans la plaine de Chillo^ à une distance de 25975 mètres avec une lunette dont le grossissement était de quatre-vingts fois , montre que le Guagua-Pichincha est bien Vacutum et la^ pideum Cacumen de l'inscription composée par la Gondamine, et placée sur le mur du Collège des Jésuites. La cime qui s'élance d'abord sous la forme d'une tour est écrasée à l'extrémité.

En gravissant l'étroit ravin qui conduit à la petite plaine de Palmascuchu , située au pied du Guagua- Pichincha , et avant d'arriver à la Croix » nous avions trouvé, à une hauteur de 3500 mètres environ, les flancs nus du rocher recouverts çà et là de pierre ponce. A mesure que nous montions , ces dépôts devenaient plus abondants; nous reconnûmes bientôt que, sur la cime bizarrement configurée du Guagua- Pichincha, la pierre ponce se trouve en plus grande quantité du côté de l'ouest et du sud-ouest, c'està-dire sur la pente qui fait face au Rucu-Pichincha.

La teinte blanche et quelquefois jaunâtre de la pierre ponce contrastait avec la couleur noire de la roche augitique.

Les naturels qui nous servaient de guide nous ayouërent bientôt que jamais ils n^étaient parvenus jusqu'à la crête de la montagne. Us n'imaginèrent rien de mieux à nous proposer, pour atteindre le troisième sommet , le pico de los Ladrillos, et approcher du cratère , que de regagner la plaine de Palmascuchu , et en gravissant les escarpements de la Loma Gorda, qui sépare deux crevasses presque parallèles, de redescendre dans les ravins d*Altarcuchu et de Yerdecuchu (12). Un regard jeté sur la carte fait connaître la structure singulière et cependant uniforme de la montagne. Un grand nombre de vallées sans eaux , qui ne sont autre chose que des crevasses, descendent de la crête de la montagne et vont toutes aboutir à la plaine de Quito. Ce sont : 1* la crevasse de Cunturguachana (13) à laquelle , ainsi qu'on le verra plus tard , répond , du côté opposé , une autre ouverture voisine de Guapulo ; 2* la Quebruda qui conduit à la plaine de Palmascuchu ; â* la crevasse de Yerdecuchu ; &* la vallée plus large de Yuyucha; 5* un ravin qui de la plaine riche en pierre ponce, située au pied du Rucu - Pichincha , conduit dans la vallée de Lloa Chiquito. Les débouchés de ces ravins se trouvent disposés de telle façon que les grandes inondations , produites à chaque éruption volcanique par la fonte

des neiges, sont détournées de la ville de Quito et M^. I. s

r»Jetée« dti bOté dé Lloa et dans la (ilaibé de turfi^ bâmba. D^àprës les aperças de la gféogQOsié moderne; ce phénomène des failles du Pichincha n'est point sans quelque importance. Leui* naissance se rattache au soulèyement générai de la tnôntagne. Elles ti*ont t)oiht été creusées par Teau , bleu que les ëattx provenant de la beigb fondue puissent y avoit* séjourné) dans les endroits où deâ digues trabAVersales ^'oppcysalent à leur écoulemebt. En fttlt , je crois avoit* reconnu clairement, près du dos de la montagttei lorsqde nous passâmes de la petite plaine de Verde<^ cucbu, baUtëde ftSSd mètres^ daUs celle d*AltarcuchU qui en a 1897 ^ les assises successives de ces bassiilS qui formaient autrefois de petits lacs alpestres.

Au lieu de nous conduire au Picacho de los LadrtUos ou Montagne de Tuiles, par Tétroit passage couvert de pierre ponce qui joint cette montagne au Ouagua-Pichincha , les Indiens nous firent tenter Tascension en droite ligne à partir du bassiii d*iltarcuchu , entouré de rochers presque perpendiculaires. La hauteur que nous avions à gravir n'était guère au reste que de 900 pieds. La cime de la Montagne de Tuiles est ud cône couvert presque en entier de pierre ponce. Cette ascension nous rappela celle que nous avions faite sur le cône de cendres du pic de TénërifTe (Pan de Alsucdr). Une couronne de roche noire semblable ft de la rétinité, et divisée en couches minces et verticales ^ a valu à la montagne le nom de Picacho de los Ladrillos. De loin , cette montagne que les indigènes appeilent ud

mut, semble formée d'étroites colonnes de basalte. Là cbUrônne de dolérlte est interrompue par une couche de pierre poiice qu'elle enferme de toute pai*t cdmnie une tle. J*ai dessiné deux fois Tas^iiect du cOné, une fbis de très-près, à 500 toises seulement de distance; une autre fois de la plaine dé Gbilloi et ft Taide d'une lunette; les deux esquisses sotit parfaite* ment d'accord entre elles. Là tache formée par Ttlot de pierre ponce m'a souvent serVi , dans mes mesures d'angle, à ne point confondre un pic avec l'autre. Mous constatâmes que la hauteur du Pico de los Ladrillos est de /i(380 mètres. L'espace que nous occupions nous permettait de visser sur son pied un graphomètre de Bàmsden, et de mesurer, & l'aidé du sextant, les angles nécessaites pour tracer la barte du Volcan, et déterminer la situation des divers sommets relativement aux montagnes neigeuses qui les entourent; Nous souffrions beaucoup du froid ; le thermomètre de Béaumur marquait 8* au-dessous de zéro. Des monceaux de neige couvraient çà et là la pente de la montagne. En jetant les regards vers la direction de l'ouest-sud-ouest, nous pûmes contempler dans toute la plénitude de sa magnificence > le Rocu- Pichincha entièrement couvert de neige. Nous ne savions point encore où était l'ouverture du cratère, car depuis le mois de juin 1782, personne n'était arrivé jusqu'au bord ; on savait une seule chose , c'est qu'il s'ouvrait du côté de la mer du Sud.

Dans la même direction, on jouit sur la cime du Picâcho de los Ladrillos du plus merveilleux spectacle

quMl m'ait été donné de contempler, dans le cours de mes voyages à travers les montagnes. Le versant sud-ouest du Pichincha, est extrêmement escarpé et divisé aussi en coupes parallèles par des crevasses perpendiculaires à la croupe de la montagne. Nous avons dans des excursions postérieures appris le nom de deux seulement de ces étroites vallées : ce sont la Quebrada de Nina Urcu , et plus près du Pichincha , la Quebrada de las Minas de Melizaldi. Même dans ces hautes solitudes , au milieu de roches volcaniques, on n'a pu s'empêcher de fouiller le sol , pour y trouver des mines ou des trésors enfouis. Au pied du versant , on a devant soi la forêt impénétrable et riche en palmiers de los Yum« bos, qui couvre une plaine vaste et chaude, bornée seulement par les côtes de la mer. Quant à savoir quel est le point du littoral le plus rapproché du volcan , il faut, jusqu'à présent, s'en tenir aux assertions de Malaspina, d'Espinozaetde Bauza. L'expédition des navires la Descubierta et PArevida a longé la côte depuis Guayaquil jusqu'au cap de Guasacama, à une distance de quinze à seize milles marines de 60 au degré. L'erreur que mes observations astronomiques m'ont permis de reconnaître pour la situation de la ville de Quito, trop reculée vers l'est des trois quarts d*un degré, et la position également beaucoup trop orientale , assignée par Malaspina et les autres navigateurs et géographes au port de Guayaquil, ont dû exercer une grande influence sur l'évaluation de la distance qui sépare le volcan du point le plus

rapproché de la côte. Comme les longitudes ebronométriques de Malaspîna sont comptées à partir du méridien de Guayaquil , il est nécessaire de corriger ces longitudes , et de les rapprocher vers Touest de 18 minutes d'arc, d'où Ton peut conclure , en rattachant le Pichincha à la ville de Quito , dont il est si peu distant, et en restituant à cette ville sa véritable longitude de 81' &', que le point le plus proche de la côte est situé à une distance de 88 minutes d'arc ou 22 milles géographiques de 15 au degré. Cette distance est celle de l'embouchure du Rio de Palmar à l'ouest , et dans la direction nord-ouest celle du petit golfe de las Sardinas et de San Mateo, voisin de la rivière d'Esmeraldas. Les côtes sont si inexactement dessinées sur la carte, d'ailleurs fort digne d'éloges, que la Condamine et Maldonado ont donnée de la province de Quito, que l'erreur, pour la première des deux distances indiquées ci-dessus, est de plus de 30 minutes d'arc

La courbure de la terre permet, pour la hauteur du Pichincha, d'embrasser un horizon dont le rayon égale 2^ 13' sans réfraction , et 2"" 25' environ avec la réfraction, telle qu'elle se produit habituellement sous l'équateur. 11 n'y a point de doute par conséquent que de la crête de la montagne les regards ne puissent s'égarer au loin sur la mer. L'horizon de la mer qui, comme on sait, se relève jusqu'à la hauteur de l'œil , de telle façon que les objets les plus voisins paraissent projetés sur la surface des flots, a sa limite, pour le Pichincha , à 56 minutes d'arc ou ik milles géo*

- as —

graphique^:* au delà du littoral. Mais les épaisses et s^Dtiques forêts des Yumbps et de TaDcien gouvernenient de Esmeraldas» arrosé par un grand nombre 4e fleuves I répandent dans Talmosphère une immense quantité de vapeur d'eau ; et, tandis que vers )e sud-est, nops cpntemplions au-dessus de la plaine de Quito le c|el le plus pur et le plus dégagé de nuages , à ce point que le cyanomètre de Saussure marquait 57% h Touest, un nuage épais était répandu au-dessus de la plaine boisée. Il y avait pourtant dans |e nuage une ouverture à travers laquelle nous apercevions une grande surface bleuâtre. Était-ce une de ces légères couches de nuages , dont la surface supérieure est souvent sans aucune inégalité, telles que j*en ai vu de grai^d matin flotter au-dessjis de rOcéaq, du haut du pic de Ténérifie et de plusieurs sommet^ dp9 Gprdillères? Ou bien était-ce, aiusi que Taffirmaient mes compagnons et comme la couleur semblait en effet l'indiquer, la mer du Sud elle-même ? Je n'ose le décider. Lorsque Tborizqp de la nier se prolonge jqsqu'à une distjance de deux degrés , h quantité de lumière réfléchie pjar T^^^ devient si faible que , dans le long parcours qu'elle doit faire pour arriver jusqu'à la cin^e d'une i^pntagne, |iaute seulement de 15000 pieds, la plus grande partie en est absorbée par l'atmosphère. Dans ce cas , la liniite de l'horizon n'est plus une ligne formée par l'air reposant sur l'eau ; on regarj^e dans le vide comme si l'on était en ballon. Gay-Lussac a éprouvé ep effet que, dans un b^Hop^ les opcles sonores parvienneiit

presque plus haut que la faible quantité de lumière terrestre réfléchie par yhonzon.

Ubygrooiètre à baleine de Deluc marquait S2* à Tombr^ » entre onze heures et midi , par la température de ir Réaumur, température dont il n*y a pas lieu de s'étonner» puisque, à la même hauteur environ, par iipe latitude australe de 0* 11\ l^s Astronomes français avaient vu dans leur pabane le thermomètre de Béaumur (pmber à 5' au-dessoqs de zéro. Cette graqde sécl^eressp se conserva même après que nous eûmes été enveloppés qu^Iquesiostants d'un léger brouillard, li'hygromètre de De|uc, eu effet, ne monta pas aIor9 au-dessus de 34% ^^ ^ui répond à ^Q"" de l'hygromètre à cheveu de Sauvsure. La tension électrique de l'atmosphère produisit en mèiqe tpmp9 un singulier phénomène. Avant que nous fus9ion9 entourés de broiflUards , un électromètre de Yolta , yissé sur un conducteur i^étalfique » ^t élevé par conséquent de 8 pieds aurdessus du so), naarquait Sligpe? d'électricité positive. IJ étaif inutile de garnir les ppiptes d'une épppge fim^ante ; mais aussitôt qpe nous entrâmes dfips la cquche de vapeurs, l'électromètre marqua subitgipent vme ligpe environ d'électricité négative , et dis lors, Up[\\ que dura la prfSsence du brouillard, nous pas^mj^s aUernatiyepijQnt (^'un signe à l'autre. Il faut supposer d'après cela qu'il se prqduis^t uq petit orifge, d'^leurs insensible , dans les globules fie vapeurs disposés vraiseinblablement en cppches distinctes.

Du Pico de los Ladrillos, sur lequel nous nous ^ou: yions, DUg pfiaussé^ étrpi|(9, çQmplétemeqt riicouverte

de pierre ponce» conduit au sommet voisin et un peu moins élevé du Tablahuma, qui a la forme d'un cône parfait. Le mur horizontal qui joint les deux sommets est situé 90 mètres au-dessous de la Montagne de Tuiles, 66 mètres seulement au-dessous du Tablabuma. Dans les endroits où la roche est à nu, elle est aussi divisée en couches peu épaisses et très-inclinées , et ressemble à du porphyre schisteux. Avant mon voyage , j'avais fait construire par rhabile mécanicien Paul, de Genève, outre un cyanomètre qui laissait quelque chose à désirer, un appareil recommandé déjà par Saussure pour déter* miner le point d'ébuUition sur des hauteurs considérables. Je n'employai pas cette bouilloire thermoscopique, comme l'ont fait trop souvent de nos jours les voyageurs qui ont visité l'Asie Mineure, la Perse et la Bulgarie, pour mesurer des hauteurs d'après une méthode appliquée par Lemonnier dès 1739, méthode tellement défectueuse qu'une erreur d'un degré Fahrenheit peut en entraîner une de â&O pieds dans l'évaluation de la hauteur. Je m'attachai plutôt à observer simultanément, autant que je le pouvais, l'état du baromètre , la température de l'air, celle du mercure et celle de l'eau bouillante, afin de réunir tous les faits qui pouvaient servir à corriger la théorie fort chancelante encore de Deluc sur le point d'ébullition. L'appareil était disposé, lorsque nous nous aperçûmes que l'Indien chargé de porter le briquet n'était pas encore arrivé. Heureusement le soleil brillait de tout son éclat , et nous savions

qa'une plante alpestre cotonneuse de la famille des Composées , qui commence à croître à 13500 pieds de hauteur et que nous avons décrite pour la première fois sous le nom de Culcitium rufescens» offre tou* jours une matière sèche (yesca) qui s*enflamme trèsfacilement. Ce Frailexon du Pichincha ne doit point être confondu avec un autre Frailexon non moins cotonneux de la Nouvelle-Grenade, qui est une espèce d'Espeletia. Nous dévissâmes Tobjectif d'une grande lunette de DoUond , et concentrant les rayons du soleil , nous enflammâmes le coton du Culcitium qui se laisse enlever comme un gant avec Tépiderme de la feuille. Lorsque la neige fondue commença à bouillir, le thermomètre de Fahrenheit marquait 187*2, ce qui revient à un peu moins de 69* Réaumur .

Tout près de là, le baromètre, ramené à la température de zéro, marquait 16 pouces alignes et 6&/100. Le professeur Poggendorff a trouvé que mes observations sur le point d'ébullition de Teau répondent , d'après la table établie par August sur les expériences de Gay-Lussac, à 199 lignes 4/*0; d'après celle que Biot a établie sur les expériences de Dalton , à 200 lignes 9/100 : différence un peu plus de 1 ligne 1/2. J'avais remarqué et j'avais noté sur le rocher qui joint la Montagne de Tuiles au sommet du Tablahuma que, à 3%2 de Réaumur, mon baromètre ramené à zéro marquait 196 lignes 6&/100; résultat plus rapproché du chiffre que donne la table d' August que de celui que fournit la table de Biot. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que, dans ces observa*

lions , up degré de Fabrenbpit répond à & lignes 5/10 sur réqJioUe du baromètre. Si l'on pouvait se fier davantage aux tables actuelles et aux déterpaiqçitiqps de ]*élasticité de la vapeur 4'eau au-dessous de 80' Réauinur, il faudrait concl^re 0e ces comparaisons que j'ai déti^rn^iné le point d'ébuUition de la neige fondue dans un vase d'où la vapeur s'écbappait facilement, comme dans T^fppareil de J^ussure, et que j'ai obtenu par copséqucDt une fre^ction un peu trop élevée, La cime ignivpipe d\x Bucu-Pichiqcba était encore, ainsi qpe jp Vai d^à rôfparqué, k une distance considérable, et séparée de pous par un abîme immense. Nou9 ne savions pas le cbepiin ; il eût été ioiprpdent, ne pouvant plus compter que sur trois beure» de jour, de cbercb^^ à tourner cette cavifé, qui n'était autre que ]e gran4 \>^9^n de la Cienega del Vçicatj^. Upe circonstance fortuite , bien que peu in^portante, détermina pies cqppagnons à presser Ip déport. ^*^taÎ9 resté assez longtemps sur la çrpupe dif Tablabupa, pqur renquye)er d'une niianièf e plus cpmplétement s^tisfM^ote l'expérience de l'ébuUitlon de l'ea)). La fatigpe que j'éprouya|s ^ la suitç d'uqp marcl)^ dp dix heures par des cbeiqiqs escc|rpés , le froid gt l'épaisse vapeur de cbarbon que j'avais respiréç, le t^ras^ef s^r lequel je m'étais ppncbé imprudemmept afin de Tù\p\x\ observer, et dont les flqmmp^ débordaient , compie celi^ arrive d'ordinaire suf: Ip^ hauteurs où la pression de l'air n'est plus que de \b k 16 pouces, m'avaient c^qsé un momept de fai|)les9e Qt dç yfiç\^%^f Mêo^ç en fais^t beaucoup plus d'ç0qrts

et à des hauteurs beaucoup plus considérables , je n'avais jamais éprouva auparavant et je n'ai jamais éprouvé depuis rien qui ressemblât & ce que je sentis alors. La vapeur de charbon y était pour beaucoup plus sans doute que la hauteur relativement insignifiante de l\!b92 mètres. Mes compagnons, qui étaient sur le versant oriental , s'aperçurent bientôt de cet accident, et vinrent en h&to me relever et me ranimer avec un peu de vin. Nous redespendiipes lentement à travers |a vallée dç Yuyucha, et nos regards furent charrnés par l'aspect du volcan de Cotopaxi que la lune illuminait splendidement. De toutes )es montagnes neigeuses, c'est celle à laquelle il arrive le plus souvent d'être complètement libre de nuages; peutêtre la cause en pst-elle dans la perfection de sa forme coi)i(|Uje et dans l'absence de toute aspérité. Nous ri^oignimes nos mulets sans nouvel encombre, et à sept heures du soir nous étions de retour à Quito. Il est yraiseniblable qqe la roche dont est forpié le Pichincha est à peu près la même dans les régions inférieures et dans les régions sqpérieures, au moins quant à sa composition cl^imique ; seulement , vers )e pied de la qaontagne , le grain plus grossier offre un 9spec^ différent. \Jx^e carrijère (captera), située près d'qne qpiontagne isolée, que l'on désigne sous le po^ de Pai^eçillp ou Jayirac, et sous laquelle les Incas avaient tenté de pratiquer une galerie conduisant à Turubau^ba, est, au point de vue géognostiqqe, d'un grand îptérêt. On y trouve une roc}ie que les ha|)itants appellent du grès ; elle n'est point divisée en

couches; sa couleur est généralement d'un gris tirant sur le vert ; elle prend cependant en quelques endroits une teinte rougeàlre, et contient, bien qu'en faible quantité , de petites lames de mica noir. Pendant mon voyage, j'avais donné à cette roche le nom de diorite porphyroïde à grains fins ; mais d'après l'analyse plus scientifique de Gustave Rose , il se trouve que c'est une espèce de dolérite, criblée de petits pores. Dans la masse, il existe des cristaux blancs de labrador dont les angles sont nettement dessinés, ainsi que beaucoup de cristaux d'augite d'un vert noirâtre. On y chercherait en vain de la hornblende ; mais à une hauteur moins grande encore , sur le sol même où est bfttie la ville de Quito , j'ai trouvé près de l'église San-Roque , dans une fosse de 15 pieds de profondeur, au milieu d'un dépôt d'argile , des filons de pierre ponce épais de 8 à 10 pouces.

En achevant le récit de ma première expédition au volcan de Pichincha, je dois encore mentionner les nombreux blocs aux arêtes aiguës qui sont épars à l'extrémité nord-est de cette longue montagne, dans la prairie d'Inaquito ou Anaquito, célèbre par les combats que s'y livrèrent, en 1546, Gonzalo Pizarro et le vice-roi Blasco Nunez Vêla. Ces blocs, d'une vaste dimension et non poreux, ont beaucoup de rapport avec la roche du Pichincha que nous avons dit ressembler à de la rétinite. Les indigènes les appellent Revetitazan; c'est un mot sans valeur déterminée, par lequel ils ont coutume de désigner les effets des ébran-

lements volcaniques et ceux de réruption. Les blocs sont disposés en rangées à peu près parallèles , mais ils sont beaucoup plus pressés au pied du volcan. L'emplacement qu'ils occupent porte le nom parti* culier de Rumipatnba , c'est-à-dire plaine de pierres. Je crois que ces roches n'ont pas été lancées par le cratère actuel du Rucu-Picbincha, mais que peutêtre, lors des premiers soulèvements de la montagne , ils ont été précipités du sommet à travers la crevasse de Gundurguacbana. J'ai été très-frappé de voir que la petite chaîne de collines qui borde h l'est la plaine d'inaquito est percée, dans la même direction, par une crevasse qui porte le nom de Boca de Nayon. Je trouve à ce sujet dans mon Journal les lignes qui suivent : t La force qui déchirant le flanc de la montagne a ouvert violemment la vallée de Cundurguachana , peut bien être la même qui a fendu la chaîne de collines située à l'est. La Boca de Nayon est une pente naturelle qui conduit dans un petit enfoncement dont le sol est inférieur de 8/1O pieds à celui de la plaine d^lnaquito. Dans cet étroit bassin est situé le riant village de Guapulo, dont la belle église est ornée de colonnes d*ordre dorique ; le tout ressemble à une crevasse béante , et l'on a peine à se défendre de cette pensée que , dans une contrée toujours si exposée aux grandes révolutions qui bouleversent la surface de la terre, la crevasse peut se refermer, et ensevelir, sans qu'il en reste vestige, le village, Téglise et toutes les images des saints qui protègent Quito. »

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