‹ Mélanges de géologie et de physique généraleChapitre 65 sur 69 · IV. Asie · texte numérisé non relu

IV. Asie

La surface de cette partie du monde à laquelle l'Europe, en raison de la division de ses côtes et de la douceur de sa température, semble se rattacher comme une presqu'île avancée, comprend

1S16000 lieues marines carrées ; les plaines de la Sibérie en occupent k elles seules environ 400000. Les grandes masses dont il est nécessaire de considérer la feufface et l'élévation, pour évaluer d'une rhanière approximative la hauteur moyenne de cet îmtnense continent, sont: i'' cette Vaste intumescence du sol, que les géographes chinois, habitués à tout décrire en détails, ont désignée sbuslenom de Gobi du deSchamo (48), et t|ui s'étend sans interruption dans \A direction du sud-ouesk au ïiord-est, depuis le Turkfestan oriental appartenant aux Chinois, ou petite Bulgarie, jusqu'au nœud de Kenteî , t)rès de l'une des sources du fleuve Amour ; 2* les quatre grandes chaînes parallèles de l'AhaI,du Thian-Schan ou Montagnes Célestes, dont la chaîne Volcanique du Caucase semble former le prolongement bccidentai par delà la grande concavité aralocaspienne , du Kouen-Liifa ou A-neou-thaetdel'Hima-. laya qui se dirige vers le Kbuen-Lun comme un filon fcroiseur, jusqu'à l^endrôit où les deux chaînes, coupées par la faille méridienne du Bolor, reprennent leur course de Test à l'ouest , sous le nom d'Hindou- Kho, toujours suîVant les axes de leurs soulèvements, et se dirigent vers Hérat, à travers le Caboulistan (49) ; 6* les chaînes méridiennes , Alternantes tomme des failles de filons (50) , qui se prolongent parallèlement avec de fréquentes interruptions depuis la mer Glafciale Jusqu'au plateau des Nilgherrys ou Montagnes Bleues, prés du cap Comorin , et parmi lesquelles on distingue la chaîne de l'Oural; le plateau de l'Oust- Ourl, situé èntire le lac d'Aral et la mer Caspienne;

le Kosyourt qui s*étend depuis le cours supérieur du Tchoul jusqu'au Syrou Oxus; le Bolor ; la chaîne de Soliman ; les Ghales de Malabar , et en avançant vers Test de 50 degrés , les chaînes méridiennes inclinées du sud-sud-ouest au nord-nord-est, qui s'interrompent et renaissent sous les noms de Stanowoî-Khrebet, de Khingan-Petscha , de chaînes du Birman et de Malacca, à Test de Tlraouaddi ; ft' les intumescences partielles du sol , telles que l'espace qui forme, entre les chaînes de l'Himalaya et du Kouen-Lun, le Thibet oriental et occidental, borné par les méridiens de Hlassa (haut, présumée 2900 mètres), des lacs sacrés (haut. 4570 mètres), de Ladak (haut. 3046 mètres) et de Dotsruh (haut. 8960 mètres); ou bien encore les massifs situés d'ordinaire près de l'intersection des systèmes de montagnes qui suivent des directions très-divergentes ; tels sont : le plateau volcanique de TArarat caucasieri, dont un habile observateur, Abich, a estimé la hauteur de 5 à 6000 pieds , et qui partant de la chaîne de Murow et de Kondurgagh (haut. 8748 mètres), située à l'est du lac Goklschai , passe devant le pied du grand Ararat (haut, mesurée trigonométr. par Federow, 4566 mètres), traverse le Djarlydagh dans le système trachitique du Cargabassar et se dirige vers Erzeroum (haut. 1896 mètres) ; le plateau qui entoure Ardebil en Perse (haut, moyenne 1872 mètres) et qui s'étend & Test du lac Urmia (haut. 1628 mètres) et au nord de la chalhe des Zagros; le haut désert d'Iran compris entre la chaîne de Zagros et la chaîne Kanda^ et qui, élevé près

d'Isfahan de 1340 mètres, n'en a plus que 682 autour du Jezd et du lac Zarah. Les plateaux du Beloudscbistan , de Mysore et de Nilgherry, qui n'ont pas moins de 2144 mètres de hauteur moyenne bien que la montagne la plus élevée, le Dodabetta, ne dépasse pas 2565 mètres; enfln le désert qui remplit presque toute la partie intérieure de la péninsule arabique , entre les chaînes méridiennes de l'Hadschaz et d'Oman, et où, d'après Wellsted, la cime boisée du Dschebel-Akhbar, située à l'ouest de Mascat, a 1950 mètres de hauteur.

En considérant le Gobi qui s'étend sur un espace de 42000 lieues marines carrées, entre 85* et 116' de longitude, comme un plateau et un prisme dressé sur l'une de ses bases triangulaires, et en évaluant sa hauteur à 1300 mètres, on obtiendrait, en répartissant cette masse sur la surface entière de l'Asie, un résultat de 20^8 seulement. Gr&ce à la disposition que l'on avait généralement autrefois à exagérer les altitudes au-dessus du niveau de la mer, et à confondre les hauteurs moyennes des chaînes de mon* tagnes ou des intumescences du sol avec les cimes isolées (51), on a assigné au désert de Gobi, d'après les mesures des Pères Gerbillon et Verbiest , dont une partie à la vérité a été mal comprise, une hauteur de 7500 à 8000 pieds (2436 à 2598 mètres). Pallas renchérissant encore, portait son estimation à plus de 9000 pieds. Lors du nivellement barométrique exécuté par deux membres de l'Académie de Saint- Pétersbourg » Bunge et George Fuss , qui accompa-

gnèrent à Pékin , en 1831, des missionnaires du rit grec, pour y établir une station magnétique, le plateau de Gobi a été relevé, dans la direction du nordnord-ouest ou sud-sud-est, entre le gouvernement d'Irkoutsk et la muraille de la Chine , à Tendroit où elle coupe la montagne connue sous le nom d'Ourang-tchai-Dabahn. La hauteur moyenne du soi a été évaluée à 4000 pieds (1300 mètres) tout au plus; c'est environ la hauteur du plateau de Tlran, entre Téhéran et Isfahan , et à peine 800 pieds de plus que le petit plateau au milieu duquel est construit le palais de TEscurial, sur la limite des deux Castilles. La partie centrale du Gobi, entre Ergi, Oude, Durma et Charaburghuna, s'abaisse au point de n'avoir plus qu'une hauteur de 780 mètres (52). Dans les anciennes traditions chinoises , cette espèce de bas-fonds, au milieu duquel se trouvent encore quelques lacs salés, est appelé l'ancienne mer desséchée. C'est même une croyance populaire, surtout en Corée, qu'il est possible, en creusant un canal, de livrer passage à la mer orientale et d'inonder la Mongolie et une grande partie de la Sibérie russe. Singulier contraste entre ces imaginations et celles que Ton se faisait jadis en Europe sur la configuration de l'Asie septentrionale. Je ne doute pas que le soulèvement du plateau de Gobi , dirigé du sud-ouest au nord-est, ne soit antérieur au soulèvement des chaînes méridiennes ou parallèles à l'équateur, et contemporain de la dépression aralocaspienne. A l'ouest et au nord-ouest , je considère le Gobi comme limité par une ligne qui longeant

le 20' degré de longitude et le 87* de latitude , passerait entre Khotan et Keria ou Keldia à Test du fleuve Khaschgol, suivrait la rive droite du Tarim-Ghol et du lac Lop dans la partie orientale de la province Pidjan , et traverserait Foasis de Khamil ou Hami et les ruines de l'ancienne ville de Karakhorura pour aller aboutir à Ourga et à la contrée habitée par les Khalkas du Tsetsen-Khan. A Test, le Gobi est borné par les montagnes de Tangout, la ville de Schatscheou, le pays des Ordos et la chaîne de Khangkai (53). Outre l'oasis de Khamil, il faut retrancher de l'espace ainsi circonscrîl le pays cultivé qui s'étend le long du Bouloun-ghir-ghol et renferme les villes de Ngan-tscheou et dn Son-tscheou. J'ai pris pour base de ces déterminations astronomiques la carte entreprise par les ordres de l'empereur Khian-Loung.

D'après les cartes de l'Asie publiées en 1833 par Grimm, l'intumescence comprise entre l'Himalaya et le Kouen-Lun , depuis le 28' jusqu'au 36" parallèle, occupe, en y joignant ces deux hautes chaînes de montagnes, une surface de 41800 lieues marines carrées. Ce relief s'étend depuis 92** 25' de longitude, c'est-à-dire depuis l'inflexion puissante du Yaron- Dgangbo-Tscheou, que Ton considérait, avant les recherches de Klaproth, comme la partie supérieure du Brahmapoutra (54), jusqu'à 71* 40', c'est à-dire jusqu'au méridien qui passe entre Gilgit et Schitral à l'ouest du petit Thibet, près de l'endroit où l'Himalaya, le Kouen-Lun et la chaîne de Bolor se réunissent du sud deTsoungling,et forment un nœud de montagnes.

haut de 18000 pieds. Hodgson, dans son récent Traité sur la géographie physique de l'Himalaya, estime la longueur delà chaîne, depuis Gilgit jusqu'à Brahma- Round, de 1800 milles anglais; sa largeur, variant de 70 à 1 10 milles, est évaluée en moyenne à 90; mais dans ce calcul ne sont pas compris le grès de la région desDhuns, l'aride Saul-Forest ou Baver, ni les marais du Taraï. Suivant Hodgson , la hauteur moyenne de l'arête est cotnprise entre 10000 et 16000 pieds anglais (2046-4872 mètres) . Si, dans mon Asie centrale, je n'ai pas attribué au plateau compris entre l'Himalaya et le Kouen-Lun plus de 1800 toises (environ 3500 mètres) , j'avais été conduit à ce résultat en comparant l'espace de 120 milles géographiques carrés qui s'étend autour des deux lacs sacrés de Manasarovar ou Mapan et de Rakaâ-Tal, appelé aussi Rawanhrad et Tscho-Logan, et dont tout récemment Strachey a évalué la hauteur à 14310 pieds par le point d'ébullition de l'eau , avec les hauteurs de Schipke (9442 pieds), de Ladak ou de Leh, ville élevée de 9378 pieds au milieu d'une plaine qui en a 12600, et d'Iscardo (5910 pieds). J'avais cru devoir tenir compte aussi de la culture de la vigne, fort répandue à Hlassa, dans la région de Test, aussi bien qu'autour de Dabling, deKanoum et de Pangi, et qui indiquait une élévation peu considérable. Pour déterminer la hauteur moyenne du Thibet, il est nécessaire de considérer en même temps les trois parties dont il se compose. Le Thibet supérieur ou Thibet oriental, où est située la ville de Rlassa ; le Thibet moyen , dand lequel se trouve la

ville de Ladak, et le petit Thibetou Baltistan qui corn- .prend la ville d'Iscardo. C'est dans le méridien des lacs sacrés , à l'endroit où s'élève le groupe colossal des monts Kylas , presque au milieu par conséquent de l'axe longitudinal du Thibet , que l'axe de la haute plaine qui détermine la ligne de partage des eaux se dirige perpendiculairement entre les sources du Dzangbo , du Sutledge et de l'Indus qui courent , le premier vers l'est , les deux autres vers le nordouest (55).

En évaluant , dans son ensemble , le volume des plateaux du Thibet et de Ladak , je n'ai point mis à part les montagnes qui s'élèvent sur ces plateaux mêmes et en resserrent l'étendue. Les chaînes de l'Himalaya et du Kouen-Lun réparties sur la surface entière de l'Asie en élèveraient à peine la hauteur moyenne de 56^6 (56). Si malgré le peu de différence entre l'espace qu'occupent ces chaînes et la base du prisme qui représente la chaîne des Andes, l'effet de ce relief colossal est moins grand pour l'Asie que pour l'Amérique méridionale, la cause en est bien simple, et tient à ce que l'aire de l'Amérique méridionale n'est que la moitié de celle de l'Asie.

Bien que ce soient les arêtes des chaînes de montagnes et nullement les cimes isolées qui exercent une influence efficace sur les calculs dont nous nous occupons dans ce Mémoire ^ il pourra cependant être agréable au lecteur de trouver ici les résultats les plus récents des mesures prises sur les points culminants de l'Himalaya (57) . L'incertitude de la synonymie, les

nombreuses variantes introduites dans les dénominations par la faculté de changer arbitrairement les voyelles, et les réductions inexactes des mesures ont été Toccasion d'erreurs nombreuses :

KintschiDJinga (KouDSchain-jounga, Kanschin , KaDgschaDg).—

Mesuré par le colonel ^aagh : 28178 pieds anglais = 26i!i39

pieds de Paris = 8588 mètres.

Dliawalagiri. — Résultat définitif encore incertain. D'après

Hodgson , 27600 pieds anglais = 25897 pieds de Paris

= 8Û12 mètres; d'après Webb, 28080 pieds anglais = 263^5

pieds de Paris = 8558 mètres.

Jawabir ou Nanda devi.— 257^9 pieds anglais = 26160 pieds

de Paris = 7848 mètres.

Jamnoutri.— D'après Herbert, 25670 pieds anglais =24084

pieds de Paris = 7823 mètres.

Gosainthan. — 24700 pieds anglais = 23176 pieds de Paris

= 7528 mètres.

Ctioumalari. — 23929 pieds anglais = 22452 pieds de Paris

= 7293 mètres.

Le plateau de la Perse , situé au sud du prolongement occidental de THindou-Kho, a une surface de 27000 lieues marines carrées, et élèverait de 12 toises la bauteur moyenne de l'Asie : c'est un effet double de celui que produisent les chaînes étroites de l'Altaï et de l'Oural.

La presqu'île de TAsie Mineure n'est pas beaucoup plus étendue que la France , mais elle est beaucoup plus montagneuse. Dans la Lycie et la Pamphilie, depuis le golfe de Macri jusqu'à celui d'Adaliya, la partie sud-ouest du Taurus, élevée jusque dans la région des neiges éternelles , est divisée d'une ma-

nière singulière par des crevasser dirigées du sud au nord. Dans la vallée du Taurus, qui ^'abaisse vers I4 Cilicie^il existe des villages, comme Bach-Kichla, situés à des hauteurs de plus de 7300 pieds (2370 mètres). Depuis la Caramanie jusqu'à Érégli , la chaîne qui dans l'Akdagh s'élève à 9000 pieds de haut, oscille entre 36' 1/2 et 37^ 8/4 de latitude. Plus à Test, à l'endroit où elle se dirige à travers la Cilicie vers le Boulghar-Dagh, tout le système des chaînes parallèles du Taurus prend plus décidément la direction du sud-ouest au nord-est , pour se rattacher au plateau d'Erzeroum (lat. S8" 58') et un peu plus tard au plateau de TArarat (lat. 39'' 42'), qui joint l'Arménie au Caucase, et qui, à son tour, trouve un prolongement oriental par delà la dépression aralo-caspienne, dans TÂsferah et le Thian-chan (58), Déjà, sous le parallèle de 38"^ 30', par 35' 18' de longitude, un peu à l'est de Kaisaria, s'élève, presque isolément, comme les deux cimes de l' Ararat, le colossal Argœus. Ce cône volcanique , haut de 11824 pieds (3840 urètres), d'après la mesure barométrique de P. de Tchihatcheff, forme le centre d'un grand plateau trachytique, qui s'étend jusqu'à l'Ala-Dagh et au lac d'Érégli, et a 3000 pieds (975 mètres) d'altitude (59). C'est à l'intérieur de ce plateau qu'est située la plaine la plus vaste et la moins interrompue de toutes celles que présente l'Asie Mineure, plaine qui est elle-même un plateau couvrant toute l'ancienne Lycaonie, sans compter des parties de la Phrygie et de la Galatie , et qui , en raison de sa situation et de son étendue , a mérité

d^étre appelé le plateau Lycaonien. Cette plaine entoure le grand lac salé de Touz-Gheoul , situé à uqe hauteur de 2755 pieds ou 895 mètres (60). Moius vaste, mais plus élevé et d*un niveau moins égal, le plateau d'Ouzounyaila s'élève ù Touest de Grivas, près du cours supérieur de TQalys ou Kizil-Irmak. Là aussi on retrouve des villages situés à 5000 et 5500 pieds de hauteur (1624-1786 mètres). La connaissance hypsométrique du relief de TAsie Mineure a faitde rapides progrès depuis quelques années, grâce à l'activité d'un voyageur éminent, P. de Tchihatcheff, qui aux 150 points mesurés jusqu'à lui par Ainsworth, Williams Hamilton, Texier et Fellows, en a ajouté plus de 700. Il regrette l'inégale répartition de ces stations, dont la cinquième partie est concentrée sur le territoire peu étendu de l'ancienne Galat|e, et arrive à cette conséquence quMl rend vraisemblable , à savoir , que d'après l'état actuel de nos connaissances, en supposant que la partie de la péninsule couverte de hautes montagnes est aux plaines dans le rapport de 20 à 1, la hauteur moyenne du sol est de 500 mètres (1539 pieds) au-dessus du niveau de la mer. Cette hauteur serait, à la vérité, double de la hauteur moyenne de la France , et d'un tiers plus grande que celle de l'Allemagne entière, dont les contrées septentrionales sont si peu accidentées; mais elle serait fort inférieure à celle de l'Espagne. Dans tous les cas, et Tchihatcheff en fait luimême la remarque, l'estimation de 500 mètres ne peut être considérée que comme un nombre limite (61).

Nous avons trouvé ci-dessus pour la hauteur moyenne de la partie méridionale et montagneuse de TAlIemagne, 920 mètres (2831 pieds); c'est à peu près l'évaluation que Laplace avait adoptée pour la hauteur moyenne des continents.

La partie montagneuse de la Chine occupe au moins un espace de 5&/i00 lieues marines carrées. Plusieurs sommets de montagnes s'élèvent, sous une latitude très-méridionale , jusque dans la région des neiges éternelles. Si cependant on considère l'ensemble du système, on ne peut lui attribuer une hauteur moyenne de plus de 5000 à 6000 pieds, qui, réparti sur le sol de la Chine, l'exhausserait à peine de 16 toises. A ces résultats peu sûrs se joignent ceux que l'on a obtenus , sans plus de certitude, sur les hautes plaines de l'Arabie, du Candahar et du Beloudschistan, dans la partie orientale duquel le plateau de Khelat atteint une élévation de 7800 pieds. Tandis que les hautes terres qui avoisinent les monts Nilgherry et le plateau de Mysore n'offrent relativement qu'une étendue peu considérable, la grande Buckarie, arrosée par l'Oxus et l'Iaxartes, occupe, sur un sol sillonné par des ondulations très-inégales, un espace de 240000 lieues marines carrées. Si l'on évalue la hauteur moyenne de ce soulèvement à 1020 pieds (331 mètres), ce qui me parait, à vrai dire, fort exagéré, d'après toutes les mesures réelles que j'ai pu recueillir (62); on n'obtiendra encore, en répartissant cette vaste intumescence sur la surface entière de l'Asie, qu'un exhaussement de 180 pieds (58 mètres).

De tous ces calculs partiels il résuite que si Ton évalue en moyenne à 2/tO pieds (78 mètres) la hauteur primitive des basses terres de TAsie (63), le centre de gravité du volume se trouvera placé , pour Tensemble du continent asiatique, à 1080 pieds (350 mètres) au-dessus du niveau de l'Océan.

Ce travail , qui m*a tenu longtemps occupé , et a été publié pour la première fois il y a dix années seulement , ne saurait être considéré que comme un premier essai tenté dans le champ , complètement négligé jusque-là, de la géognosie stéréométrique. Il n*en faut naturellement attendre que des approximations ou des nombres limites ; mais peut-être aussi indiquera-t*il la méthode par laquelle on pourra , & la condition de déterminer plus exactement les surfaces et les hauteurs, obtenir peu à peu des ré* sultats plus certains. Le tableau suivant présente les nombres auxquels nous sommes parvenus :

UeoM m«rtnts Biotaor Htalaar

«arréM. en tolMi. M mkttu»

Asie 13^6000 180 350

Amérique du Sud. . 571000 177 3/i5

Amérique du Nord. 607000 117 228

Continent américain. 1178000 1^6 28/^

Europe 30&000 105 205

On retrouve dans ces nombres la trace de la dépression du sol ou du poids relativement peu considérable des soulèvements qui sillonnent les contrées septentrionales de l'Europe et de T Amérique. Le prolongement de cette dépression dans le nord de TAsie

HtL. I. 32

est compensé par les vastes intumescenoes de ce oontinent, entre les parallèles de 38' 1/9 et de k^\ Je rappelle ici ce que j'ai dit ailleurs que , en raison de leur vaste étendue» les plateaux, même d'une médiocre altitude, agissent plus sur le centre de gravité des continents que les chaînes de mon« tagnes qui n'ont jamais qu'une faible épaisseur, et que les points culminants ont peu d'importance relativement à la hauteur moyenne des lignes de faite, plus difficiles malheureusement à détermi* ner. Bien que la cime la plus élevée des Pyré* nées, le pic Nithou, n'ait que 10722 pieds (â&8& mètres), et soit par conséquent inférieur de &087 pieds au Mont-Blanc, la ligne de faite des Pyrénées dépasse cependant de dOO pieds celle des Alpes» Le tableau précédent , qui fait ressortir les traits les plus saillants du relief de la terre, indique en même temps les contrées où les forces volcani* ques , comprimées à l'intérieur du globe , ont réagi le plus puissamment contre l'écorce extérieure, et ont réussi à la soulever, soit sur une vaste étendue, soit d'une manière sporadique, dans quelques cimes isolées. Quant à ce qui concerne les 958000 lieues marines carrées dont se compose l'aire de l'Afrique, quant à l'Australie et au contluent du pôle sud, j'ai dû, pour des raisons faciles à deviner, m*abstenir de toute évaluation. Il n'est point vraisemblable ce«pendant que les données qui nous manquent soient de nature à apporter un changement notable dans la situation du centre de gravité auquel nous ont con^

duits nos calculs hypothétiques (6&). On peut donc conclure des résultats indiqués plus haut que la hauteur moyenne de tous les continents ne dépasse pas beaucoup i57S8 (M5*,9) au-dessus du niveau de rOcéan.

L'exemple de la Suède , dont le sol , en quelques parties, se soulève progressivement, ainsi que Ta fait voir avec beaucoup de précision Léopold de Buch, pourrait conduire à cette conjecture, que, dans le cours des siècles , la hauteur moyenne des continents ne reste pas constamment la même; mais il parait que dans le mouvement général de récorce terrestre , ces soulèvements partiels ne sont que des compensations à des effets en sens contraire, tels que ceux qui se produisent en Finlande et dans la partie méridionale de la Scanie , et comme il s'agit d'ailleurs de déterminer le centre de gravité de vo« lûmes énormes, les changements partiels qui se produisent dans des contrées isolées ne sauraient avoir qu'un e£fet insignifiant.

Une des difficultés qui ne permettent guère d'apporter aux déterminations stéréométriques du genre de celles que j'ai entreprises toute la précision désirable , c'est l'immense étendue de régions qui ne peuvent être renfermées dans des cercles nettement circonscrits , et qui , çà et là , coupées par des sillons et des montagnes , entremêlées de plaines et de vallées, appartiennent en définitif aux basses terres. L'effet de ces régions sur l'exhaussement du sol est d'augmenter ce que j'ai appelé la hauteur primitive ,

hauteur déduite d'observations partielles et très-peu nombreuses, mais qui cependant méritent confiance. Si Ton examine de plus près les causes d*erreur aux* quelles on est exposé, elles ne me paraissent point de nature à influer d'une manière notable sur le résultat final. La Carte de France , ce grand monument de la géodésie moderne^ nous présente un nombre considérable de coordonnées de hauteur appartenant à des plaines ondulées. Les nombres indiqués sur la carte prouvent que dans les lieux où des villes considérables sont bâties à peu de distance les unes des autres dans des sillons ou des vallées « les plateaux qui séparent ces sillons sont beaucoup moins élevés qu'on ne serait tenté de le croire, lorsque, par exemple , on traverse la Lorraine, en montant et en descendant alternativement des vallées sur les hauteurs et des hauteurs dans les vallées. Les nombres qui le plus souvent marquent en mètres la hauteur des collines et des plateaux sont 235 , 260 et 270 ; rarement ils s'élèvent de â&O à &00 ; c'est à peine 100 mètres de plus que la hauteur primitive assignée plus haut aux basses terres de la France. Or, de ces 100 mètres répartis sur l'aire totale de la France , en tenant compte de la surface occupée par les hauteurs , il résultera un exhaussement de 20 à 25 mètres. Si maintenant nous passons en Asie , et si , embrassant une vaste région , sur laquelle nous manquons de renseignements précis, nous évaluons à 52/iOOO lieues marines carrées l'espace rempli par la Chine, par les Indes cen*

traies et par les dépressions comprises entre rÀltaï et les Montagnes Célestes, si de plus nous supposons que cette contrée peut avoir, en raison des ondulations qui la sillonnent, 70 toises ou 136 mètres de plus que n*ont en moyenne les plaines de la Russie asiatique, ce nouvel élément, introduit dans le calcul/ n'exhausserait pas de 1/7 lé centre de gravité de TAsie. Un pareil accroissement serait fort au-dessous de la limite des erreurs auxquelles il faut se résoudre dans la question que nous avons tenté d*éclaircir. Aucune difficulté ne doit nous faire reculer devant des problèmes qui touchent aux élé* ments les plus considérables de la géographie physique. Le seul moyen d'attirer Tattention des savants sur un objet de cette importance, et de préparer dans l'avenir des travaux plus satisfaisants, est de publier résolument les résultats approximatifs auxquels nous avons pu parvenir, et d'indiquer les données numériques de hauteur et de surface qui peuvent nous manquer encore.

Frappé de l'extrême difiérence qui sépare mes résultats de ceux auxquels est parvenu l'auteur de la Mécanique céleste y j'ai fait appel , en 1828, cinq ans avant de publier cet écrit pour la première fois , à mon vieil ami Poisson. J'insère ici les remarques que ce grand mathématicien a bien voulu me communiquer :

ff Laplace dit que la profondeur moyenne de la mer doit être une petite fraction de l'excès du rayon de l'équateur sur celui du pôle, excès qui serait

environ de 20000 mètres (65). Il reconnaît que les données sur lesquelles il s'appuie ne suffiraient pas pour établir nettement les limites entre lesquelles doit être compris le rapport de cette profondeur à cet excès ; mais il suppose que Texcès peut être de 1/30 et la profondeur de 500 mètres environ. Je ne crois pas que cela soit contraire à la théorie. Il dit encore que la profondeur moyenne de la mer est de même ordre que la hauteur moyenne des continents, qui ne dépasse pas 1000 mètres. Le mot ordre a un sens vague; ici il doit signifier que le rapport entre la profondeur de la mer et la diflérence des rayons des deux axes, comparé au rapport de la hauteur à cette même diiTérence , ne doit point être une fraction considérable ; que le premier rapport , par exemple , ne peut point égaler dix ou quinze fois le second ; mais les expressions de Laplace laissent croire que le premier rapport peut être double , triple et même quadruple du premier , toujours en supposant que la hauteur moyenne des continents et la profondeur moyenne des mers sont toutes deux très- peu considérables relativement à Texcès de Tun des deux rayons sur le second. Si dans la suite j'ai Foccasion de m'occuper théoriquement de cette question , tu peux facilement supposer que je serai fort heureux de trouver réunis des documents plus exacts que ceux dont disposait notre illustre mattre. >

Si , comme cela est vraisemblable d'après ce que j'ai dit plue haut, la hauteur moyenne des conti-

nents ne dépasse pas 800 mètres ^ il est à présumer que, bien loin d'égaler à peu prés la profondeur moyenne des mers , elle est au moins cinq ou six fois plus petite. On peut se hasarder à proposer un minimum pour la profondeur moyenne des mers, mais les données que Ton possède ne permettent absolument pas de la déterminer avec exactitude. Thomas Young croyait pouvoir déduire de la théorie des marées que la profondeur moyenne de TOcéan est de &800 mètres (66) ; Laplace adoptait d*abord le nombre de 1600, mais il abandonna bientôt ce résultat. Lc^ surface du sphéroïde terrestre, dit-il , dans son Exposition du Système du M onde (67), serait à peu près celle de réquilibre , si elle devenait fluide. De là et de ce que la mer laisse à découvert de vastes continents, on conclut qu*^le doit être peu profonde. Dans les expériences qui ont été faites pour déterminer le décroissèment de la température dans la mer, Sabine, Lenz, Yauchope et Beechey ont jeté la sonde jusqu^à 900 et 4000 mètres, sans trouver le fonds. Un marin très-expérimenté , le capitaine Bérard , est parvenu à mesurer le fonds de la mer jusqu'à une profondeur de 1600 mètres, oe qui n^était pas encore arrivé, avec un cordon de soie épais d'un millimètre , qu'un homme pouvait facilement manier; c*est encore 180 mètres de moins que la hauteur du Canigou , et de plus le fil à plomb ne suit pas une direction pariiftitement perpendiculaire. M. de Tessan, qui a proposé an moyen nouveau et fort ingénieux pour mesurer les profondeurs avec des bombes explosibles.

prétendait même prouver Timpossibilité de faire parvenir uo fil à plomb à des profondeurs de 4000 ou 5000 mètres, ce qui est le maximum de profondeur que Daubuisson était disposé à admettre pour les abîmes de FOcéan (68).

Le gouvernement des États-Unis, qui s^est noblement imposé la t&cbe, dans ces derniers temps, de favoriser toutes les expériences ayant trait à l'astronomie et à la description physique de la terre , a chargé, depuis 1850, le Bureau of Ordnance and Hydrography de comprendre le lit de la mer parmi les objets qui devaient être spécialement étudiés sur les bâtiments de TÉtat^ diaprés les excellentes instructions du lieutenant Maury. Les capitaines Barron, Platt, Walsh et Taylor ont particulièrement signalé leur activité dans ce genre d'exploration (69). Goldsboroughy dans la traversée de Rio-Janeiro au cap de Bonne-Espérance, a trouvé avec la sonde 17450 pieds (5368 mètres), par 27* de latitude ausrtrale, 31* 20' de longitude occidentale (70) ; Barron a trouvé, en mai 1851, sur le John Adams^ 27161 pieds (8823 mètres), par 32* 6' de latitude boréale , 47" T de lougit. occident. Le lieutenant Walsh, sur le Schooner Taney, 32086 pieds (10422 mètres), par 31* 59' de latit. boréale, 61* 3' de longit occid. (71). Toutes ces profondeurs ont été bien dépassées par celles qu'a découvertes le capitaine Denham , commandant le Herald^ qui, le 30 octobre 1852, n'a atteint le fond de la mer, suivant le rapport du colonel Sabine, qu'à une profondeur de 7706 brasses ou

14091 mètres, par 36' &9' de latit australe, 39^26' de longit. occident C'est environ 5500 mètres de plus que la hauteur du Kintschindjinga , la plus haute cime qui ait été mesurée jusqu*à ce jour dans la chaîne de THimalaya, et dont nous ne connaissons Taltitude que depuis le Toyage de Joseph Hooker au Tibet. La cime du Kintschindjinga, élevé lui-même de 26&â8 pieds (8588 mètres) au-dessus du niveau de la mer est située ainsi à 22680 mètres, c*està-dire à plus de 3 milles géographiques du point de la surface terrestre déterminée par le capitaine Denham. Dans la Lune , la hauteur des plus hautes montagnes , Dœrfel et Leibnitz, au-dessus des plaines faussement appelées des mers, n'est que de 3800 toises ou un mille géographique. Le gonflement du sphéroïde terrestre, sous Téquateur, esta peine double de la hauteur à laquelle s'élève la cime du Kintschind* jinga au-dessus du point le plus bas que Ton connaisse jusqu'à ce jour dans le fond de la mer ; la différence du diamètre équatorial et du diamètre polaire est en effet de 5,8 milles géographiques (1718,9 — 1713,1) en calculant les milles géographiques à raison de 3807*,23 ou 7/i20",/i0.

On voit dans Cléomède (72) et dans Plutarque (73) que les philosophes alexandrins se livraient déjà à ces comparaisons de hauteurs positives et négatives. Plutarque dit expressément, dans la Vie de Paul-Émile, à l'endroit où il mentionne la mesure du mont Olympe par Xénagoras et l'inscription qui fut gravée à cette ^ occasion : c Les géomètres pensent qu'en aucun point

la hauteur des montagnes ni la profondeur de la mer ne dépassent dix stades. » Gléomède établit la même comparaison entre les hauteurs négatives et positives , mais il porte & 15 stades (environ !2770 mètres) les maiima des hauteurs et des profondeurs. • Ceux^ dit-il, qui mettent en doute la forme sphérique de la terre, à cause des cavités de la mer et des montagnes, en jugent peu sensément , car il n*y a pas de montagnes qui aient plus de 15 stades de hauteur verti* cale, et telle est aussi la profondeur de TOcéan. > L*opinion, accréditée depuis fort longtemps chez les marins, et qui n*est pas fausse de tout point, à savoir, que la mer a la plus grande profondeur près des endroits où les côtes sont hautes et abruptes, peut avoir disposé de bonne heure les esprits à généraliser ces rapprochements entre les hauteurs des montagnes et les profondeurs de la mer.

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