‹ Mélanges de géologie et de physique généraleChapitre 66 sur 69 · DANS L'ATLAS DES GORDILLËRBS DE QUITO BT DU MEXIQUE · texte numérisé non relu

DANS L'ATLAS DES GORDILLËRBS DE QUITO BT DU MEXIQUE

La coofiguratioo de grandeB masses montagneuses» les contours si divers des hautes cimes, situées comme des bas-fonds au milieu des agitations de l'Océan atr mosphérique, sont au nombre des éléments qui con* stituent ce que Ton peut appeler la Physionomie de la Nature. L'aspect des montagnes ne contribue pas moinsque les formes, la grandeur etie groupement des plantes, non moins que les différentes espèces d'animaux , que la nuance de la voûte céleste et Tintensité de la lumière réfléchie , à déterminer le caractère du paysage et l'impression générale que l'homme reçoit des différentes zones de la terre. Mû et guidé à travers les contrées que j'ai parcourues par ces considérations que j'ai développées avec plus de détails éànsmesTaèleaus de laNature(tomeU, pages i-2&S), J'ai retracé soigneusement les contours des volcans

et des Devados qui doDiinent les Cordillères mexicaiDes et les Andes de la Nouvelle-Grenade, de Quito et du Pérou. Pour donner à ces images Texactitude désirable , et afin de pouvoir calculer approximativement le volume et la puissance des masses, j'ai mesuré avec le sextant les angles de hauteur de toutes les éminences, ainsi que les angles pris dans le plan horizontal et formés à des élévations différentes par le contour des montagnes. Le grand ouvrage dans lequel sont enfouis ces dessins ( Vues des Cordillères et Monuments des peuples indigènes de F Amérique^ 1813) a eu le sort de toutes les publications de luxe y et est resté inaccessible au grand nombre , en raison de son prix élevé. J'ai donc cru bien faire en joignant à mes Mélanges un choix de ces gravures ramenées à de moindres proportions. Aux huit planches déjà publiées, j'en ai ajouté quatre nouvelles, parmi lesquelles se trouve l'image du Nevado del Altar^ l'ancien Gapac-Urcu , célèbre aujourd'hui par son écroulement, comme il l'était jadis par sa hauteur colossale, et dont il n'existait aucun dessin jusqu'à ce jour. Ces images fidèles des montagnes peu vent aussi, en se répandant , faire sentir plus vivement l'avantage qui résulterait pour la géologie et en général pour la description de la nature, si l'on représentait de vastes massifs de montagnes en eux-mêmes et dans leur isolement, non plus seulement comme servant de fond par hasard à un paysage au devant duquel s'épanouit une riche végétation. Les exigences scientifiques du géologue doivent naturellement dif-

férer de rémotion artistique que peut faire naître la disposition pittoresque d*un paysage. En voyant des masses montagneuses, représentées telles qu'elles sont dans la nature, on se dégoûtera, j*espère, peu à peu de ces prétendues échelles comparatives, où les cimes juxtaposées, déchiquetées ou effilées en forme d'aiguilles , défigurent tant d'ouvrages d'ailleurs estimables. Je crois avoir montré , lorsque j'ai tracé les profils de toute la péninsule ibérique et du plateau mexicain , qu'il y a moyen de représenter des cimes colossales dans leur véritable hauteur et leur position géographique , en évitant les inconvénients que je signale. — Dans la liste suivante , je citerai les planches , qui , gravées depuis longtemps , ont été réduites pour l'Atlas joint à ce volume , sous les numéros qu'elles portent dans l'édition in-f"" des Vues des Cordillères ; je me référerai au contraire , pour les descriptions , à l'édition en deux volumes in-S"". 1. Le volcan Pichincha , vu de la vallée de Chillo* — Le cratère est contenu dans la partie neigeuse » appelée Rucu^Pichincha , et élevée de l&9/i0 pieds (&85/i mètres) au-dessus du niveau de la mer; la cime plus rapprochée, et qui pour cette raison parait plus haute, est le Guagua-^Pichincha (Voyez ci-dessus, pages 1-80, et Vues des Cordillères^ planche LXI , et tome II , page â2A). J'ai expliqué plus haut ( page 26 ) le sens de ces deux dénominations distinctives , à savoir : le vieux et F enfant. Dans la langue Qquechhua ou Quichua, généralement usitée au Pérou et que souvent l'on a appelée à

tort ta lengua del Inm^ Rucu signifle un vieillard (senex decrepitus , caducus ) ; Huahua désigne l'en<* fant , fils ou fille.

II. Le Cayambe-Vrcu, haut de 18170 pieds (5919 mètres). Bouguer et la Condamlne ont altéré le nom de cette montagne et l'ont appelé Cayambor dans rinscription gravée sur la table de marbre, qu'ils placèrent , en 17&3 , dans le Collège des Jésuites à Quito. Vrcu ou Orcco signifie tnâtUagns dans la lan* gue Qqnechhua. J'ai dessiné cette montagne, le plus beau des Nevados que Ton aperçoive de Quito , dans la grande prairie ou esido d'Inaquito. L'équateur traverse le cône tronqué du Cayambe, qui ressemble pour la forme au volcan de Tolima, haut de 17190 pieds, et situé dans la Montana de Quindiu, au nord-ouest d'Ibague* Yoyei les Vues des CordUlênê^ planche LXH , et tome II, pages 213-315.

III. El Nwadù del Coraz&n^ haut de 1A820 piedt (A81& mètres) , avec une des belles pyramides d*Ilinissa , que Ton aperçoit par derrière. -^ Le Cor azon a joui d^une grande célébrité dans le damier siècle > gr&ce k la Condamine et k Bouguer, qui s'étaient vaQ«. tés d'avoir vu sur cette montagne le baromètre descendre plus bas que jamais personne ne l*avait vu. Le point que nous atteignîmes , Bonpland , Carlos Mon** tufar et moi, sur le Chimborazo, était de 3270 pieds (1062 mètres) plus haut que la cime du CoraioUt Yoyez ci-dessus, page 171 et Vues des CordUUrsê^ planche L, et tome II, pages 286-289.

lY. LeCMmborazù(h9inU 20100 pieds ou 6630 mè»-

très) et le Cm^gumrmxo (baut iA700 pieds ou 1775 métrès). ^^ Une de ces montagnes a été prise du plateau de Tapia , élevé lui-même de 6900 pieds ou 2600 mètres* Yoyea plus haut, pagesifi0^217. -*- LacjmeduGar* gnairazo s'est écroulée dans la nuit du 10 juillet 1606, à la suite d'un effroyable tremblement de terre, qui ébranla la contrée de Hambato et.de Llactacunga, et coûta la vie k plusieurs milliers d'hommes. Tout le plateau environnant fut couvert d'un torrent de terre humide et de cendres de pierrfr^ponce (lodaiales). La limite inférieure des neiges éternelles placée à Ift8â0 pieds ou &81& mètres, est eiacteiiient la hau** teur du Mont-fiiano. Voyes plus bas, page 32, ainsi que les Fwê d€s ContUièrts, planche XV I , et tome I , pages S77-S66. Les noms de ces deux montagnes sont terminés en razo^ qui signifie migi^ et prend dans le dialecte Ghinchaysouyou , la forme de raju. Ghimbo doit être considéré simplement comme un nom de district, de sorte que Ghimborazo signifierait ta fmg0 de Chimbo , ou bien pour une autre forme du mot Qquechhua chitnpu^ qui désigne quelque chose de co* loré, le crépuscule du soir ou Taréole du soleil et de la lune. Voyes pour plus de détails mes Taèteuux de la Nature^ tome II, pages &2*&&. Curgtmm») peut avoir la signification de neige jaunâtre ou paie; Karhma en effet exprime, dans la langue Qquechhua, quelque chose de jaune, de blanchâtre et de terne, comme des épis mûrissants, des feuilles sèches qui ont perdu leur couleur, ou la figure d'un malade; il peut aussi être pris adjectivement et désigner ces différentes manières d'être*

y. Le volcao Capac-Urcu^ appelé aujourd'hui Cerrô del Altar^ dont la hauteur actuelle est de 16380 pieds ou 5320 mètres. — D'après une ancienne tradition répandue parmi les indigènes, cette montagne de forme si merveilleuse , dont rien de tout ce que j'ai vu sur les croupes des Andes ne peut égaler la splendeur, lorsque le disque du soleil illumine la neige qui la recouvre , en se couchant derrière le Ghimborazo, était autrefois beaucoup plus haute que cette montagne , et ses éruptions auraient duré sans in* terruption sept ou huit années, jusqu'au moment où la cime s*abtma, ne laissant que les bords crénelés du cratère avec deux cornes symétriques, qui semblent tendre Tune vers l'autre, et laissent encore deviner la forme primitive du volcan. Une table de rocher qui, vue de Riobamba-Nuevo, s'élève sur le bord oriental du cratère , entre les saillies échancrées en forme de cornes , a valu à cette montagne son nom espagnol à!Altar. Il n'est pas facile de fixer sûrement l'époque où a commencé cette révolution naturelle. A Lican , des légendes populaires désignent le règne d'un prince Puruay, du puissant Conchocando Huaynia-Abomata. L'événement aurait eu lieu quatorze ans avant la prise de la ville de Quito par Huayna- Capac, fils de l'Inca Tupac-Yupanqui. Or ce conquérant mourut en 1525, c'est-à-dire cinq ans avant le débarquement des Espagnols sur la côte du Pérou; l'écroulement du Capac-Urcu serait donc arrivé peu d'années avant la fin du xV siècle. Tout le plateau sur lequel la ville de Riobamba-Nuevo fut fondée

après le terrible tremblement de terre du & février 1797, a été couvert par la pierre-ponce et les cendres volcaniques du Capac-Urcu, au point de devenir stérile. Les noms de Reine des Montagnes , de Montagne grande , puissante , glorieuse , splendide , incomparable (7&) , paraissent confirmer la tradition d'après laquelle le Capac-Urcu aurait perdu, parTaffaissement de son sommet, une partie considérable de sa hauteur, c'est-à-dire plus de 1200 mètres. Les indigènes savaient, avant les mesures de la Condamine et de Bouguer, que le Cbimborazo était alors le nevado le plus élevé de la province de Quito ; ils le sa* valent par ce qu'ils voyaient le sommet de cette montagne s'enfoncer plus avant que les autres dans la région des neiges éternelles, au-dessus de la limite invariable qui en marque la naissance. (Voyez plus haut, page 181).. Le volcan Gapac-Urcu a été dessiné d'après une esquisse que j'en avais faite , par un ami bien cher, qui fut un artiste d'un noble talent et d'une brillante imagination, par l'architecte Schinkel. C'est le dernier objet qu'il ait dessiné avant de mourir, jeune encore et si digne de regrets (75).

VI. Le volcan de Cotopaxi^ haut de 17712 pieds (5753 mètres) , l'emporte pour la beauté et la régularité de sa forme conique sur tous les autres cônes trachytiques. J'en ai tracé l'esquisse en face même du volcan , sur le balcon d'une villa appartenant au marquis de Maenza et située dans la Cienega. Le petit rocher qu'on voit à droite, près de la limite inférieure des neiges, est appelé par les indigènes la

Mél. l 33

Tête de Tlnca, la Cabeza del Inca. D'après uno tradition populaire» que tout d'ailleurs contredit, ce rocher aurait formé autrefois la cime du Cotopau et aurait été précipité lors de la première éruption de la montagne, le 29 août 1533 , le jour même où Tlnoa Atahuallpa fut étranglé à Caxamarca. Voyez Vues des Cordillères , planche X, et tome I , pages 138-150. La première partie du nom de Cotopaxi , ccotto , signifie dans la langue Qquechhua, monceau^ mais le mol pacsi n'appartient pas à la même langue. Le nom de cette montagne peut aussi , comme ceux de Cayambe, de Pichincha , d'ilinissa et d'autres^ être un reste de la langue Puruay, idiome depuis longtemps éteint du royaume de Quito.

VIL Les Pyramides d'Ilinissa^ hautes de 16363 pieds (5315 mètres). — Selon toute vraisemblance ces pyramides ont été séparées violemment Tune de l'autre à la suite d'une explosion volcanique , par une de ces révolutions physiques qui ont changé la forme du Carguairuzo et du Capac-Urcu. Les pyramides d'Uinissa, que l'on aperçoit de très*loin dans les plaines qui longent la côte occidentale de l'océaa Pacifique , ont servi à déterminer, par des opérations très-complexes que j'ai décrites plus bas (page 547), la hauteur de la ville de Quito et le plus ancien coefli* cient de la formule barométrique de Bouguen Voyez Vues des Cordillères, planche XXXVI, et tome II , page 193.

VIII. Le volcan Popocatepetl (haut. 16626 pieds ou 5400 mètres) et Vlztaccihuatl (haut. 14736 pieds ou

4786 mètres), appelés communément lo$ volcanes de Pueblo ou de Mexico ^ parce que de ces deux villes on jouit également de leur aspect majestueux. — On distingue les deux volcans en donnant au plus élevé , le seul qui soit encore en activité, le nom de Volcan grande de Mexico^ et en réservant pour Tautre le nom de Sierra-Nevada. La distance qui les sépare de la capitale et du rivage sud-ouest du lac pittoresque de Tezcuco ne dépasse pas sept à huit qiilles géographie quea; elle est de moitié moindre par conséquent que rintervaile entre la chaîne centrale des Alpes et les villes de Berne et de Milan. Comme d ailleurs le Popocatepetl est supérieur au Mont Blanc de 1817 pieds, et qu'on l'aperçoit d'un plateau élevé lui-même de 7000 pieds au-dessus du sol de la Lombardie , les couches de Tair plus pures et plus transparentes donnent au colosse du Mexique , couvert de sa neige resplendissante, un aspect beaucoup plus grandiose que tout ce que peuvent offrir les régions monta* gueuses de l'Europe. Les deux Nevados ont été dessinés par un artiste mexicain, Luis Martin, à une époque où la neige frafchement tombée abaissait la limite des neiges éternelles jusqu'à la hauteur du pic de TénérilTe (11424 pieds ou 3711 mètres). J'ai vu moi-même tomber en une nuit une telle quantité de neige, qu'elle reliait ensemble par une même ligne les deux Nevados , éloignés l'un de l'autre de 2 milles géographiques et demL C'est à travers le passage d'Ahualco qui sépare ces deux montagnes, et qui, d'après mes mesures barométriques, est

situé prés de Barrancas de Joanes, à Test de la Venta de Rio-Frio, sur une hauteur d*au moins 32S8 mètres au-dessus du niveau de la mer, que Hernan Gortès, accompagné de 6000 Tlascaltèques, exécuta, au mois d*octobre 1519, sa marche hardie de Gholula à Tezcuco et à Tenochtitlan ou Mexico (76). Le Popocatepetl était à ce moment dans un état d'irritation extraordinaire, et Cortès raconte lui-même, dans un de ses Rapports à l'empereur Charles-Quint, que, désirant découvrir le secret de cette fumée qui sortait de la Montagne (el secreto de aquel humo), il avait choisi, entre ses compagnons d'armes, dix des plus braves, pour en escalader la cime. D'après le récit de Bernai Diaz del Gastillo ^ Diego de Ordaz , le chef de cette petite expédition , serait parvenu à gagner le cratère du Popocatepetl. Il est au moins vraisemblable qu'il s*en est vanté ; car Tempereur lui permit de placer un volcan enflammé dans ses armes. Cortès dit , au contraire , en termes très-précis , sans d'ailleurs nommer Diego de Ordaz , que personne ne put parvenir au sommet du volcan, à cause de Ténorme quantité de neige qui le recouvrait (77). Dans une lettre postérieure, Cortès raconte que, après la prise de Mexico, il avait envoyé plusieurs expéditions pour reconnaître la cime du volcan. Au dire de Bernai Diaz, il y envoya même des moines franciscains. £nfin Cortès affirme qu'en 1522 seulement, un Espagnol parvint jusqu'au bord du cratère, et que non content de cela , il se fit attacher à une corde et descendre à 70 ou 80 brasses

de profondeur dans la montagne fumante (en la Sierra queda humo), pour recueillir du soufre destiné à la fabrication de la poudre. Cet homme était Francisco Montano. Tbx tenté d'éclaircir ailleurs ces récits contradictoires (78). Après une interruption de près de 300 ans, on a fait enfin au xTm' siècle plusieurs tentatives couronnées de succès pour atteindre la cime du Popocatepetl. Ce furent d^abord les frères William et Frederick Glennie qui , en avril 1827, exécutèrent sur cette montagne une mesure barométrique; puis Samuel Birckbeck, au mois de novembre de la même année, ensuite Frédéric de Gérolt, actuellement Ministre Résident de Prusse à Washington , à qui nous devons une intéressante carte géologique du Mexique, gravit le Popocatepetl en 183&; enfin, une dernière ascension fut faite , le 11 avril 18&8, par le capitaine Charles Stone et cinq autres officiers des États-Unis d'Amérique. On aperçut dans le cratère plusieurs cônes d'éruption, et on observa des éruptions périodiques de vapeurs sulfureuses et de cendres. Les masses plus considérables retombaient constamment dans le cratère* Depuis on n'a point remarqué de phénomènes lumineux , ni sur les bords du cratère ni aux environs , à Cholula non plus que dans le village de San Nicolas de los Ranchos. Les années 1519, 1589 et 15&0 ont été seules mar-quées par des éruptions ignées. Gomara dit expressément , dans son Histaria de Mexico (1558, fol. 88), qu'on aperçut des flammes des bords mêmes du lac Tezcuco. Presque journelle-

ment, on voit de la fumée , c'est-à-dire des vapeurs , sur le côté oriental (79) ; moi-même et lorsque, dans la plaine de Tetimba, je mesurais trigonométriquement le Popocatepetl , j'ai reconnu d'une manière très-distincte une éruption de cendres. On assure avoir vu quelquefois des fragments de pierre ponce , appelée dans cette contrée sable (arena), descendre en roulant sur la neige glacée. Souvent, dans les heures du soir, on a vu, suivant re que me racontaient les indigènes, la cime briller d'un reflet jaune, produit peut-être par les vapeurs sulfureuses qui Fenveloppaient. Le Conseiller supérieur des Mines, Burkart,qul, pendant son long séjour sur le plateau mexicain, a rendu des services à l'hypsométrie, a fait une analyse critique des diflérentes mesures barométriques ou trigonométriques dont le Popocatepetl a été l'objet (80). Il lui paraît vraisemblable que la hauteur de ce volcan est comprise entre 16626 et 16740 pieds (4400-4137 mètres). Le mythe alpestre, sur l'origine de ces deux montngnes colossales, dont parle Diego Munoz Camargo, historien tlascaltèque de la seconde moitié du xvr siècle, qui se convertit au christianisme, était encore très-répandu parmi les Indiens, lorsque je visitai ces lieux. D'après cette légende, le Popocatepetl et riztaccihuatlsontlemarietlafemme(loscreenmarido y muger). Leur jeune fille, la Malinche(8i), appelée plus anciennement M^?/fz/n/^y^, et aujourd'hui 5'iW'ra deTlascala, sur laquelle le docteur Charles Winslowde Boston a trouvé aussi un cratère (82), erra longtemps, avant de se rendre à l'invitation des Tlascatèques et

de 8*établir à Touestdu Pînar, entre Tlatapanga et Amozoque. Si Ton veut se livrer, sur les noms des deux montagnes, à des recherches étymologiques, on trouve que les paroles citées plus haut de l'Espagnol qui, en 1522, gravit le Popocalepetl • cerro que da humo, • sont la traduction exacte du nom de ce volcan. Popocatepett j en effet, est composé du verbe aztèque popoca, fumer ^ dont la racine est poctlt ^ fumée^ et de tepetl^ montagne. Le mot Iztaccihuatl, de son côté , est composé de iztac^ blanche^ et de cihuatl^ femme; il signifie par conséquent la femme blanche. A ce nom il en faut joindre deux autres , qui appartiennent aussi au moins élevé des deux volcans : Cihnatepetl ou Montagne des femmes, que Lorenzana écrit inexactement Zihualtepetl ; et Cihuapiltepetl, dont, par une altération plus grave, on a fait Suapiltepett. Tous ces noms signifient Montagne des dames, ou Dame de la montagne, ou Montagne des jeunes filles; car ils sont tous formés des mo\.s cîhnatl et tepetl, avec l'addition de pilti^ qui non-seulement a le sens de noblesse, comme dans Cihuapilli, par lequel on désigne particulièrement une grande dame, mais qui peut aussi faire l'office d*une désinence grammaticale, et entraîner Tidée d'un diminutif.

IX. Le volcan û'Orizaba, haut de 16302 pieds (5295 mètres). — La première image de cette montagne , dont la véritable position importe beaucoup à la navigation du golfe du Mexique , particulièrement pour l'entrée du port de Vera-Cruz (83) , a été publiée dans mon Jtlas géographique et physique de la

— 5'iO —

Nouvelle-Espagne (planche XYII) , d'après un dessin que j'avais tracé sur Tagréable route qui conduit de Xalapa au village de Huatepec. Ma mesure trigonomé* trique se fit au milieu de circonstances défavorables , à une distance de 8 milles géographiques et demi» dans une plaine voisine de Xalapa, d'où Ton aperçoit la cime de la montagne sous un angle de «S^'&S' seulement. D'après une mesure prise par Ferrer de la ferme d'Encero, à une distance un peu plus grande , l'Orizaba serait plus haut que le Popocate* petl, et paraîtrait avoir 16777 pieds (5340 mètres) au-dessus du niveau de la mer (8&). L'image que j'en donne aujourd'hui , dans l'Atlas joint à ce volume , a été dessinée par notre célèbre paysagiste Edouard Hildebrandt» d'après une peinture à l'huile que M. le baron Gros a bien voulu me donner à son retour du Mexique, avec une autre Vue représentant le chÂteau de Ghapultepec. Ces deux tableaux , qui reproduisent merveilleusement la vérité de la nature , ornent un pavillon du château royal de Charlottenhof , près de Potsdam. La dépression très-sensible du cratère» vers le sud-est, est commune au volcan d'Orizaba et au Popocatepetl. Les plus considérables entre les éruptions ignées de rOrizaba ont eu lieu de 15&5 à 4566. C'est durant la regrettable guerre qui arma les États-Unis contre le Mexique» au mois de mai 1848, que la cime de l'Orizaba a été gravie pour la première fois paf les lieutenants Reynolds et Maynard. Comme du haut de la pyramide de Gholula ou CholoUan , formée de

couches de tuiles revêtues de plaques de porphyre, et TuD des plus anciens monuments des Toltèques, qui, par conséquent , doit remonter au vu' siècle de notre ère , on découvre en même temps le Popocatepetl , que Ton voit aussi de Mexico, et le pic d'Orizaba , que Ton aperçoit dans la rade de Yera-Cruz , j*ai profité de la position de ces cimes, pour déterminer, par des angles de hauteur, des azimuts et des bases perpendiculaires, la différence de longitude entre la capitale du Mexique et le port de Vera-Cruz , différence déterminée déjà à Taide de calculs astronomiques. C'était une application en grand de la méthode des mâts, (method of tops), que les marins instruits emploient le long des côtes (85). Des cinq volcans mexicains qui, en général, ont beaucoup perdu de leur activité : rOrizaba , le Popocatepetl , le Tuxtla , le JoruUo et le Colima, presque tous ont été soulevés sur une faille dirigée de Test à Touest, et coupant presque à angle droit, entre 18' 59' et 19* 12' de latitude nord, la haute chaîne de montagnes qui court du nord-nord-est au sud-sud-ouest L'un de ces volcans, le Jorullo, situé dans la même direction au milieu d'une plaine richement cultivée et d'apparence fort paisible , a fait une éruption inattendue en juin 1759. Le petit volcan de Tuxtla, voisin de la côte , qui, au 2 mars 1793, vomit une grande quantité de cendres, avec d'horribles craquements souterrains, estsitué en dehors du parallèle des plus hautes cimes mexicaines (86). — Le nom aztèque du pic d' Orizaba, Gitlaltepetl, signiûe Montagne de rétoile ou des étoiles, ou montagne stellaire, de citla'-

/m, qui, en mexicain, veut dire étoile. Peut-être est-ce une allusion à d'anciennes éruptions ignées, pendant lesquelles on put voir, de la côte orientale, la montagne brillerau loin, comme une étoile qui va disparaître à l'horizon. I/Orizaba s'appelait aussi autrefois PoyflwA^^ra//, forme patronymique qui, ramenée à la localité d'où elle est dérivée, signifie un habitant de Poyauhtlan ou l'homme de Poyauhtian. Ce nom est tiré soit de pogahui , s'amincir^ se dissiper^ dans le sens où on le dit des nuages, soit de poyahua^ teindre (Tune couleur sombre, ombrer un tableau, faire nuit; (Poyahuitl était le nom d'un prêtre de Tlatelolco, au temps deMoquihuix). Le lieu connu jadis sous ce nom était situé sur la rive orientale du lac de Tezcuco ; et Clavigero justifie la dénomination donnée à la montagne, en disant que le Poyauhtlan était l'ancien séjour des Tlascatlèques , qui de là se dirigèrent vers différentes contrées, et dont quelques-uns s'établirent dans le voisinage du volcan d'Orizaba (87). Un troisième nom, Zeuctepetl, paraît un mol altéré, et s'écrivait plus justement, je pense, Teuctepett, Montagne des Princes , Montagne des Caciques, de teuctli, cacique, chef, seigneur. On ; eut aussi interpréter ce mot composé dans le sens de Prince de la Montagne.

X. Esquisse hypsométrique du volcan de Pichinclia. — C*est une réduction de la carte que j'ai publiée dans V Atlas général de mon Voyage (pi. XXVIIL Elle sert à faire mieux comprendre l'ascension du Pichincha, dont j'ai dpnné le récit plus haut (pages 1 81). On

peut la rapprocher de la planche décrite plus haut sous le n** i.

XI. Nœuds de montagnes et ramifications des Cordillères de Quito. — La planche présente les volcans des cordillères orientales et occidentales, avec les nœuds de montagnes deChisinche etd'Alausi. Le nœud d'Alausiest traversé parla roule de Cuença, qui, près du Tambo de Guamote , à l'entrée des Savanes de Tiocaxas, ne dépasse pas 9000 pieds , mais qui, plus loin vers le sud , sur le Paranio de TAssuay . s* élève presque à la hauteur du Mont-Blanc ; car les débris d* une belle route, construite jadis par les Péruviens (elcamino del Inga) , ont , d'après la mesure que j'ai prise près de la Ladéra de Cadlud, une altitude de 11568 pieds (4732 niètres\ Cette petite carte est un fragment do la planche qui, dans l'Atlas général de mon Voyage, a pour titre Esquisse hypsométrique des nœuds de mon" tagnes et des ramifications de la Cordillère des Andes , depuis F Isthme de Panama jusquau Cap de Horn et à la chaîne littorale de Venezuela^ 1831.

Xlt. Points culminants et hauteurs moyennes des chaînes de montagnes d'Europe^ (P Amérique et d'Asie. La première esquisse de celte planche, modifiée aujourd'hui d'après des observations plus récentes, accompagnait le Mémoire sur quelques phénomènes de Géologie comparée^ que je lus h l'Institut de Paris en mars 1825 , et qui parut dans les Annales des Sciences naturelles (1825, tome IV, pages 225-253). On trouvera indiquées plus bas (pages 560-548), d'après les nouvelles déterminations du capitaine Fitz-Boy, de

Pentland et les miennes, les rapports d'altitude entre le Nevado de Aconcagua , haut de 7287 mètres , et situé au nord-est de Yalparaiso , le Gbimborazo, haut de 6530 mètres, et le Sorata qui en a 6&88. On peut consulter aussi sur les hauteurs relatives des points culminants et des dos des montagnes, ce que j*en ai dit pages &81, &91, 493 et 581. Ramondafait remarquer le premier y à une époque où Ton avait mesuré encore peu de passages dans les Alpes , que malgré la grande différence de hauteur entre le Mont-Blanc et le Pic Nithou, la hauteur moyenne de la crête des Alpes est cependant inférieure à celle des Pyrénées. A mesure que Ton se familiarise davantage avec la vraie configuration de quelques chaînes très-élevées , comme les Alpes, les Pyrénées, THimalaya, le Caucase, les Cordillères du Mexique et de l'Amérique méridionale, on reconnaît mieux que la direction générale des chaînes dévie souvent de la ligne qui passe par les points culminants. Ces points ordinairement de formation plus récente , et produits par un soulèvement postérieur à celui de la chaîne , sont pour la plupart situés loin de la ligne des crêtes. Dans T Himalaya, par exemple , cela est à ce point que la série des sommets coupe presque à angle droit Taxe général de la chaîne. C'est pour ces raisons que les cimes qui semblent menacer le ciel , et excitent si vivement la curiosité de tous les peuples, sont un phénomène moins important que la ligne des arêtes, dans les lieux où Ton peut déterminer avec certitude ce produit du soulèvement terrestre sur les premières failles du globe (88).

Page 1