Archiv f. d. Si. d. n. Spr., CVI, 4tO
De employé devant une expression désignant la mesure
de différence.
L'emploi de de avec une expression marquant la mesure de différence, par ex. dans fortune est comme une verrière^ qui de tant comme est elle plus clere et plus resplendissanty de tant est elle plus tost hrisee (Ménag^. I 21 S), n'a pas été, à ce que je vois, traité par Diez ; mais les grammairiens de la langue française lui ont depuis longtemps accordé l'attention qu'il mérite K 11 est à peine besoin de dire que de exprime ici la cause, puisqu'il sert à amener ce qui produit une différence.
L'écart pour cet emploi de de entre la langue ancienne et la langue moderne est peu considérable ; il consiste seulement en ce que l'ancien français, qui se rapproche en cela du latin, exprimait souvent la mesure de différence avec un accusatif^, beaucoup plus souvent que le français moderne.
L'ancien français se comporte aussi sur un autre point comme le français moderne (et aussi le latin) en ce que la mesure de différence exprimée par de et un substantif s'y rencontre non seulement avec un comparatif, mais encore avec des verbes qui, de manière ou d'autre, signifient qu'il se produit ou qu'il y a une différence : Al conseil
i. V. Mâtzner Syiit. I 216) ; Gramm^ §136, 7^; Schmilz» 184, qui, d'ailleurs, auraient bien fait de disting^uer plus nettement ce « génitif » de celui d'un tout autre caractère que nous présente Agé de quarante ans. — V. aussi Liicking S 419 et 440, note 2.
2. On en trouve maintenant des exemples aussi dans Nehry, Uber den Gobrauch desabsol. Cas. obi., Berlin» 1882, p. 22.
l^^O MÉLANGES DK GKAMMAIRE FRANÇAISE
Vapostoile diriez et a s*aniur, A Viglise de nome, qui ne ftechist d'un dur (SThom. 318;), ms. de Wolfenbûttel) ; Faites mander vo ffent, ch'est ce que je vous prie. Les fosses par fond ir d'une glaive et demie (Bast. 1232).
L'expression il s'en faut de beaucoup qu'on a justement rapprochée de ces verbes ^, semble avoir été inconnue à l'ancien français. // s'en faut ne lui est pas, il est vrai, étrangcer, et même il s'en est servi un siècle plus tôt que Horning ne Ta supposé^ ; mais la désignation de la différence s'y présente comme sujet ou tout au moins comme accusatif de mesure, et peut occuper la place de ce qui est mesuré comme manquant, de « ce qui faut », c'est-à-dire du nominatif : Moult s'en faut poi que ne Vafole^ (Rose i6St1) ; po s'en faut (Brun. Lat. 149); Petit s'en faut que le cuer n'ai crevé (Enf. Og. 3074) ; Moult s'en failli que il ne le trouva En autel point k'au partir le laissa (ibid. 7413) ; ne l'a pas tout embracié (le chesne), Ainz s'en faut encor demi pié (Méon I 216, 774) '*. Ainsi des deux, constructions du français moderne où entre // s'en faut, une seulement,
i. Schmitz, p, \Ho et Lucking i^ 410. — Ln place que lui a donnée Mutzner îii 136, la n'est pas celle qui lui convenait.