‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 103 sur 169 · Rom. Stud. IV · texte numérisé non relu

Rom. Stud. IV

3. La proposition amenée par que ne fait point fonction de sujet ; ' c'est une proposition adverbiale {que =z à ce que ou pour que)^ et si

sa forme ne correspond point à la logique, c'est qu'elle veut exprimer que le résultat à atteindre ne l'a pas été en réalité. A la rigueur la correction eût exigé que Vafoll (subj.), que le Irouvasf. C'est là un procédé psychique analogue à celui que nous avons étudié chap. 9, p. 74- sq., à propos de l'expression a poi que et autres semblables.

4. Sur cet accusatif, v. Jahrb. XV 2o6, à propos de Ne l'en remesl pas deus piez. On peut y joindre ce passage du Ch. lyon 2868, si du moins la leçon en est exacte : Puis ne passa VIII jorz entiers, et les suivants : Cascun (datif; n'en est piain pié renias (Sone 5186) ; Puis ne li fu des nos deus deniers moneez (God. Bouill. 145) ; Chevalier vienenl dis et dis..,, Ça çant, ça plus et ça deus tanz (HCharr. 5613). On pourra encore considérer : remesent encore chinquante mile mars a paier (RClary 11); demorerent encore a paier trente et sis mile mars (ib. 12) • V, Gôtt. Gel. Anz. 1877 p. 1620 et Nehry, op. cit., p, 38. ^

De DEVAM' LA MESLHE DE DlFFÉREiNCE 181

bien que sous une double forme, semble avoir été familière à Tancien français.

A l'égard de la construction avec c/e, lancienne langue mettait sur la même ligne que les verbes que nous venons de mentionner, des verbes négatifs accompagnés d'une détermination de mesure exprimée par un nom de nombre ou par si, tant, tel, tout. La négation indiquait que la mesure n'avait pas été atteinte, et la détermination adverbiale s'ajoutait pour marquer l'intervalle qui séparait de cette mesure ce qu'on en avait atteint réellement, le quantum qui empêchait de considérer cette mesure comme atteinte : // ne sont mie aie cinc traities d'asses. Quant ...(God. Bouill. 120) ; X'avoit mie entrax deus une leue d'asscs (Ch. cvgne 169) ; ^'en diroient lou quairt d'aisseis (Bern. LHs. 459,3) ; X'i a pas deus Hues d'assez (Claris 904 i) ; n*en ot mie raporté Le moitié, non le tierz d'assez (Escan. 14013) ; Et n'en ot pas trois cens d'assez (GGui. I 2538) ; En la cité, c'en est la somme, X'avoit d'assez si tressage homme ^ (GCoins. 242, 184) ; Quant il en ot osté et recaupé grant mase (de la lance), \e trovast on en France issi longe d'une aune (Aiol 99) ; Prélat ne sont mie si sage Xe si letré de trop com gié[^ose 13290) ; K'il nestoit,-^ k'il sëust^ hon vis Si biaus d'assés, con cil estoit (Ch. II esp. 1527) ; X'il ne quidoit k'il i venist Tant de gent de moût grant partie'^ (ib. 12109) ; Li pallades ki fu enblez

1. Il me faut ici, en passant, m'inscrire en faux contre Tassertion de Nyrop (Rom. IX, 616), d'après lequel Robert do Clary aurait fait suivre il y a du nominatif. Si les passages sur lesquels il s'appuie, sans préciser ses références, sont aux pp. 24 et 26, comme je dois le croire, il verra, en les regardant de plus près, qu'il s'est mépris sur leur sens. Il m'est aussi très douteux que son « etc. » cache derrière lui d'autres exemples.

2. Grant partie signifie «c beaucoup » (a great deal), sans impliquer ridée accessoire que la grande masse soit la partie d'une plus grande:

\e valeit tant laienz d'asez Corne U chevals i vaidreit (En. H26) ; X'ot pas tant mes (plats), con il vousisï, d'assés (Mitth. 62, 7) ; Bien sai que par mes pies connêues serons : N'ai pas de la moitié les pies ne tes talons Corne ot Berte (Berte 1839) ; \e coroit pas si tost d* assez Con il soloit, moult fu lassez (Ren. 13001, M VIII 15j ; Montferrant... Ne fu onques si biaus d'assez (Walr. 2i8, 533); Et fet tel noise et tel tampeste Et hret et crie et haut et bas Que je ne cuidereie pas Qu'ele criast si haut d*assez, Quant Alexi son fiz fu nez (Alex, dans Rom. VIII 178 v. 809) ; amors est empires y N'est mie tels con doit estre d'assés (Venus 13 d); Mais nedist mie tous ses voloirs d*asse's (Mitlh. 63, 16).

La détermination de la mesure n'es t pas toutefois indispensable dans la proposition négative pour que celle-ci renferme la détermination de la différence ; la négation implique d'elle-même un écart par rapport à la réalité de la chose en question, et, par suite, toute proposition négative peut comprendre une des determinations.de différence que nous avons citées : le pont soz eve aprochent, Mes d'une Hue ancor nitochent (RCharr. S076) ; Tant ot ou pavellon biautés, Nel puet on pas dire d'assés (Perc. 13378) ; ainçois seroie tous lassés Que j ou ëasce dit d'assés La joie c'ont fait ces huit

Moull (jrant pnrlie de gens les convoia (Joiird. Bl. 2661); En une vingne... Ou U avoit de rezins granl partie fCîayd. 282); Qui or veut air grant doleur El parole de grani douceur De loial ami et d'amie, Oir en porra grant partie (Amad. 4871) ; Et se il veut certainement Savoir de lui le hardement^ Voisf a la guerre ; la sara Quel hardement en lui ara. Car se il vient a poigneis^ Se il est couars ou hardis, lluec grant partie i clairement, abondammenli verra Quel hardement en son cuera (Cleom. 16027) ; Mes tantorent forte partie D'ommes gennes et de ferranz.. Que hors de la ville boutèrent,.. Ceux qui justisier les dévoient GCîui. Il 576 'u : cf. al ntvell^r forneremo^ nel quale mi par grandissima parte di piacere e d^ulilità similmente consistere (Decam. I 10, p. 77 Fanf.).

De DEVANT LA MESURE DE DIFFÉRENCE 183

jors (ib. 13444)* ; Ne souffist pas tout ce en somme A preudomme estre de grant masse (BGond. 81, ol)^; S'il avoient perdut as tables et as dés Et femmes et enfans, nen donroient d'assés Le monte d'un denier (BSeb. XXV 705). A la même série d exemples appartiennent les deux passages suivants, où, par suite de circonstances particulières, le sens offre une certaine obscurité: Et lores est recommenciés Li diels si grans ke c'est noiens De trestous les regretemens K'ains i fussent^ de la moitié (Ch. II esp. 2033). Si le poète en est venu à s'exprimer ainsi, c'est qu'il a mélangé deux idées. La traduction (( de toutes les lamentations précédentes, ce n'est rien de la moitié » n'offre point de sens. Le poète a voulu dire seulement que les lamentations précédentes n'ont rien d'égal, ne peuvent se comparer avec celles de maintenant, et il ajoute de la moitié, comme s'il avait dit trestuit li rcgretement k'ains i furent ne furent pas si grant ^, C'est d'une façon analogue que Baudouin de Condé s'éloigne de la correction quand il dit (92,363) : Del mantiel set on vraiement Qu'el non est fais del parement Que deseur tous bien et bielpere ; C'est honour, a cui ne compère Autres

1. Ici on n'a même pas une nôp^ation formelle; il est toutefois impossible, à cause de l'ordre des mots, de rattacher d'assés au comparatif ai/içow ; « je serais fatigué bien avant de pouvoir décrire la joie » ; d'assés appartient plutôt à une proposition sous-entendue dont ridée n'est exprimée qu'indirectement, et le sens doit être : M je ne pourrais — tant s'en faut — décrire la joie; ta fatigue m'en empêcherait. »

2. Scheler a mal compris grant masse. Il est facile de prouver que cette expression signifie « beaucoup » : ensemhVod lui grant masse de ses homes (Alex. 43 d); De sun aveir me voelt doner grant masse ^Ch. Roi. 482) ; De la nuit fu grant masse alee i Krec 3439) ; de ma Jornee M'avez grant masse destorbee (ib. 41381. La même expression se rencontre aussi avec la valeur d'un accusatif adverbial : moult vos ainz grant masse [Jouvd. Bl. 2125) ; E Loôisle conveie grant masse (Cor. Lo. 254).

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