‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 106 sur 169 · V. plus bas, cha[). 32, n · texte numérisé non relu

V. plus bas, cha[). 32, n

gracïeus et genz (Watr. 349, 227). Godefroy donne une autre interprétation de ce mot, celle de i^ plein de raison ^ ». Dans Horn 2971, le mot se trouve dans le sens de « éloquent », qui est ordinairement rendu par enraisnié,

celé « discret » : De lui estes forment amee Et si nen serez ja blasmee^ Quil est moult sages et celés (Rose 13374) ; celant dans le même sens : Un compaignon sage et celant A qui tu dïes ton talent (ib. 2699). Il est vrai qu'à côté du verbe transitif celer « tenir caché », il y avait soi celer^ qui ne signifiait pas seulement « se cacher », mais aussi « faire un secret de ce qu*on pense ».

conchiié « trompeur, décevant » : de servise a dyable conciliées merciz (Esthl. Klosterlektûre ~, p. 19) ; pareillement dans Lecoux, Livre des Proverbes P 7.

coné'u <( qui a beaucoup de connaissances » : Pois a pris li dus un message^ Un moine enloconé (c.-à-d. enleçoné) e sage, Bien coné'u e enseignié (Rou III 7137) ; Por ço qu'il ertbien enseigniez, Bien conëti\z] e bienpreisiez, Va li dus a Héraut tramis (ib. 6784); En Vautre chambre avant sist li reis od ses druz, U ses conseilz teneit od les mielz conëuz (SThom. 1682, Bekker); // eut puis autre feme eue y Sage et vallant et connëue (Mousk. 28390). Ou, dans ce dernier exemple, le mot signifierait-il « connu, fameux »? Ou bien, s'il signifie « qui a beaucoup de connaissances », faut-il le rapprocher du verbe réfléchi soi conoistre en aucune rien, qu'on rencontre souvent en ancien français,

1. Si, pour le deuxième exemple qu'il donne de ce mot, Godefroj' avait usé de l'inestimable avantage de pouvoir faire collationner les manuscrits, il aurait sans doute lu dans Rnteb. I * 2 aramie au lieu de arainie ; Kressner a depuis donné aramie comme étant la leçon du manuscrit.

2. Esthlândische Klosterlekture. Ein Beitrag zur Kenntniss der Pflege des geistigen Lebens in Ësthland im Mittelalter, von Dr. Fr. Koehler, Direktor der esthlëndischen Ritter-und Domschule zu RevaWRcval, 1802).

bien que peut-être postérieurement au xii" siècle? On pourrait toutefois, en faveur du sens « qui a beaucoup de connaissances », renvoyer à cet exemple de Barb. et M. IV 242, 292: Aine mes hom si deseonneuz Ne fu mes en si petit cTeure, où deseonneuz signifie certainement « oublieux » ; mais il y a dans le passage correspondant de Montaiglon et Raynaud (IV, 103) une variante intéressante qui remplace le desconëu quelque peu suspect par dessovenu en même temps qu'elle supprime un des deux mes. Ce qui est sûr, c'est que mesconëu a eu plus tard le sens de « qui n*a pas compris )> : elle faisant la mescongneue luy dist quelle navoit point entendu qu^il luy eust monstre une seule de ses femmes (Heptam. N. 24).

contredit passe pour être le synonyme de maudit^ du moins dans- Ch. Roi. 1932, où les païens sont appelés cuntredite gent ; il est toutefois difficile d*appuyer cette interprétation de preuves convaincantes. Le verbe signifie ou (avec le datif d*un nom de personne) « opposer une affirmation contraire à qqn », ou (avec Taccusatif d'un nom de chose) « contester, refuser, défendre, interdire ». II me semble donc que le participe passé s'est dit de celui qui a défié, qui a renié, qui s'est déclaré ennemi ou qui est disposé à le faire. Cf. : A ce mot Vont pierdu li félon contredit ^ Qui sainte obédience prisent nés un petit ; Mais s'il sont en ce pris, il en seront maudit (Prière Theoph. dans Zeitschr. f. r. Ph. I 253, 89 b.). C'est de cette façon qu'a été compris contredit par Scheler dans sa note sur BCond. 33, S4 var. Voir en outre : il est fel et contredis, Quant jou de lui vois escondis (Mousk. 12339) ; A droit aveis nom Contredis, Andreus, quant dou tort es triveis {Bern. LIIs. 187,4).

decëu « trompeur, décevant » : Vostre guile sera sëue, Fauce ypocrite decëue. Qui le bien par dehors moustrez Et en tel pechié vous voultrez (Méon II 323, 310) ; Vàniel

déchut (Vr. An. 319) ; Renart, moult savez de treslue; Or ça, que mal saiez venuZj Fil a putain, vain, decëuz (Ren. 19330; mais MX 1386 nain descrëuz).

désir ré u désireux »> : au cheval abati le frain.,.. Laissa paistre de ierbe, dont il est desirrés \GoA, Bouili. 257). Par suite, il est employé comme adverbe : Mut desireement adès Vagarderont, Xe de lui a veoir saisier ne soi porunt (Poème mor. 4iS c).

despit « outrecuidant, qui est porté au dédain >» : Je croi, se je donnoie che vassal mon pais,., ^ Ne se deporteroit destre a vous aatis.,. De tout les crestïens est che li plus despis (BSeb. XXII 892) ; outrageus et despis (ib. XXIII 37); plus glouts et plus despis a paistre (Ménag. II 293). On le trouve plus tard encore dans le sens de « porté au dédain » : feindre cette sotte image [de la philosophie], triste, querelleuse, despite, menaceuse, mineuse (Montaigne, Ess. I 25, p. 86, éd. Hachette 1860), et avec une petite nuance de sens dans : et suis despit de quoy nostre vie s'embesongne toute à cela (ib. p. 93).

dessêu « déraisonnable » : Rend. M 208, 3 ; Vr. ^n. 6 et 271 ; et Godefroy. Le verbe dessavoir [ignorare) a été signalé par Scheler dans Jahrb. X 232.

destroit « sévère, rigoureux, rude, difficile, pénible, cruel, empressé » : lo destroit jugeor (districtum judicem) (Job 316, 42) ; appliqué à des personnes, il^se trouve encore dans Orson 1315, Berte 3326 ; Li secré dieu sont si estroit. Si jugement si par destroit (Méon II 67, 2162) ; la mort destroite (Clig. 5837) ; duel si destroit (Claris 5024) ; il me covint Par un destroit péril passer (Barb. et M. III 168, 237^; Une soif destroite li crut (FI. et Lir. 1602) ; Les aqueult uns vens si destrois Et si frois quil les fait pasmer ( Watr. 389, 252 )\ Et fu sa peine si destroite (VGreg. I 2024) ; La froidure lor fu destroite (Ruteb. 11^ 189) ; Dont faisoit fors (l, fort) tans et destroit

Et a mervelle faisait froit (Ruteb. IV 403). Reste à savoir si c'est de lui-même que le français en est venu à cet emploi adjectival du participe de destreindre, destroit, qui se rencontre aussi comme participe pur, ou si Ton a alFaire à une survivance dans le français du latin districtus, qui s'employait, lui aussi, comme adjectif avec les sens que nous avons indiqués.

entendu « qui s'entend à qqch. >», usité encore de nos jours et signalé par Littré dans les Assises de Jérusalem et dans Commines ; il ny a nul juste, nul bien entendu {intelligens), nul qui cherche Dieu, dit Calvin (Instit. II 3, 2). A côté de l'emploi transitif, l'emploi réfléchi (et aussi bien dans le sens de « s'entendre à qqch. ») remonte aussi à l'ancienne époque, estre entenduz a aucune rien (SSBern. 20, 40), ou dauc, r. (Claris 805), signifie « avoir l'esprit préoccupé de qqch. ».

esfreé « effrayant ». Si esfreer était toujours synonyme du fr. mod. effrayer, il faudrait, dans bien des cas, supposer pour le participe passé de ce verbe un sens actif. Mais comme il signifie par extension « mettre dans une agitation violente », on est souvent tenté de dériver la signification adjectivale si évidente « passionné, courroucé » de l'acception passive « agité », plutôt que de l'acception active « effrayant ». Cependant, dans les exemples suivants, la coordination de ce mot avec certains autres attributs semble parler en faveur de l'acception « effrayant, qui effraye » : Des que li monz fu esterez. Ne fu estorz si e/freez, Si dotos ne si pooros (Troie 8572) ; A la table monde avait Coustume que nus n'i estait. Se il n'avait plaie en la ciere ; Si (1. S^en) avaient de grant manière Les cieres mault plus e/fraees^ Plus fieres et plus redautees (Perc. 16125). Dans la Prise d'Orenge, Guillaume, qui a manifesté le désir d'aller voir Orable, femme du roi sarrasin, est averti par le fugitif [chetif) : S' estiez are el

192 MÉLANGES DK GKAMMAIRR PBANÇAISR

paies de la vile Et vëissiez celé gent sarrazine^ Dex me confonde, se cuidïez tant vivre Que ça dehors venissiez a complie. Lessiez ester ^ pensé avec folie ; et le poète continue : Guillaumes ot la parole e/fraee (299). Le mot signifie-t-il ici « agitée » ou ne veut-il pas dire plutôt « effrayante » ?

Il en est de même de esfrëi : Noveles a de vos oies Bien estranges et effreïes (Troie 27836) ; Li quars mos (signal de cor) fu moult effrëis (Perc. 19079). Godefroy en a donné depuis d*autres exemples.

esjôi « réjouissant ». Ici encore il est impossible de rattacher ù l'emploi réfléchi du verbe les cas où le participe est attribut du nomd*une chose à laquelle nepeutpass*appliquer soi esjoïr : La nuvele esjoïe prêcher e nuncïer Du fiz deu (SAub. 35); ot cr'Cer Monjoie Vesjoïe (Og. Dan. 12521) (cf. joï) .

feoné « ayant mis bas » : siwant les feu nées amenad lui [sequentem fêtas adduxit <?Mm) (Cambr. Ps. 77, 71); une orse de novcl faonee (RAlix. 283, 5 var).

fiancié « qui s'est dévoué, qui a donné sa foi » : Je sui tes hons ftanciés et plevis (RCambr. 6732) ; compaig non juré et fianchié (Aiol 6703) ; Li fïencic se sunt a lui rendu (Aub. 2228). Par contre, le fr. mod. /iaricc'e est passif, parce qu'on disait en vieux français fiancier une femme pour « se iiancer à une femme » : ia pucicle a fianchïe (RViol. 197); il la fiança maintenant, Tantost com il Vot fianciee.,. (Méon II, 263, 214). Il est possible que le fr. mod. le fiance ait un sens actif ; il est possible aussi qu'il ait été forgé d'après le féminin passif.

juré « engagé par serment » : Ne vos falroie^ que je sui vos jurés (Og. Dan. 4934) ; Si com voz iestez mi home et mi juré (Jourd. Bl. 3823) ; Et nos serons vostre home et vo juré {MxiÛi, 28, 8); vostre hom sui et vos jurés (Tr. Belg. I 77) ; // maires et li juré (les juges jurés)

(Barb. et M. I, 307, 1119). Cet emploi, on le sait, s'est conservé, et puisque, d'autre part, le lat. juratus (Kùhner II 71) a pu lui servir de modèle, il n'est point nécessaire de le rattacher à la construction réfléchie soi jurer, qu'on rencontre çà et là : Et plusur s'en resteient juré et pris par fei (SThom. 1700). Si Ton trouve : Sire^ dist e/e, je sui tostre jurée (Alise. 55), le participe peut avoir ici le sens passif, parce que jurer une femme est synonyme de fîancier une femme : famé ajureeetplevie (Guil. d'A. 1265) ; Si li a fait la pucelle jurer Et au matin li a fait espouser (Jourd. Bl. 3543) ; ainz demain vint{\, nuit) Vavrai jurée (Reu. 12610 ; M I b 2840) ; Vos me jurastes dedens une chapele (RGambr. 3684).

Co nj uré « qui est entré dans une conjuration » semble être un latinisme. On le rencontre dans Brun. Latini 45 : Cicero,.. par sonyrant sens vainquiles conjurés.

On n a pas le droit, me semble-t-il, de ranger ici parjuré « parjure », parce qu'à côté de l'emploi intransitif et transitif (avec l'accusatif de l'objet sur lequel on jure), l'emploi réfléchi est très commun. Par contre, il faut placer ici for s juré « qui a abjuré » : Gievoldroie mielz estre ocis Ou for jurez de mon pais (Troie 18288).

oblïé « qui a perdu la tête » : Ha, chetive, es tu oubliée? (Dolop. 145) ; tenoient pour sot et pour oublié lor signour (JCond. I 64, 39) ; oubliés iere « la langue m'a fourché » (FI. u. Bl. 1745).

osé « hardi » : nient oseiz avant venir [non ausus accedere) (Dial. Gr. 79, 3) ; s'il i ëust nul si hardi u osé Ki ne la [la fëauté) vousist faire (SThom. 378) ; Moût par es baude et osée, Quant me tols mon ami (Rom. u. P. III 49, 31). Il est encore usité.

parfait « ayant achevé un travail » : Qui voudroit estre racontans,.. Des granz mises et des granz fais ^ A pièce ne seroit parfais (Claris66).

194 MÉUkNGES DE GRAMMAIRE FRANÇAISE

passé « qui a traversé » : A Vainz quilpot^ est mer passez (Lai de Doon 79, dans Rom. VIII 62) ; v. d'autres exemples dans Foerster à propos de Ch. II esp. 11494, p. 421.

pensé « réfléchi » : Et tant fu sages et pensez Et de barat bien rfoc/rinez (Ren. 3363) *. L'exemple ja ni serai pensés « cela n'entrera jamais dans ma pensée » (Âlisc. 208) est trop isolé pour ne pas être suspect ; il faudrait écrire, je crois : ja ni sera pensé.

plevi « engagé par une promesse solennelle » : Je sui tes homs fianciés et plevis (RGambr. 6732) ; Vostre honis seroie et jurez et pleviz (Orenge, 1454) ; son ami^ Son conpaignon et son plevi (Troie 27034). Quand le mot signifie « fiancé », il peut être passif, parce que le verbe transitif peut se construire avec Taccusatif delà personne à laquelle on s*est fiancé : prist jour de Blonde plevir (Jeh. etBl. 2213) ; A/'a ele donc guerpi Pour vous, quant a mari M'a plevi? (Rom. u. P. III 29, 61) ; nus ne doit espouser,.. celé qui a plevi autrui par parole de présent (Beauman. SSrj). Cf. juré.

refusé « qui a refusé » : La premeraine refusée Taurai jou le cief a l'espee (CPoit. 39), L'emploi réfléchi de refuser dans la langue actuelle ne semble pas remonter à Tancienne langue ; le verbe intransitif y signifie « reculer ».

rcniié « apostata id est retrogradiens », comme dit le Glossaire de Tours, p. 328. On peut hésiter de faire figurer ce mot dans ce groupe ; car, comme Foerster Ta fait remarquer à propos de Ch. II esp. 11494, le verbe a été employé aussi comme réfléchi : a bien po ne s'en renoia ^Méon I 364, 6) ; c'or te renoie (sépare-toi de ton maître). (RAlix. 161, 6). Toujours est-il que l'emploi transitif

Page 1