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i98 MÉLAiNGES DE GRAMMAIRE FRANÇAISE

félons^ rnescrëus (Ofson 955); Or n'ai mais garde de paien mescrëu (Alise. 41); ne seies pas mescrëuz, ainz seies fëaus (Ev. Joh. 20, 27 : noli esse incredulus sed fidelis) (Serm. poit. 86) ; Ains puis le tans au rice roi ArtusSigrans ocise ne fu des rnescrëus (Og. Dan. 12950) ; par no gent est de/fendue Encontre legent mescrëue Sainte église et crcstiientés (Ren. Nouv. 7842). Sans doute le verbe intransitif niescroire est à la base de ce participe : fu mauvais et desloiaus et mescreanz en dieu (Men. Reims 12) ; s'il i a aucun lai qui mescroie en la foi (Beauman. 312), et non pas le verbe transitif.

Par contre, mescrëu « perfide » dans les manaches d'Uedon le mescrëu (Mitth. 211, 9); trâitor mescrëu (ib. 221, 17; Orson 3668); Dou lieu ou Vot laissic Tybers li mescrëus (Berte 70 ), pourra être ramené au transitif mescroire, qui, avec Taccusatif de personne, signifie « soupçonner ». Il est vrai que même dans ce cas il n*a pas lacception à laquelle on s'attend tout d abord, mais celle d'un participe futur passif du latin. On appelle un faux dieu mescrëu (Elie 745), tout aussi bien que mescreant, Morans Va salué de ses dius mescreans (Mainet II 98) ', mais je ne connais pas mcscroire avec la valeur de « croire à tort, par erreur ».

mespris « qui a failli, mal agi » : Qu'il ait fait chose dont vers vos mesprins soit (Gayd. 16) ; cw a pensée mesprise Qui la petite gent desprise (pauvre) Par fol orgueil veult desprisier (Watr. 149, 352). A côté de Tintransitif mesprendre, qui domine, on rencontre, il est vrai, le réfléchi, même le transitif : Car cuidiers maint homme a mespris {induit en erreur) (Watr. 131, 105).

porvëu « prévoyant, prudent » : li rois iceli néant porvëu 1. Voir aussi plus haut, p. 54 sq.

PARTiaPES PASSÉS A SENS ACTIF 199

(incaatum) gita en chacent fuer de son reame (Leg. Gir. Rouss. 10); il n'a si pourvé'ue rien Ou mont (c.-à-d. qu une femme) (Amad. 3572). Ici encore il n'est pas sûr à quelle construction du verbe il faille rattacher Tacception du participe, à celle de l'emploi absolu : Si com li sauvere del mont Out porvëu par son plaisir Por ses miracles esclarcir (SMagd. 549) , ou à la construction avec Taccusatif soit de chose, soit de personne, ou enfin à la construction réfléchie : Mil foiz te porvoi de l'ami Et une foiz de Venemi (Barb. et M. II 63, 312). Il se peut que nous aj'ons aussi affaire au réfléchi dans : Or seiez porvëu et si b[i]en conseillié Ke mes ni ert (1. ait) estrif entre nus kommencié (SThom. 989) ^

i. S'il faut, comme je le crois, interpréter ainsi ce passage, nous avons ici un exemple de la construction conservée en français moderne qu'ont mentionnée Mfitzner (Synt. I 153, Gramm.' § 128, 1) et Lticking (§ 339), et qu'ils désignent sous le nom d'impératif du parfait. L'ancienne langue en offre beaucoup d'exemples : Par matinet soies tout apresté, Si aies vos destriers estroit ceinglés (Aiol 4920) ; Pren un veel ou autre teste , Si li trenche orendreit la teste ; Puis aies un sac apresté,., {Chast, I 29) ; Aies bien prové a feiel (1. feeil) Celui qui tu diz ton conseil (ib. II 297) ; Qanl ce avrez fait, si m'aiez Dis forz homes aparelliez ; A chcscun un coffre livrez (ib. XIII, 151) ; Baron, dist il, or soiez bien armé (et plus loin il est dit de ceux qui ont reçu cet ordre Isnelement se sont tuit adoubé) (Aym. Narb. 846) ; N" aiez pas tant le siècle amei. Ne soiez pas si nonsachant (Ruteb. I^ 150). Cf. en penitance Venjoin Qu^avant soies confesse fête (ib. Il 118) ; Et commanda par crûetel C'on Vëuist del roiaume ostet (Mousk. 28600). Au fond, il n'est point question d'un impératif, puisque aooir et être n'en ont pas, mais d'un subjonctif ayant la valeur d'un ordre. Cet ordre vise expressément la réalisation d'un acte, ou, plus exactement, invite à veiller à ce qu'elle ait lieu dans un moment à venir. A mon avis, cette construction n'est pas tout à fait équivalente à l'impératif du parfait en grec. Cet impératif, en effet, désigne une action déjà accomplie, et l'ordre donné a pour but d'engager celui à qui il est adressé à reconnaître cette action comme accomplie, et à la laisser pour telle. Ce serait plutôt la locution subjonctive soit dit entre nous qu'on pourrait rapprocher du parfait de l'impératif grec. Voir là-dessus mon observation dans Jahrb. XV 249 et, depuis,Engwer, Ùber die Anwendung der Tempora perfectae statt der Temp. imperf. actionis, Berlin, 1884, p. 37 sqq.

radoté on redoté « qui est tombé en enfance » : Caries li magnes velz est e redotez (Ch. Roi. 905) ; Puis si le faites pendre^ le mauvais radoté (Charles) (Fier. 82) ; Tu me semblés viel redoté^ Tu as le sens trestot trublé (Adam 894) ; A^e croient pas^ li radoté, Que venuz soit encor Messies (Barb. et M. I 279, 294) ; Tant estoit vielle et radotee (Rose 343) ; Ne sai se estes assotee [De] nouvelment ou radotee (Peler. V 1668). Le verbe semble n'avoir été employé qu'intransitivement en ancien français, comme cela a lieu encore dans la langue actuelle.

recrëu « qui pose les armes, qui se montre incapable de continuer » : Qu'il n'ont en l'ost vitaille^ n'a boivre n'a manffier. Et tuit sont recrëu li auferrant destrier (Gui Bourg. 109) ; Ilueques vëisciés les ronds recrëus (RAlix. 71,21) ; ToZ/rs (personnifié)... N'est pas chetis ne recrëus^ Ainz est et granz et parcrëus (Tr. Belg. II 181, 131). Bien que ce verbe se rencontre souvent comme réfléchi, et en outre comme transitif (a forcer à s'avouer vaincu, fatiguer »), on pourra ranger ici recrëu, quand il est synonyme de recréant et qu'il n'est pas évidemment passif, comme dans la gent qui aine ne fu vencue, Ne matée en bataille ne par Turc recrëue (Jerus. 4600). On pourra le faire, parce que l'emploi de ce verbe comme intransitif est l'emploi primitif, et prédomine sur les autres. Le sens originaire de hE-croire est « changer de croyance, renoncer à soutenir sa conviction ou sa cause ». Il se dit surtout de chevaux : Ne requerra * ne aval ne amont (Og. Dan. 12192); Ne requerroit a pui ne a montaigne (Alise. 151) ; Se tu recrois, a ma fin sui aies (ib. 21). Le français moderne n'a conservé que le participe recru « excédé de fatigue » et a laissé se perdre les autres formes du verbe.

1. Dissimilation pour recrerra, ce que n*a pas vu MStzner dans le Glossaire de ses Afz. Lieder, à Farticle requerre.

PARTICIPES PASSÉS A SENS ACTIF 20i

repris « enraciné » : S'iert cascune (des lances) entière (1. en ticre) reprise (Mousk. 4924) ; Enracinés sont et repris^ Si c'om ne les puet essarter (Mont. Fabl. III 33) ; Bien est en li repris li germes D'amors (Poire 2853).

sorfait « outrecuidant, arrogant ». Il se trouve plusieurs fois dans la Chronique de Benoit. En voici d'autres exemples : Garçon et escuier sorfait (Ruteb. V 289) ; Covoitise la seur faite (ib. II 73) ; sUl vos en poise^ Tant me siet mieuz ; fuiiez de ci. — Avoi, damoisele^ merci; Ne soiiez mie si sorfete (Mer. 1503, ib. 2719); tu es rogues et seurfès^ Si que pas ne cuides por voir Que ja mes puisses mal avoir, Comme fol vilain seurquidiez (Méon II 251, 472). Parmi ces exemples se range aussi un passage du LMan. 432, où je voudrais, pour ce que Boucherie donne comme étant la leçon du manuscrit*, corriger de la façon suivante : Quar corteis meintien s'amesure, S'il nest sorfet par desmesure.

Le verbe actuel, qui ne s'emploie que transitivement, dans le sens d* « évaluer trop, estimer trop, demander un prix trop élevé » ne s'employait dans Tancienne époque qu'absolument, d'après ce que j'ai pu constater : la ou il seurpot, seurfist (Méon II 246, 312) ; A^e deil jurer por son mers vendre Ne sor faire por terme atendre (LMan. 826) ; se painent moût de sorfaire Sour els (les ennemis dans la bataille) (Ch. II esp. 9840). Le seul exemple qui pourrait parler en faveur d'un emploi transitif, serait celui de Mont. Fabl. III 176, où gent sorfete semble signifier « des gens lésés dans leurs intérêts » plutôt que « des gens outrecuidants ».

sorparlé « allant trop loin en paroles » : molt esteit fox sorparlez (Troie 5199). Quant au verbe, je ne le connais qu 'intransitif : Mix lor venist taisir que sorparler (Og.

i. V. Rev.d. Ig. rom. XI 255. (N.d. trad.).

202 MÉLANGES DK tiRAMMAIRE FRANÇAISE

Dan. 651) ; Sours paniers (1. Sourparlers) nuist, chou ôi dire (RViol. 262; cf. Liv.d. Prov.» II 395, II 266, II 328;.

sorsali « outrecuidant » : Et scelle est baude et soursalie^ Di k'elle est mignote et jolie (Jak. d'Am. I 1653) ; con ne die de saillie Parole qui soit soursaillie (BCond. 66, 86). On ne peut guère comprendre autrement le participe présent : cheval vaillanz, Qu'estoies si soresaillanz (Lyon. Ys. 2324). Cf. le verbe: Tandis qu'il vai soresaillant (ib. 228).

taisi « silencieux, calme » (?) : Cortoisie^ Qui bien est mais en cort teisie (Ruteb. ir 70) ; Ne faites point de noise^ mais soies coi taisi (BComm. 1002). On connaît suflisamment les différentes constructions de taire, taisir.

tremblé « tremblant » : V écriture très tremblée du billet me donna une appréhension (Bourget, N Pastels 489) ; sa grosse signature apprise par cœur^ toute tremblée et écolière (Loti, Pêcheur d*Isl., 138).

trespensé « plongé dans ses pensées, soucieux ». Il n'est pas nécessaire de donner des exemples pour ce mot très fréquent. L'emploi intransitif est de beaucoup plus rare ; cependant on le trouve signalé dans Godcfroy, bien que seulement à Tinfînitif après faire. On le rencontre aussi comme réfléchi. Voir dans Godefroy des exemples auxquels j'ajoute : Bien me doi trespenser (Tr. Belg. II 37, 30). Trespensant dans le même sens que trespensé se trouve par ex. dans Mitth. 24, 24 ; 250, 7.

tressûé « en sueur ». Il serait difficile de trouver Tintransitif tressuer * conjugué dans les temps composés avec estre. Dans les tournures si fréquentes toz en est tressiiez, et autres pareilles, on pourra donner au parti-

1. Dans le Dictioanaire de Sachs, ce mot est à tort rendu par tressaillir.

cipe le sens d'un adjectif . On en peut dire autant de^iz^ ;

mal sués Et f rois (BCond. 228, 69i); mais : unpoiout

sué [SThom. 1520).

Quant k soffert ii qui a souffert », je me borne à dire que c'est une reproduction servile de passus, qui n'a jamais passé en français : sufferz suz Pontie Pilate (Dxf. Ps. p. 255) ; cil ki su/fert est pur nostre salut (ib. p. 258, 36).

On pourrait encore mettre en regard de dessovenu^ que j'ai mentionné, à propos de conëu, comme une formation participiale qui se rattache à un verbe impersonnel, no ne al u « qui néglige, qui est insouciant de ». On le trouve dans BCond. 185, 70, passage que Scheler n'a pas bien transcrit, je crois, et que je lis ainsi :

Dame, . .

Qui de mer pesme en tout tempore,

Ou perissienSj com noncalu

De diu quant au port de salu^

Nous ravoias a si douce ore

et je traduis : « qui d'une mer en tout temps méchante, où nous périssions comme gens qui, quant au port de salut, ne se souciaient pas de Dieu, nous ramenas par un vent si doux sur le bon chemin ».

dont et de quoi.

On a signalé à plusieurs reprises Temploi en ancien français de dont et de de quoi dans le sens du fr. mod. de ce que, où que est conjonction, et c'est principalement de quoi qui a été souvent étudié dans cette fonction.

Si je reprends cette question à mon tour, c'est pour tenter de préciser Tétendue de cet emploi, ses limites chronologiques, et Téclaircir, si possible. A première vue, il semble tout à fait indifférent qu*on ait affaire à dont ou kde quoi; en effet, dans beaucoup d'autres cas, et surtout anciennement, tout aussi bien que dans le cas qui nous occupe ici, les deux expressions peuvent s'employer lune pour l'autre. Cependant je les sépare, car je les tiens au fond pour complètement différentes, et je commence par dont, parce que. pour l'usage dont il s'agit ici, c'est lui dont l'emploi est le plus ancien.

Gessner^ qui en traite dans son Programme de 1874, p. 1 5 ^,^ se trompe en disant que cet emploi est à peine antérieur au XIV* siècle. Orelli en avait déjà donné des exemples tirés du Roman de la Rose. En voici d*autres de la première et de la deuxième partie de cet ouvrage : Mes moult bel me fu dont festoie Si près que du bouton sentoie La douce odor (1815); je faim moult et pris Dont tu as respondu

1. Un an avant lui, il a été fait mention de notre phénomène par Glauning dans ses Études syntaxiques sur Marot p. 17, et bien des années avant celui-ci par le studieux Orelli p. 123.

dont ET de quoi 205

ainsi (1939); et si dois estre Moult liés dont tu as si bon mestre (1954, et dans les mêmes termes 4872) ; il li ditquele est nice et foie Dont tant demore a la karole (9209). Voici d'autres exemples tirés de la suite de Perceval : moult nos esmervellons Dont nos le veons tant penser A pentecouste a son disner (15931); de Benoit : li torne a grant contraire Dont vus onques ci arrestastes (Troie 1033) ; Iriez en sui et repentanz Dont gie onques en fui edanz (19568) ; Ennoier nos deit et peser Dont fentes vers nos tienent place (23995) ; la rëinne... Qui se desve, qui se forsane Dont il de lié tant se dcffent {2il91) ; Ne puetmùer^ ne s'en repente, Dont il eissi ui de sa tente (ib. 14232)^ ; mult sui iriez Dunt si estes afebleiez Dejcun{i)er ne de veillier (Chr. 1 4039) ; Mult nia fiere chose semblée Dunt je ai si ceste contrée Trové sëure e gaaignee E de toz biens resasïee (22915) ; si barun. , . Mult coreçus e mult destreiz Dunt il n'aveit e femme e eir Al règne tenir e aveir (24832) ; Mult Vôist Vom as suens gaber Dunt il veeit Normanz plorer (32253) ; Mais joie unt grant Normanz senz faille Dunt aveir deivent la bataille (34732). Il faut aussi considérer Temploi un peu plus libre de l'expression dans mar le pensastes Dunt en séant vos en levastes (25103)2.

Voici ce qui me parait être Tessentiel du phénomène : à une proposition qui exprime un mouvement de l'âme, Tétonnement, la surprise, Tindignation, le dépit, la joie, se lie par dont une proposition énonçant le fait qui est la cause de ce sentiment. Mais ce fait, à ce qu'il me semble, avait, du moins originairement, pour celui qu*il émouvait d'une

1. D'après Rom. XVIII, 80. Joly donne la leçon : Qu*il issi oi fors de 8, t,

2. Le grand nombre d'exemples qu'offre la vie de saint Martin par Peain Gatineaifest signalé par Mussafia dans sa critique de l'édition Je Sôderhjelm (Sitzungsberichte der K. Akadcmie d. Wiss. zu Wien. vol. CXXXVII, p. 49) A la place de dont, on y trouve quelquefois de ce dont.

façon ou d'une autre, quelque chose de surprenant, de difficilement compréhensible, d'inattendu. Il ne s'agit pas de la satisfaction éprouvée lors de Tachèvement d'un ouvrage péniblement mené à bien, ni de la tristesse à propos de Tinstabilité des choses terrestres, ni de sentiments se rapportant à des choses prévues ou sues depuis longtemps. Je crois donc qu'on peut considérer la proposition amenée par dont comme une interrogation indirecte qui, sans doute, ne se rapporte pas ici à une interrogation formelle, mais à l'élément inexprimé de la question qu'implique cette expression d'un mouvement de l'âme. Ainsi, dont aurait à peu près le sens de « comment, pourquoi ». Comp. : Lasse , moi poise coni ainz fui Ne concëue nenjanree (GCoins. dans Zts. f. rom. Phil. VI, I 450) ; Dedanz son cuer grant confort a Com il la voit si repantant (ib. 455) ; S'est mervoille cornant tant dure Bataille si fiere et si dure (Gh. lyon 849) ; Fort[e\ chose est cornant je puis chanteir [Bern. LHs. 183, 1); moût s^e[s]bài[s]t et merveille Comment tu Vas ainssi laissie (I Ys. II 46i); le lieu est si secet désert que c'est merveille commant il y peut rien croistre[S. d'Angl. 213) ; et m'esbahy ... comment se trouve encore des hommes si pauvres ({entendement (Sat. Menipp. (Frank) 187); C'est merveille por quoi ne font Terre souz eus (Nat. ND 654); chascunz ert esbàis En quel lieu ne en quel pais Trouva les biax dons qu'il donoit (Escan. 24350).

Parmi les observateurs modernes, c'est l'Allemand qui comprendra le mieux cette façon de parler, surtout lorsque la proposition principale exprime Tétonnement, parce qu'il est courant pour lui que ces expressions d'étonnement impliquent un désir de savoir, un sentiment de curiosité ; c'était d'ailleurs une association qui se produisait fréquemment aussi en ancien français : ... se mervoillent oupuet estre (Ch. lyon 2809); et se mervoille Qui puet estre qui Va féru (RCharr. 780); tout me merveil Ou vous avés si grant sens pris

dont ET de quoi 207

(GCoins. 433,194); .... se mervelliereni que li empereur (1. -ères) voloit faire (RGlary 48).

Cette construction devient plus difficile à comprendre, quand le mouvement de Tâme, au lieu d'être exprimé formellement, doit être inféré d'un jugement sur le fait : ele est nice et foie Dont tant demore (je voudrais savoir comment il se fait qu'elle tarde tant; c'est niais de sa part) ou : mar le pensastes, dont... levastes (je ne comprends pas comment tu peux t'aviser de te dresser dans ton cercueil, alors que je te Tai interdit). Pourtant il n'est certainement pas impossible de combler l'intervalle qui sépare Tune de l'autre ces constructions. J'ajouterai seulement qu'on peut signaler ailleurs dont employé comme adverbe, et ne s'enquérant pas seulement du lieu d'origine, mais aussi de la cause : Ôir devez... dunt Normant cest nun reçurent (Rou I 96) ; si vus dirons le mesfait dont li marchis haoit Vempereur (RGlary 33) ; Douce dame, keille en est Voikexon? Dont me faites de teil dolor languir (Bern. LHs. 437,3).

Quant kde quoi, il en a été bien plus souvent question. Geijer, p. 26, cite de Gommines : Von sesbahissoit assez... de quoy si petits personnages . . . sempeschoient de si grand matière, ou : se mescontenterent merveilleusement de quoy le duc de Bourgogne le faisoit si long. Glauning, dans l'Archiv de Herrig 49, 188, donne de nombreux exemples de Montaigne, et dans son étude sur Marot,p. 15, d'autres exemples tirés de cet auteur; Lidforss, p. 41, en cite de Ronsard et de Jodelle; Orelli, lui aussi, avait touché ce point p. 122 ; Desperiers, Devis 64, p. 241 , dit : cest dommage de quoy il est ainsi fol; dans Becker, Marguerite d'Alençon u. Guill. Briçonnet, p. 49, on lit: non sans regret de quoy.., nous n avons eu des myettes du pain dont voz brebis ont sy grande habondance; Littré, à l'article y wo/ 7, cite de Gorneille : Je ne m'étonne plus de quoi je gagne tant; môme dans Rotrou on trouve encore : Ce que tu vois enfin... .Y est V effet ni des lois

ni des raisons humaines, Mais de quoi des chrétiens fai reconnu le dieu (SGenest 111,4); enfin Gessner s'en occupe à la page 15 de son Programme cité plus haut. On aurait peine à rencontrer beaucoup d'exemples en ancien français. Cependant dans Cov. Viv. 1584, on trouve ce passage : Huimès orroiz bone chançon a certes De quoi Guillaumes fu en si grant poverte, qui, peut-être, a sa place

Pour expliquer ce phénomène, on a fait un rapprochement avec le provençal car, qui réunit les trois signification^ « pourquoi », « parce que », et « que (conj.) » }. Mais il n'y a pas grand'chose à attendre de ce rapprochement, que Glauning a fait le premier, parce que la première acception est indémontrable pour de quoi, et qu'un changement de sens, comme il aurait fallu qu'il s'en fût produit un, ne peut guère se supposer à une époque si récente. Au lieu de cela, qu'on veuille bien se souvenir de ce qui suit.

A côté de Tancienne conjonction joor que a pourvu que, supposé que » (proprement « pour ce que », « au prix que »), il y a por coi, qui a absolument le même sens : Por qu'aie ne consoil truisse, Ne li leirai mon héritage (Ch. lyon 4785), et nus hom ne fust si dolanz, Pour coi Voisel chanter ôist^ Maintenant ne s'en esj ois t (Barb. et M. III 118, 99). De même, à côté de la conjonction joar que, existe par coi, qui a le même sens « de manière que » : il covient, Pieres, ke tu or taces, par ke tu conoisses plus grandes choses (Dial. Gr. 78, 2) ; Coument porra de ceste estoire ouvrer, Par quoi la puist scur vérité fonder (Enf. Og. 42). Ainsi dans Fexpression composée de quoi, le deuxième élément sera, lui aussi, identique non pas au pronom quoi, mais à la conjonction que, ou, pour être plus précis, le

1. lise rencontre dans la proposition subjective et quelquefois dans la proposition objective ; v. Diez III ' 337 (310).

dont ET de quoi 209

quoi de Texpression composée de quoi est le latin quid ^ dans sa forme tonique, mais avec la fonction qui, d'ordinaire, lui est propre sous la forme atone que et non avec la fonction pronominale qui, après une préposition, demande invariablement toujours la forme tonique quoi ^.

Même employé comme conjonction, que prenait facilement la forme tonique, quand la préposition à laquelle il était uni avait aussi peu de sonorité propre qu en a c/e, qui en a encore moins que par ou por. D'autre part, il conservait la forme atone, quand il se liait à un adverbe à sonorité propre, tel que tani^ ainsi^ tandis, puis, ou au neutre déterminatif ce, comme dans jusqu'à ce que, par ce que, sans ce que, etc. Ainsi de quoi se présentait tout naturellement, lorsque le rapport causal n'était pas indiqué par que seul : Et mult sui jo dolenz que jo ai sa hahur (SThom. 1539), ni par de ce que, qu'on emploie ordinairement aujourd'hui. La construction qui en résultait, correspondait exactement à la construction espagnole dont parle Diez III 3 337 (309) et qu'on voit dans : deseosa de que la pastora cumpliese lo que prometia (Cerv. Gai. 12a) ; para que te duela de verla en poder de Leocadia ni de que se la haya dado Eugenio (12b).

II en devrait être de même de la construction archaïque comme quoi du français moderne^ c*est-à-dire que quoi ici

1. Jeanjaquet, qui dans ses Recherches sur V origine de la conjonction « que », 1894, ne veut pas adraetive quid comme base de la conjonction que, voit (p. 57) dans de quoi et comme quoi des imitations de l'espagnol de que et como que, où, par erreur, la conjonction aurait été remplacée par le pronom, qui seul aurait pu donner quoi. D'après lui, par coi et por coi, dont Tancienneté est hors de doute, auraient peu à peu employé comme conjonction un coi primitivement pronominal.

2. Dans Tancienne langue, cependant, on trouve souvent aussi la forme atone : s'estudie A faire chose de conrie (1. de c'on rie) (Barb. et M. III 47, 2) ; Ce fu celé,.. De c'om por roit plus granl bien dire Que de raine que anc fusi (Joufr. 222).

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