V. Maller-Zarncke I 972, Haupt sur Erec
4. Morf, Lit. Bl. 1887 col. 218, présume que cette violation de la règle d*accord en genre grammatical est due à ce que celui qui parle a dans la pensée un couple d'êtres animés de genre naturel difTérent; d'après lui, ele n'a èon per signifierait a elle n'a pas son compagnon », c*est-à-dire « il n'y a pas d'homme avec lequel on pût l'accoupler ». Mais il n'est pas possible de faire intervenir cette idée de différence de genre naturel dans presque aucun des nombreux exemples cités.
Or il est surprenant de voir que, très souvent, en ancien français, il n'en est pas ainsi : le sujet étant un féminin, l'adjectif reste masculin, et le sujet étant au pluriel, Tadjectif reste au singulier : Ains nus de cuer ne te pria Cui ta douceurs fesist le souri (GCoins. 150, 913) ; Clarmondine, quant Ventendiy Durement en fist Cesmari (Cleom. 7068) ; En ce a mis tout son assens Qu'ele fera le hors dou sens (ib. 7466) ; Pour ce en son cuer s'assentoit Quele le hors dou sens feroit (ib. 7660) ; Tel conseil sai donner qui est bons et soutis, C'est que ma fille face le malade tousdis (Berte 1808) ; Moult faisoit le malade, plaine estoit de faintise (ib. 1820) ; Mes si malade vous faigniéSy Tant souspirés^ tant vous plaig niés Et faites si le dangereus (on s'adresse à ime femme) (Rose 9847) ; Et la dame V endormi fait (Barb. et M. III 173, 126) ; bien fist le sourt Icele qui moult sot de hourt (ib. III 173, 127) ; — ou : D'amer sevent la guise et Varty Tant facent il le papelart (Clef d'am. 2928) ; Le dolent font et Vesbahi (Barb. et M. I 313, 1311 j ; Molt sont noble, molt font le riche (ib. II 337, 934) ; Mais li mauves en font Venfrume (HAndeli I 8); Mes or font si partout et Vescharset ïaver Qu'il font clorre leur huis, quand il doivent laver (pour se mettre à table) (Jub. NRec. I 362).
De même en provençal : Ja no'm fassatz, ma dona, lo falberty Ni torgolhos (Noulet et Chabaneau, Deux Manuscr. A XVI 25) ; degran far lo sort (ib. A VI 159) «.
On observe le même procédé avec le synonyme contrefaire : contrefaisant le sage (avec le sujet au pluriel)(Watr. 370, 97); Littré, à l'art, contrefaire, cite de Beaumanoir: contreferoient le hors du sens por escaper.
Ce n'est point qu'on ne trouve pas d'exemples du procédé inverse : Moult faisoit la dolente et moult sembloit
i . Les auteurs ont eu Fintention de faire une note à propos de ce passage, mais on la cherche en vain p. 145 et p. 147.
ELE n'a son pareil. — BLÉ FAIT LE SOCRT 217
iree (Berte 468) ; Que s*amie fëist la froide (Rem. Am. 1139) ; mais je suis presque tenté de croire que c'est la première construction qui domine.
Comment Texpliquer ? II n*est guère probable qu*il s'agisse ici d'une négligence du peuple qui, en parlant, aurait interprété d'une façon erronée une construction qu'il employait primitivement d*une manière correcte. Voici, je crois, en quoi consiste ce phénomène : en désignant le rôle qu'on dit être joué par une personne, on n'a eu, à Torigine, nul égard au genre de cette personne ; on a désigné les rôles sans tenir compte ni du genre ni du nombre des acteurs : le sourd, le dormeur, le malade, etc. sont des modèles, des types qui restent les mêmes, qu'ils soient représentés, reproduits, « faits » par la dissimulation d'un homme ou d'une lemmç, d'une ou de plusieurs personnes.
L'autre construction n'est pas moins naturelle. Au lieu d'être le type unique, sans attribution de sexe, le régime de faire est le résultat de la dissimulation et il varie diaprés le nombre et le genre du sujet. On peut donc dire aussi que, dans le premier cas, faire et contrefaire signifient « prenant pour modèle (un sourd, le) reproduire ». C'est ainsi que GGoins. dit : Trop sevent bien au contenir Contrefaire la Madaleine (Barb. et M. I 309, 1193). Dans l'autre cas, les verbes signifient : « représenter d'après un modèle (une femme sourde, des gens sourds) ». C'est ainsi que Willart de Honnecourt, XLVI, a mis sous son dessin cette inscription : cis lions fu contrefais al vif; il aurait pu écrire : Ci fu contrefais uns lions vis.
Je ne veux pas me prononcer encore d'une façon définitive sur les tournures synonymes faire de l'ignorant^ de Veffrayée, de la bête, etc., dont Haase^ et surtout Livet-