‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 119 sur 169 · MÉLANGES DE GBAMMÀIRK FRANÇAISE · texte numérisé non relu

MÉLANGES DE GBAMMÀIRK FRANÇAISE

Mais je n'accepte pas l*étymoIogie présentée pour onde par Settegast (Zeitschr. f. rom. Ph. II 313) et prise en considération par Grôber (Archiv f. lat. Lex. de WôlSIin I 239). Par contre, je réclame aussi comme dérivé de unda le mot ondée « fois », signalé par Settegast (ioc. cit.) : la char et les os li trenche a une ondée (Jul. Ces. f. 42 r*^) ; Lors chevaus ont tuez trestos a une ondée (ib. 47 r®).

boillon ne désigne pas seulement le liquide bouillonnant, mais, exactement comme onde^ Tébullition à laquelle on soumet un liquide dans une cuisine : quant elle {la poree) a un petit bouli et Ven le [la) veult drecier^ que Ven mette dedens du percil,.. et boulir un boullon seulement (Ménag. H 41; ib. 146). Pujs par extension : Car/)rw /*«[/] (de la passion d'amour) au premier boullon (Ju Ad. 57).

rebinee (fr. mod. rebinage, le troisième labour) : Par trois rebinees me prist Et a chascune fois m*assist Sor mes rains deux de ses peçons (Barb. et M. III 4SS, 75).

reposée (halte) : El baisier a une lôee Qu'il font a une reposée (FI. u. Bl. 2420) ;... m'ont batu a reposées (Ren. 23297, M XIII \3l9)\genz hardies et osées Les assaillent par reposées (GGui. II 9841); pareillement dans Barb. et M. III 142, 441 ; VGreg. A 626; Par ne sai quantes reposées S'i pristrent a la grant (croiz) lever (PGat. SMart. 9562).

randon (assaut, élan): en un randon^ d'un randon; de même en une randonee.

vol : Si li chëi tôt a un vol La lance et li escuz del col (RCharr. 775).

fais (le poids qu'on peut lever d'un seul coup ; la secousse qu'on donne pour lever une charge) : a un fais ; Vos aves vilment comenciéj Fait li rois, a cel premier fais (StJul. 2223).

mo/ et cri ne se disent guère que d'un appel, d*un signal de cor, etc. qui se font entendre ; mais on peut souvent les rendre aussi par « fois ».

Voilà les mots dont je dispose -pour le moment ; on

pourra, sans doute, en citer un plus grand nombre, surtout tirés d'ouvrages dont la langue est très populaire, et je suis sûr que les dialectes vivants en fourniraient une riche contribution; mais pour moi, je dois me refuser la chasse sur ce terrain.

Pour terminer, je renvoie au traité de mon frère Ludwig a Innere Sprachformen des Zeitbegriffs » ^, qui le premier, il y a bien des' années, m'a engagé à faire attention, au cours de mes lectures françaises, aux phénomènes qu'il avait étudiés dans ce travail.

1. Zeitschr. f. Vôlkerpsychologie und Sprachwissenschaft III 299 ~ 330 (1864).

Mélanges de Grammaire française. Id

Tout ce qui reluit n'est pas or.

Le français, a-t-on dit justement à son éloge, possède, plus que mainte autre langue du monde civilisé, et emploie régulièrement dans la construction de ses phrases des procédés qui permettent de rendre Tidée avec toute la netteté, toute la clarté désirable pour la logique. C'est un caractère de cet idiome de mathématiciens de donner toujours à Texpression la forme la plus appropriée à la pensée. Ainsi, Tallemand fait a ressortir » par une élévation de la voix un membre du discours sur lequel porte Taccent oratoire, parce qu'il est en réalité le prédicat, tandis que le reste de la proposition est le sujet ; le français, lui, ne se contente pas de cet expédient insuffisant, de cette accentuation qui adapte à la pensée qu'on doit exprimer une forme de proposition correspondant à une pensée essentiellement différente. Dans son désir d'être toujours le plus net possible, il ne lui suffirait point de dire Er ist der Herr (il est le maître), même dans le cas où, d'après la logique, er est le prédicat, et der Herr ce à propos de quoi est dit le prédicat ; il ne lui suffirait point d'indiquer par une accentuation emphatique que ce qui est toujours le sujet d'après la forme de la proposition, est ici le prédicat ^. Le français, on le sait, dit dans ce cas : le maître^ cest lui ou c'est lui qui est le maître.

i. C'est donc à bon droit qu'on désapprouve des propositions aussi mal notées que celle de Th. Corneille : Le crime fait la honte et non pas réchafaud, ou celle "de Voltaire : Noire crédulité fait toute leur science {au lieu de : c'est le crime qui,.», c'est notre crédulité qui..,).

TOUT CE QUI RELUIT n'eST PAS OR 243

Rien donc de surprenant si, dans le vaste domaine où les façons de penser et de parler françaises exercent toujours une séduction, c^est précisément cette tournure qui, en gallicisme souvent blâmé,i s'est naturalisée chez maint peuple qui ne Tavait jamais possédée.

Ce n'est pas à dire que le français soit étranger lui-même à tous ces phénomènes d'attraction, de synchesis, de construclio ad sensum^ ou à d'autres, de quelque nom qu'on les appelle, qui ont leur source dans une certaine négligence ou incertitude de la pensée, mère de la langue, ou parfois dans ime tendance de Tesprit à donner simultanément accès à des idées analogues ou à des formes de pensée synonymes, et à leur laisser une influence sur l'expression.

Cette locution dont nous venons de faire l'éloge, cesl lui qui est le maître, n'a-t-elle pas à côté d'elle une autre tournure, facile, sans doute, à comprendre et à expliquer, mais contraire à la logique, c^est moi qui suis le maître*! et même cette autre encore beaucoup plus étrange : ce n'est pas moi qui snis le maître^ L'on dit avec la même attraction : il ny

a rien que nous autres chênes issus de Dodone qui parlions comme vous (Cyrano, Etats et emp. du soleil (1662), p. 370) ; ce n étaient ni l'église, ni la monarchie, ni la société, ni la réputation, ni les lois, qui lui dictaient ses sacrifices et son courage; c'était la conscience (Sand, Indiana, 1 297) *.

{ . Sans doute Corneille a dit : Je n'ai trouvé que vous qui fût dignede moi(Psyché v. 1471), et Molière: Ce ne serait pas moiquise ferait prier (Sganar. v.'68) ; et je lis aussi chez des modernes : mais c'est toi-même, il n'y a pas encore une heure^ qui a déclaré que,.. (Richepin, Glu 134) cest moi seul, Auber, qui ail vot^ pour vous (Rev. bl. 1893 II 10 b) n^est-ce pas toi qui m'a amenée au point oùfen suis ? (ib. 1899 II 171 b) mon âme est faite de tout ce que f ai senti dans les moments où tu m'as fait toucher V infini du bonheur; et ainsi c'est toi qui l'a créée, cette âme, c'est toi qui l'aura rendue immortelle (ib. 437 b.). Mais, comme le fait remarquer Diez IIP 372 (343), « c'est contre la grammaire », et, bien avant toute grammaire française, on disait déjà : es tu ço ki paroles? (LRois 95) ; Car ce sui ge ki vous navrai ; Dont sui ge de voué

Comment l'allemand et le français se comportent-ils Tun par rapport à Tautre, et comment chaque langue se comporte-t-elle par rapport à la pensée qu'elle veut exprimer, quand, en face de l'allemand Nicht ailes, was glanzly ist Gold, on a le français Tout ce qui reluit nest pas orl

Voici d'abord d'autres exemples où, si l'on voulait les traduire en allemand, il faudrait séparer la négation du verbe pour la joindre à ail : Mais tout esprit na pas des yeux pour la [la nature) connaître (Boileau) ; tout ce qui s'est fait, ne mérite pas d'être écrit (Voltaire); le choix nest pas indifférent, tout nest pas aliment pour l'homme (JJRousseau); tous les conquérants n ont pas été tués; tous les usurpateurs nont pas échoué dans leurs entreprises (id.); la passion est une lutte souvent poignante^ où toutes les âmes ne triomphent pas (de Mazade); tout le monde ne pense pas comme toi (JMussard); dans les discours que vous avez entendus, tout nest pas faux (VCherbuliez) ; toutes les balles ne tuent pas (ADaudet). On disait de même en ancien français: Et tut ço que Vun ot, ne deit un maintenir (SThom. 4936) ; A chascun mal na pas mecine (Clig. 650) ; tuit blanc oisiau ne sont cigne (Brun. Lat. 451); toutes oures ne sont moures (Prov. vil. 83, 7) ^ — Il pourrait sem-

omecide (Jch. etBl. 1046). Les grammairiens ont tort de confondre le cas où qui se rapporte à un pronom personnel, p. ex . dans moi qui croyais le sauver, je Vai tué, avec celui où, bien que suivant un pronom personnel, il est sans antécédent.

i . On peut en rapprocher les propositions suivantes où ni tout ni chaque n'est exprimé, il est vrai, mais où qui a le sens de quiconque, toute personne qui, si bien que la proposition relative sans antécédent désigne une espèce de personnes ou de choses dans toute son étendue : ce genre d'exemple ne saurait être pernicieux pour une jeune femme. Ne le suit pas qui veut (Rev. bl. 1887 1 175); n^est pas poète qui veut (ib. 1894 II 642 a) ; ne trouve pas un sujet {de roman) qui veut (EScherer, le Temps 8 avril 1887) ; n'aime pas qui veut et ne prie pas (Dieu) qui veut (Halévy, Criquette 151); v. fr. : Et n'i parloit pas qui voloit (Escan. 117).

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Tancienne tournure portait peut-être encore plus juste : grâce à la liberté dont elle usait dans Tordre des mots, elle plaçait au moins le mot tout, si important dans la proposition, tout près du mot qui renforce la négation : nest pas tout or quanqu'il reluit (ou quanqu'on voit luire) ; c'est sous cette forme que se présente cinq fois le proverbe dans Rutebeuf *, et elle correspond exactement à celle du m. haut allemand ez enist nicht allez golt dos da glizzit^ et aussi à celle de l'allemand moderne : e^ ist nicht ailes Gold, was glânzty du moins si Ton mçt Taccent sur is£ et si Ton fait de nicht un enclitique de ce verbe. La forme est la même dans ne sont mie tos tans mores (il n'y a pas des mûres toute Tannée) (Tr. Belg. I 238,410).

Comme les grammairiens Tout fait remarquer à plusieurs reprises, la tournure française d'où nous sommes partis , peut correspondre à une pensée toute différente de celle à laquelle nous Tavons vue appliquée jusqu'ici: tout ce qui reluit nest pas or pourrait aussi signifier « ce qui reluit n'est jamais de Tor ». De même, dans l'exemple cité par Holder (p. 285) : maxime usée et triviale que tout le monde sait^ et que tout le monde ne pratique pas (La Bruy. II 70, éd. Servois), il s'agit d'une maxime négligée par tout le monde dans la pratique, et non d'une maxime suivie par quelquesuns, sans Têtre par tous *. Hôlder, qui, loc. cit., a mieux

1. Il n'y a qu'une fois la forme tout nest pas or c*om voit luire.

2. Je ne sais pas si GParis (Rom. XII 410) a raison de rejeter Tinterprétation de Holder. Ce qui est sûr, c'est que La Bruyère (II41) en disant: Toute jalousie nest point exempte de quelque sorte d'envie..,; V envie au contraire est quelquefois séparée de la jalousie^ a, dans la première proposition, rendu universel un jugement négatif. On peut en dire autant de ce passage: Les uns cherchent des définitions^ des divisions, des tables et de la méthode,... toute autre doctrine ne leur plaît pas (=: leur déplaît] (ib. I H) ou des suivants: tout homme, ami des arts, n'a pu passer à Séville sans visiter Véglise de la Charité (Mérimée, Les âmes du Purgat. 187) ; cest la thèse que tous les journaux catholiques n'ont pas manqué de soutenir (Rev. bl. 1899 I 6 a) ; dans chaque science point de détails insignifiants (Psichari,

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mais jamaû...^ etc. L'autre façon de parler peut se rencontrer, mais elle est natureUement plus rare; elle renferme toujours, ce que reconnaîtra tout Français, quelque anacoluthe, et c'est chaque fois pour des raisons particulières qu'on la préfère à Tautre *.

Il peut se produire une amphibologie de même nature, quand, dans une même proposition^ se rencontrent une négation et une expression qui restreint renonciation dans une certaine mesure. On peut ainsi énoncer un jugement négatif avec une certaine restriction (« A seul n*est pas B »}, ou bien Ton peut s'opposer à une restriction par rapport à un jugement positif (« pas seulement A est B »). Ainsi tant seulement les bons nont pas gloire et renommée en cest sicle (Gouv. Rois 19,40), pourrait signifier « seulement les bons ne parviennent pas à la célébrité (tous les autres peuvent y parvenir) » ; mais ce n'est pas là la pensée de l'auteur ; il veut plutôt dire « pas seulement les bons peuvent parvenir à la célébrité (en dehors d'eux, beaucoup d autres le peuvent) » ; c'est comme si l'on disait aujourd'hui : il n'y a pas que les bons qui parviennent à la célébrité.

i. Mentionnons encore que dans certains cas le sens peut être triple : Tous ses défauts n'empêchent pas que je ne Vaime pourrait signifier « ce n'est qu'une partie de ses défauts qui m*empêche de Taimer », ou « aucun de ses défauts ne m*empêche de Taimer », et enfin u la somme entière de ses défauts ne m'empêche pas de Taimer ». Dans ce dernier cas, il ne s'agit pas de rejeter un jugement universel, on n'a pas affaire à un jugement universel négatif, mais on est en face d'une simple énonciation par rapport à une unité individuelle qui, il est vrai, se compose d'un certain nombre d'éléments additionnés. De même tous ces objets ne coûtent pas 50 francs peut signifiera ce n'est pas chacun qui coûte... », ou « aucun ne coûte... », ou « tous ensemble ne coûtent pas 50 francs » ; toutes les réponses publiées jusqu*ici, malheureusement, ne donnent pas grand espoir d'une rénovation du théâtre anglais. Les écrivains consultés sont unanimes à répondre que le fossé est devenu trop profond entre le théâtre et la littérature (Rev. bl. 1892 II 416 a). Ce n'est que la deuxième proposition qui nous montre comment il faut comprendre la première.

'H'^t^'S*^^ phénomène il^l'|u£àl^i place où nous

9^^S^^ ^^^ jeunes

mais, dit le

!ur rang : Mes

fiih vilainie, Au

i^.desparaffe (il

^e leur rang).

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est besoin de

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veut passer

taigne a sage

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ire les procès

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Tant volenté

>it pas qu'il

wés fait bonté

-.ton samblant

riens s'alaal

|,:pas d'orgueil)

lâ^t comprendre

c( il iit semblant de ne pas comprendre » (Comtesse Dash, Sec . empire 3) ; Por chou fu li sains hom en tel lia hostelés (Alexis à Tescalier de la maison de son père) Que ne veut pas li sire que il soit oubliés ; Veoir le veut sovent (Alex. H 672).

On pourrait, il est vrai, considérer ces tournures comme des exemples particuliers de la figure dite litote si familière aux anciens Français. On disait p. ex. : norent mie tout lor vuel (Mousk. 29589), et par là on voulait dire « ils étaient dans la situation la plus désagréable possible » ; Et maint cors saint,.. Dont dieux not pas esté liais (ib. 4551) « qui avait tendrement aimé Dieu » ; Et fiert Bertran^ qi niertpas ses privés [Og, Dan. 5737) « qu'il baissait »; no loy namoit mie (Bast. 69) « il haïssait notre foi » ; Vous avera^ silpoet^ fait moult poy davantage (ib. 91) « il vous fera tout le mal qu'il pourra » ; De mains plus anïeus sejors Avés Ôi par maintes fois (Perc. 134i6)<( vous n'avez jamais entendu parler d'un séjour plus délicieux » ; nous navïens pas tous nos aises (S. d'Angl. 312) « nous étions dans un grand besoin » ; ou même « bone aventure ait hui Ma dame^ a cuije sui et iere, » Ne l'a ore en autre manière Férue del poing lez Voïe (Ombre 70) « avec tant de vénération il Ta saluée » ; ne le feripas lez Voie Qui si li loe la pucele (GDole 1409) ; Sachiés quele ne li a mie A cest mol la teste brisie (Escoufle 5645) ^ De même, dans l'exemple de Meraugis, a il n'est pas besoin qu'il les marie au-dessous de leur rang » pourrait signifier c( s'il les marie mal, il fait le contraire de ce qu'il faut » ; dans l'exemple des Enf. Og. « il ne montrait pas qu'il eût oublié les bontés » pourrait avoir un sens ironique, celui de « il montrait de la reconnaissance ». C'est là, en effet, si fust est la leçon correcte,

1. Voir là-dessus Mussafîa dans Sitzungsbcrîchte der Wiener Akademie vol. 13'*. XIV, p. 30.

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