IL NE FAUT PAS ^UF. TC MEURES
le sens qu'il faut donner à : fait mavés grant bonté ; Ne me fust pas mestiers, par dieu de majesté^ Que vous a ceste fois m'eussiez oublié (BComm. 443) « il ne m'aurait pas été utile, c est-à-dire j'aurais été perdu, si vous n'aviez pas pensé à moi ».
Il semble pourtant qu'il soit conseillable de se décider en faveur d'une autre explication. Ce qui est sûr, c'est qu'on n'a à faire intervenir ni la litote ni l'ironie pour les exemples modernes qui suivent et qui, au reste, sont tout à fait identiques à ceux dont nous nous occupons : il ne faut jamais qu'un honnête homme montre pour lui de l'attachement (Bourg, gentilh. l \) ; Et celle que je dois honorer de mon corps, Non seulement doit être et pudique et bien née, Il ne faut pas que même elle soit soupçonnée (Ec, d. maris III 2) ;je ne prétends pas que vous preniez d'autre logis que le mien (M. de Pourc. li) ; tu te lances en aveugle au milieu des abîmes. Je ne veux pas fy laisser tomber, moi! tu es le seul être que j'aie estimé depuis dix ans. Il ne faut pas que tu périsses, non, il ne le faut pas (GSand, Consuelo XIX) ; il ne faut pas que la multitude sorte du théâtre sans emporter avec elle quelque moralité austère et profonde (VHugo, Lucrèce Borg. Préf.); tu ni as pardonné ce soir, et ce pardon-là m'a sauvé la vie ; mais il ne faut plus que tu me voies (tu ne dois pas me revoir) (Maupassant, Pierre et Jean 210); je verrai Claude. Je le lui dois. Mais ensuite je ne veux plus jamais que son nom soit prononcé devant moi (Bourget, Mensonges 380) ; sur ce petit lit de fer, d'où elle ne veut plus qu'on V enlève (elle veut qu'on l'y laisse) (Loti, Pitié et Mort 240) ; M. Banc a vraiment la tournure d'un moine. Il est petit et trapu... Mais il ne faut pas qu'il se retourne ; l'illusion cesserait aussitôt (Rev. bl. 1894 I 761 b) ; je vais fermer la porte à double tour. Elle n'entrera pas, n'aie pas peur. Il ne faut pas qu'elle entre (ADaudet, Petit Chose 302) ;je ne veux plus que tu restes
là (id., Sapho 181) ; pour courir les camps, pour recruter des adhérents, il ne faut pas que la boue colle aux semelles (Margueritte, Désastre 384).
Dans tous ces exemples, on s'attendrait, d'après lanalyse exacte de la pensée, à trouver Tidée de la nécessité rendue par une expression positive, et celle de ce qui est nécessaire rendue par une expression négative. C'est évidemment le contraire qui s'est produit, ou plutôt — car, d'ordinaire, rhomme en parlant ne pousse pas si loin l'absurdité et la folie — il y a eu fusion de deux expressions en un tout ; c'est à ce tout qu'on a adjoint la négation, et on Ta adjointe au noyau de ce tout, au verbe à un mode personnel qui est l'indicatif. Il manque encore ici cette décomposition de la phrase en ses éléments qui nous est devenue de plus en plus familière ; on a négligé de considérer quelle place devait rigoureusement occuper la négation pour porter sur l'élément qu'il faut. N'est-ce pas le même procédé quand on dit en allemand : ich will nicht, dass man mir dergleichen hinterbringe (je ne veux pas qu on me rapporte de pareilles choses) pour dire ich will, dass mir dergleichen nicht zugetragen werde (je veux qu'on ne me rapporte pas de pareilles choses), alors qu'on pourrait aussi bien comprendre : «je ne demande pas (mais je l'admets peut-être volontiers) que... »? Et n'est-ce pas encore le même procédé quand on dit en latin : Nolo existimes ? *.
La construction en question a toujours été et est restée très commune avec les verbes falloir et devoir, qui se combinent avec TinGnitif pur : il ne faut pas le laisser faire; tu ne dois pas le permettre ; un peintre ne doit penser que le pinceau à la main. Je crois même qu'il doit ne pas penser du tout (Bourget, Duchesse bl. 2); anciennement: mentir ne vos doi; refuser ne la te doi Des que demandée la m'as (RCharr. 916). De même en allemand du sollst nicht
{ . V. Kûhner, AusftthrL Gramm. II 621 , A 1 et 2.