‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 129 sur 169 · PRÉPOSITIONS AYANT DNE FONCTION DOUBLE · texte numérisé non relu

PRÉPOSITIONS AYANT DNE FONCTION DOUBLE

Pourtant, dans ce dernier exemple, la chose semble être un peu diiîérente : il est vrai que nous ny avons qu'un seul a, alors que^ dans la proposition ordonnée d'après la règle actuelle, il y en aurait forcément deux ; mais voudrait-on intercaler un deuxième a dans le passage de Mousket d*après Tusage ancien, on ne le placerait certainement pas à côté de Va qui y est déjà ; il faudrait le mettre devant de ou, tout au moins, devant aler. Il semble cependant qu'on n*ait pas moins évité cette rencontre de deux prépositions. Ce n'est pas que Tancien usage, pas plus que le moderne, prohibe une préposition devant une expression prépositionnelle : de lez luise partie d'entre iaus se toli^ por del mien^ etc. ; mais toutes les fois que la première préposition ne devrait pas se rapporter à Texpression qui suit immédiatement, mais devrait se rattacher à un infinitif placé plus loin, on parait avoir reculé devant cette rencontre. De môme, par repairames de Borne cortoier (Og. Dan. 9400), il faut sans doute entendre de cortoier a Rome ; et dans il sentroublie en li penser (Claris 23143), les derniers mots ont le sens de en penser a li ; ainsi s'expriment GMuis. : // nest nulle nouvielle sur mescreans aler^ c.-à-d. dealer sur mescreans {I 297), le poète de TEscanor : achoison Ne queroit que par son folage Honir et lui et son lignage [de honir par son folage) (10822) et Col. Mus. : N'ai cure de roncin lasser Après mauvais seignor troter {atr. après m. s.)(^i ^2). Cependant, même dans ce cas, la rencontre de deux prépositions n'était pas impossible : vilonie pensastes D'à honme navré envoler (Claris 24679); por a Vasaut aler (Aym. Narb. 1069).

Je crois pouvoir, sans trop de crainte de me tromper, attribuer une fonction double à la préposition dans les anciennes constructions tornera certes « tourner au sérieux » (RAlix. 191,23), ou tenir a certes « prendre au sérieux » (Alise. 2i). Certes sans a ne laisse pas d'être assez fréquent^

mais on le rencontrera diilicilement sans la préposition, avec le sens qu'il a ici. Il faut certainement joindre à ces tournures celle du fr. mod. quant à présent : Vinfluence que quant à présent je puis avoir (A. de Tocqueville dans Rev. bl. 1893 II 789 b) et l'emploi de pour dans c'était déjà un plaisir que de faire cette traduction pour qui il la faisait (Faguet, ib. 1896 I 715 b).

Il faut attribuer aussi une fonction double à de placé devant Tarticle défini^ quand Ton s'attend à un de exprimant la matière ou le moven avec un substantif sans article dans le sens soi-disant partitif, ou quand, tout au moins, la correction semblerait exiger devant le substantif un deuxième de avec l'article, l'article dit partitif, bien que de du^ de des soient hors d'usage. Ceignent espees de t acier vianeis, lit~oii dans Ch. Roi. 997, ce qui ne doit certainement pas signifier « de /'acier de Vienne w, mais exprime de cette façon ce qui se dit aujourd'hui par la tournure d'acier v., qui anciennement n'était pas moins la tournure ordinaire. De même : Del sanc luat sun cors e sun visage (ib. 2276) ; Et si a Marchegai bien aresné, Al cavestre del quir estroit seré (Aiol 4934) * \An son escu li fet litière De la mosse et de la fauchiere (Ch. lyon 4656) ; Unvessel ot de Vor de Frise (Thebes p. 240 1. 47)2. On pourrait, pour expliquer ce phénomène surprenant, dire que dans ce de est compris celui de « Tarticle •partitif » et la préposition qui doit le précéder, sans oublier toutefois que cet u article partitif » n'était point, dans l'ancienne langue, si usuel qu'il l'est devenu plus tard. Mais d'autre part on mettra à corriger les manuscrits d'autant moins de précipitation que le phénomène se rencontre en ancien italien : le aquile delVoro (Purg. X 80) ^ ; le colonne del porfîdo et autres semblables dans le Décaméron *.

\ , Aussi Foerster propose-t-il de au lieu de del,

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