PRÉP0SITI0N8 AYANT LNE FONCTION DOUBLE
donné cet exemple : Miex vodroie estre a chevals trâinee^ De vostre corps fusse ja mais privée (GViane (Tarbé) 40) ; citons encore: Et jure deu^ qi en crois fu penéy Ainsi metroit totes ses hérités, Ogier ne soit fors du castel jetés (Og. Dan. 7567) (c.-à-d. supposé qu*on ne réussisse pas à jeter Ogier hors du château assiégé, il (Charles) sacrifierait pour cela auparavant toutes ses richesses)^ Ici on ne compare pas directement, on dit seulement que la perspective de la réalisation d*une certaine éventualité vous fait préférer une certaine chose fâcheuse.
On n'a pas à s*étonner si, pour rendre une suite de' pensées un peu moins simple, Tancienne langue n*a pas trouvé toujours Texpression juste, si elle a employé faussement des tours qui, tout à fait corrects ailleurs, ne le sont pas ici, parce que les conditions, tout en étant analogues, ne sont pas absolument identiques. Ainsi, à mon avis, Wace ne s*exprime pas correctement quand il dit : Quant lor enfant estranglé virent^ Quel merveille^ se grant duel firent, .. Mielz vousissent morir lor vuel Quil vëissent lor emfant mort (SNic. 12ii). Ici on ne compare pas deux objets de la volonté. On pourrait, après Qtie, intercaler// ne vousissent ; mais, comme l'action de voir et celle de vouloir ont le même sujet, il faudrait einployer Tinfinitif : Que [il ne vousissent) veeir lor enfant mort)^.
De même cette autre tournure, que ce que, tout à fait cor-
1. Il en est aussi question dans Oubislav, Ûber Satzbeiordnung fQr Satzunterordnung im AltfranzOsischen, Dissertation de Halle, 1888, p. 25.
2. Je ne supprime pas cette phrase pour avoir Toccasion de reconnaître que GEbeling, dans les Mélanges qui m'ont été dédiés en 1894, a, à bon droit, contesté cette nécessité. Je me rappelle un cas où les difTérents manuscrits ne sont pas d'accord quant 2i la construction de vouloir y alors que son sujet et celui de Taction voulue sont identiques, c'est celui du Ch. lyon 6546 : Miauz vosisl entre pris an Perse Li plus hardiz. . Quil fusl leanz (var. Que leanz estre).
recte ailleurs, est employée à faux par Adenet : Suavités ses enfans tout en vostre baillie, Ains les lairoit tout {tous ?) mettre a Vespee fourbie Que ce que de Nerbonne fesist la départie (BComm. 639). Ce que ce que^ si commode et si clair, bien que peut-être un peu pédantesque, n^est g^ère à sa place que si Ton compare deux compléments d'une expression de volonté, deux sujets d'une expression d'utilité, mais non, comme ici, des actions par rapport à la probabilité de leur réalisation.
Si nous avons eu raison de contester la fonction double pour le que des cas précédents, nous devons le faire pour celui de que dans navoit mais autre désir Que le bareil pëust emplir (Barb. et M. I 236, 834), ou pour celui de Si ni a mais que l'en s'avoie (employé comme subjonctif) Vers eulz de cuer et de talent (Escan. 19724) ou de Ei liquens erraument taproche^ Qui Vencauche de tel manière^ Quil natent mais el que le fiere (Rich. 630) ; même pour celui de IVonques de riens plus nel siervi Que il se disna avuec mi (Sone 12512). Dans tons ces exemples, que a la valeur du lat. nisi après la négation. Un deuxième que y est superflu ; il n'est point besoin de supposer qu'il a été supprimé.
Cette phrase d'un auteur moderne : Je ne demanderais pas mieux quil fût mon ami (Desnoiresterres, les Etapes dune passion p. 145), ne serait pas un cas d'àico xoivclî au point de vue de Tancien français, qui n'exigeait point un que dans la proposition dépendant de demander; au point de vue de l'usage actuel, ce que devra être considéré comme ayant ime fonction double. Il n'en est pas autrement dans les phrases suivantes : il ne manquait plus maintenant que ses compétiteurs se missent à le soupçonner (Claretie, Monsieur le ministre 420) ; Si cet enfant est à elle, quoi de plus simple qu'elle l'ait pris? (ADaudet, Sapho 207); quoi de plus naturel que Paul fût reçu comme V enfant de la maison?