‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 135 sur 169 · Ou, d'après Suchier · texte numérisé non relu

Ou, d'après Suchier

Ll SENESCHAUS, IL ET SES FRERE 289

doit son existence à un procédé bien défini de l'esprit, créateur de la langue, et n'a paru certainement à Torigine que là où certaines conditions déterminées étaient remplies, apparaît cependant occasionnellement sans qu'elle soit justifiée. Dans Og. Dan. 125, on nous nomme tous les chevaliers auxquels Ogier a fait appel : Par non apele le conte Maneser ; suivent quatre vers uniquement composés de noms unis par et ou asyndétiquement ; puis le poète continue : Hunalt de Nantes^ lui et Jofroi dAnger^ Le viel Fromonty de Bordele Gaifier^ et la tournure en question ne dit ici certainement rien de plus qu'un simple et.

On peut en dire autant du v. 335, tandis qu'au vers 7481 nous trouvons tout au milieu d'une énumération d'ennemis tués par Ogier, Guion de Purges, li et Simon son fil. Le poète a voulu indiquer par là la subordination, le rôle secondaire du fils par rapport au père ; il n'a point remplacé par cette tournure un simple et ou o pour remplir commodément un vers.

Mélanges de grnmmaire française. 19

Manque d'accord entre le sujet et le prédicat.

Toute grammaire un peu détaillée signale et étudie suffisamment les cas où, en français moderne^ le sujet, quand il est un collectif, ne s*accorde pas en nombre avec le verbe qui forme le prédicat. La pluralité des individus dont on énonce quelque chose, peut être conçue comme une masse formant unité, qu'on désigne par un singulier collectif, et pourtant, si Ton considère lacté ou Tétat qu'on leur attribue comme celui d'une pluralité d'individus, on peut mettre le verbe au plurieP. Les exemples de Diez et de Mâtznermontrent déjà que Tancienne langue ne procédait pas autrement ; et le pluriel du génitif dit partitif après Texpression quantitative n y était même pas nécessaire pour qu'on mit le verbe au pluriel : E li fols pueples ki Vôiy Dïeni ke cesi signefiance (MFce Fa. 43, 13) ; li pueples de toutes pars Devant Vostel sont assemblé (Watr. 213, 466) ; Se mais nie le pleurent (Alex. H 470) ; Au rescoure le roy sont venu sa merdaille (Bast. 288) ; Au port sont arrivet la dieu cheva-

1. V. Diez m» 298 (273), où le passage du Décam., V 10, ne se comprend que quand on ajoute che giovani « ils Talent beaucoup mieux quand ils sont vieux que quand Us sont jeunes » ; puis il faut y efTacer Tcxemple tiré du Lex. rom. I 574, qu'on peut remplacer par guanren de pellegrins Venian (SHonorat p. 175), qui se trouve dans le Lex. rom. à la même page. Y. en outre M&tzner, Synt. I 161, Gramm.' § 130 d 1, où les expressions quantitatives neutres ne sont pas mentionnées ; Hôlder, p. 142; Lûcking§ 282.

2. Il faut y ajouter ceux de AHaase, Syntakt. Untersuch. zu Villelî. u. Joinv. (Oppoln 1884), p. 79 sqq, et de Walberg dans son édition du Bestiaire de Philippe, p. lxxii et à propos du v. 243.

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le rie (ib. 6275) ; e Israël se alogierent {c&strametatus est Israël) (LRois 184) ; ff ardent les mons ke nés puissent trèspasser la H g nie d^Ysrael, dans Ruteb. II* 461; encore aujourd'hui on dit : le monde sont si bavasses (Féval, M"« Gilblas I 53).

On pourrait ajouter maints autres exemples d'un emploi du pluriel ad sensum^ comme p. ex. : S'est chius outrecuidiéSy plains de maie rayson. Qui se voellent de /fendre vers les hoirs de Buillon (Bast. 1122); Car cascuns d'iaus deus desiroient Le lieu que il trouvé avoient (Sqne 8415) ; Car tout chil qui dedens estoient^ Aucune amie (de chacun) leur bailloient Leur tanches (ib. 9826) * ; L'uns après Vautre Vont tenue (Beaud. 745) ; Li uns vers Vautre sont tornei (ib. 1013) ; cascuns en la contrée ki li ert atornee fiserit soi coroner (Maccab. dans Notices et extraits XXXV 2, 458 V, ou : je ne croi ne je ne cuit De dis un qui soient en vicy Qui ne soient tout plain d^ envie (BCond. 32, 32). Dans ce dernier exemple, la première proposition relative se rapporte à dis, la seconde à un\ néanmoins le second verbe est aussi au pluriel^ parce que ce un est, dans la pensée, répété autant de fois qu'il y a de dizaines. De même, dans le premier exemple, on entend par chius chacun qui serait assez audacieux pour se mettre en défense. On peut encore citer : nule de totes cez choses ne lor furent a grevance (SSBern. 93,41). Pourtant, dans tous ces exemples, il n'y a pas, à proprement parler, manque d'accord en nombre entre le sujet et le verbe.

En revanche, signalons encore quelques cas où se produit une bien étrange hésitation dans l'emploi du nombre : le verbe se met ad sensum au pluriel, alors que la détermination prédicative revient au singulier: tel maisnie Qui gent

i. Il est vrai que Taccouplement de -oit et -oient h la rime, qui n'est pas rare dans ce poème, permettrait de remplacer bailloient par bailioil.

(joliment) ierent appareillie (Troie 6754); Paiénne gent sont arrier reculée (Enf. Og. 1234). Dans lUe nous lisons même: La lor gent sont bien atornees (2097) et dans Watriquet : S'en erent la gent abaubies (387, 198), c'est-àdire que le prédicatif étant féminin, il devrait être au singulier; mais il est en même temps un pluriel, donc il devrait être masculin. Mais abaubies peut-être n*a pris une s que parce que la rime ainsi est acceptable pour Tœil, tandis que sans s elle n'aurait satisfait que l'oreille ^

Par contre, le sujet étant au pluriel, le verbe, encore aujourd'hui, peut rester au singulier quand le sujet suit le verbe. Dans ce cas, c'est sur lui que porte Taccent de la proposition et il devient proprement prédicat, tandis que ce qui est prédicat d après la forme de la proposition, devient, d'après la pensée, sujet, point de départ, supposition, base de renonciation. Par deux étrangers arrivent^ on dit de deux étrangers qulls arrivent ; par il arrive deux étrangers j on dit de Tarrivée qu elle se produit de la part de deux étrangers^. Ordinairement, dans ce cas, le français

1. V. aussi Ebeling, Auberee au v. 379. — A mon ^vis, on devrait enseigner, même dans les grammaires scolaires, qu'en français moderne gens est invariablement féminin, avec cette restriction que, par suite du relâchement du lien entre ce substantif et Tadjectif prédicatif ou Tadjectif attributif, quand il est postposé, on a décidé que ces adjectifs s'accorderaient ad sensum avec gens, c.-à-d. se mettraient au masculin ; le lien entre gens et Tadjectif attributif, quand il est préposé, ayant gardé toute sa force, cet accord ad sensum n'est pas encore possible dans ce cas. Si ce n'est pas là dire tout ce que les grammairiens, dans leur besoin de formuler des règles, enseignent à propos de l'accord en genre des adjectifs attributifs et prédicatifs avec gens (v. p. ex. Littré à gens), c'est toutefois en dire l'essentiel. Quand on trouve dans Escan. 8049 : onques deus créatures Ne furent assamblé si bien (que le chevalier et la dame), on ne voudra pas dire pour cela que créature soit quelquefois masculin. Justice, croirait'On, quand il désigne « celui qui a la juridiction » peut avoir donné lieu à la même incertitude pour le genre ; v. p. ex. Beauman. 1673.

2. « La logique et la grammaire ont eu cependant raison de s'accoutumer à regarder toujours la chose comme sujet, parce qu'elle parait

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moderne fait précéder le verbe d*un i7, qu'on a Thabitude d'appeler sujet « grammatical », et l'on a l'habitude en même temps d'y voir la cause du singulier du verbe, en disant qu'il s'accorde avec le sujet grammatical, au lieu de s^accorder, comme en allemand^ avec le sujet « logique ». Il n'en est pas ainsi, et ce qui le prouve, c'est qu'en ancien français, comme l'a montré Homing, dans Rom. Stud. de Boehmer IV 260 ^, on n'a fait usage de cet il que peu à peu, et qu'on tolérait le singulier du verbe à côté du pluriel du sujet qui le suivait, même en Tabsence de il. Aussi pourrait-on ajouter pour Tancien français un grand nombre d'exemples à ceux que Diez ^ a donnés du manque d'accord ^. En voici

objectivement la cause 4e la qualité et de Taction. Pourtant il n^est pas inutile de se demander, si, rigoureusement, ce n'est pas ce qui se présente d*abord à Tesprit qui doit être considéré comme sujet, et comme prédicat ce qui s*y adjoint c,omme notion complémentaire t. (Sigwart, Die Impersonalien, Freiburg 1888, p. 19). Comp. plus haut, p. 242, et Alfred Schulze dans Herrigs Archiv LXXl 191 note. J^ai fait remarquer dans Zeitschr. f. r. Ph. III 145, à propos de la p. 206, que la postposition du sujet, surtout en ancien français, peut souvent avoir une autre portée : il s'adjoint au verbe pour ainsi dire enclitiquement, donc sans accent dans la proposition.

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