‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 151 sur 169 · C'est ainsi qu^il faut écrire · texte numérisé non relu

C'est ainsi qu^il faut écrire

ÉNONGIÂTION COMPOSÉE D'uN NOM Bl^ d'uNE PHOP. REL. 315

sujet sous la forme qu elle a prise pour nous après la réalisation de ractiotii de l*état énoncés dans la proposition relative. A la difîérence de celui qui se sert de la tournure orditiaire, nous avons Tair d'avoir couru en avant, de ne plus regaitier déjà que rétrospectivement ce qui, pour lui, est seulement en train de se réaliser, de contempler avec repos ce qui est^ tandis que lui est préoccupé de ce qui va nattre. Le françaii moderne, lui aussi^ connatt cette tournure^ qui est surtout familière au langage si vif du peuple : il faut que voua haïssiez bien ce malheureux Bernard l Et moi qui le ferais égorger par mon mari pour le remercier de m'avoir sauvée au péril de sa vie/ (Sand, Mauprat 157) ; moi qui le trouvais déjà un peu vieux pour moi en lui en attri* buant trente (ead., Jacques 14) ; Us canaris avaient Vair de se dire : m Ohl ce monsieur qui mange toute la barquette/ n (ADaudet, Lettr* de m. moul. 159) ; et Risler qui narrlbait pas (id.4 Fromont j. 115) ; ^ vieille Yvonne qui est soûle (Loti, Pêcheur d'Isl. 169); mon petit- fils qui est mort (ib. 171); elle retourna se planter devant la fenêtre j les yeux perdus. Et ce médecin qui n arrivait pas (Zola^ Germin. 436) ; Véronique, . . revint de la cuisine^ en disant d'un air de triomphe : Ah bien / madame qui trouve Sa Pauline si bonne/ Allez donc voir dans la cour (id., Joie de v. 53) ; ils ont ouvert le tiroir / et moi qui^ ces jours derniers^ y ai déposé soixante francs (Fabre, Les Courbezon 184) ; vous êtes malade et vous nen dites rien. Vos mains sont glacées. Et nous qui pensions A nos misères, (ib« 187) ; il n'est pas mort au moins ? Toi qui l'aimais tant / (Glouvet, MFougère 164); et nous- qui le pensions un mirliflore/ (Richepin, Cadet 20) ; jusqu'à cette banale poésie qu'il bannissait de son horizon (ib. 68) ; cette bêle va faire des petits. Et moi qui ai oublié de lui préparer une place (Rev. bl. 1891 I 48 b) ; pourquoi vient-elle? Moi qui aurais tant voulu être tranquille en ce moment (ib. 1897 I 168 b); ils allaient

depuis cinq minutes^ quand Jeanne soudain s'écria : « Massacre (nom d*un chien) que nous avons oublié ! » (Guy de Maupassant, Une Vie p. 300).

Le caractère particulier de cette tournure s^éclaire surtout quand^ comme cela se produit fréquemment^ voilà suivi de Taccusatif remplace un nominatif. On a le droit d'appeler prédicative, ainsi que le fait Lûcking, la proposition relative dans voilà mon ami qui vient, le voilà qui vient ; mais, à mon avis^ il vaut mieux s'en tenir à la division en déterminatives et appositives (ou explicatives), et parler alors de remploi prédicatif à propos de celles-ci.

Ne serait-ce pas encore ici la place de cette construction qui combine un discours direct, 1res bref la plupart du temps, avec un qu'il dii et que chacun peut observer en écoutant parler les Français d'une culture médiocre ? Elle a été assez souvent signalée, mais n*a guère été expliquée. On dit p. ex. : mange ma soupe^ que je te dis (Richepin, Cadet 20) ; ne te gêne pas, que je te dis (ib. 25) ; pour quoi? que vous demandez (ib. 235) ; c est pas moi^ que je vous dis [= vous dis^je) (ib. 331) ;j'y vois du sang, que j'vous dis (ib. 334). Ici, à mon avis, il faut assigner au discours direct, par rapport à ce qui suit, le même rôle que celui que nous avons assigné au substantif ou au pronom ; la proposition commençant par que serait donc une proposition relative^ que serait le neutre relatif (= ce que).

A Schuize ^ a bien fait de rapprocher la construction précédente de certaines interrogations sur le sens desquelles on peut se tromper facilement : est-ce mon père qui fa battu y quand il signifie: est-ce que mon père fabatu?

i. Der altfranzôsische direkte Fragesatz p. 113.

Futur antérieur au lieu 4u parfait périphrastique.

On s'est occupé à plusieurs reprises du futur antérieur employé là où on s'attendrait à trouver plutôt le parfait périphrastique K Jusqu'à présent, on n'en a réuni que très peu d'exemples qui soient assurés ; mais on n'a encore rien fait, que je sache^ pour expliquer ce phénomène.

Voici d'abord quelques nouveaux exemples. Je ne puis me permettre de faire précéder et suivre chacun de ces exemples de tout ce qu'il faudrait du contexte pour lever toute espèce de doute sur leur opportunité ; mais ce que je peux affirmer, c'est que j'ai contrôlé ce contexte. Tant vas avrai en curt a rei portée (il s'adresse à son épée) (Ch. Roi. 446) ; Mult larges terres de vus avrai cunquises (de même) (ib. 2352) ; i/e, fis de treue^ com m'avras hui penei (Gar. Loh. dans Bartsch, Lang. et litt. 122, i) ; Mainte pucele avrai vëue Et mainte dame conëue ; One mes a riens (une femme) ne fi prière De moi amer en tel manière. Vos en estes la primeraine (Troie 13561) ; Kalles a grant vertu, Mult fardai hui elprimier chiefvëu (Og. Dan. 848) ; damedex m^l te don[t] ; Tant m aras fait anui et mesprison (ib. 9046) ; Li borgois sont félon et malvoisie, Moût li aront lait

1 . V. Diez m* 283 (259 sq.). J'en ai parlé de mon côté dans Lit. Centralbl. 1870 p. 20; Grôber aussi en parle dans Jahrb. XI 338, ainsi que Foth, dans Rom. Stud. II 281 note (à propos de choses qui n'ont aucun rapport avec notre phénomène) ; Foerster à propos d'Aiol 2937, Du bislav dans Satzbeiordnung fur Satzunterordnung (1887) p. 19 note.

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dit et reprovier. « Dites, sire, u menrés icel destrier?. , . » (Aiol 956) ; dieus te doinst mariment ; Tant arashui parU envers moi laidement (ib, 8998) * ; Ge lor oorroie noveles demander Que fet mes sires; moult avra demoré (Orenge 444) ; Mult aurai hui esté(s) de mes armes gabés (RAIix. 149, 17) ^ ; Crien, ne vus en anuit; tant vus avrai penés (ib. 276, 10) ; Maint anui m'' avra fait puisqu'il fu adobés (God. Bouill. 145) ; Or le gart dix y li fix Marie, Qui mainte gent ara garie (Ille 587) ; Tantes fois m'ara e«cai//e (Eust. Moine 1063) ; tant ni ara fait honte et mal (ib. 1484) ; Chil larron (qui ont été tués) m'aront moût grevé De Voudour qui de lor cors ist (Rich. 3458) ; [je vieng) de Poito, D'une terre don molt me lo, Que maint bien i m'avra Von fait (Joufr. 3619) ; Ce est Ydoine, vostre drue. Qui tante angoisse avra eue (Amad. 3332) ; Tybert, dex t'envoit marement. Que moult m'avras hui ramponé (Ren. 206il ; M XII 151); Et m^amie me renderés, Dont tante paine arai sofferte (Perc. 33027).

J*ai dc^jà cité autrefois : Tant m'aront hui gabé et laidengié (Aiôl 2937) ; Si ni en dites la vérité, Car mult i arai bien pensé (longtemps, mais en vain j'y ai réfléchi) (Blancand. l\)\por estre eschars en avront esté maint home deserité (Phil. Nov. QT 19). J'y ajoute quelques exemples plus ou moins provençaux : On iest^ Karles de Fransa? mol Vauray

1. Il n*est pas sûr c|q*il faille ranger loi : Nou$ ferons bien « croire as barons de fenpire, Tous seus Varés conquis [l^eskiec) par vo chevalerie (Aiol 5130) ; Or dira Lofiys et querra par vertes Que nous vous avrons mort, murdri et estranlé (ib. 5139). 11 est vrai qu*on pourrait aussi employer le parfait périphrastique ; mais le futur antérieur semble, de son côté, se justifier de lui-même ; car Taction de conquérir, celle de tuer sont présentées expressément comme des actions acccomplics au point de vue de ceux qui, à Tavenir, y croi> roiit, de celui qui. à Tavenir, en parlera. Cest là le phénonlène dont parle Diez 1113 329(301 sq.).

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