U8 FORME SECONDAIRE DE VOUS
pour appuyer les consonnes qui subsistent sur des mots précédents terminés par une voyelle, peut, au besoin, se comparer à l'enclise de certaines formes de l'article et du pronom en provençal, et encore faut-il être prudent dans ce rapprochement et tenir compte des limites qui sont imposées dans chacune des deux langues à la chute de la voyelle. Mais identifier ous à ces phénomènes est une erreur absolue, et c'est pour combattre cette erreur que je reprends la question.
Michel^ dans Tristan II 164 et 312, a cité quelques exemples de os pour vos tirés de la Chronique de Benoit, inédite encore de son temps. Trois ans après, en se référant à celui qui a le premier observé notre phénomène, Raynouard, Diez (11^ 85) a mentionné l'emploi de os pour vos; malheureusement il parle à ce propos d' « appui », ce qui pourrait induire en erreur ^ Orelli^ 92, reproduisant les citations de Michel, y a ajouté un exemple tiré de Rou (II 2747), où Ândresen a eu tort de changer s'ous en s^or. Bui^y I 136 donne de nouveaux exemples de Benoit. Ensuite Settegast a signalé le phénomène chez Benoit dans son ouvrage sur ce poète, p. 44, note. Stock (Rom. Stud. III 485) confond à son tour cet emploi, « qu'on n'a pas, ditil, encore signalé, jusqu'ici, en ancien français », avec l'enclise du prov. vos. D'après PMeyer (Rom. XVIII 72), le poème de Troie aussi a connu dans sa rédaction primitive ce phénomène, qui n'en a disparu que par le fait des copistes du continent. Koch suppose que maneus^ qui se trouve dans le Josaphat de Chardri 2838, équivaut à manez vos ; il renvoie à ce propos au Petit Plet du même poète, où un manuscrit offre, au lieu de savez, la forme saveus,
1. Dans let éditions postérieures de la grammaire (IP 106, éd. franc. IP 95), il n*a pas changé cette expression, mais il cite quelques passages de Benoit, où, bien qu'il y ait vos dans le texte, le vers exige os, et, en effet, le ms. de Tours donne cette forme.
qui, d'après le sens, pourrait être savez vos. Mais je fais remarquer que, s'il en était ainsi, ce que je ne crois pas volontiers, on aurait affaire à un phénomène tout différent de celui des cas dont nous venons de parler. Il s'agissait, en effet, de Télision d'un e sourd devant o«, tandis que pour saveus Ve tonique de savez et Vo de os auraient formé une diphtongue après la suppression du z intervocalique, qui aurait dû s amuïr, et cela dans des conditions peu favorables à Tamuissement ; bref, il se serait produit un fait absolument inouï. Foerster comprend la chose comme Koch ; il a certes raison contre les éditeurs français en faisant de que vos (Aiol 1616) un monosyllabe, au lieu de supprimer que ^ ; mais, à son tour, il parle d'enclise et compare le provençal où il semble croire que la diphtongaison aurait été postérieure à la chute dur. Neumann (Lit. Bl. 1883, col. M) partage le même avis ; seulement il a raison de dire, pour le provençal, que d'abord l'o de vos disparait (cf. nos ns, los Is) et qu'ensuite le v se vocalise en u. Mais lui, de son côté, il a négligé de considérer que, dans le français, evs à la finale n'aurait pas donné eus mais es.
Je veux d'abord donner quelques exemples qu'on n'a pas cités jusqu'ici et où l'on trouve aussi la forme os pour vos : S' os me pôez partir d'ici (Guil. Mar. 9002); Quos laissastes aler sevials Les pale frets f'ib. 6857); S'os n'ovrez par la cort de Rome (ib. 11352) ; H os la volïcz ensement (ib. H465); Si prenez ce quos trovereiz (Chast. 27, 252) ; S'os morez e je soie vive (Mont. Fabl. IV 118, 183 var.) ; Puis cous estes deu tout honis (ib. 125, 388 var.); flow, manhre os d'une peor grant (Fol. Trist. 196): vos damages Poueiz couvrir, s'os estes sages (Clef. d'am. 2406 ; de même ib. 2657). G. Paris, dans une remarque sur la première publication de ce chapitre (Rom. XIV 306) y a joint deux
1. Il veut lire queus ; je crois que c'est plutôt qu'où» qu'il faut lire.