OUS FORME SECONDAIRE DE VOUS
exemples v. fr. : Kar li reis a^grant, gent a ceo qu'us en avez (Rou II 3821) ; Volés le vos ? — ôil, sou plest (Veng. Rag. 4670). On pourrait en rapprocher ces exemples plus modernes : S'ou m'en croyés (Ane. Théâtre frç. VII 365 et 437, de Tannée 1594) ; Simonne^ quous avez de biaux ciseaux (ib. IX 171, Comédie des Chansons, 1640).
Quant à ce qui concerne la nature propre de ce phénomène, on ne prendra jamais trop garde à ne point l'identifier avec ce qui peut se produire pour le vos atone du provençal. D'une part, il y a eu incontestablement pour celuici chute de Yo et vocalisation subséquente du v, ce qui ne peut avoir lieu en français. D'autre part, cest une forme absolument atone, comme peut Têtre seul le cas oblique du pronom personnel placé tout à côté du verbe régissant. Le français, au contraire, a, de préférence, substitué ous^n nominatif roi/s, ou même à un vous précédé d'une préposition et, par suite, sûrement tonique, comme dans dos dous (Chr. Ben. 4271 var.) et Entros avez fait aliance (ib. 3699).
Les choses étant telles, personne ne voudra croire à la chute de la voyelle de vous. On sera plutôt forcé de reconnaître que, dans un rayon dont il sera possible peut-être un jour de fixer les limites, le v de vous s'est si bien fondu avec la voyelle suivante, sa proche parente, qu'on ne l'a plus distingué comme son à part et que, par suite, on a pu élider Un e atone devant ous résultant de cette fusion, tout comme si l'on avait affaire à une voyelle originairement initiale. Cette élision, quand on la faisait, se marquait souvent dans l'écriture ; mais, comme le montre surtout le texte de la Chronique de Benoit, cela n'avait pas lieu toujours ; au contraire, on s'en tenait assez fréquemment à l'orthographe traditionnelle [que vous), correspondant à un état plus ancien de la langue. Quand l'élision n^était pas faite, soit qu'elle fût impossible, comme après des
consonnes ou après une voyelle tonique — auquel cas elle était encore admise en provençal — , soit qu^on ne voulût pas la faire, on conservait également la forme vous.
Je laisse ici de côté Taphérèse d'un v initial devant p ^ parce que je tenais seulement à montrer que les conditions syntaxiques de Temploi du v. fr. ous sont toutes différentes de celles qui produisent Tenclise du prov. vos. Mais, à propos de cette aphérèse, je rappelle qu'en ancien français rinitiale du lat. vulpes et vultur n'est pas seulement devenue w [woupil dans Guil. d'A. 2006 var. ; woutoirs dans Mousk. 7127, 20532), mais que les manuscrits offrent aussi à sa place une h ; ainsi dans : li houpis (Ren. V 282) ; li houpil (ib. 299) ; // houpius (Ren. Nouv. 75, 2075) ; com houpius enteroit (GMuis. I 304) ; U holpiz (Dial. Greg. 40, 19) ; voltur: huitoir{Gloss. 7692, 617) ; d'un /iiiiVoir rimant avec d'un ostoir (Barl. u. Jos. 201, 29) 2. Or, cette h n'est pas inutile, à ce qu'il semble ; elle empêche l'élision dans pialz de houpilz (Hen. V 246 note) ; grignor suni de houpis (RAlix. 290,7)^. Ici nous avons donc affaire à un phénomène autre que celui de ous pour vous et qui, d'ailleurs, se rencontre, comme on le voit, dans un autre territoire *.