‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 164 sur 169 · V. la note de Foerster · texte numérisé non relu

V. la note de Foerster

4. Encore cet exemple, le seul que j'aie à ma disposition pour Fane, franc., est-il'à supprimer, si, comme GParis dit dans Romania XV 443, et je le crois volontiers sans avoir besoin Ûe prendre connaissance du manuscrit, la deuxième ligne doit commencer par Corrie au lieu de Dame.

Prépositions suivies du nominatif.

La présence d'un nominatif après une préposition paraît à priori impossible, et, quand néanmoins on la constate, les circonstances où elle se produit doivent être toutes particulières. Examinons comment se comporte Fancien français à cet égard.

a et de même por se trouvent servant à introduire le nominatif prédicatif après estre tenuz {pris) ou après soi tenir. J'ai cité de nombreux exemples de cet emploi dans la note sur le v. 147 du Vr. An., en l'expliquant ainsi : ridée d' « être tenu » ou de « se tenir » a fait place à celle d'(( être ce que pensent les autres » ou <c ce que pense celui qui parle », et la construction s'est réglée sur cette idée. C'est ici tout à fait la place aussi de A trente [et] dui furent contei Sans lui li novel adoubei (Beaud. 539) ; por morz en fu portez (Troie 11422)^ ce qui nous autorise à considérer morte comme nominatif dans Reide por morte en fu levée (ib. 22943) ; la place de j'en sui por fox menés (FGandie 25) ; vos (on s'adresse à une seule personne) non etz bos a monediers ^ .

Il en est tout autrement du nominatif après a dans : Desi qua trente chevalier S'erent aie esbaniier (MFce L 223) ; parmi cel verrier Vienent dusca sis chevalier (Ch. II esp. 6524) ; Dusc'a cincante chevalier S'aprocent d'aus et escuier

1. Il a été question de cet exemple dans Zts. f. rom. Phil. XVII

(ib. 9401) ; Lojor i lèvent jusqu'à cent chevalier (MAym. 469) ; Dont keurent crestïenjusques a trente et troi (Bast. 278). Ici, Texpression prépositionnelle entière est sujet ou détermination attributive du sujet. Aussi le substantif, sans égard à la préposition qui Taccompagne, prend-il la forme du nominatif, qui lui conviendrait s'il était, à lui tout seul, sujets Peut-être ne serait-il pas non plus impossible, mais je n*en suis pas tout à fait sûr, de dire en allemand es fehlt noch gegen ein Thaler, ùber ein Bogen ; ce qui est certain, c*est qu'on dit couramment: was fur ein Mann war das/, was fur ein Fehler ist begangcn worden ? Il n'est pas moins incontestable quen latin, dans les mêmes conditions, ad pourrait être suivi d'un nominatif : ad duo milia et trecenti occisi ^.

De donne lieu à la même observation, comme je l'ai fait remarquer en 1876 dans le Jahrb. f. r. u. engl. Spr. u. Lit. XV 2o6, à propos de quelques passages d'Adenet. En voici d'autres exemples : licuens de Blois et moût d'autre baron (Men. Reims 21) ; mes sires Jehans Fuinonset moût d'autre preudomme (ib. 157) ; Guillaumes Longue Espee et moult d'autre haut homme (ib. 289 ; ib. 295 et 305) ; Damoisiel et mescin et mult de bon arcier (RAlix 344, 32) ; Sen apperent moult de biel livre ^ Qui saintement font les gens vivre (GMuis. 1 86) ; Moût de clerc sont en une escole (RBlois 1 p. IX) ; moût de biau dit en sont reirait es livres des autors (Phil. Nov. QT 176) ; Ensamble furent plus de quatre millier (RCambr. 1294) ; Monté estoient plus de quinze millier (Nymes 231) ; Après son dos le sivent plus de chent cevalier (Alex. H 620)'^ ; Le jor se pasmerent an Rome Mien esciant plus de mil home (Athis 2268) ; Passé

{, V. Foerster à propos de Ch, II esp. 6524 et la préface p. lxi.

2. V. Kiihner, Ausfûhrl. Gramm. d. lat. Spr. II 419, qui, à mon avis, a tort de faire ici de ad un adverbe.

Page 1