‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 27 sur 169 · Cf. p. haut, p · texte numérisé non relu

Cf. p. haut, p

de INTRODUISANT UN SUJET LOGIQUE 19

238, 895) ; Puis que pour moi vous estes mis En si grant péril com de mort [se. granz perius est] (Jeh. et Bl., 787).

Citons aussi: Mes se festoie com de li [si j'étais à sa place] (Barb. et M., III, 338, 400), tour qu'on peut mettre en regard du tour actuel si fêtais que de vous ^

Je ne puis entreprendre ici de montrer comment plus tard s'est perdue la notion de la vraie nature de cette construction et comment, par conséquent, se sont élargies les limites primitives de son emploi. Sans doute Louise Labé, par exemple, s'exprime encore assez correctement quand elle écrit : na elle donné hardiesse \ et dextérité telle à Vhomme que d'oser et pouvoir combatre sans armes un lyon (82) ; si quelcune parvient en tel degré que de pouvoir mettre ses concepcions par escrit (3); mais on peut citer d elle un grand nombre de passages où elle emploie déjè que de avec moins de justesse : tant favorisée des cieus que d'avoir l'esprit grand assez (4) ; la licence des fols est venue si grande que d'outrager.,. (43); serez tous si fols que de l'absoudre (47), et d'autres où elle emploie, au lieu de que de y soit que y soit de : moy qui Vkvois rendu si mal avisé que venir faire un povre mari cocu (21); fia elle esté si hardie d'atenter à ce qui plus vous estoit cher (32) -.

L'écart entre la syntaxe d'aujourd'hui et l'ancienne pour remploi de que de dans avant que de, il vaut mieux... que de et autres tours de ce genre est indiqué dans toute grammaire un peu détaillée ; mais le tour à moins que d'être fou {il n'est pas possible de raisonner de la sorte) n'oiTre rien à reprendre, même à la grammaire historique ; il signifie « avec moins, c.-à-d. étant donné moins que (n'est) folie », de sorte que l'expression complète serait à moins que n'est d'être fou. Toute différente est la signifîca-

i. Cf. p. haut, p. 17

2. Diaprés Tédition plus curieuse et luxueuse qu'exacte de Tross, Paris, 1871.

tion de de dans à moins d'être fou; c'est le de qui, en ancien français, amène le complément du comparatif qui n'était pas toujours, dans ce cas, comme aujourd'hui, un nom de nombre.

Je n'ai point Tintention d'épuiser ici tout le chapitre de de suivi d'un infinitif. Je ferai toutefois observer qu'à mon avis toutes les questions qui offrent le plus de difRcultés pour quiconque veut aller au fond des choses, je les ai résolues en ce qu'elles ont d'essentiel, ou du moins j'ai fourni les éléments nécessaires pour les résoudre facilement.

Avant de terminer, et bien que j'aie déjà abusé de la patience du lecteur, je voudrais attirer son attention sur un autre emploi en ancien français delà préposition c/e, lequel, à ce que je crois, a un certain rapport, tout lointain qu'il est, avec les précédents. Cet emploi consiste en ce que, semble-t-il, des expressions servant à inviter à voir ou à écouter, lesquelles peuvent se présenter sous forme d'interrogation, sont suivies parfois, au lieu du simple accusatif pour désigner l'objet de l'action, du cas oblique précédé de de; par ex :

Voiz du papelarf, du béguin (Ruteb., 1, 312); As tu vêu de celé pie? Ne me lait mener drûerie (SSag., 3130) ; avez vé'u de ces ribaus? (Joinv., 158 c) ; oies de recréant I[ Gh. cygne, 172) ; Oez del (var. de) felun (Reimpr., I, 10) ; Seignor^ ce dit Rainberge, vez de mon filz; Il vaincra encor molt de poignëiz (Barb. et M., IV, 222, 172) ; Vois, f et il, du larron prové! Le cuide il vers nos tensser? (ibid., IV, 240, 230); Voiiés^ dame, de chel enfant! Con le voi biel et avenant (Rich., 713); Vois, li quens dist^,... De cel truant, de cel faus moigne, Qui tant me fait honte et ver-

1. Ebcling, dans Auberee 1H3, a montré qu'un pareil ordre des mots se rencontre fré((uemment pour la proposition principale incise du discours direct.

de INTRODUISANT UN SUJET LOGIQUE 21

gogne (Eust. Moine, 768) ; Veiz del coc, qui au matinveille^ Et tu dorz (Chast. Prol., 221); Or esgardeiz de Vhome et de sa grant folie, Ki celui siut qû*il set tôt plain de félonie (Poème n^or., 135 a); Vez de Raoul, corn il ma justicié, (RCambr., 3042) ; Oresgardez del trâitor Quel menchogne dist son seignor (Joufr., 227); Vez de Guillaume.,. il a or son droit seignor mené (Nymes, 799) ; Esgardés de ces ruescon sontporprisses (Aiol,2466) (ib. 4454); or regardez de ma pelice... quelle elle est attournee {Ménsig., 1,161)*; Escoute de ceste anémie, Fet Symons, quele a respondu (Barb. et M., III, 391, 356) ; Oiez, fet li rois, del deable, Quil (1. Qui) ne sera ja chastoiez (ibid., III, 207, 84) ; Oiez, dist il, dou trâitor [\ï}\A., 461, 111) ; députe (1. de pute) orse. Qui lo prevoire si amorse (Méon, I, 44, 216) ; Ois de fil a putain bedel ? (Eust. Moine, 530) ; oiez de ce ribaut (Trouv. Belg., I, 262,599 2).

La nature de cette construction ne me semble pas tout à fait claire 3. Est-elle sous sa forme la plus pure dans l'exemple de Raoul de Cambrai, Vez de Raoul, com il m'a justicié? Faut-il admettre que dans toutes ces locutions le verbe exprimant Taction de voir ou d^entendre avait à Torigine pour complément une proposition d'interrogation indirecte dont le sujet aurait été joint à ce verbe comme complément circonstanciel amené par de, tandis que Tinterrogation indirecte se serait souvent sous-entendue * ?

i. Je lirais de même dans Gorm.,204 : Avez vêu de V (au lieu de de) aniecrist. Qui tuz nos homes nos ocist ?

2. Si Ton ajoute à ces exemples Bon, en voici déjà de deux isc. mensonges) en même jour (Corn., suite du Ment., II, 7), on jette quelque lumière sur la locution moderne et d'une! et de deuxllAiiré, à Tarticle de E, 12 (à la fin) et Sachs à Tarticle de \, 15, citent la locution sans l'expliquer.

Page 1