Ibid., II
Je m^étais donc cru autorisé ii penser que cet emploi était généralement admis pour l'ancien français ^, quand Gaston Paris exprima de Tétonnement de me voir persister à expliquer faites moi escouter par escoutez moi ^ ; il m'eng^ageait à relire les passages où j'avais trouvé cette expression; j'y verrais, pensait-il, que ces paroles sont toujours prononcées dans une assemblée et qu'elles ont pour but de deijiander qu'on fasse faire silence ; le sens à leur attribuer ne serait donc pas « écoutez-moi », mais « faites que l'assemblée garde le silence, m'écoute ou puisse m'écouter ».
Mais l'interprétation que j'ai donnée à deux reprises, et que Diez a acceptée, ne s'applique pas seulement à la périphrase , fréquente en ancien français, /ai, faites moi escouter, oïr, entendre^ pour les impératifs de escouter, oîr, entendre ; elle embrasse l'emploi plus général de faire, suivi de n'importe quel infinitif^ comme périphrase du verbe à un mode personnel. Et c'est tout d'abord l'emploi plus général de cette périphrase que je maintiens toujours.
Si l'on n'admet pas cet emploi plus général, comment expliquera-t-on des passages comme Devers senestre cola li brans d^acier, Tout son escu li fait jus reoingnier (RCambr., 2922) ; Soz le genoil li fait le pie tranchier^ (ibid., 2924); De mun dos fis ma cote treire, Lui la donai (SGile, 182)^; li reis Henris,.. Vus requiert et deprie [le Pape]...QMC dous tels cardunals li facez enveier Qui bien puissent par tôt lïeï' et deslïer (SThom., 2213); Si sôef porte le danzel Com fait li lox porter Vaigniel (FI. u. Bl., p. 222)^; L'ardour qui la fait stimuler (Vieille, 27) ? Je ne reproduis pas ici les passages que j'ai cités autrefois.