Il est vrai que du Méril suggère sait au lieu de fait
faire, ^mw d'un infinitif 27
Admet-on que cette façon de parler, qui existe également dans Tancien anglais et dans le moyen haut-allemand ^, doit être reconnue comme ayant appartenu à Tancien français? On n*a rien alors à objecter à mon explication de faites moi escouter^ du moins au point de vue de la langue. D'autre part, peut-on m*opposer des raisons tirées du contexte? Je n'en vois aucune.
Il est vrai que, dans la plupart des exemples que je connais de cette locution, la personne à qui elle est adressée a autour d'elle des gens à ses ordres. On pourrait arguer que ces gens n'avaient pas besoin d'être invités d'une façon expresse au silence, pour qu'eux et leur seigneur pussent saisir les paroles d'un messager ou d'une personne quelconque qui se présentait dans rassemblée. Mais je ne songe point à invoquer cet argument en faveur de ma théorie. J'admets au contraire que cette prière de faire faire silence est très naturelle, et d'ailleurs elle est exprimée en termes précis et sans équivoque dans Fai ta gent escoutcr (Elie, 1522 et 2471 et dans Escoute moi, fai /a^en/^ere(Meraugis, 1283). Mais l'autre prière, celle que la personne qui veut parler adresserait à son interlocuteur pour lui demander d'écouter, serait-elle moins naturelle? C'est, à mon avis, celle qui se présente la première à l'esprit.
De plus, pour deux au moins des passages que j'avais cités^ et que j'ai examinés de plus près sur le conseil de Gaston Paris, mon explication me semble être la seule possible. Dans le premier (RMont., 355, 11), Renaut commence par les mots en question une conversation avec son père, et, selon toute vraisemblance, ce dialogue a lieu
1. Voir Lexer II, 1577. Elle n*est apparue que fort tard en latîo. Thielmann qui, dans Archiv f lat. Lex., III, a traité d'une façon si instructive Temploi de facere avec Tinfinitif, ne trouve point, pour un usage conforme à celui qui nous occupe, de traces antérieures aux Formulaires édités par Zeumer et aux Capitulaires de Charlemagne» p. 205.
sans témoins. Dans le second, qui est emprunté au même poème (356, 32), Aimon, qui a convoqué ses hommes, leur dit, quand ils entrent dans sa tente : Baron... ^ faites moi escouier. Ces mots ne peuvent signifier « faites qu'on m'écoute »> , mais seulement « écoutez-moi » ; le « faites qu*on m^entende » eût été rendu par faites con m'oie.
Ce qui m'importe, c'est qu'on admette l'existence en ancien français d'une périphrase par l'infinitif avec faire. Gaston Paris ne l'a pas contestée. Il a seulement contesté, — mais ses arguments ont-ils été suffisants ? — le droit d'admettre la présence de cette périphrase dans un cas spécial qui avait pu prêter à la discussion. Puis-je espérer l'avoir convaincu, lui et d'autres avec lui ?
Cet espoir ne s'est pas encore réalisé ; car depuis qu'ont paru pour la première fois ces lignes, en 1877, Gaston Pans a déclaré * qu'il maintenait son explication de faites moi escou ter, et qu'il n'admettait même qu'avec des réserves ma théorie de la périphrase, se proposant de revenir sur ce sujet ailleurs.
Dans la prévision que cet espoir finira par se réaliser, j'ajoute ici certains autres exemples que j'ai recueillis, moins pour corroborer ma théorie que pour convaincre mon contradicteur acharné: jour y ueiPrendreicjeo cest painde tei ?... Fai a tun uès le painguarder [le chien s'adressant au voleur] (MFce,Fa., 20, 10) ; Ses [du chevalier] grans proueces li [à la dame] font son cuer embler (Mitth., 40, 14); Tu [on s'adresse à la Mort] fais les rois descoroner, Vesques, abés despersoner (VdlMort, 5, 4) ; Ne soi (présent) quant me rendras chen que fai fet prester [le coup que je t'ai donné] (Gaufr., 106); Adont font un sentier maintenant traverser [deux chevaliers voyageant de concert] (ibid., 115); Par la chité Barbcla pris a chevauchier, Ne treuve nul paien...