‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 40 sur 169 · D'après une collation du manuscrit faite par Foerster · texte numérisé non relu

D'après une collation du manuscrit faite par Foerster

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cors deu le maldie (Rom. u. Past. II, 9, 12 ; ibid. II, 11, 20) ; Dieu reclama et le cors saint Martin (Mittheil. 201, 4); plëust ore au vrai cors rfe (Barb. et. M. III, 474, 71); se Jhesus n'en pense et li cors saint Denise (BComm. 3785) ^

Il faut ajouter qu'à côté de cors^ on rencontre assez souvent, bien que plus rarement, plusieurs autres mots dans un pareil emploi. Ce sont notamment :

persone : .4^ armes keurent tost^ chascunspour sa personne (BComm. 204) ; Dame des cieulx^ cinc mille fois Vous loe et gracie et mercy De tant que vous vous estes cy A ma personne demonstree (Mir. ND I 33) ; en ma piersonne Ai je porté maint jour couronne En Carsidoine la chyté (Rich. 2813) ; en vo piersonne Aideras vous Aubri le ber? (ibid., 3992);

char : A fin que ma char soit de par luy conseillie (Haimonsk. dans Ferabr. [Bekker] 821) ; La chars ton père por la toie iert délivre (Jourd. Bl. 648) ; La toie chars par la soie est sauvée (ibid. 936) ; esgardez entre vos, si chars de nengun homme soffrit si grant dolor.,, cum fait li cors de mei (Serm. poitr 79) ; nest celé char d'omme en cest seclc qui si grant angoisse poguist soffrir (ibid. 79) ; Et la char du bon roy ont forment regretee (HCap, 203) ; S'arez le car de moy de tous poins confortée (ibid., 212); Or nest il honsvivans,,. Qui point ëuist connu se char ne avisée (\hià. 214); Mais tout droit a Sebourc fu ma char alevee (BSeb. XXIV, 1 108) ; Liés sui que j'ai trouvé sa char si treshardie (ibid. XXV, 95i); De bon sanc fu sa chars norrie (Watr. 224, 798) ; pour la sainte char dieu (Barb. et

1. Chose remarquable, il n'est pas rare de rencontrer la périphrase formée de cors et d'un adjectif possessif adjointe à une désignation de personnes qui est déjà d'elle-même tout à fait suffisante: Ne fuat li senescax ses cors (Ille, 2009) ; Q uens Aymé ris ses cors les ch&dela (ViAym. 782); XMirabiel.., U la raine estait ses cors ^Mousk. 20601) ;yot/ mes cors i serai aprestés (^HBord. 111); Il mêismes ses cors est maintenant montez tGuj d, Bourg. 44\

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M., I, 83, 36); Por /a c/iarrfieii (Mont. Fabl., IV, 117); Par la char dieu (Rose, 1 631 7) ) i ;

chief : Vostrejanz cors et vostre chiés,.. Ait joie et [grant] buene avanture (Gh. lyon 2382); Par le f oit que jou doi vostre bel cief (Aiol, 222) ; bien ait vos des (ibid. 2637) ; mal ait ses dés (ibid., 2899) ; Dieus garisse ton cie/* (Elie, 1335); onze chefs de princes estoient demeurés sur la place (Froiss. dans Littré à Tarticle chef) ^,

membres : S* en la merci le roi vos membres ne metés (RMont.236, 6)3;

jovente n'est, à ma connaissance, employé comme les précédents que dans Baudouin de Sebourc et HCapet, deux poèmes qui, outre beaucoup d'autres traits communs, présentent, presque sans exception, les mêmes particularités lexicologiques : li a telle donnée Que des archons li a sa jouvente eslevee (BSeb.,XX, 77); Lajouventedu dus{\. duc) a au conte livrée (XX, 86) ; Ja li roys ne veura (c.-à-d. verra) ma jouvente jolie. S* il ne me voit armés (1. armé) pour lui lollir la vie (XX, 773); La jouvente duroy onttost ensevelie (XXIII, 886); On ne se poet warder de sa (du diable !) fausse jouvente (XXIV, 930); Ou pallais est montez^ le chiere hault ellevee; De maint baron avoit se jouvente adestree (HCap. 32); DTatouchiez ce vassal, jel prenderay en vie. Et a Fedry sera se jouvente baillie (ibid. 74) *.

i. Voir maintenant aussi Scheler dans Bast., note du v. 677.

2. Voir aussi le Glossaire de Froissart de Scheler, et Ebering dans Zeilschr, f r. Ph., V, 375.

3. Membre au singulier n'est pas à compter parmi ces périphrases, comme dans : Mon bon neveu, le hardi combalant.,. Le plus fort membre qui m'aloit souztenant (Roncev. CCCXXXI).

4. Il faut bien se garder de confondre avec les passages que nous venons de citer» ceux où en français moderne jouvente se rendrait par jeune personne j ou ceux où il se rendrait par corps ; AmiRollanz, prozdoem, juvente bêle (Ch. Roi. 2916) ; Biaus flus, douce jovente franche (Barb. et M. III, 146, o5t); En former si bêle jovente Avoit

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non aussi sert dans BSebourc à désigner périphrastiquement une personne: Maugré le vostre non (c.-à-d. malgré vous) en aihuidu melliour (XVIII, .379); du conte d'Ango se vient plaindre a ton non (XXIV, 37) ; Tu me poès bien

isc. Nature) mis trestoute sa cure (ib., IV, 187, 10) ; Car par toi i a mort mainte bêle jourente (BComm., 1363) ; Tanle belle jouvente i gisi ensanglentee (BSeb., IV, 90); Biaus dous amis, bêle jovente (Amad. 5009, ibid., 3491, 5070); d'autre part: Biau corSy biau vis oui et belle Jovente (Rom. u. Past., III, 45,43); a une jouvente tellement compassée Que je croy que nature n^y a riens oubliée (IlCap. 127) ; ot regart de lyon, jouvente bien taillie (BSeb., XVIII, 318); Je vous pri que chascuns ait le jovente armée (ib., XXIV, 263) ; Ot d'armes de paiens sa jouvente vestie (ib., XXV, 1004) ; De kainnes et de(s) cordes et de bule ferrée Ai^oit chascuns des trois le jouvente acouplee (ibid., XIII, 407).

façon, accompagné d'un adjectif, sert aussi à s'adresser h une personne :^{e ne puis, gentc façon, A riens entendre s*a vos non (Troie 15095); Dous amis ciers, gente façon (Amad. 4931), soit que ce mot ait au fond le sens de « taille », soit qu'il ait celui de « visage » ; ce dernier sens, il Ta eu effectivement, et il Ta dû sans doute à sa ressemblance trompeuse di\ec face.

De la mêmefaçon, char et cuer servent d'appellatifs de tendresse: Biau tresdouzfiz, bêle char tendre(ï{ose 13942) ;i)t moi, di moi, biau(s) tresdouz cuers^ Comment de mer ies issus fuers ? (GCoins. 609, 132 ; Biaus tresdous cuers, bêle jovente (\maâ, 5070); Renart le prant a apaier, Si li a dit: filz, cuers de roi,.., (Ren. 20503; Mart. XII, 13) ; Moult estes vaillanz, biauz cuers dous {Barb. et M. III, 105, 267); biau fin cuer dos, Je sui ça venuz por vos, \'en soiez iree tRom u. Past., III, 3, 12).

Le sens de ruer doit être tout autre dans Claris, si le poète a réellement écrit : Boys Tallas, mes cuers vous desfie, v. 18937, et en termes presque identiques 10385, 12860, et encore : Parle cuer dieu, mar en parlastes, v. 23200. Je serais d'ailleurs porté à accepter la leçon de ce dernier passage, car rien n'est moins rare que les serments faits sur une des parties du corps de Dieu ; comp. : Donc jure le cuer et le cors Celui qui tôt le mont cria (RCharr. 6740) ; par la boche deu (Guil. Maréch. 6655) ;par les jambes deu (ibid. dans Rom. XI, 62) ; /ure La saintismeciervieledé{ï{en. SouY . 1723) ;v. aussi p. ex.Tôlle, Das Bet«uern und Beschwôren, Erlangen 1883, p. 10.

On doit lire cors au lieu de cor dans por diu cor iRViol. 103). Alton tient pour assuré qu'on aurait aussi employé cuer en simple périphrase ; v. sa note à Marque 28 d 5.

ii MÉLANGES DE GRAMMAIRE FRANÇAISE

de/faire^ quant tes noms m$ créa (XII, 169). Par suite, il faut considérer Texpression, qu'on rencontre partout, Dieu et son nom ou dieu et ses nomSy comme une tautologie servant à désigner d'une façon plus expressive TÊtre unique.

afaire : Oci{s) moi cet garchon, moult par haç son affaire (Gh. cygne, 59) ; Vamperieres lez lui Vasiet^ Que ses afaires molt li siet (GCoins., dans Zeitschr. f. r, Ph, VI, I, 162) ; Veez t)ous rien en mon a/faire Qui vous messie ne desplaise ? (GCoins. 446, 118) ; Et dant Renart qui deus boutons Ne donroit pas en son (de Primant) afere (Ren. 4291) [n'est pas dans Martin] ; Et petit prise son affaire^ S'il ne li puet de Vannui faire (ibid. V, 268) ; se le connoissiezy Son afaire moult priseriez (Cleom. 10296).

fait: Et de la rôine ausement Liproia il moult simplement Que il Vounourast com celi Qui (= Cui) tousjors ses fais abieli (Mousk. 23752) ; Li biaus Escanors Va si fait Que nuz ne se prent a son fait (Escan. 20430); Mon fait serait fort a reprendre^ S^aulx dieux je ne vous commandoye (Mist. d. SAdrien, 2574). Plus souvent, ce mot désigne périphrastiquement des choses: fay du fet d'amour trop ouvré en ni enfance (HCap. 18); a aéomplir par fait d'oevre ce qu^il havoient ja pieça porté en lour pansser (Leg. Gir. 75), etc. L'ancien italien, lui aussi, emploie faitoei fatti pour désigner périphrastiquement des personnes: troppo ci è di lungi a fatti miei = troppo lontanoper me (Decam. VIII, 3 p. 202 Fanf.)^.

Et maintenant, dans quel chapitre de la grammaire doit être étudié cet emploi? Il ne peut certainement Têtre dans celui du pronom personnel ; car précisément il s'agit ici de cas où le -pronom personnel n'est pas employé, et, dans quelques-uns de ces cas. le pronom personnel ne pourrait

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