‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 41 sur 169 · V. aussi Manuzzi à fatto, XXVI et XXVII · texte numérisé non relu

V. aussi Manuzzi à fatto, XXVI et XXVII

EMPLOI PÉRIPIIRASTIQCE DE COrS 45

trouver place, même si Ton renonçait à la périphrase. La syntaxe, d'ailleurs, n*a à s'occuper de cette périphrase qu'au point de vue de Fidéede possession conçue dans un sens plus large et exprimée par les moyens ordinaires^ c'est-à-dire par le cas oblique avec valeur possessive ou par un adjectif possessif. C'est plutôt à la rhétorique, dans le chapitre des figures, qu'il revient de rendre compte de ce procédé de langage, et elle a à l'étudier dans telle ou telle de ses Subdivisions, suivant que telle ou telle espèce de mots a servi à former la périphrase. D'autre part, c'est affaire au dictionnaire de signaler cet emploi particulier pour chacun de ces mots.

A mon avis, ce procédé de langage me parait avoir eu pour force ou valeur propre celle de distinguer la personne en question d'autres personnes de la même espèce, avec plus d'intensité que ne l'aurait Fait la désignation directe de cette personne. Car la périphrase fait particulièrement ressortir ce qui doit différencier un individu ou un groupe d'individus de l'ensemble de l'espèce. Je n'affirme pas toutefois qu'on ait toujours eu conscience de la force particulière de ce procédé d'expression.

Participe présent à sens dégénéré. — Gérondif

avec fonction d'infinitif.

Les ouvrages un peu détaillés sur la grammaire du français moderne ne manquent pas de mentionner le fait que, dans certaines locutions consacrées, divers participes présents montrent soit un sens passif, soit du moins une signification qui ne correspond pas au sens primitif de cette forme verbale. C'est le cas où ces participes ne servent pas à qualifier Fauteur de Taction, mais celui qui la subit. Hôlder, 67, et JuUien, I, 263 b, citent ville passante, ville par laquelle on passe; noble parure, pas trop voyante ; d'une élégance trop voyante, pour emprunter au style figuré des modistes et des couturières cet (sic!) hypallage qui leur sert à désigner tout objet ou toute couleur qui attire Vœil (Th. Gautier, Trio de romans, 3); séance tenante, pendant que la séance est tenue; argent comptant, argent qu'on peut compter, par opposition à l'argent sur traite ou légué par écrit ; carte payante, note qui indique que l'on a à payer; école, réunion payante, dont on a à payer l'entrée ; prix coûtant, le prix de vente qui est identique au prix de fabrication.

L'emploi n'est pas tout à fait le même dans personne bien portante et dans les expressions citées par Màtzner (Synt., I, 354, Gramm., § 154, g) : à jour ouvrant, à porte ouvrante, à jour fermant, à portes fermantes. Ici, comme il arrivait couramment en ancien français, le participe présent a la signification qui n'appartient

au verbe à un mode personnel que s'il est accompagné d*un pronom réfléchi. C'est là un point sur lequel nous comptons revenir une autre fois. De même, nous aurons encore à parler de cette particularité qu*en ancien français le participe et le gérondif ne tolèrent, pas plus que Tinfinitif, devant eux un pronom atone.

Pour le moment donc, nous laissons toutes ces questions de côté. Ainsi, vu Temploi de se lier, dans le sens de « prendre de la consistance » et l'emploi ordinaire de 8^ adresser y je ne veux pas parler ici de liant, ni de lettres patentes adressantes au parlement. D'autre part, bien que Ton dise cela se voit, la séance se tient, l'argent se compte, je ne veux pas exclure de mou examen les participes voyant, tenant, comptant, parce qu'ici le verbe réiiéchi a un sens passif.

Aussi bien faut-il ranger parmi les expressions dont nous sommes partis chemin bien roulant, où on roule bien ; chemin tirant, dans le même sens ou à peu près; café chantant, morceau concertant, composition chantante, composition mélodieuse, et autres semblables. Marais salant, puits salant sont plus diilicilement rattachables à ce groupe.

Lallemand, lui aussi, connaît un emploi analogue du participe présent, et ceux d'entre les grammairiens qui s^eiforcent d*agir sur la langue courante, le condamnent au nom du bon usage, mais sans trop de succès ; 1 effort de 1 école à cet égard est continuellement paralysé par le langage des chancelleries *, et il semble qu on ait déjà renoncé à lutter contre « betrelfend »> dans le sens de « was betroffen wird ». En anglais aussi, le participe présent offre la même variété de signification ; mais la chose n'y est pas si

1. On se souvient que, chez Hebel, rofGcier, dans le plus pur allemand des hommes de loi, engage à THébreu useinen bei sicb habendea Reitgaul, den Fuchs » [sa monture, l'alezan, ayant avec lui].

apparente, vu l'identité de forme qu'ont dans cette langue le substantif verbal et le participe invariable. Quant aux emplois de la langue latine qu'on serait tenté de rapprocher de cet usage * , il ne s*y agit au fond que de l'emploi du participe à forme active, mais avec signification moyenne, et, par conséquent, c'est une chose tout autre que celle qui nous occupe ici.

Quand on suit pas à pas, de période en période, dans rhistoire d'une langue, les changements de fonction subis par telle ou telle forme de flexion, on constate ordinairement que Tancienne période n'admet l'emploi de ces formes qu'avec leurs fonctions primitives. Dans notre cas, il n'en est pas ainsi pour le français et pour l'allemand, où, de bonne heure, le participe présent a été d'un emploi très libre. Grimm Ta montré ^ par des exemples nombreux, et il explique ce fait par l'insuffisance, en allemand comme en roman, des deux formes participiales qu'on avait à sa disposition, celle du passif ayant à la rigueur en même temps le sens d'un prétérit, et l'autre, celle du présent, n'appartenant qu'à la voix active.

Il n'a été entrepris, à ma connaissance, aucune recherche sur cet emploi du participe présent en ancien français. Toutefois, N. de Wailly a du moins effleuré la question ^ Mais, d'après ses conclusions, conoissant^ confant, paiani, dans les expressions faire conoissant^ faire savoir, deniers contans^ paians^ de l'argent qu'on peut compter, doivent être considérés comme les équivalents des participes futurs passifs en -endus et -andus du latin ; et, avec ce savant, Scheler, dans son glossaire de Froissart, identifie rescribent avec rescribendum.

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