V. Matzner, Syntax I, 227, Gramm
2. Scheler met ici en note, et à tort, ce me semble, que mie de Gaudefroi « équivaut à notre pa< de Gaudefroi n.
sif ; el, qu'il s agisse de personnes ou de choses, peu importe ! P. ex. : Ne pot mie veoir del povre za ne la (Poème mor., 533 d) ; // nen a mie mort de Vencrieme félon (Aiol, 9004) ; de Venfant mie ne troeve (Guil. d*A., 867, var.). Li chevaliers nan manra mie De la dame^ se deus me saut (Erec, 2817); Li rois fu mornes et pensis, Quant il vit si granl baronie Et de son neveu ne vit mie (Perc., 10589); Qant de sa famé ne voit mie, Cuide k'ele s'en soit foie (Dolop., 177) ; // namoit point del damoisel (var. le damoisel) (ibid., 250); De son seignor ne conut mie Por le grant mal qui Vot saisie (Barb. et M. III, 233, 1 15) ; Del moigne mie ne trouva [Eust. Moine, 1587); Et Trôylusnaientni lesse Del buen destrier^ anceis l'en même (Troie, 21162); Mais de s'espee ne volt mie guerpir (Ch. Roi., 465); // ne peut de sa tanche mie ravoir (Aiol, 3163); De celé teste n'en porteras tu mie (Nymes, 1431); Sire Fromont, a voz iladesé? — OiU seignor ; je nai mie dou nés (Jourd. BL, 1030) *; Car de son glave n'avoit point, Mais s'espee tint par le pont (Veng. Rag., 3316) *; Quant Thiebaus voit que de son bras na mie (Gayd., 53) * ; De mon non ne savroiz vos point (RGharr., 2019)^.
D'une façon correspondante étaient employés de cui, dont, en, avec des termes désignant un minimum de quantité dans une proposition négative, et aussi dans le cas où il s'agit d*une personne ou d'une chose qui, comme compléments d'un verbe, ne pouvant être conçues que dans leur tout indivisible, et non pas dans une très petite partie de ce tout, du moins d'après notre manière de parler actuelle, ne peuvent également être conçues éliminées que dans leur totalité : jure qu'il nan {de la pucele) randra point (RCharr., 1727) ; N'en [de l'ange) pot mie veoir, mais dire li
i. Dans cet exemplo, toutefois, il pourrait être question d'un très petit reste.
2. Voir aussi les deux exemples cités sans remarque spéciale par Dioz IIP 149(136).
MOTS DÉSIGNANT LE MINIMUM d'uXE QUANTITÉ 71
ôii Ke... (Poème mor., 393c); cui li cuers moult gramie Por Engerran son fil, de qui il n^avoit mie (Jerus., 8599); En son cucr est dolante et correcie Por son seignor^ dont ele ne voit mie (Rom. u. Pasl., I, 3, 19); Je nen vueil mie (Je ne désire pas le cheval Blanchart), s'il est sus vostre pois (Mitth., 121, 30); mener en voellent s' amie. Il leur cria : nen menrés mie (Jeh. et Bl., 4306) ; Vers sa famé se radreça. Qui en la corbeille ert versée. Malement Vëust confessée, Ne fust SymoiiSj qui li escrie : Fui toi, musart, n'en tue mie (Barb. et M., III, 390, 332) ; Commande lui sans nul essoigne Que li rende Wistasce le moigne. Dist li fevres : je nen ai mie (Eust. Moine, 1522); descendes jus Dou bon cheval, nen menrés plus (ibid., 1241); li eschaciers point nen ainme (c.-à.-d. point n ainme le damoisel) (Dolop., 253; de même 261) ; Asez fu (Bisclavret) quis e demandez ; Mes n^en porent mie trover (MFce B 131); Nen (1. N'en) ochirrons mie, par foy, Ains le menrons devant le roy (JBodel dans Th. frç. au m. â.^ 176); Et quant sa dame Va vëue (la servante qui devait aller chercher la cuve, mais qui revient sans elle), Quest ce, fet el, tu n'en as mie? (Barb. et M. III, 94, 101. En disant plus haut que Temploi qui nous occupe, avait été mentionné ailleurs, je pensais à bon nombre d*endroits où en parle A. Scheler, par ex. à sa courte note sur ce passage de Baudouin de Condé : Si com cil qui aucune rien Quiert.., Et bien set, n'en trouvera mie, (351, 2385) ; à une autre plus explicite sur ce passage de Jean de Condé : point nen eust Mise (1, 7, 196), et qui renvoie à un passage du même auteur, remarquable à cause de l'omission du terme quantitatif : tel mil ^qui n'en virent onques, En dïent mal (146, 29); à une troisième, plus ou moins analogue à la précédente, du compte rendu de Tédition du Cleomades donnée par Van Hasselt, à propos du v. 9276, (Jahrbuch, VII, 348) ; enfin dans les notes sur Berte, 2485 et Enf . Og. 295. On y trouvera quelques autres exemples de Tem-
ploi en question. Pour moi, mon but était de grouper dans un certain ordre un nombre assez grand d*exemples provenant de sources aussi diverses que possible, et surtout d'indiquer — Scheler a omis de le faire — ce qui caractérise cet emploi que la langue actuelle a abandonné.
D'ailleurs Ta-t-elle abandonné tout à fait? Ne pas vouloir de... est, à ce que je vois, la seule expression du français moderne qu'on puisse rapprocher de ces anciennes tournures dont nous venons de parler, et uniquement, bien entendu, lorsqu'elle est liée à un complément voulu ou exclu dans sa totalité : Je ne veux point (Tun trône où je sois leur captive, V. Littré vouloir 8. Ce rapprochement n'est pas contredit par le fait que vouloir de s'emploie aussi sans négation; cette construction, qui ne se justifie que par la présence d'une de ces particules explétives de la négation, peut, par abus, avoir élargi son domaine.
C'est à tort, à mon avis, que Scheler, à propos de Berte 2485, a rappelé que Ton pourrait dire encore aujourd'hui : ils nont pas trouvé de Berthe *. Si je comprends bien cette expression, le mot Berthe y est employé avec l'acception d*un nom commun, comme dans l'allemand « keine Bertha » ; le sens qu'elle évoque est, non pas seulement qu'on n'a pas trouvé Berthe, la personne dont, au fond, il est seulement question, mais qu'on n'a trouvé aucune personne qui ait été Berthe. Ce sens ne peut s'appliquer aux exemples de l'ancien français cités plus haut, où Ton pense exclusivement à un seul individu déterminé^.
1. Cf. Brindeau n'est pas rentré^ mais il a promis d'être à la maison à cinq heures. Nous restons jusqu'à six heures... et pas de Brindeau, (Journ. des Goncourt, 1,8).
2. Depuis la publication de cette étude, le sujet a été repris par Perle dans la Zeitschr. f. r. Ph., II, 409 ; Schlennner, Uber den adnominalen Gebrauch der Prëposition de im Afz., Halle 1881, p. 46; Clairin, Du génitif latin et de la préposition de, Paris, 1880, p. 224; c*est ce dernier qui s'est le plus facilité la tâche.
Que unissant une proposition à une expression adverbiale d'assurance, d'adjuration, de supposition, d'affirmation, de négation, ou à une interjection.
Et vraiement qu'ensi estoit (RCcy, 449). Ce vers et quelques autres passages de même nature sont, comme exemples de Tancien français, à mettre sur le même rang qu'une construction du français moderne dont il est question dans Mâtzner* et que nous montre l'exemple Apparemment que je fais exception à la règle (Augier, Ceinture dorée, I, 11). Dans cette construction, une proposition dépendante, introduite par que^ se joint à une proposition principale incomplète, manquant de verbe : Certes que trestot çou fait ai (FI. u. Bl., 2826); Certes que mon père redote (radote) (Chast., XXVII, 46); sans quidier Que vostre cors et vo diestrier Devroit tous li mons aourer (Perc, 34030) ; par ma foi Que je soi bien que vos pensés, (ibid., 8061) \ Par Mahoumet... Kainc en ma vie la trayson ne soi (Enf. Og., 3081) ; Par tos les sains qe je voi si couchiés^.., O'a droit mesui del cors Raoul vengiés (RCambr., 4958) ; Par cel seignor qui me fist né^ Que fen ai dit la vérité (Ren., 6784; Or t'en "ai dans Martin, IV, 292); Se dex m'âit^que tout ainsiz fu il (Am. et Am., 1424); Par dieu..., Primauté que ne me gabez mie (Ren., 40S3) ; Dame, pour dieUy qu'il m'en soit dite Veritez (Watr., 236, 886); si tost que pourrez mettre A terre sèche ceste femme^