MOT IXTEKROGATIF — INTERROGATION DIRECTE
Dlez croit que cette construction sert à « mettre en relief » ce qui fait « lobjet de l'interrogation ». Cela ne semble pas exact, du moins si « mettre en relief » signifie, dans son intention, « mettre en opposition avec autre chose )>. Selon moi, cette forme donnée à la pensée n'a d'autre signification que de circonscrire de la façon la plus heureuse la matière propre de l'interrogation, en face des données qui sont, pour les deux interlocuteurs, l'objet d'une connaissance commune. Ce qui est placé au commencement de la proposition est, dans l'esprit de celui qui fait la question, ce qui est le point de départ de la pensée interrogative,' et la question elle-même ne commence qu*au mot interrogatif, ou, à son défaut, au verbe. Aussi la réponse n'aura-t-elle pas besoin, en général, de reproduire le début de la phrase interrogative, puisque ce qui est le point de départ de la pensée interrogative subaiste pour la réponse.
Ce qu'est? on le voit par ce qui précède, s'explique facilement. — Plus remarquable et plus difficile à interpréter est la construction que c'est? Par ex. : fols! que c'est qe tu dis? (Og. Dan., 11316); Et çou que est qu'il ont vestu? — Ce sunt hauberc maillié menu, — Que c'est que a lor cols lor pent ? — Escu et larges ensement (Blancand., 81) ; Dist Gaselins : Oncles, que ce sera ? (Mitth. , 13^23) ; Qant Brichemer voit qu'il sesloingne, Renart, fait ilj que ce puet estre? (Ren., 9125 ; autre leçon dans Martin V*, 1143) ; Eslonezfu, mesque ce t;aM^?(ibid., 27241 ; autre leçon dans Martin XI, 2871); et ke ce fu ore Ke mon salu ne me rendistes, Et por k'ensi me respondistes, Ki ne me senc mes fait de rien? (Ch. II esp., 2792); Que chou est donc? — ch'estli co/ee (Barb. et M.,I, 69, 251); Li preudom dist : cornent ce vait? Tu me faiz mal por mon bien fait I (ibid., 11,74, 11) ; Que vous avés? dites le moi (CPoit., 12.); fr. mod. : à quoi ra sert? Puisqu'on a déjà une route ^Zola, Terre, lo6).
Faut-il croire que, pour ces sujets atones qu^ offrent tous ces exemples, la règle de Finversion dans l'interrogation directe ait admis une exception? Non, on a plutôt affaire ici à la forme de l'interrogation indirecte, laquelle, dans d'autres langues aussi bien, se rencontre isolée, sans s'appuyer sur un verbe interrogatif exprimé ou sur une tournure quelconque qui demande une réponse. A la question directe se serait ainsi substituée une exclamation exprimant l'étonnement, telle qu'en allemand was dos sein mag? wie das zugehen mag? waa ihr nur haben môgt?
Le français moderne met, à vrai dire, dans ce cas, ce que à la place de que [ce que c'est que de nous!); mais l'ancien français, comme on sait, employait que dans l'interrogation directe aussi bien que dans l'interrogation indirecte. Ceux qui aiment à parler de mots sousentendus diraient qu'il faut ajouter par la pensée, en tête des propositions interrogatives dont il s'agit ici : « Je voudrais bien savoir, — qu'on me dise, — puis-je demander? » ou quelque chose d'analogue ^
Pour terminer, voici encore un autre exemple, où c'est le régime qui occupe la place qui lui est assignée dans l'interrogation indirecte : Sire, qui che a faitpor le cors saint Simon? (God. Bouill., 104).
1. Voir sur ces deux formes d'interrogation Tétude consciencieuse et judicieuse d'Alfred Schulze, Die Wortatellung im altfz, direklen Fragesatze, dans Herrigs Archiv, vol. 71, en particulier pp. 327 et 310, ou son livre Der altfranzôsische direkte Fragesatz, Leipzig, 1888, pp. 195, 197.
Le cas oblique, dans le sens d'un génitif possessif^ précédant le mot dont il est le régime.
En ancien français, ainsi que Diez la montré*, le cas oblique des noms de personnes^, employé avec la valeur d'un génitif possessif, pouvait se préposer au substantif dont il était le régime, et ce substantif était-il accompagné d'un article, le génitif s'intercalait entre l'article ^ et le substantif^. A cet égard, comme Ta dit avec raison Kriiger, cui imite ces génitifs possessifs^.
Qu'arrive-t-il maintenant, quand chacun des deux substantifs a droit à un article et que le génitif doit être préposé ? On s^attend b ce que, des deux substantifs, ce soit le substantif déterminé qui n'ait pas d'article, puisqu'il se montre