LE CAS OBLIQUE
(GRoss., 2735) ^, et le cuens palaisy si fréquent dans les poèmes de l'ancien français^ et qui est, selon toute apparence, la reproduction exacte du nom de dignité latin, d'un usage si courant, cornes palatii. Ce n'est point là assez pour ôter de sa solidité à la règle posée par Diez et faire admettre qu'il y ait un rapport de génitif entre iver et tens. Il vaut mieux expliquer cette locution en rendant ici à iver la valeur d'adjectif qu'il avait à l'origine ; iver tens correspondrait donc à hibernutn tempus, et non à hiberni tempus. Du jour où iver est devenu substantif, et que, par suite, on a dit tens d'iver à côté de iver tens^ on a été entraîné à dire esté tens à côté de tens d'esté^ étant donné aussi que les expressions printenSy novel tens étaient courantes .
Mais si Ton ne veut pas admettre cette explication, — et j'avoue que les locutions conservées en italien, notte tempo y di notte tempoj et cette autre plus ancienne, di nottetemporey parlent en faveur d'une interprétation différente, — on n'a pas pour cela le droit de voir dans la construction dont il est question un procédé archaïque du français, en tant que l'ancienne langue aurait primitivement fait entrer les noms de choses dans une construction qu'elle a plus tard restreinte aux noms de personnes. Il faudrait plutôt voir dans ces locutions des composés tout faits, transportés du latin, analogues à vendredi^ majordome^ l'anc. fr. finemont {finem mundi) et autres ^, que, pour des causes diverses, le français n'aurait point pu former avec ses propres moyens.
Je termine par une observation concernant Osthoff ^ et
1. Ce fu a un deluns prin ior semane, v. 3396 dans le manuscrit d'Oxford.
2. Darmesteter, For m, d, mots composés^ 1" éd., Paris, 1875, p. 46 sqq., 2« éd., 1894, p. 38 sqq. et p. 245.
3. Hermann OsthofiT, Dsts Verbum in der Nominalkomposition im Deutschen^ Griechisrhen^ Slavinchen und Romanischen^ Jena, 1878, pp. 236-322.
ceux qui; avec lui^ veulent que dans les composés comme garde-robe^ coupe-gorge, etc., le premier mot soit un substantif et le second un cas oblique avec la valeur d*un génitif. Ils n'ont point vu que les soi-disants génitifs de Tancien français n'étaient guère que des génitifs possessifs et, comme nous venons de l'établir, appartenaient seulement à des noms de personnes. Or, dans ces composés, on devrait avoir un génitif objectif et un génitif de noms de choses.
Cette théorie d'OsthoiT présente un autre point plus faible encore. Elle n'explique point, et ne peut le faire, comment le français aurait été amené, par méprise, à voir des impératifs dans ces substantifs qui, d'après Osthoff, auraient été le premier élément de ces composés, puisque, à l'en croire, il n'existait point de composés dans lesquels entrât un impératif. Et s*il en était ainsi, comment la langue, partant de cette erreur, se serait-elle enhardie à créer par analogie des composés avec des impératifs ? Ne faut-il pas qu'une chose soit pour qu'une (' fausse analogie »* la fasse influer sur la forme de choses soit existantes, soit en voie de création ? Il n'est guère probable qu'un peuple soit arrivé à voir dans des formations d'une espèce particulière, dont il possède un nombre considérable, des formations d'une autre espèce, qui n'auraient point encore existé.