MÉLANGES DE GRAMMAIKE FRANÇAISE
même nature que les autres que j*ai réunies dans ce chapitre, parce que le verbe se combine aussi à la voix active avec tel: Et li troi baron vont Contacte tel mener, Les pieches qu'il en font, ne pëust on conter (BSeb., XXII, 471) ; Ains ne vous poc mais tel mener Ne tant aco^ 1er ne basier.. Que... (Mont. Fabl., II, 41); comp. prov. Tal m' ave tt menât (Bartsch, Chrest*, 105, 13).
De même on trouve tel avec atorner: Tels les (ses domestiques) a la dame atornez Que toz les a trez a sa corde (Barb. et M., III^ 280, 235) yvous estes tels atornez Que toz les iex avez troublez (ibid., 259); Vermite a cil tel atome Que riens dire ne li osa [Méon, II, 221, 168) ; Ses vot li rois atorner teus K*il morusent en leur osteus (Mousk., 26781 ; Claris, 2198) ; Et que chascuns tens (1. teus) s'atornast que toz li maus a bien tornast (PMeyer, Notice sur deux manuscr. Clayette, 37, 3) ; — avec conreer : Lor escus ont tes conreés Que tous les ont desconreés (Perc, 13199 ; ibid., 2471 ) ; teux les conrea (Mousk., 3217); — avec ordener: Teus fu li consaus ordenés {ibid,, 28090).
tôt. Je suis toujours d^avis que, chaque fois que ce mot retombe sur un adjectif ou sur le prédicat avec le sens de « entièrement », il est adjectif et s*accorde avec le sujet ou le régime ; cela a lieu dans tous les cas, soit que ^oii/ précède Tadjectif comme dans s'en va tous aprestés (Enf. Og., 130)', soit que le verbe l'en sépare comme dans ^o^e en sui dolente (Alex., 91d), soit que seul, il se rattache au verbe comme dans Mes de ce se mervoille tote (Ch. lyon, 2910) ; Li ciels s'esbôit touz du grant vantelement D'ensoignes, de bannières et du fier briïement (Gir. Ross., 161). J'en reste là-dessus
1. Comp. FI. u. Bl., 17, où Du Mcnil justifie mal son écart de tous les manuscrits.
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à ce que j*avais déjà dit ailleurs ^ : du moment que nous reconstituons dans TAlexis Tancienne flexion nominale, telle que nous croyons qu*ellea été, nous ne pouvons accepter des leçons comme iot est mudez, tôt s'en vait déclinant, tôt sui en/erms, etd*autres analogues*.
Mais si tôt, désignant le degré, se joint à un adverbe ou à une expression prépositionnelle, comme dans tôt dreit a Rome ; g'irai tout devant ; Tôt en poignant sa mace a destrossee; tôt sans rnentir, et d'autres analogues, il va sans dire qu'il est adverbe ou neutre''.
11 en est de même quand, suivi d*un subjonctif, il introduit une proposition concessive : tout ait diex faites les choses, Au mains ne fist il pas le non (Rose, 7829j ; Tout en trouvast on la granz masses (GGui., II, 9228). Cependant, dans ce cas, on trouve aussi l'adjectif, quand le prédicat est exprimé par estre avec un adjectif : Tous
\, GôlL Gel. Anz., iSn, p. 896.
2. Mon objection a peu agi sur Tô^iteur de T Alexis. Bien que, dans la réimpression de 1885, il mette Tozest mudez 1 d, comme je Tavais recommandé, il persiste à écrire toi s'en vait déclinant^ 2 d, et même Tôt soi enfers, 44 e. De même, il a laissé somes tôt bosoignos, 73 e, à côté de toit s'en classèrent, 100 b. Et comment ce Toz est mudez seraitil compatible avec toi somes dest et, 124 b, qu*il a introduit depuis.' — [Dans la dernière édition (1903), tous ces passages ont été corrigés dans le sens de Fauteur] (Note d. trad.).
3. V. Zeitschr. f, r, Ph., II, 146, à propos de Chev. II csp. v. 4180. De même dans Rou II, 3753, le manuscrit a raison avec Toi asCur contre l'éditeur qui met Tuz asé^ur; et jusqu'à ce qu'un témoin digne de foi m'assure le contraire, je suppose que ce passage de Joinv., 152 d : et me trais vers le roy touz cosle a conte ne se trouve pas ainsi dans les manuscrits, mais qu'on le doit à l'éditeur. Que Michel, p. 72, écrive tout cosle a coste, cela ne prouve rien, vu la qualité de ce texte. — [Nous avons pu constater le bien fondé de la remarque de l'auteur. En effet, les manuscrits n* 13568, fonds franc, (man. de Bruxelles) et n«* i01i8, fonds franc, (man. de Lucques) portent tout coste a coste, et N. de Wailly lui-même, dans l'édition de 1867, avait mis tout , en sorte que touz de celle de 1868 doit être considéré comme une simple faute d'impression.] .Note d. trad.}.
soiez joeneSy si estes vous ja tes Que vous devez par droit estre hounorés (Enf. Og., 7251); Et tous soit il poissans guerriers^ Si pourcache il moult volentiers Grans aines (1. aiues) (JJourni, 633).
Un autre cas où tout prend constamment Taccord, c'est quand il accompagne un adjectif au superlatif pour marquer plus expressément Tattribution d*une qualité à son plus haut degré à une personne ou à une chose, par rapport à l'ensemble des personnes ou des choses auxquelles on attribue la même qualité : Ne s' an oseroit avant treire Toz li miaudres (Ch. lyon, 6S67) ; Teil fois chante li jugleireSj K* il est tous li plux dolans (Bern. LHs. 496, 1) ; Seur toute la plus haute tour (Cleom., 3670) ; toute la pire De toutes celés qui i sont (GCoins. dans Zeitschr. f. r. Ph., VI, 328, 248) ; des baruns tuit liplusur (Rou, I, 317) ; toutes les meilleurs (âmes) que dieus porra choisir (Bast. 506) ; De bons vins orent à foison Toz des meillors (= de toz les m.) de la meson (Barb. et M., 111, 167, 202). Lafontaine dit encore un bœuf tout le plus gras du pâturage (F. XI, 1); malheureusement on ne peut pas reconnaître si tout est adjectif, Littré, à l'article tout 36, cite des passages qui du moins montrent l'adjectif devant de et le pluriel du superlatif : toute des meilleures, et d'autres analogues.
11 est inutile d'exposer ici la façon arbitraire et pédante dont a été, de nos jours, réglée la syntaxe de tout devant un adjectif; on peut consulter sur l'histoire de cet abus tel qu'il a été amené peu à peu, et qui va sans doute se continuer pour toujours, Lidforss, Observ. sur l'usage syntax. de Ronsard, p. 35.
A première vue, il paraît étrange que ADaudet ait pu écrire elle s'était sentie toute mal à son aise (Fromont jeune, 221) ; mais cela s'explique aisément : la locution mal à son aise, bien qu'adverbiale en soi, peut être
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regardée par exception comme expression adjective, et, par suite, tout prend Taccord.
Si Ton n'a pas le droit de mettre Taccord à tout devant a sëur^ quand tout est assuré par les manuscrits (v. p. 107, n. 3), on n'a pas plus celui de ne point accepter toz assëur, quand le témoignage des manuscrits est en faveur de toz ; c'est le cas, semble-t-il, pour le v. 456 du Ch. Ijon, tandis qu'au v. 3801 on lit : estre porroiz tôt (non tuit) aseur. Ne trouve-t-on pas aussi : Toutes nus pies, escavelees En lor cemin en sont entrées (Thebes, 14105) ; tote nupiez (Mont. Fabl., VI, 3)?
ver ai. As deables soit ildonez, A cui il est vrais redevables (Escan., 873).
vieil, perdris... vieilles tùees dans Ménag., II, 90, nous porte à croire que vieil est adjectif aussi dans poisson... vieil mort (ibid. II, 187). Le sens de cette locution est d'après le contexte « tué depuis assez longtemps ».
Dans li mains levers « le lever matinal » (Rich. 3542), cité par Scheler à propos de Berte, 3209, et dans et il es toit bien voir s disans ses cuers (Merlin, II, 49); Et li biens dire[s] est perdus, Qant il n'est de cuer entendus (RBlois, I, p. VII)*, il y a ceci de remarquable qu'on y voit, passés au rôle d'adjectifs, des mots dont la fonction primitive est celle d'adverbes et la fonction secondaire celle de substantifs. Mais ces locutions ne rentrent pas dans la catégorie de celles qui nous occupent ici. lien est de même du Drois neuf ans et demi (Berte,
i. Comp. en prov.: E Les dirs iorna en ben obrar, qui, diaprés Barisch, se trouve dans le manuscrit des Verlutz cardenals (1. i3);talê usanna es tes estars (Raim. de Miraval, n^ 49, strophe 1, 5, d'après tous les manuscrits édites jusqu'ici) ; si'l tes acuillim Non dona pretz (Guir. de Borneil, n° 5ir, str. 5, 4, d'après tous les textes connus jusqu'à présent). — On trouvera d'autres exemples de be et de rvialy prenant Taccord devant des participes, chez Chabaneau, Deux manuscrits^ p. iii, note sur 1,3.
3233), que Scheler rapproche de nos locutions; car ce n'est pas neuf^ mais plutôt ans que détermine drois. On veut dire par là : « neuf années justes » ; qu'on compare : a droite eure de nonne (Ferg., 3,27), et Temploi de grani dans les déterminations de mesure : granz deuz aunes (Rom. u. Past., 1, 13, 17); Grans quatre Hues (Ferg. 61, 18) ; Grans quinze pies (Rich. 1777); deus grans toizes (WHon., LVIII).
On fera bien, du reste, de ne pas regarder comme étant tout à fait identiques entre eux, même les cas dont nous venons de donner la liste alphabétique. L emploi de Tadjectif s'explique pour les uns d'une façon, pour les autres d'une manière toute différente.
Dans bêle encortinecy bêle née y clers luisans, cois taisans, durs cuis, grans embrasés, haute eslevee, nus desvestus, comme il s agit de déterminer l'action indiquée par le participe, on pourrait s'attendre à la détermination par l'adverbe ; si l'ancienne langue a préféré la détermination par l'adjectif, c'est qu'elle a voulu attirer particulièrement l'attention sur la qualité que revêt une chose dans laquelle on perçoit Faction dont cette chose est le sujet, si Ton a affaire au participe actif d'un verbe intransitif, l'objet, si l'on a affaire à un participe passif. — L'emploi de tôt et demi avec accord devant le participe ou ladjectif a pour but d'exprimer que, totalement ou partiellement, une personne ou une chose subit une action ou est revêtue d'une qualité, construction à laquelle il n'y a rien à objecter. Par contre le français moderne, en faisant de tout et demi des adverbes, indique si l'action s'accomplit dans une personne ou une chose entièrement ou è moitié, s'il faut lui attribuer la qualité sans aucune réserve ou s'il ne lui en est dû qu'une moitié.
Pour maus disanz, maus faisanz on est embarrassé de décider si ces locutions sont de même nature que clers lui-
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sanz et analogues, et par suite, s'ils signifient « mauvais par le dire, le faire », ou si un véritable adverbe y a pris, par analogie, Taccord de Tadjectif ; ou enfin, si maus y est Taccusatif pluriel du substantif mal. Ce qui donne du poids à cette dernière explication, c'est que dans bien faisant ^ à côté duquel on ne rencontre jamais, semble-t-il, bon faisant^ bien est indubitablement substantif. De même bien fait ne correspond pas du tout exactement à Tallemand « Wohltat », mais il signifie « [du] bien [qu'on a] fait ».
La chose se présente tout différemment dans bons tiiéSj durs feruSy fins honnis, fres prins, haus reoigniés, menus mailliés. Le premier des deux mots combinés détermine en tout cas Taction que le deuxième montre comme accomplie dans un être. On ne devient pas bon par le fait qu'on est tué, mais le « tuer », accompli sur quelqu un, est à sa place, le « frapper » est dur, le « déshonorer » véritable, parfait; le « prendre » est frais, le « tondre » a été fait dans la hauteur, le « mailler » est fin.
La langue prend donc ici, pour Texpression de la pensée, trn chemin qui n'est pas celui de la logique, quand elle donne l'accord à dur, frais, haut^ etc., et met ainsi ces mots en rapport direct avec le substantif auquel le participe seul devait se rapporter. C'est là toutefois un de ces écarts que la linguistique rencontre à chaque pas, et il a pu être amené par l'extension, à des cas d'une autre nature, d'une construction dont nous avons parlé plus haut. On pourrait l'expliquer aussi par une tendance de la langue à déterminer autant que possible tout membre de proposition h flexion nominale, comme le sont les participes, par des mots également munis de flexion ^
1. Je renvoie à Tusage dont traite Diez, III' 15 (12), et note, et qui n'a pas d*équi valent en français, que je sache, tandis que, pour le provençal, on pourrait citer : Ostz fey meravillosaa grantz (SHonor., 35a); Colonnas de marme pes&nz Y mes, maravillosas grantz (ibid., 92a .
Sujet logique de l'infinitif.
La syntaxe de rinfinitif en vieux français appartient à un des chapitres de la grammaire qui ont encore besoin d'une étude plus approfondie. Non que je veuille dire que Diez nous a donné trop peu sur ce sujet. Bien plutôt, ici comme ailleurs, il s'est borné à fixer l'essentiel, par une sage réserve, qui, d'ailleurs, était nécessaire, puisqu'il s'était proposé de faire un tableau d'ensemble des traits généraux des langues romanes, sans les perdre dans une profusion de détails. Mais précisément, sur la syntaxe de l'infinitif, il a laissé mainte recherche particulièrement intéressante à faire à la grammaire spéciale, à laquelle il a si souvent indiqué expressément des tâches.
Voici seulement quelques modestes contributions à cette étude.
a) L'ancienne langue, » lorsqu'elle est abandonnée à ellemême », c'est-à-dire lorsqu'elle ne traduit pas, ne montre point si « peu de goût » pour la construction de l'infinitif avec un sujet qu'on pourrait le supposer d'après Diez i. Il n'est guère rare qu'on en rencontre des exemples comme : Estre véritables se fainty Vous le cuidissiés estre un saint (Mahom., 19) ; On aimme miels doloir le ventre Que li bons morsiaus dedens n'entre (ibid., 43); Pour ce vueil et si le désir Vous touz a un seul obëir (SGraal, 3241) ; Car miracle estre ce savoit (NDChartr., 117) ; pensoit en son corage Autres domages estre meindres (ibid., 177) ; Alons