On ne voudra pas considérer cuer comme régime de partir
2. Dans ce dernier exemple toutefois, on pourrait penser à cet
emploi de les pour lor dont il est question dans Scheler, Glossaire
de Froissart (OEuvres, Bruxelles, 1874) et dans Ebering, Zeitschr. f. r.
Ph., V, 329. — Voici quelques exemples plus anciens de cet emploi :
Il le» fera tous les menbres Irainchier (RCambr., 8550) ; Ains que
fuisent passé plus de cinc ans. Les vont si li diable montepliant Ces
vingt saus de deniers (Aiol, 2670) ; Ankor les faisantes nos pis (SJul.,
598) ; Les mains en lius d'ornicles les faitloier de cordes (RAlix., 259,
14); qui les (aux chevaux) trence lor crins, il les toit lour desier de
luxure (BLat., 242) ; ne sevent keavenir les est (Job, 325, 5 ; ibid., 352,
11); Tieux coux les alerent offerre (Claris, 4228) ; prient A chiaus
qui le sens ont, k'un pau les en otrïent (GMuis., I, 356) ; Qui avocas
les mist a non (Tr. Dits, I, 20, dans Rom., XII, 215) ; Sis commandot qe
la dé foi Portassent j'esq'en Angleterre (VGreg. A, 1884, ibid., XII,
178). Voir aussi Pasquet dans Romania, XV, 130 (1886). Ebering
rapproche, ce que je ne ferais pas pour mon compte, de ces
exemples ceux où, avec les locutions ferir un coup ou baisier le vis,
on trouve encore Taccusatif d'un pronom personnel. L'interprétation
exacte de ces passages me semble avoir été donnée par Fôrster,
Aiol 443 : on aurait affaire à un double accusatif, Tun indiquant le
tout comme but, Tautre indiquant le résultat de Faction dans la
première des deux locutions, ou la partie du tout dans la dernière.
Voir d'autres exemples de cet emploi chez Ebeling, Zts. f. frz. Spr.
u.Litt., XXIII, 106.
d'un accusatif sujet à xininGnitif /7re/)o«i7îonne/. Ainsi avec de : Or ne pensés de ce plus avenir (ne croyez pas que cela arrive encore) (Mitth., 55, 21) ; Dels iert de vostre char porrir (Claris, 8728); dist... que ce astoii grief chose de riche home entrer ou règne dou c/e/(BLat. (interpoL), 640); ce li samble granz meschiez De morir tel gent sanz raison (Escan., 20659) ; Pour quel raison fu establi De deus homes combatre ainsi Encontre un seul (Cleom., 9746) ; — avec a ot assez.., A le (= li) et a son enfant vivre (NDChartr., 77) il ont forment A vivre lonc tans moût de gent (Sone, 3206) Laissiez nous un pou déporter A lui conter s'entencion (amusons-nous un peu à ce quHl expose (à Tentendre exposer) son intention) (Claris, 17824) ; Quanque direz^ nous consentons A estre fait (Mir. ND, XXXIX, 73) ; — avec por: Por la chose estre encor plus pesme..^ Bonne chartreVena donnée {GCovas.^ 39, 414) ; ce vousis soufrir Por le tuenpueple a raençon venir (Alise, 31) ; Lors por revenir sa color Le comancierent a beignier (Erec, 5220) ; Eslisons tant de nostre gent Com il nos vendra a talent.,. Si enveions en lor contrée... Por la terre estre confondue (Troie 3686) ; Uneviez croiz... faite i fu Por cel miracle estre en mémoire (Barb. et M., 1, 337, 2056) ; Vit ben ke Vom deit fere mal pur pis remaneir (pour qu'il n'arrive pas pis) (SThom., 1062) ; sor sainz vous jur Por vous estre plus asseur. Que loiaument vous amerai (Claris, 19446) ; et lour donna grans rentes pour elles u/ure (Joinv., 480 e); Et k'assez i a divers lieu Pour manoir gent qui sont eskieu (Cleom., 6568) ; Et si doit restable estre pendans por decorre toutes humors (BLat., 177); dist Ovidez encore Pour plus la chose estre sëure (Rem. Am., 1249) ; Et y fu du père envoiez Pour nous estre a dieu ravoiez ^Mir. ND, XXXIX 1066) ; — avec sa ns ; il vous donna le pierre sans vous monstierchëir (sans que votre église s'écroulât) (BSeb., XII, 383). D'ailleurs on lit encore dans la 3® scène de l'Habit vert
SUJET LOGIQUE DE l'iNFINITIF H5
d'Augier : Il va le vendre pour le prix en être distribué aux pauvres^ et dans la Rev. crit., 1881, n® 37 ipour les arrérages être employés en.,. *
Lorsque^ dans une proposition^ Tinfinitif accompagné de a sert de détermination de temps, il s'emploie généralement avec Tarticle. Dans ce cas encore, ce qui est logiquement son sujet peut, en vieux français, comme dans les langues méridionales, y être rattaché sans de : a Vaprochier les neifz (BSeb., VII, 8). Quand ce sujet accompagné de l'article, précède Tinfinitif, un seul article fait double fonction : Al pont chaeirfu la criée Mult dolerose (Rou, III, 5253) ; Moult fu grans la dotance as deus os assambler^ c est-à-dire a l'assambler les deus os (Ch. cygne, 176) ; a l'orage falir (BSeb., X, H02); a l'aube esclairier (ibid., XXII, 26).
II en est de même si, au lieu de Tarticle, il y a un adjectif démonstratif: Vinrent a cest conte movoir (au départ de ce comte) (Escoufle^ 157) ; et Texplication sera encore la même pour : parson l'aube esclairier (Mitth., 46, 11) ; après l'aube esclairier (BSeb., XIX, 185).
Cette construction que nous constatons ici, dans laquelle un sujet avec article précède un infinitif réclamant luimême Tarticle, estla même que celle qui est employée pour un infinitif de cette sorte suivant un régime direct avec article. J'ai traité de ce dernier point de grammaire dans Gôtt. Gel. Anz., 1875, p. 1076, et plus tard de nouveau dans la deuxième série de ces « Mélanges » à la fin du 13® chap. {Quant vendra a l'escot paiier -=. Q. v. au paiier l'escot,
C) Signalons, pour terminer, une manière de parler qui mérite un examen tout particulier; car, si elle était employée en français moderne, elle y aurait un sens tout autre.
1 . Cet exemple a été joint à celui d'Augier par Kn[auer] dans le Lit. Centralbl., 1887, col. 385.
416 MÉLANGES DE GRAMMAIRE FRANÇAlSlB
En français moderne un infinitif prépositionnel a pour sujet, sans indication spéciale, soit le sujet soit le régime du verbe principal, — ou bien il désigne l'action en elle-même, sans la rapporter à un sujet déterminé. D autre part, chaque fois que 1 ensemble de la phrase pourrait faire attribuer comme sujet à l'infinitif le sujet ou le régime du verbe principal, il est inadmissible d'employer l'infinitif, quand ni ce sujet ni ce régime ne lui est réellement attribué dans la pensée de celui qui parle. Il était, au contraire, employé communément ainsi en vieux français: Grantpaour a d'ocire son destrier (Mitth., 228, 19) ne signifie point « il craint de tuer son cheval », c'est-à-dire : « il craint qu'il (= celui qui craint) ne tue son cheval », mais <( il craint qu'on ne tue son cheval » ; mainte painne vos ai faite sou fl^rir Et grantpoourde la teste tolir (= peur que vous n'ayez la tête tranchée) (ibid., 54, 16); Je me dont molt de vo cors afoler (je crains beaucoup que vous ne soyez assommé) (Alise, 223) ; devant li vos puis conduire Sanz rien grever et sanz rien nuire (sans qu'c//e vous fasse du mal) (Ch. lyon, 1918): Se cil n'en pense qui tôt a ajugier, N'en puez partir senz les membres trenchier (sans qu'on te tranche...) (Cor. Lo., 1539); Pas ne voit entrer ens sans moi assëurer (je ne veux pas entrer dans la ville ennemie, sans qu*on me jure que j'y serai en sûreté) (BSeb., XXll, 648) ; Penduz fu sans raençon prendre (Barb. et M., II, 228, 123) ; Cist osteus vos fu anseigniez Por mal et por honte andurer (afin que vous enduriez) (Ch. lyon, 5117) ; Li chevaliers qui est ochis Vient a vos por vengier sa mort (afin que vous vengiez) (Veng. Rag., 181) ; Les trencëures (de la couverture du cheval), ce m'est vis. Furent larges pour la blancor Veoir dou ceval missaudor ( A.mad , ^ 4287).
Quelquefois les exemples se présentent tels, que l'on serait porté à dire simplement que l'infinitif comprend sous
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une seule forme la signification active et passive ; p. ex. : n'amestier de grever Plus k' il est (Ch. II esp., 7685); Quant tuz li munz sera pur jugicr assemblez (SThom., 2919) *, et que, dans les autres cas, Taccusatif qui accompagne Finfinitif est un accusatif sujet, comme dans les exemples réunis sous jfr). Comme dans ces derniers exemples, l'accusatif ici tantôt précède Tinfinitif, tantôt le suit.
Cependant on serait plutôt tenté de croire qu'il s'agit ici de la même liberté de construction qu'on a pu constater encore dans le français moderne : Mais que, sans les ouvrir, elles me soient rendues, ou : bien des années s'étaient écoulées sans recevoir d'elle aucune marque de souvenir et d autres exemples analogues (M&tzner, Syntax^ I, 339). Il y a seulement cette différence que^ de nos jours, la langue s'abstient d'un pareil procédé chaque fois qu'il se présente une équivoque^ ou même chaque fois qu'une équivoque est possible.