‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 78 sur 169 · IIP, 415 (382) sqq · texte numérisé non relu

IIP, 415 (382) sqq

SI menez de voir que trop ; Car il n'en fera mes biau cop (Jub.NRec, I, 332).

Mais déjà les deux derniers exemples sont peutêtre de nature un peu ditTérente : il se peut qu'ici que soit employé dans le sens de comme. Dans ce cas, la proposition circonstancielle serait une proposition comparative. Puis il est très probable qu'on ne rendrait pas du tout la pensée de celui qui parle, en complétant cette proposition, composée d'un seul mot, par des éléments tirés de la proposition principale. Comparons les locutions suivantes : Mes (des plats) orent tes qu'a deviser (RCcy, 731 et 3232) ; Mes orent tieux com a devis (ib., 460) ; Del mes qui fu tel qu'a souhait (ib., 8022) ; Les siervi si bien c'a devis (JCond., I, 42, 1380) ; si seront si petit et si brief que merveille (Brun. Lat., 23S) ; si volontiers qu'à merveille M'escoutoient (Watr., 100, 333) ; il cuidoit tant estre en grâce que merveilles (CNouv. nouv., XXXIII). Si l'on voulait compléter ici, la proposition circonstancielle du premier exemple ne serait pas : que il orent mes a deviser « qu'ils avaient des plats à leur gré », mais que (ou com) sont mes a deviser « tels que sont des plats au gré des convives » ; et de même pour les autres exemples. C'est en procédant ainsi qu'on arrive à comprendre les constructions suivantes avec Tinfinitif : malades estoitD'un mal tel que jusqu'à morir a d'un mal tel qu' [est un mal] jusqu'à mourir » (RCcy, 2723) ; Estendus si que pour mourir (Watr., 107, 191); chascuns va Gaufer en son coer si prisant Que pour vivre et morir du tout a son conmant (BSeb., XVIII, 464) *.

Dans tous les exemples qui précèdent, on pourrait sim-

1. Cf. AnuH îïiàisvos herbergerai Ça dedcns par un tel couvent Que se mes pères vos consent, Quant de cort sera repairiés (c'est par là que finit la phrase) (Ferg., 26, 20). Cela veut dire « 5 condition telle que [la suivante, à savoir] si mon père vous le permet ».

plement, et sans altérer beaucoup la pensée, supprimer en bloc si ou tel et le que ou coine qui en dépend, et dire : mes orent a devis, a merveille m'escoutoient volentiers^ etc. ; cependant la forme originaire de la pensée se fait facilement reconnaître.

Il en est autrement dans les exemples suivants^ où, le plus souvent^ corne n*est pas annoncé par si et ne sert plus à comparer deux choses différentes, mais indique, avec un peu plus de force que ne le ferait la locution prépositionnelle suivante toute seule, qu'une action s^accomplit conformément à son but, à sa fin : bien garniz et aprestez Comme de de/fendre lor cors (Ren., 27477 ; M XI, 3107), ce qui ne veut point dire « équipés comme ils l'auraient été dans d'autres occasions pour défendre leurs personnes », mais « équipés conformément à leur dessein de se défendre » ; li tornoiemenz fu lores Toz prez come de V assembler (Mer., 213); Monta sor un destrier baucent, Vet s'en toz prez com de joster (ib., 5447).

Le sens primitif de cette manière de parler s'est tellement perdu que ce come de fait fonction de quant â, ou même de la simple préposition de : viers qui vous avés moult mespris si conme d'eaus banir (Ren. Nouv., p. 305) ; Sour vous m'en met con d'amender De quancoserés demander (ib., 6521) ; ne li fali rien Comme de boire et de mangier, Assés en eut et sans dangier (Jeh. et EL, 3763) ; Mengié orent a lor plaisir Con de cel digner a loisir (Ch. II esp. 3606)1.

i&) On n'hésitait pas, en ancien français, à supprimer la détermination prédicative à côté du verbe estre^ lorsque

1. A propos de ce passage, j'ai déjà parlé de ce come de et de la locution correspondante coniepor (dans la Zeitschr. f, r.Ph., Il, 1A6), — Ulbrich (ib., III, 457), à propos du v. 3023, et Ebering(ib., V, 371) s'en sont occupés après moi.

cette détermination figurant déjà avec une fonction identique dans une proposition précédente, soit principale, soit coordonnée, était considérée comme étant encore présente à l'esprit. Cela avait lieu surtout quand les deux propositions avaient le même sujet : Or soi si graime que ne puis estre plus (Alex., 22 e) ; escumeniiés s'en râla Ausi com ili fu venus. Voire plus, s'il pot estre plus {Monsk,,2ù39Q) ; il durent iestre de s'ounour Et avoient esté maint jour (ib., 20694) ; de vostre enfermeté Sui jou dolans, ains ne fui si (Barl. u. Jos., 239, 28); Gaydes fu liés, onques mais si ne fu (Gayd., 147) ; La chambre est clere, c'onques mais ne fu si (ib., 321) ; il sunt moût de cas qui sont tenu pour larrecin, quant il sont fet de nuit, qui neseroient pas *, se li fet estoient fet de jour (Beauman., 935).

Cette suppression pouvait même se produire quand le sujet de Tune et l'autre proposition n'était pas le même : Ja mais nier liede, chiers fîlz, ne niert tes pedre (Alex., 27 e) ; Altresi vus est Flandres legiere a justisier Cum uns vaissels de verre screit a depecier (Rou,, II, 2223) ; Si honnorés fu Pinchonnès C'onques menestrex ne fu si. (Cleom., 16529).

Ici se rangent les nombreux passages où une deuxième proposition est introduite par si ou aussi. Un Allemand, dans ce cas, serait porté à voir dans si ou aussi un adverbe (= ainsi), substitut de Tadjectif prédicatif. Or ces mots sont de simples adverbes (= aussi, de même), se rapportant, dans sa totalité, au prédicat, dont une partie, Tadjectif ou le participe, est sous-entendue : Et j'en sui liés, si doi je estre (Veng. Rag., 139) ; // est bien dignes de m'amor^ Ausi seroit il de meillor (Barb. et M., II, 206, 703) ; Bien sanble roncins mors de fain '; Si estoit il, poi

\. Sous-cn tendu le, qui est ajouté dans quelques-uns des manuscrits, c'est-à-dire tenu por larrecin.

s'en faloit (ib., III, 198, 49); Dut bien la dame estre esgaree ; Si fu ele (Troie, 15207) ; Dolans fu li fors roys a le chiere hardie, Osst fu Taille f ers {Beisi.y 1213).

Il en est de même, quand si se trouve à rintérieur d'une proposition introduite par et : li rois lors s'escrie, Li pons soit mis sour les fossés ; Et il si fu (Ren. Nouv., 952) ; Veure que tu nasquiSj Soit beneoite, et tu si soies (Ch. II esp. 4771). Dans ces exemples^ si n*est pas plus le substitut de Tadjectif prédicatif qu'il ne modifie Tidée de Faction quand il est joint au « verbum vicarium » faire ; c'est plutôt faire qui, à lui seul, en remplaçant un verbe précédent, détermine suffisamment Tidée de Faction. Quant à si placé en tête ou à l'intérieur de la proposition, c'est un adverbe marquant le rapport qui relie la proposition tout entière dont il fait partie, à la proposition précédente ; c'est presque une conjonction : Del dol s'asist la medre jus a terre. Si fist la spose dan Alexis a certes (Alex., 30 b.) ; Molt les hai, et ge si faz (Barb. et M., I, 277, 209). Ici encore, si veut dire « également, de même ».

L'emploi de le servant à rappeler un adjectif précédent, et dont la langue moderne ne saurait se passer, est, comme nous l'avons vu, généralement inconnu de la langue ancienne. Toutefois il ne lui est pas tout à fait étranger : soies Vers moi loiaus, u ke voisiés ;Car vers vous certes le serai A tous les jors ke je vivrai (Gh. II esp., 11793) ; Bien sont aparoillié.,,; Onques miex ne le fut Gauvains ne Percevalx (Gir. Ross., 149) ; semble qu'aie esté malade, He las, certes si Vay je esté De trop plus maie en fermeté Que fièvre tierce (JBruyant dans Ménag., II, 6); Il sera moult bien assené, Ne il ne le pourroit mieulx estre (ib., II, 35 b) ; et d'une façon un peu hardie : Tels cuide autrui dechoivre, qui devant le sera (c'est-à-dire dechëus) (Bast., 974).

Plus souvent, et à une époque plus ancienne^ je crois, on trouve ce neutre prédicatif le servant à rappeler un

substantif : d'ui En quarante jors le (prevos) seras (Méon, II, 245, 301) ; Qui est // (rhomme aimé par Ydoine) ? — tout por voir le sui (Amad., 5774) ; Aine ne vous tint a son amiy Mais je l'ai este' mult lonc tens (ib., 6219) ; Plëust dieu que le [roine) fusse (Berte, 2512) ; Dame, moût ai esté pechiere et encor sui (ici sans /e), Et de çou me repent que jou onkes le fui (Prière Theoph., dans Zeitschr. f. r. Ph. I, 256, 99 b.

Il n'est pas rare que, contenu dans une première proposition, Tauxiliaire d'un verbe conjugué à ses temps composés, soit exprimé seul dans une deuxième, sans le participe qui est sous-entendu : Nous li avons valu souvent; Aussi avons nous mainte gent [valu) (Cleom., 14454) ; L'ont miex beneie et sacrée Que il n'ont une autre contrée (Barb. et M., IV, 176, 23) ; Kencore n'a eu a ceausde la Biens nulle a faire,, nient plus que Charlos a (Enf. Og., 1581).

Par une ellipse plus hardie, le verbe de la première proposition n'est point à un temps composé, et c'est de la forme qu'il y a qu'il faut tirer le participe sous-entendu avec l'auxiliaire exprimé dans la deuxième : Qui de son bon gré famé espouse, Si comme cist a (non à) moi [espousee) (Méon, II, 300, 243) ; Si ne moi pot nuz engenier Cum sui or par une mollier (SJul., 636) ; cil nos faut qui nous devoit Maintenir et toz jours avoit (Claris, 5062).

Inversement on ne répète pas l'auxiliaire avec un deuxième participe, quand le sujet des deux propositions est le même. La langue actuelle usant encore de ce procédé, il serait inutile d'en parler s'il n'y avait pas à noter qu'en ancien français l'auxiliaire peut ne pas figurer dans la deuxième proposition, même si son participe a un sujet d'une autre personne ou un complément qui lui est propre : A inz

que m amie,,. Aiez haisie, nele vous acole', (Enf. Og., 2778)^ Il faut, en outre, remarquer expressément qu'à la suite du participe d un verbe conjugué avec avoir ^ l'auxiliaire pouvait être omis avec le participe coordonné d'un verbe conjugué avec être, et vice versa : Tant ai porté mon hauberc doblentin Et couchié tart et levé par matin (Aym. Narb., 391) ; Il ne si home ne se sont remué N'en la quintaine féru ne boordé (ib., 871) ; on ne sot qu'il fu devenuz Ne quele partie tenuz (Escan., 7197)2; Et Kez, qui lors fu descenduz Ot (1. Et) mis la main au brant d'achier. Vint vers celuiquilot poichier (ib., 9130^; cf. ib. 7521)^ Simar

1. Je crois que ce procédé se laissera surprendre ailleurs que dans ce passage, le seul que j*aie pour le moment à ma disposition. Dans cet exemple, le pronom vous, bien que cela n'apparaisse point k première vue, est tonique. Il est tonique, non seulement parce qu*il est mis en relief par Tanthithèse, mais parce que Tancien français, pas plus devant le participe que devant un infinitif ou un gérondif, n^emploie les formes atones du pronom ; c'est seulement devant un verbe à un mode personnel que ces formes peuvent être proclitiques ; on peut s'en rendre compte par les exemples suivants où le pronom complément n'est nullemeiit accentué : Fabloié as or longuement Et moi ledangié durement (Mont. Fabl., II, 257) ; Cent chevalier mH ont mis a destrucion Et moi navré ou cors (BCoram., 184) ; Du bastard de Sebourc li dites les pus rois. Et comment envers mi a trop esté redois, Moy (non M'oy) tollu mes prisons par ses mauvais esplois, Si m'a navré ou corps (BSeb., XIX, 814) ; v. aussi Ebering dans Zeitschr, f. r. Ph, V, 326 d).

Dans les exemples suivants le et s' ne répondent plus à l'ancien usage: vous jurez que pour estre eschevins vous navez prié ou faict prïery donné ne faict donner aucune chose ne aussy le promis (Rois., 129, 7); ou : se fust parti et s'en aie (Lettre de rémission dans S. d'Angl., LXX).

Par contre, on trouve en ancien français, aussi bien avec un participe qu'avec un infinitif, le pronom atone employé à la façon enclitique des langues méridionales : Assez li a dit Guert folie E repris le de coardie (Rou, III, 7074). V. à ce propos Gôtt, Gel, Anz,^ 1875, p. 1069.

2. C'est-à-dire tenu avoit ; le z final n'a aucune importance pour la rime dans ce texte ; v. là-dessus Zts, f, rom.Phil,, XI, 424.

3. Pourvu qu'on admette cette leçon et qu'on ne préfère pas cette autre : Et misi.

ont hui ma proie prise ne eslevee N'entret en ma chité ne ma gent decopee (Bast., 5641) ; quant Hz en orent assés joué etesbatu (S.d'Angl., 173); jusques a tant que revenus serés.,. Et parleit a mon frère (BSeb., XIV, 891); De mains amis ai pues estei servis Et eschapeis de perillouse voie (Bern. LHs., 471, 1) ; dix anz vous estes tenus Et les granz assauz maintenus (Méon, II, 455, 274) ; Et quant se furent tant tenu Cil du castel et enduré (Ch. II esp., 9853) ; tu t'en es tant démente Et prié a si gtant instance (VGreg., I, 1673); Et tant vos estes travelliés et pené^ Les nuis vellié et les jars jeune (Meyer Rec, p. 239, note); quant nuls hom s'est délités Es prospérités decel munde... Et en pekiet perseveret (GMuis., I, 5) ; Pour vous se sont morte fyet^ Junet, ploret et vous pryet (ib., I, 21); je me suy délités Et mi^mé[n'\ coer ou temporel (ib., 1,25); A li se sunt tourné et lor dame oubliée, (Gaufr., 310); Ains con se fust baigniés ne fait departison (Bast., 5943); il s'estoit obligiés a leur dit tenir et fête sëurté par pièges (Beaum., 1296) «.

On trouve pareilles constructions jusqu'aux xvi® et XVII* siècles : pour quoy ainsi soudainement estoit party de son repous et envahy les terres (Rabel., I, 28); nos majeurs qui.,, se sont privez de la gloire de leurs biens faitz et nous du fruict de limitation d'iceux (Jo. Du Bellay dans Darmesteter et Hatzfeld, Seiz. siècle, 201); N*y sont'ils pas montés et fait de mêmes mains Des règles aux troupeaux et des 'lois aux humains? (Rotrou, SGenest, I, 3)2.

1. Ebering, 1. c, p. 368, a réuni des exemples de la même famille dans Froissart. Pour le provençal, je cile : li sant se son mudat O fach alcun viaje (SHonor., 63).

2. Comme Ta fait remarquer Morf dans Lit.Bl.^ 1887, col. 21 5, la. construction en question est principalement employée quand Tun des deux participes est celui d'un verbe réfléchi. Cela ne change rien au fait qu'à la rigueur les deux participes réclament chacun un

Un adjectif peut, en ancien français, aussi bien qu'en allemand, qualifier un substantif exprimé dans une proposition précédente et représenter ce substantif sans que celuici doive, comme aujourd'hui, être rappelé par en ^ : Peor avez eu sanz faille. — Par foi^ fet il, vos dites voir ; Ja ne cuidai si grant avoir (Ch. lyon, 1270) ; nuz se voit com un ivoire, S'a grant honte, et plus grant ëust, Se il s'avanture sëust (ib., 3021); Sun cheval iperdi, ki ert de grant valur, Mais li duna (1. duna li) Richart eplus hel e meillur (Rou, II, 3890) ; cf. no sai nomnar lo fil, Mas niolt perforen de bon e de sobtil (Boeci, 187).

Cette omission d'un substantif peut coïncider avec celle d'un infinitif qui dépend d'un des verbes pouvoir, vouloir^ laissier, faire et autres pareils et qu'on doit inférer d'après le verbe de la proposition précédente; alors l'expression, sans éesser d^étre claire, revêt une concision tout à fait particulière : ses janz.., refont Si grant duel que greignor ne pueent (Gh. lyon, 1247); De ce avoit grant volenté. Si grant qu'il ne povoit greignour (Cleom., 14235) 2.

auxiliaire diffèrent. Il n'est d'aucune conséquence pour mes exemples, dont les participes sont au nominatif, que les verbes réfléchis aient eu leurs temps composés conjugués avec avoir dans tout le domaine du français, et non pas seulement au nord-ouest. L'explication proposée par Morf, de eschapeis^ dans le passage de Bern. LHds,j par un verbe transitif eschaper, est admissible ; mais elle n'est pas nécessaire et elle ne me semble point préférable. — Je cite encore : siamo ili ricercando... ne sopportato che sia guasla Vantica forma (Députa ti al Decam., p. 20 (Fanf.); délie fatiche di quelli.,. ci aiamo speitso valuti.., et. ove ci paja aver ricevuto ajuto, gralissimamente confessato (ib., 21). Ainsi ces dignes philologues suivent l'exemple de leur auteur, dont Fanfani, dans ses notes sur le Décaméron, a extrait quelques exemples de cette construction (I, p 180, H, p. 6).

1. On sait les conditions auxquelles est soumis ce en chaque fois qu'il doit être employé ; v. là-dessus la 3« série de ces Mélanges chap. 8.

2. On ne peut plus « au plus haut degré possible », dans la langue actuelle, présente quelque chose d'analogue.

L'emploi de e/i, presque indispensable aujourd'hui, est beaucoup plus restreint en ancien français. Il y est assez fréquent lorsqu'il signifie « du nombre ou de la quantité en question » ; mais, quand il veut dire u de Tespèce en question », il n'est guère en usage, à mon avis, qu*avec des désignations numérales, parmi lesquelles, sans doute, doivent se ranger 1//1, nul et les superlatifs ; puis on remploie encore avec des pluriels ; mais, même dans tous ces cas, son emploi n'est point obligatoire. Ainsi l'on trouve fort bien : E en sa lanaisum Vint e nof jurz cunium. Trente en dôust aveir (Ph. Thaon Comp. 2353) ; li samble bien ke uns seusjorsen durequarante (HVal., 5S6); pour un home a armes que il avoit en sa compaif/nie, cil d'Acre en avaient bien trente (Joinv., 8b) ; Or nos aidiés tant ke soiens monté. — Dist Rainouars : volentiers en non dé; Jan (non Ja n) avrés un tout a vo volenté, Et tout cist autre ^ ja ncn (non nen\ ert trestorné (Alise, 163) * ; Mais por famé que pas n avoit ^ Le blasmoient moult si ami^... Il dist^ volentiers en prendrait Une bonne, se la trovoit (Barb. et M., III, 1, 11); De sa première famé ot deus vaslez anfanz,... Puis an reprist une autre (Ch. Sax., I, lOj; S'il ëust une nue espee^ Tost Vëust en son cuer boutée. lYen a nule (ou Nena?) (FI. u. Bl., 799). Mais à la différence de ces exemples, il n'eût pas été possible, à ce que je crois, d'introduire en dans les exemples cités plus haut : V^ *' 9^^f^^ ^'^^ cuidai avoir^ *fticharz Ven duna plus ben.

i. Bien que le mot destrier ne soit nulle part dans la phrase, Tidée de cheval est tellement éveillée dans Tesprit par monté, que remploi de en est tout naturel.

2. Dans Cb. Roi., 620, 640, 1850, il faut lire nen et non nen. Dans Ch. lyon, 1676, ça/i^, qui justifîe an du vers suivant, ne manque que dans un manuscrit. (Il faut donc rejeter la leçon admise par IloUand [N. d. trad.]). — On trouvera maintenant d'autres exemples du phénomène dont nous venons de traiter dans ce paragraphe, chez ELotz, .4fi«/;iMii/i^, W'iederholung und Stetlvertretung im Afz., Marburg, 1885.

Sur lomission, devant un génitif attributif, d'un substantif remplacé tout au moins aujourd'hui par le démonstratif celui, et qui pouvait 1 être déjà anciennement soit par celui^ soit, on le sait, par Tarticle défini, je n'ai pas à insister ici, après ce qu-en a dit Diez dès la première édition de sa Grammaire et après les observations présentées sur ce point par moi-même et par Gessner K

Mais faut-il ranger des exemples comme : Si oil resamblent de faucon (Méon, I, 268, 2436) ; E qui vis adonc sa color^ Ben semblet que fos d'aimador (Flam., 2992) sur la même ligne que des exemples comme son règne na pas été d'un roi fainéant (Rev. bl., 1886, II, 353 a); Son sourire semblait d'un ange (A. de Musset, Nouv. Poés., Lucie ) ? Peut-être , en dépit d'une apparente analogie, a-t-on affaire dans le passage du poète moderne à une construction tout autre que celle de Tantique fableau. La langue moderne, en effet, imite fréquemment la construction latine bien connue : constat virorum esse fortium tolerantcr dolorem pati^ ce que ne fait pas, à ma connaissance, l'ancien français, et rien n'était plus facile à qui dit cette manière d'agir est d'un honnête homme *, de procéder avec sembler comme il procédait avec être. Quant au poète ancien, il a pu fort bien se permettre de ne pas répéter le substantif, à la façon dont il a été parlé tout à l'heure, suppression courante de son temps, interdite maintenant. Ces constructions ancienne et moderne présenteraient donc, malgré leur semblant d''analogie, des survivances de deux constructions latines différentes.

1. Voir mes notes sur l'Alexandre provençal, 1. 60 et Gessner, Programm /, Zur Lehre vom franzôsischen Pronomen, p. 33, 9 «. On y trouvera des exemples du vieux français, qui ne sont pas dans Diez. V. aussi ci-dessus, p. 8.

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