Singulier bien remarquable
3. La note du baron de Reiffenberg, citée par Diez III 3, 78 note (70 n. 2), à propos de ce passage, ne parle que de remploi particulier de ce/, celui, non pas de l'ellipse.
4. Les ms. M,C, substituant de la même façon une phrase aflirmative à une négative, portent mortes caisant, c'est-à-dire châissanl, une 2^ ps. pi. à désinence tonique.
comme parenthèses dans des phrases complètes par 'ellesmêmes, ou les suivent, soit pour les motiver, soit pour les expliquer. Littré, à Tart. tant 9, en a donné quelques exemples pour le français moderne : Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port ; Tant à nous voir marcher,,. Les plus épouvantés reprenaient de courage (Cid IV 3), etc. Il n'en manque pas non plus en ancien français : Et bien sai que vos le cuidiez, Tant estes vos de san vuidiez (Gh. lyon 76); li lions outre s^an vint^ Tant ot desoz le sucl graté (ib. 5629) ; parole nest si polie Quele ne puist * estre haie, Tant le pouroit on démener (BCond. 259, 429) ; Car vos ëust li lox mengieZf Tant me faites ore torment (Barb. et M. II 144, 8) 2.
Plus frappants sont les exemples suivants. Dans bien vos savroie mètre, Tant me porriiez vos prometre, El droit chemin et an la voie (RCharr. 618), le sens de la parenthèse pourrait aussi bien s'exprimer par une proposition conditionnelle, telle que a si vous me promettiez une récompense suffisante ». Dans En es le pas cil monté sunt^ Od lor segnor en sunt aie; Al mont vindrent, tant ont esré (MSMich. 2032), Tusage actuel rendrait plutôt Tidée explicative par une proposition principale, et ce qui est ici la principale, serait une consécutive : tant ont erré que vindrent al mont. Enfin il en va de même pour Ses amis sui, ele est ni amie, Trovee Vai, tant Vai sivie (FI. u. Bl. (B) 2684)^ puisque, dans la pensée de celui qui parle, Tidée explicative a autant, sinon plus d'importance, que le résultat de ses recherches qu'il a exprimé dans la proposition placée en tête.
i. Ou en lisant avec Krause : Qui ne pfiuist.
2. Cf. uscir délia schiera,,., Si forte fu Va/fettuoso grido (Inf. V 87); il noatro passo Non ci pud torre alcun, da lai n'è dato (ib. VIII 105).
A propos de prodome.
Le vieux français, lui aussi, se servait très souvent de constructions comme le fripon de valet^, et il mettait au premier terme aussi bien un substantif qu'un adjectif pris substantivement : Vous m avez mis en mal trepeil Pour chel diable de bareil (Barb. et M. I 224, 472) ; Vosire Iongaingnede boiel (ib. III 473, 57) ; Et lifel d'anemis (nominatif !) li conselle la rage (Poème mor. 58 b) ; Li félon d'anemi (nominatif!) qui tant de mal moi funt (ib. 85 c); Que diras tu^ chetive d'ame, Quant tu verras la douce dame? (GCoins. 47, 797) ; Me gloute de geule art apriès (Ren. Nouv. 3169); la lasse (/'âme (Ch. lyon 1172, var. ; Chr. Ben. III, 513); Que devenrai, ma douce dame^ Se ne secors ma lasse d*ame? (GCoins. dans Ruteb. IP 299; ib. 317) ; les lasses d'ames Que {enfers) longuement avoit tenues (Barb. et M. I 279, 276); Ces lasses d'ames qui la sont (ib. III 145, 528); Mon las de cervel et mon chief (GCoins. 11, 10); nostre lasse de charoingne (ib. 44, 661); mon las de cor« (Jub. NRec. I 11); Tant que mes las de cuers (nominatif!) puist en mon cors crever {ienxs. 8966); Le las de cuer dedenz son sain De joie li sautele (NDChartr. 201); mon las de cuer (Barb. et M. 341^ 2188); Mon las de cuer^ m'ame et ma vie D'or en avant met en ta garde (GCoins. dans Ruteb. II* 304); Pur le pullent de cors V aime perdre valez {SThotn. 126); Qar fusse je ore a Monleon Penduz par ma pute de gorge (Ren. 28525, M VII 725); je ne vueil mie... queja atouche A mes pie z ta sainte de bouche
I. Diez, 1113 144 (130); Mëtzner, Gr. 3 § 187 d et Synt. I 493; Littré à Tart. de 3.
(GCoins. 337, 164) ; Se diex et sa vielle de mère Sus sains^ fait il, juré Vavoient (ib. 278, 108).
Les grammairiens sont bien peu exacts, quand ils traitent du génitif de cette construction (je garde ce terme de génitif pour être plus court). Ils le confondent avec le génitif bien différent de la coquine de Toinette, esp. el malo del conde Don Juan, port, o bom do padre « le bonhomme de Père », it. quel grand' uomo del dottor Malatesta^ et, comme ce génitif est à peu près de la même nature que celui qu'on appelle génitif appositif, dans la ville de Paris ^ ils le confondent aussi, par suite, avec ce dernier.
La différence qui les sépare est pourtant bien visible. Là nous avons le génitif d'un substantif d'une compréhension de sens plus large que celle du substantif régissant, nous avons la désignation d une espèce où Ton fait ressortir un ou plusieurs individus dont la qualité est indiquée par le substantif ou Tadjectif régissant, et ce^ génitif n'est jamais accompagné d'un article. Ici, au contraire, nous avons ou bien le génitif d'un substantif accompagné soit de l'article défini, soit d'un adjectif possessif ou démonstratif, ou bien le génitif d'un nom propre, bref, la désignation d'un ou de plusieurs individus déterminés, régie par la désignation de l'espèce dans laquelle on veut les ranger.
Dans le premier cas, on a une sorte de génitif partitif d'un terme générique, comme dans les tournures du latin vulgaire scelus hominis et autres pareilles, citées par Diez*, et dans quid hominis est? quid mulieris uxorem habes? etc.-. Dans le deuxième cas, le génitif — pour continuer d'employer un terme usuel, quoique assez impropre — est le génitif appositif. Le dernier, je crois,
i. V. une liste de ces tournures que donne Lorenz, Miles gloriosus 1422.
2. V. RKûhncr, Ansfiihrl. Gramm. d. lat. Spr. II, p. 316 Anm. 10,
A PROPOS DE prodome 173
n'était guère entré dans Fusage en ancien français, tandis que l'autre, comoie nous l'avons vu, y était employé.
Or preudommCy preudefemme n auraient-ils point fait partie, à l'origine, des tournures de la première espèce? N'y aurait-il pas eu d'abord une soudure des éléments de preu d'onime, preude femme^ suivie d'une décomposition erronée en preude femme (pi. preudes femmes), preude homme [pi. preudes hommes)! Je crois, avec G Paris ^ que Diez est dans le vrai quand il tire le substantif et l'adjectif pro ou prot ^ du prôd de prod-est. Mais le féminin prode et la forme prodome ou prozdome, que l'on connaît bien par la Gh. Roi., n'auraient pu sortir de ce prod et hominem qu'au mépris des lois phonétiques. L'explication que je propose semble supprimer cette difficulté. Sans doute, on devrait s'attendre à trouver toujours le cas oblique après la préposition de, en sorte que la déclinaison serait : nom. sg. uns proz d'ome, ace. sg. un pro[z) d'ome; nom. pi. /?ro(j3)rf ornes, ace. pi. proz d'omes. Mais si, au lieu de cela, nous trouvons au nom. sg. pro[z)doem et au nom. pi. pro{z)dome, c'est que, de bonne heure, on a perdu la conscience de l'état primitif des choses, et qu'on a traité rodome analogiquement d'après home, dont il paraissait être un composé -^
L'on né songera plus maintenant, je pense, k tirer l'adjectif pro/ de prou/rfus. On n'en serait probablement jamais venu là, si l'on avait pu expliquer autrement les formes avec d intervocalique*.