‹ Mélanges de littérature ancienneChapitre 6 sur 7 · LUCRECE ET CICERON · texte numérisé non relu

LUCRECE ET CICERON

Académiques, a longuement critiqué la méthode et le stvle d'Amafinius et des autres épicuriens latins? Pourquoi répéter qu'il ne connaît l'existence de ces livres que par ouï-dire? Comment encore peut-il ne tenir aucun compte de Lucrèce et déclarer que la philosophie à Rome n'a encore produit aucun livre distino^ué, nec uUiim hahens lumen litleraruni latinaram'^. {Tusc, \, 3. . Nous savons de science certaine, car c'est Cicéron luimême qui nous l'apprend, qui! a lu au moins un de ces livres, précisément le poème de la Xciture, qu'il a fait plus que le lire, quil en a célébré les mérites, il est vrai dans une lettre intime, qu'il y a reconnu les traits brillants du "énie et beaucoup d'art. A quoi tient donc ce mystère, cette feinte ou ce mensonge? Peut-être Cicéron, devenu tout à coup grave moraliste, se crovant obligé de prendre couleur en philosophie, voulait-il prouver qu'il n'avait rien de commun avec la doctrine décriée et peu romaine de l'épicurisme; peut-être même répondait-il à une vague rumeur qui le soupçonnait de s'être prêté à la publication d'un poème impie. Ces sortes de mensonges ne coûtaient guère aux orateurs antiques. C'est h peu près ainsi que dans les Verrines Cicéron, grand amateur des chefs-d'œuvre de l'art, feint de les mépriser et d'ignorer même les noms des grands artistes. A l'égard de l'épicurisme, il va plus loin et dans les Tuscidanes (I, 21)

il fait tout à coup une déclaration fort imprévue, mal amenée, en homme qui tient à la faire, même hors de propos, où il repousse avec violence les sentiments de Lucrèce, sans le nommer, mais en faisant au poème des allusions pour nous si claires et si précises que nous ne craignons pas de dire c|ue ces allusions sont de vraies citations.

Lucrèce.

Tu, pater, es rerum inrentor

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