II
Il ) .
Coup-d^Etat du 18 brumaire ^ par M. Bigon- N£T, représentant du peuple, mendbre du conseil des dnq-cents, exclu le 18 brumaire an 8.
Iii n'y a pas plus de vingt ans que nous avions le bonheur de posséder en France une constitua lion républicaine avec tous ses agrémens ; les so* ciétés de Jacobins sous le nom de cercles consti^ tutionnehy la loi des suspects sous le nom de loi des otages^ la motion pfailantropique de M. Tissot 5 sur la nécessité de convertir les royà-listes en ilotes^ organisée par la loi du 3 brumaire , et je ne sais combien d'autres gentillesses libérales qu'on nous ménage le plaisir de revoir l'année prochaîiae. L'avantage de nous représenter étoit alors plus lucrâitif et plus commun. Au lieu d'une représentation étriquée qui s'éparpille en tout sens sur des banquettes à demi- désertes 9 nous pouvions montrer à l'Europe étonnée sept cent cinquante législateurs qtii décidoient tous les matins :de ses destinées futures par assis
^ et levé^ moyennant la valeur de quelques myribtgrammes de froment, au cours de la dernière mercuriale. Ces nouveaux républicains ne retra-
' coient pas seulement les républicains d'Athènes et de Rome par le courage et l'éloquence. Leur ressemblance plus complète s'étendoit jusques
au costume, quoique par un raffinement délicat du sentiment national y ils n'eussent pas sacrifié toutes les traditions de la patrie. La toge sénatoriale âottoit sur l'escarpin ciré à Fangloise ; les plis du jabot s'échappoient aVec goût entre les plis du laticlave, et la perruque aux ailes, de pigeon, poudrée à blanc , surmontoit élégamment le pallium. Aome n'étoit plus dans Rome ; elle étoit parmi les collègues de M. fiigonnet.
Cependant, la France ne pafrtageoit ^as toiit entière l'enthousiasme officiel daMoniteur. Les
bonnes.gens qui avoient fait les frais de la représentation, et qui ne voy.oient qu'un intermède d'assez mauvais ton danscettemascarade solennelle , soupîroient depuis long^temps s^près le déjpoùnient» 11 .y en avoit un que ' beaucoup de spectateurs ^ppeloient de tous leurs^ vœux, préparoient de tous leurs efforts , et que les malins du parterre croy oient avoir deviné 3. mais uae fatalité inexplicable voulut que les personq^g^s .essentiels ne sortissent pas 4e la coulisse, et il ^est impossible de dissimuler . fqu'un sentiment .universel de satisfaction se répandit «pafcmi les .assistaos quand Hercule descendit de& nues.
Un général fort connu dapi» ceteasps4À, et dont on-a parlé davantage depuis, débarqua dans un petit . port ' de la Méditerranée, Il fit le voyage de Fréjus à Paris ,. au bruit des acclama»'
lions de Fimmense majorité des François , dont il trompa plus tard Pespérance. Il parut ^ signifia au corps législatif de transporter, ses séances au château de Saint-Goud ; et ce qu'il y a de plus singulier, lui notifia cet ordre par un placard. Les expressions en étoient assez franches. Il se contentoit de mettre dans la balance ses victoires et ses limités, opposés aux balourdises des conseils ; . d'expliquer , par son absence ^ la re^ prise des hostilités, les revers des armées, etd'in* diquer sa présence comme l'unique garantie do la victoire et de la paix. Les conseils partirent pour Saint- Cloud. Les anciens furent logés dans la. galerie avec quelque magnificence, dit M. Bi^^ gonnet , qui étoit du conseil des cinq-cents , et les cinq-cents furent . relégués jdans l'Orangerie , dont la négligence et la mesquinerie a&Cr tées étoient de mauvais augure pour les républi* cains du 18 brumaire. Ce détail naïf n'est pa^ sans importance pour l'histoire. U y a entre les opinions d,e l'Orangerie et celles de la Galerie^ tme nuance précieuse, Tyran, qui. que tu sois., roi , conquérant ou usurpateur, si: tu veut soumettre les ppinio;ns répubUcaines ^ et traîner les libéraux à ton diar, ne les Ipge pas à l'Qran* gorie. . ^
On $ait comment cette scène se termina , et il répugne à la pudeur d'un homme et d'un
François de s'appesantir sur les détails. L^usurjpateut ne fit qu'un pas dans la salle où M. Bi« gonnet lui prit les deux bras. (Eh mon Dieu M. Bigdnnet , il ne falloit pas le lâcher. ) Après cela , il se contenta d'envoyer signifier aux cinqcents y par i^ingt grenadiers précédés d'un adju^ dant j l'ordre d'évacuer la salle. M. Bigonnet assure que cet ordre mit fin à toute irrésolution. On évacua , mais avec dignité. La troupe ne parvint à se rendre maîtresse de la place , qu'avec une lenteur qui attestoit en même temps la répugnance des vingt soldats etla noble résistance des cinq cents députés. On évacua cependant.
Les plus sages sortirent par la porte , les plus pressés sortirent par la fenêtre. Les plus braves, né quittèrent pas leurs chaises curules; on les 'retrouva dessous.
Ce changement, qui oSroiE à l'opinion monarchique 9 sinon une grande probabilité de succès , du moins une garantie assez imposante contre le retour de là monstrueuse puissance des jacobins , fit peu de sensation dans lé peuple. 11 sa*voit depuis long-temps que lès libéraux ne le cbmpltent pour quelque -chose qu'autant qu'ils en ont beàoih , et il regardoit de loin , avec une sage indifférence , leurs avantages et leurs revers. Les paysans de Saint -Cloud s*aperçurent cependant quHl's'étoit passé quelque chose de fort
ei&traordiaaîre. En voyant le parc inondé de fan-^ tomes bizarres qui fuyoient à travers les brous-^ sailles et traînoient gauchement des manteaux de pourpre } ils s'avisèrent de quelque étrange révolution: les uns craignirent qu'une troupe d'histrions n'eût pris d'assaut le sanctuaire des lois , et les autres qu'un coup d'Etat qui renversoit pour la seconde fois l'ordre du calendrier , n'eût transporté le mardi*gras en novembre.
Rien n'avoit manqué à la gloire du vainqueur que des adversaires'à combattre y et comme il ne s'entendoit pas ipal en gloire , il fut mortifié d'à* voir vaincu sans péril. Une sorte de pudeur lui reprochoit la Êicilité de son triomphe. Il sentoit que l'histoire contemporaine , attentive à chercher des sujets de dérision dans les hauts faits des aventuriers politiques, ne perdroit pas l'occasion d'assimiler la victoire aisée du 18 brumaire aux prouesses de Don Quichotte. Epouvanté de cette idée, il prescrivit à la GKo mercenaire qui burînoit ses prodiges dans des journaux déjà vendus , de relever au moins son entreprise par la supposition d'un danger. Alors fut improvisé ce roman des poignards, auquel nous avons eu la bonté de croire pendant vingt ans , et dont personne n'auroit détrompé la postérité, si une pétition intempestive n'étoit venue émouvoir les ea* Irailles patriotiques de M. D upont de l'Eure et
âe son ancien collègue M. Bigonnet. Le plaisir assez frivole de rendre Buonaparte comptable d'un petit mensonge de plus, l'emportant enGn dans ces véridiques citoyens sur l'Iionneur dé l'auguste aréopage dont ils ont &it partie, nou9 les avons vus , luttant de sincérité , pour im* primer aux républicains de l'an 8 une tache inef^ façable de ridicule^ L'apparence de la résistance la plus légère, une foible velléité de courage au<* roit absous cette espèce de représentation natio-> nale de l'opprobre d'avoir livré la France au premier tyran venu , sur l'injonction d'un caporal. La scène des poignards me plaisoit ; c'étoit la seule de ces misérables saturnales qui rappelât quelque chose de l'antiquité, qui révélât , je né dis pas l'organisation grande et prononcée d'un ré^ publicain digne de ce nom , mais l'intention et le talent du rôle. Eh bien ! cette scène , je dois vous le déclarer avec toute la grossièreté de ce style rustique et mal poli que nous reprochent les élé-' gans rédacteurs de la Renommée^ cette scène que la tragédie attendoit pour l'exposer à radmira-^ tiçn des siècles futurs , n'est que la plus impertinente des mystifications. Vous pouvez en croire M. Bigonnet; il étoit là, M. Bigonnet^ 11 reprélentoitla sept cent cinquantième partiedu peuple^ U a défilé très-lentement avec tous ceux de nos courageux représentans qui ont eu l'audace de
défiler deXBut les vingt grenadiers en question ; et M. Bigûnnet , qui étoit bien près de Buona-parte, puisqu'il à pu le prendre par le bras, n'a pas aperçu un seul poignard* La raison en est toute simple; c'est qu'il n'y en avoit point à l'Orangerie. Eh! pour quelle occasion gardoit-on les poignards, M. Bigonnet , je vous le demande? Par quel funeste hasard avoit-on négligé cet accessoire essentiel dans le vestiaire d'un législateur républicain ? A quelle cérémonie de théâtre réserviez-vous cet appareil qui vous a manqué le jour d'une usurpation? Et de quelle usurpation, M. Bigonnet! Car , vous le savez, elle fut eiécu^ -t&e cofûm senatu, comme dit Cicéron , coràm patribusy comme dit Tacite , c'est-à-dire à la face des cinq cents et des anciens y au nom d'un général qui avoit perdu la télé, par vingt grenadiers que l'aspect inaccoutumé de vos toges ma' jestueuses avoit frappés de respect ! Il est beau , sans doute, d'évacuer avec une fière lenteur une place surprise j mais il seroit plus beau de la gar^ der, ou du moins dé la défendre , quand on es^ payé pour ça.
Je serois bien en peine de dire quelle importance M. Dupont et M. Bigonnet ont attachée à la vérification tardive d'un fait qu'ils auroient eu le temps d'expliquer pendant les quatc^rze aiis quV
duré PtisurpatioD. «Taime à croire qu'ils n'ont été distraits de ce soin que par l'embarras de leurs fonctioûs administratives j mais je ne puis sous-' crire en tout à la péroraison un peu emphatique de M. Bigonnet : ce Rappelons , dit-ii , le courage » de cette assemblée attaquée comme un poste y> ennemi , et qui reste inébranlable jusqu'à ce y> que la violence arrache chacun 'de ses mem- )) bres de la place que lui a assignée la volonté . >> du peuple. » En général, on reste assez vo- Ipntiers à la place où l'on est arrêté par ses de-, yoirs, et surtout par ses intérêts, quand on. n'a aucune raison d'en sortir^ et le courage qui ne cède qu'à la violence est si commun , que ce n'est pas la peine de s'en vanter. Je n'ai vu d'ailleurs nulle trace de violence dans le récit de M. Bigonnet. Si l'on peut tenir compte de quelque vertu civile à l'assemblée dans laquelle il siégeoit» c'est purement et simplement de sa soumission à la consigne.
N ce Sachons apprécier tous ces actes de dévoue- ^ ment, continue fièrement M. Bigonnet, et » convenons que si César, marchant au sénat » pour se, ceindre le front du diadème , y reçut » la punition de son audace d'un petit noqibre
» de conjurés la conduite du conseil des
>) cinq-cents est un de ces monumens de fidé-
» lité
» lité propres à attacher les. peuplés a une re- » jpréseutatîon nationale , et a inspirer aux am-" y> bitieiix ûri juste et salutaire effroi. »
Ce raisonnement seroit une épigramme dW' excellent goût^ mais toute mon estime pour la logique de M. Bigonnet ne me le fera* jamais prendre aii sérieux. Je n'ai pas refusé de rendre justice* au bel ordre dans lequel le conseil des' cinq-cents a évacué le lieu de ses séances; mais je ne saurois croire que cette démarche , aussi prudente que méthodique ,yw//>r(C>pr^ à inspi^ rer aux ambitieux un juste et salutaire effroi* Les ambitieux ne s'eflraient pas à si bon marché. Depuis que vous m'avez appris , M. Bigonnet , qu'il n'y avoit pas de poignards à l'Orangerie^ j'éprouve j je ne sais pourquoi, que la conduite du conseil est au contraire-fort encourageante pour les ambitieux , et fort peu rassurante pour les peuples. Je trouve aussi que vous parlez avec trop de mépris de ce petit nombre de conjurés qui tuèrent César. Il est vrai que vous étiez cinq cents; mais il ne faut pas abuser de ses avantages. D'ailleurs , les noms de Cassius et de Brutus sont consacrés par le temps. A mérite égal , il faut attendre. Attendez, M. Bigonnet ; et surtout consolez-vous de ne les avoir pas imités. Les insensés crurent sauver Rome ; ils la perdirent. César avoit délivré son pays de l'intolérable ty-
rannie des tribuns, l'heurenx eiçpire de son génie avoit assoupi les prescriptions , fermé les tombeaux, efi&cé jusqu'au souvenir des temps désastreux de Marins et de Sylla. Le génie de la bberté romaine put se révolter contre lui ; mais il vei^sa plus tard des larmes sur la cendre de ce. grand hoinnie-, et Rome entière se couvrit de. deuil quand elle l'eut comparé à ^es snccesseurs.
Ci63)
Au Roi. La vérité sur V administration de la justice. Cet ouvrage présente particulière**
^ ttienl la vérité sur le jugement de More«u , potir l'exactitude de l'histoire de France , çt -^Jjôur répondre à la brochure de M. Lecourbe, intitulée : Opinion sur la conspiration de Moreau , Pichegru et autres. Ma défense avec des nK> tifs urgens pour désigner des j liages à la place de la Haute-Cour ^ à reffet de juger une prise à partie contre la Cour royalo de Paris , et juger surtout MM. Lecourbe , Thuriot et Séguier , et pour désigner auss^ une autre Cour royale a la place de celle de Paris y à Peffet de juger les causes de ceux qui l'ont prise à partie. Quelques idées très-sîm^ pies pour une nouvelle organisation judiciaire. Par J. fi. $£Ly£8 , ancien oiagistrat, ex4égis« lateur fructidorisé.
J'àî dm devoir àopîfef ce long titre totft entier , parce que je riè conhois point de titre au monde qui soit plus propre à tendre une analyse inutile , à tenir lien d'une table de chapitfës bien complète , et à donner une exacte idée du style et des formes de Tauteùr, 11 ne falloit pas moins , à' la vérité , pôui^ fe sommaire d'une simple requête de 472 pages în-i8*, que M.
Selves a j u (Ëcieiisement subdivisée en trois pointa/
et dont toutes les parties sont d'ailleurs en raison proportionnelle du yolume démesuré de l'ouvrage. Il n'y a pas un mot qui ne soit polysyllabe , quand la synonymie l'a permis , pas une phrase qui n'occupe une page , pas une période qui n'en couvre quatre y et oii la pensée , bonne ou mauvaise y fausse ou vraie , utile ou ridicule qui en tait le fond 9 ne soit délayée, dénaturée , atténuée y efiàcée, au point de devenir méconnôissable, et de se perdre dans, l'expression, sans rien laisser à l'esprit. Cela est d'autant plus fâcheux , qu'il y a des choses que M. Selves a vueà avec assez de justesse, et qu'il aùroit pu présenter avec assez d'utilité ; mais il à malheureusement l'éloquence du parquet et la logique de ia grand-chambre. Long-temps enrégimenté sous les drapeaux de la chicane, il ne sait la combattre qu'avec sa tactique. C'est un transfuge qui a passé à l'ennemi avec tout son bagage , et qui n'oppose à ses anciens camarades que des armes tirées de leurs arsenaux.
Le. premier point de M. Selves est le plus curieux. C'est celui qu'il a eu la bonté d'écrire pour Inexactitude de l^ histoire ^ et qui est aussi . çxact que tout; ce que les historiographes écrivent depuis vingt a«is. U y examine dcfux questions qu'il faut diviser : la première a rapport à la. culpabilité relative de Moreau, sur laquelle il
fst permis de ne pas partager l'opinion de M. Selves y et la seconde aux révélations de M. Lecourbe , sur lesquelles il est difficile de ne pas partager son mécontentement, quand on en examine les conséquences possibles. 11 faut cependant laisser venir la réplique de M. Lccourbe qui ne peut pas tarder beaucoup. Les disputes des gens de loi ne finissent pas en première instance.
Xe second point est moins piquant. Cest une suite de diatribes pesantes et de pliilippiques diffuses contre monsieurLegoux le procureur général , contre M. Agier le président , contre son neveu le substitut, contre son beau-père le greffier, contre M. Séguier qui porte si bien un beau nom , et contre' M. Thuriot dont il y a si peu de choses à dire. Et au milieu de tou( cela , ce sont les. cinquante procès de M. Selves rebattus jusqu'à satiété , le procès d'hypothèques , lé pro* ' ces de faux ^ le procès de frais y le procès de cent mille francs , le procès de sept francs cinquante centimes , le procès de paille , le procès de foin y et le procès Dochéne avec la gravure. Les amateurs de scandale seront cependant trompés dans leurs espérances , s'ils en cherchent dans ce me-* moire de récrimination autant que la macère en promet, ^en ne prouve que M. Selves soit mé-^ chant , et il est prouvé par son livre qu'il n'est pa& malin.
Je dirai peu de choses du troisième poiut, qui a pour objet quelques idées sur une nouvelle organisation judiciaire. J'ai sous les yeux l'exemple d'un de mes. plus ingénieux collaborateurs » qui a long-temps encouru la colère des gens de robe , pour avoir porté une main timide sur l'arche sacrée; je détourne avec respect mes regards de la pompe de ses cérémonies, je me prosterne de loin devant ses lévites, et je m'écrie comme Panurge, pressé de mettre à sacl'armée formidable des Chiqyanous : Non , vraiment je n'irai ^as!
Ce qui embarrasse le plus M. Selves, ce n'est pas d'ailleurs ce qu^il y auroit à faire pour le venger de la magistrature et des magistrats^ quoiqu'il soit peut-être de tous les plaideurs celui qui aie plus à s'en plaindre. 11 n'est que trop sûr de son fait; car M. Selves ne porte pas une ime impitoyable^, et je le crois très-disposé à craindre qu^on n'aggrave le juste châtiment de ses ennemis .au-delà de toute mesure pour faire droit à ses doléadces* Il n'est véritablement iu-* quiet que des moyens qu'on peut prendre pour récompenser ses services , et ses services sont si nombreux, qu'il a été obligé, modestie tenante]^ de leur consacrer dans son livre la plus longue parenthèse qu^l'ôn connoisse. Elle remplit trente» trois pages bien mesurées. D'abord^ et dès le lo
mai 1790 , M. Selves , qui n'est pas dô ces roya* listes dont tous les services datent du Si mars i8i4 , contribua à faire juger V alibi d'un duc et pair (je procédé par ordre chronologique, et non par gradation , car dans le dernier cas , l'alibi de ce duc et pair m'auroit paru le service le plus important de M. Selves). U a partage le sort du petit nombre de suspects qui ont subi la réclusion en 1 7g3 \ mais il convient que les amis de la sagesse l'en ont un peu dédommagé en le nommant de temps en temps président de leurs assemblées électorales , et cette intermittence de persécutions et de présidences SQubge effectivement l'âme du lecteur. Il a &it soumissionner des biens nationaux sans avoir la possibilité, le temps ou le dessein de les payer , et il a sauvé de cette manière trente mille livres do rentes à un comte émigré qui est aussi pair de France (les services de M. Selves portent bonheur). Il a failli subir enfin la déportation au 18 fructidor, avec un grand nombre d'autres qui u'étoient pas tous, à la vérité, des royalistes profés. Après cette récapitulation écrite de bonne foi, et qui honore au moins la naïveté de M. Selves, M. Selves s^ demande ingénument ce qu'il doit demander au Jloi , et consulte sur cette question avec son lecteur qui ne le sait pas mieux que lui. ce 11 sollici-^ 3» teroit volontiers la noblesse , mais il craindroit^
» lorsquHl a tant d'enfans et de petits-enfans j » de les exposer a dâroger pour satisfaire leurs » besoins, surtout tant que les nouveaux cas de y) dérogeance ne sont pas fixés, malgré que dans y> le nouvel état de nos chères lumières ^îls doîy> vent être moins nombreux qu^ils V étaient ZW' » trefois , car ils ne défendront pas sans doute » (les cas de dérogeance) tout commerce qui » ne seroit pas fait sous balle et sous corde, ni » l^état d^ artiste j sans pourtant permettre au y> comte, au marquis, au baron, ni au chevay) lier de vendre pour deux sous de vin ou de » rhubarbe,, ni d'être histrion , parce que nos )> mœurs n'en sont pas encore au point de pou-^ ». voir imiter de si près les Anglois,. chez lesquek y> on voit le chevalier teldixx nombre des fripiers, y> le duc tel au nombre des tailleurs. » Et M. Sel^ ves seroit désespéré qu'on pût confondre ses descendans avec des chevaliers et des ducs. Il ne souffrira^. pas de dérogeance dans sa fieimille.
Si, M. Selves avoit désiré quelquç décoration , il se seroit fait militaire , parce que la seule agréable pour lui eût été celle de Saint-Louis ; mais il ne la sollicite pas , tant son caractère est porté à la modération en toutes choses. Il est une marque d'illustration cependant, la décoration de. l'ordre de Saint-Michel a encore intacte i> depuis le retour du Roi , et qui étoit surtout
)v la récompense des roturiers studieux et actifs » qui servoient et aimoient véritablement les >) sciences , la monarchie et le monarque . : c'est » la seule, dit M. SeWes, quej'ambitionnerois, » si jamais le désir d'être décoré pouvoit m'at- » teindre. » La cour où l'on doit lire avec beaucoup d'attention le placet de M. Selyes, et où l'on n'a probablement rien de mieux à &ire, verra du premier coup-d'œil ce qu'il y a de spirituel dans cette petite insinuation. C'est évidemment une attention délicate par laquelle M. Selves, que le désir d'être décoré commence à atteindre, sauve à la munificence du souverain l'embarras de choisir pour lui. On est bien heureux, quand on prend plaisir a récompenser le dévouement d'un sujet fidèle, de pouvoir pénétrer ainsi les secrets les plus cachés de son cœur. Je ne vois pas trop comment on se dispenseroit de donner àM . Selves la croix de Saint-Louis ou la croix de Saint-A£chel à son choix, chacune des deux étant la seule qu'il désire , et d'anoblir ses enfans et ses petits-en&ns, après avoir bien et dûment fixé les cas de dérogeance qu'on ne sau^ roit d'ailleurs fixer trop vite. Il est même déjà un peu tard pour y penser.
M. Selves , qui est un ancien magistrat , un ancien législateur, et même un ancien littérateur^ car il a fait presque autant de volumes qu'il
( 170 ) a eu de procès , pourroit bien avoir le style du plaidoyer; mais ce n'est pas celui qu'on se forme à Fëcole de Patru et de Pélisson. Indépendamment de la longueur mortelle de ses périodes, de l'embarras inextricable de ses phrases incidentes, de l'accumulation assommant^, de ses augmentati&, de ses diminutifs, de ses réti^ cences et de ces restrictions , du défaut absolu d'élégance et d'harmonie, il viole à tout moment la correction d'une manière quiseroit choquante , niéme au barreau. J'ai donné quelques eiemples de ces différens défauts dans une citation prise au hasard. Quant à la périphrase de deux feuilles d'impression , qui est le prototype ou l'idéal du genre prolixe , le lecteur la trouvera eptre la page 65 et la page g8. J'aime à croire qu'il me dispense de bon cœur de la rapporter textuellement.
M. Selves parle de deux ouvrage^ qui lui ont coûté chacun vingt ans , et dont l'un n'a pas plus de 91 pages. Celui-ci ne l'a pas occupé dans h. même proportion , car le Mémoire de M. Lecourbe, qui y a donné lieu , n'a guère que huit mois de date. S'il m'étoit permis de conseiller quelque chose à M. Selves, je voudrois qu'il réduisit son dernier volume à 61 pages, et qu'il prît vingt ans pour cela : ce seroit un répit honnête pour ses parties adverses j pour ses juges et pour (Les lecteurs.
A a reste , M. Selveç oonnott trop bien les af- Ëiires, pour se croire condamné en dernier lè^ sort par un article de journal. Il est maître de décliner ma c^ompétence y de se pourvoir contre pioi devant qui de droit j et de faire casser ma sentence dans les formes^ Ce !|?ra, je crois , la quatorzième dont il obtiendra la mocation cette année, et je ne me crois pas plus in&illible que la Cour royale. Il pourra même y procéder librement , sans inoidé|3^ et sans chicane; car je m'engajge formellement envfirs lut a faire dé&ut sur J'àppeL
Mémoires mr la guerre des François en Espagne ; par M. de RoccA.
On n'a que trop bien qualifié la guerre dlËspagne quand on Pa appelée une guerre impie.
C'est un des grands crimes politiques du dernier âge de notre histoire , qui n'a été que trop fertile en crimes de toute espèce; mais ce crime appartient tout entier au funeste génie qui l'a jconçu ; et la postérité n'en accusera ni la France, quiJe condamnoit assez hautement , ni l'ar* roée, dont les forces , essentiellement passives , obéissent à l'impulsion du pouvoir souverain, et ne la déterminent point. Tout ce que pouvoit l'armée , c'étoit de racheter , à force de gloire et même de vertus , comme elle n'a jamais cessé de le Élire, l'injustice des projets de Buonaparte et la violence de ces conquêtes. Ce témoignage lui a été rendu , m^me par les ennemis qu'elle avoit à combattre , et il sera confirmé par l'avenir, juste appréciateur du présent.
L'action des François sur l'Europe depuis la révolution , et surtout sous le gouvernement impérial , a été déterminée par une force étran* gère ; mais leur caractère s'est conservé presque sans altération. On est quelquefois étonné de retrouver au miHeu des plus déplorables catastrophes de la guerre , je ne dis pas seulement la
( 173 ) gàiërositë naturelle à la nation , mais son ama-r bilité franche et sa gaîté spirituellie. (( Le To-* Ji boso, dit M. de Bocca, ressemble parfaite^ » ment à la description qi^'en a faite Michel » Gervantes'dans le poème immortel de Don » Quichotte de la Manche. Si ce héros ima* y> ginaire ne fut pas pendant sa yie d'un grand » secours aux veuves et aux orphelins , au moins » son. souvenir protégea-t*iI contre les désasy> très de la guerre la patrie supposée de sa » Dulcinée. Dès que lès soldats françois entre- » voyoient une fepime aux fqnétres , ils . s'é- >>.crioient en riaut : f^oilà Dulcinée ! heuv » gaîté rassura les habitans ; loin de s'enfuir y y> comme à l'ordinaire , à. la première .vue de » nos avant^gardes , ils se rassemblèrent pour ». nous voir passer. Les plaisanteries sur Dul-^ 9 cinée et Don Quichotte furent un heu com- }>v mun entre nos soldats et les habitans du To- :» bosO) et les François^ bien accueillis y trai-. » tèrent à leur tour leurs hôtes avec douceur. » Lacivâisationa beaucoup gagné depuis cq con-* quérant qui respecta Thèbes en Ëiveur de Pindare : c'est une ajrmee entière qui fait le même honneur 4 ^^TJiUage en &veur d'une fiction de Cervantes.
Il est: très-bon ) de recueillir ces traits caracl^tiques d!tme graixde épopée pour l'instruc^
qm se met en scène avec beaucoup de grâce ^ n'exigent pas tant de solennité, et peuvent avoir bien plus de charme que les sérieux Commentaires d'un tacticien qui ne voit que des redoutes dans les anciennes fabriques des Arabes , et que de belles positions militaires dans les sites charmans de l'Andalousie* Il me semble d'ailleurs que Part de relever de grands événemens par de petits détails , et de grandes physiono-mies par de petits traits , cet art si Ëtmilier à Plutarque , et qui rend sa lecture si délicieuse , est le caractère distinctif de l'esprit de M. de Rocca; et si je lui reproche quelque chose , c'est d'avoir exercé cet art avec trojp d'économie suif une matière si riche. Un artiste diroit mieux que moi à quel style de peinture se rapportent vingt tableaux épars dans les m>émcires de M. de Rocca; mais je crois que ce petit bipouac ^ sur lequel je tombe à l'ouverture dii livre , feroit envié à Wouvermans. ce Soit que nous habitassions dans » des maisons , dit-il , soit que nous fussions au y> bivouac dans les champs , notre genre d'exis- » tence étoit le même j seulement, au lieu do ^ nous transporter d'une maison dans ilne au- 30 tre y nous quittions notre feu pour aller nous » placer auprès de celui de nos camarades. Là ^ » nous passions les longues nuits à boire , et à
» parler
» parler d^s événemens prësèns de la guerre , » ou bien à entendre W récit des campagnes » passées. Quelquefois un cheval, totirmenté » par le froid de la rosée, «ux approches du » jour , arrachoit le piquet auquel il étoit atta- » ché 9 et venoit doucement avancer sa tête au* » près du feu pour réchaufier ses naseaux , 7> comme si ce vieux serviteur eut voulu rappe- » 1er qu'il étoit aussi préseqt à l'afl&ire qu'on ^ racontoit. »
A côté d'un tableau qui se recommande , cpiiime celui-ci , par sa piquante originalité , il seroit facile d'en faire reniarquer plusieurs qui se distinguent par une singulière vigueur de pinceau. Je citerai , dans le nombre , cette en^ trée des François à Madrid , dont les couleurs énergiques et franches produisent une espèce d'illusion : «Un môrne silence . avoit succédé » à l'agitation tumultueuse et bruyante qui )> régnoit la' veille au-dedans et au-dehorsdes » murs de cette capitale. Les rues par où nous » entrâmes étoient désertes , et on n'avoît point ï> encore roqvert , sur lès places, les. boutique^ :o nombreuses des tnarchands de comestibles, » Les porteiirs d'eau étoient les seuls habitans » qui n'eussent point interrompu leurs fonc- )) tions accoutumées. Ils se promenoient, en » criant ayec: l'accent JdasiUardet traînant qu'ils II. 12
( 178 ) y> apportent de lears montagnes de Galice :
» Quien quiere agua ? Qui veut de Peau ?
j> Personne ne se présentant pour en acheter , )i l'aguador se rëpondoit de temps en temps ^ » tristement à lui-même : Dios que la da y » Dieu qui la donne , et il recommençoit à crier. » En avançant vers le centre de Madrid, on » voyoit quelques groupes d'Espagnols qui se » tenoient debout , enveloppés dans leurs grands » manteaux, auxangles d'une place oùîls avoient »' l'habitude de se réunir auparavant en grand y> nombre : ils nous regardoient d'un œil mor- » ne et abattu ; leur orgueil national étoit si 7> grand , qu'ib pouvoient à peine se persuader >> que des soldats qui n'étoient pas Espagnols » eussent pu vaincre des Espagnols. Lorsqu'ils JO' voyoient par hasard dans nos rangs des'che- » vaux pris à la cavalerie ennemie, montés » par nos 4iussards , ils les reconnoissoient aus- 3f> sitôt à leur allure, et ils se réveilloiènt de » leur stupeur , se disant les uns aux autres : » Este cauallo es espanol^ ce cheval est es- » pagnol , comme si c'eût été l'unique cause de » nos succès. » Il me semble qu'on ne contestera pas la justesse de ma métaphore, et que l'on conviendra qu'écrire de cette manière , c'est peindre.
Je m'aperçois , en finissant cçt article , que
( 179 ) j'ai rapporté beaucoup de passages de l'ouvi^gd de M. de Rocca , sans passer les premiers pages ^ et cependant je trouve , en les relisant , qu'il y avoit peut-être moyen de mieux choisir. Cet embarras d'un journaliste entre le bien et le mieux est , en effet ^ une chose assez peu commune pour qu'elle vaille la peine d'être remar« quéej mais je me crois sûr qu'il n'étonnera point les personnes qui connoissent déjà le li-^ vre qui l'a causé. Je n'ai point parlé des £siits j^ parce qu'il faut les voir dans leur enchaînement^ et que je tromperois le lecteur sur la manière dont ils sont présentés , en les resserrant dans un sommaire aride et incomplet} mais l'opinion de tous les militaires que j'ai eu ocçaâon de consulter me garantit leur eiactitude. C'est un mérite encore plus rare que l'éléganoe chez les historiens de notre temps.
aa.
Procès et Meurtre de Charles /"^ roi d^uin-gleterre. — Procès des i^ingt^neuf Régicides mis en jugement après la Restauration de Charles H.
La mort de Charles P' est la catastrophe d'une tragédie épouvantable qui n'est que trop connue y mais dont les détails perdus dans un laps de cent quatre-vingts ans, ou effacés par des souvenirs plus récens et plus cruels pour des François, peuvent échapper au lecteur. Je me crois autorisé à les retracer dans un. article préliminaire, dont Fobjet, digne de l'intérêt de fous tes âges e£ de tous les liommes , nous oSre suFbont un étrange intérêt d'analogie. On en jugera. .
Il se' trouvoit alors une assemblée politique qui avoit reconnu les droits imprescriptibles des peuples, et qui cependant se déclara indissoluble en essence , c'est-à-dire nonobstant cette souveraineté hypothétique qu'elle prenoit pour base. Dans la vue d'assurer son pouvoir, elle ne cessa d'agir sur l'opinion pubUque par des discours, par des écrits, par des adresses artificieuses , ou par des doléances mendiées. L'abus ae la presse fut porté au comble, sous prétexte de liberté j l'exagération des clubs, sorte de sénats illicites qui jugeoient témérai-
renient de toutes les lois , alla plus loin s'il est possible. Le fànatisoie se fit une langue, jargon plein de duplicité et d'emphase , captieux pour les simples , et inintelligible aux hommes droits. Les abus anciens avoient été le motif vrai ou faux de< la première émotion populaire. Us de^ vinrent un prétexte pour la perpétuer, même quand toutes les réclamations avoient été écoutées , accueillies , couronnées par un incroyable succès. Les institutions les plus importantes périrent; Fautel perdit ses ministres 3 l'armée se renouvela. On inventa des crimes pour les royalistes , et les inventions les plus absurdes furent les mieux accueillies. On ne s'étonnoit point qu'un conspirateur eût miné un fleuve ou rasé une forteresse. Il falloit un cri de ralliement ; ce fut un cri d'alarme et de désorga^ nisation. Point de roi! point de supériorité civile! guerre aux châteaux ! égalité absolue! Sur tous ces cris s'élevoit ce cri de mort , qui en est l'expression la plus juste, et qu'on a placé avec tant de discernement à la fin des mots de la révolution, parce qu'il est le mot, le seul mot de la révolution.
La vertu du roi avoit été inutile contre cet orage. Et à quoi sert la vertu quand le crime est tout puissant? Ses concessions elles-mêmes,.
•es conoessioiis toujours croissantes et si peu mesurées que la postérité les a taxées de quelque foiblesse y dévoient être comptées un jour parmi ses for&its. Le roi devoit êlre jugé ; mais un simple assassinat n'auroit pas rempli les vues des &ctieux : ceux-ci vouloient un crime qui eût Pair d'être national, qui engageât les foibles , et dont la honte et le péril retombassent un jour sur d'autres que sur les meurtriers. . On avoit besoin d'un plan , d'une suite de formalités , d'une apparence de procédure y où la cruauté la plus monstrueuse seroit couverte par l'audace la plus inouïe! Un corps prétendu représentatif s'arrogea le pouvoir de juger. Les calomnies les plus atroces et les plus dégoûtantes furent répandues sur le compte du roi, parce qu'il falloit, avant de tuer le rôi, tuer le respect religieux , qui est la sauvegarde des trônes. On alla jusqu'à l'accuser d'avoir/fait couler le ^ang de ses sujets , quand il étoit Vrai qu'un seul acte de sévère justice auroit peutêtre écarté tous ses malheurs ! P^odant sa détention , les rebelles ne lui épargnèrent aucun genre de vexation. La plupart de ses serviteurs furent éloignés de lui ; on lîe lui permit pas de communiquer avec ses amis. Le.feret le poison ne cessèrent de le menacer ^ jusqu'à ce qu'on
eût &mîliansé Pesprit du peuple avec ridée de ce jugement sacrilège dont ou se refusait encore à comprendre la possibilité.
Tandis que ce dernier attentat se préparoit y le roi consoloit son cœur dans le sein de la religion. Il n'y avoit en lui rien de dur, rien d'austère, rien qui lui inspirât du ressentiment contre ses ennemis, rien qui l'alarmât sur ses destinées futures. Le grand Etre lui ouvroit ses bras, il l'appeloit à lui comme un martyr choisi pour l'instruction et l'édification des siècles , et il lui offroit en échange des persécutions momentanées de l'injustice et de la tyrannie, une éternité de gloire et de récompenses.
Les juges du roi s'intituloient, comme je l'ai dit, les représentans du peuple. Cétoient pour la plupart des &natiques mal &més et de basse extraction , poussés au plus horrible excès par quelques gens de lois séditieux. Après là lecture de l'acte, le président dit au roi qu'il poupoit parler. Le roi montra dans ce singulier colloque d'un souverain captif avec un ramas de révoltés, une grande présence d'esprit et une plus grande force d^âme. Il unit dans toutes ses réponses la clarté de l'expression à la justesse de la pensée« Le pouvoir inique qu'on exerçoit sur lui ne put faire sortir son âme des. bornes d'une modération merveilleuse. Elle su-
bit cette rigoureuse épreuve sans affectation y sansefibrt, et comme si eHe avoit contemple, d'une hauteur inaccessible aux hommes, les inutiles efforts de Fin justice et de la méchanceté.
La mort fut prononcée. Le roi Pattendît avec calme, entre la lecture et les exercices de piété dont il n'avoit jamab négligé Fusagé. Il lui fut permis dé voir sa famille, qui reçut de lui les marques de tendresse les plus vives, et des conseils déjà empreints du sceau d'une majesté presque divine. Il dormit paisiblement pendant toute la nuit qui précéda son supplice. Le matin du jour &tal , il se leva de très - bonne heure, et donna des soins particuliers à son habillement. Le ministre de la religion, dont les soins lui furent accordés, passa plusieurs heures en prières avec lui : Sïre^ lui dit-il , encore un pas, un pas difficile; mais gui i^a vous conduire au ciel! — Je i^ais , répondit le roi, changer une couronne périssable contre une couronne incorruptible et immortelle.
Ce roi fut grand sans doute ; mais une bonté plus qu'humaine fut la plus éminente de ses qualités. SHl nuisit quelquefois aux affaires, riïistoire ne s'en prendra qu'à sa modestie, qui déféra mal à propos à l'avis des personnes d'une
capacité inférieure à la sienne. Plus propre à conduire un gouvernement régulier et paisible , qu'à éhider ou repousser les assauts d'une assemblée populaire en révolution permanente^ il parut manquer souvent du courage d'agir; mais celui de souffrir ne lui manqua jamais. 11* étoit né, pour son malheur, dans des circons-* tances difficiles, et s'il ne parvint pas à les vaincre j on n'en peut rien conclure , sinon qu'elles étoient impossibles à vaincre , puisque si long-temps après l'événement , et à la suite de tant d'expériences nouvelles, c'est encore un problème de savoir ce qu'il auroit, dû faire. Disons mieux, il eut peut-être à choisir entre urne mort certaine, et des résolutions hasardées dans l'intérêt de ses peuples : il le sentit , et il choisit la mort. Cette solution de sa conduite peut tenir lieu de tous les éloges.
Le roi laissa , en moui-anl, ime touchante image dé lui même dans un écrit £imeux , chef-' d'oeuvre de l'éloquence du cœur, et le plus beau monument humain de piété, de douceur et d'humanité. Ce testament fut depuis une des garanties les plus essentielles et les plus respectées de la restauration.
La monarchie n'existoit plus; et comme si l'état social avoit dû tomber avec elle et se renouveler sur ses débris^ les représentans du
peuple annulèrent le passé; ils fondèrent une nouvelle ère, un nouveau calendrier, et Van I^^ de la, liberté data d'un assassinat; les effigies des rois furent renversées ; et celui qui venoit d'être égorgé de la main des bourreaux , par Tordre de quelques tyrans impies , fut appelé le dernier des tyrans : qualification dérisoire et atroce , digne d'une pareille époque et d'un pareil sénat.
Je n'insisterai pas sur tous les attentats qui signalèrent ces déplorables jours : impôts arbitraires et vexatoires d'un genre jusqu'alors inconnu \ prostitutions des emplois aux hommes les plus abjects et les plus flétris; loi de suspicion qui mettoit la plupart des citoyens honnêtes à la discrétion de quelques brigands^ proscription de la religion catholique et de ses prêtres ; suspension au moins impUcite de toutes les obligations morales et naturelles; anéantissement de l'institution sacrée du mariage, réduit à une simple formule civile , dissoluble au gré dos contractans; usurpation de tous les pouvoirs ; dilapidation de toute la fortune publique; décimation journalière d'une génération vouée aux écha&uds, et dont le sang paroissoit devoir tarir avant que la soif dei ses oppres^urs fût entièrement assouvie! J'arriverai promptement à une époque où toutes QQS^
fureurs furent rachetées par quelque gloire; car il est ordinaire que les révolutions, qui exaltent au plus haut degré les passions humaines, et qui développent tout ce qu'elles ont de rebutant et de hideux, mettent aussi dans leur jour les côtés généreux du caractère national. Ce peuple, qui étoit presque hors de la société sous le rapport politique, devint très-imposant sous le rapport miU taire. Brave, magnanime, terrible, il contint l'Europe par la puissance formidable de ses armes ; et son poids dans la balance des états semble s'accroître de tout ce qu'il ayoit perdu dans celle de la justice. Il se fit respecter ou craindre au dehors , tandis que , par un jeu singulier d'événemens, il subissoit au dedans le joug extraordinaire .d'un aventurier naguère inconnu de la nation^ mais qui avoit eu l'adresse de se revêtir de sa gloire ^ et de s'en faire un palladium à la &ce de la terre. La vanité, qui est très-irritable dans le pays dont je parle , n'endurpit pas cette humiliation sans murmures! mais, flattée d'un autre côté par l'action menaçante que la force militaire exercoit au loin; elle dévoroit en secret ses outrages , ou les cachoit sous de nouveaux triomphes. C'est à ce prix qu'elle accepta la dominationd'un homme de l'extraction la plus commune, d'une éducation nulle ou mal faite,
qui n'avoit jamais compté un ami même parmi ses créatures, qui n'offroit de caution à son parti que celle d'un crime solidaire ; esprit double, artificieux, farouche, dont la grossièreté brutale révoltoit jusqu'à la bassesse, dont la perfidie fatiguoit la patience des esclaves , dont la férocité fatiguoit le bras des exécuteurs ; de Cromwell enfin : car c'est de lui , c'est de la la révolution angloise qu'il est question ; et conviens qu'on auroit pu s'y tromper. Je conviens qu'on pourroit me reprocher d'avoir usé du privilège d'une allusion facile pour plier à mon dessein des détails oubliés : rien ne seroit plus injuste. J'ai suivi dans ce tableau la marche de Hume, j'ai quelqu^ois employé ses expressions. Je me suis borné à développer un rapprochement aperçu par le sage et profond M. de Maistre, en 1797, d'une manière bien profonde, puisque son génie prévoyant n'a pas attendu, pour deviner notre Cromwell, que les vengeances du ciel nous l'eussent envoyé. S'il y a une leçon dans ce concours de faits analogues , elle sort tout entière et sans recherche de la comparaison des faits historiques simplement racontés. Et quelle leçon que l'histoire , si ' l'expérience des générations passées n'étoit pas toujours perdue pour les générations^ qui les suivent !
Continuation.
Les révolutions d'Angleterre sous Charles P', ^ de France sous Louis XVI , offrent des rapprochemens de Êiits qui produisent une espèce d'illusion. C'est le sentiment qui a ^dû résulter de mon premier article pour les personnes auxquelles cette malheureuse période de l'histoire d'Angleterre n'étoit pas très^familière, et qui n'avoit pas eu. l'occasion de faire cette comparaison d'elles-mêmes. A compter de la restauration, les circonstances prennent un aspect un peu différent-, et annoncent pour l'avenir une autre combinaison d'événemens ; mais cette diSerence est. remarquable surtout dans les moti& apparens qui ont dirigé les régicides.
Rien ne seroit plus étrange que de trouver, en dernière analyse, qu'ils appartiennent à la même révolution ^t au même parti , si une pareille recherche n'excédoit pas le genre et les bornes d'mi article de journal : cela seroit d'aii-^ leurs ioipossible; car les révolutionnaires sont loyaux et ne parlent qu'un langage.
Les* régicides frahçois étoient les représentans de ce qu'on appelle un siècle avancé , c'est-àdire d'un siècle ^ul ne croit rien et qui, par conséquent, ne sait rien. Ils réunissoient en €ux les fausses lumières et les mœurs perverses
( 19<> ) <le Page le plus corrompu des nations (i). Us ne reconnoissoient pas plus d'autorité divine que d'autorité politique. Toutes les institutions que l'homme a reçues Ou que l'homme s'est données leur étoient également odieuses^ et leur haine effrénée pour les puissances protectrices de la société auroit sacrifié le fils de Dieu comme le fUs de S. Louis. Ce n'étoient pas seulement des régicides , c'étoient des déicides qui avoient juré la destruction de l'autel et du trône, parce que chez tous les peuples l'autel et le trône sont le double symbole de l'ordre , et que tout ce qui rappeloit une idée d'ordre étoit incompatible avec la révolution.
Les régicides anglois paroissent au contraire
- '■ ■ ' ' ■ I m W II II ■ ■ Il I 11 II I .1 ■<■— ^i.»
(i) Pen donnerai un seul exemple , qui ne doit pas être perdu pourla biographie. Dans cette classe d^homjnes , il en est certainement quelques-uns qui ont pu laisser un prétexte à Testime des gens de parti , et même à ce! le des enthousiastes désintéressés. Ceux que j'ai entendu nommer le plus souvent sont Saint-Just et Camille Desmoulins. Le premier jétoit connu dans la basse littérature par un poëme très-obscène ; le second venoit d'y débuter par une traduction de l'w^/oisia , plus impudente que roriginal. On frémit de terreur et de honte quand on pense que c'est & de tels législateurs que fut abandonnée lé réforme d'an grand peuple qui u'ayoitplus ni Roi, ni Dieu.
étàs hommes religieux. Us feigQoient du moins de l'être , pour concilier à leur parti Topinion du peuple qui estime encore la foi et la piété ^ même quand il en a oublié les pratiques. Leurs discours respiroient une exaltation qui alloit jusqu'au Ëinatisme. Ils avoient le langage figuré, les hyperboles mystiques et les citations pédan* lesques de nos ligueurs. On pourroit les appeler les ligueurs de la Réforme, et rien ne prouve que le triomphe de la ligue, qui étoit possible dans les événemens d'une guerre ci* vile, n'eut pas produit chez nous un régicide juridique deux cents ans avant la mort de Louis XVt. Henri IV épargna ce crime à son siècle en rentrant de bonne foi dans la religion catholique ; mais il périt un peu plus tard sous les coups d'un assassin. Charles P' ne fut pas moins sincère dans son attachement à la Réforme ; mais ses protestations ne désarmèrent pas un sénat de bourreaux qui avoit soif du sang d'un roi. Les garanties qu'on donne aux scélérats sont perdues tant qu'elles ne sont que des foiblesses, parce qu'ils n'y croient pas. Les usurpateurs savent ce qu'il leur faut, et ce secret leur réussit bien.
Louis XYI porta très -loin les concessions qu'un souverain éclairé doit à un siècle corrompu. Je ne parle pas d'une constitutioa
reçue, jurée, observée. Louis XVl ne juroitpas en yain, et jusqu'ici les rois n'ont pas défait de constitutions en France; mais personne n'igtiore qu'il ne voulut pas ou qu'il ne: daigna pas contester la compétence d'un amas d'aventuriers dont une partie sortoit des tréteaux de la province, des Petites -Maisons ou des bagnes. L'héritier du trône de Louis XIY se soumit, sans murmurer, à la )uridictioii monstrueuse d'une poignée de^ misérables , dont le témoignage, noté d'in&mÎQ, n'auroit pas été admis par le plus petit officier de justice. Marat, dégoûtant de lèpie et d'ivresse, vint prononcer la mort du père du peuple , et ce vote hideux Aitrainala majorité. Quel siècle et quelle histoire!
La chambre qui osa juger Charles P^ étoit une fraction illégale des pouvoirs constitutioanels y elle appartenoit toutefois à un ordre de choses auquel la volonté royale avoit concouru : elle avoit pour elle uxjte &u|se légalité et une hypocrisie de formes q.ui pouvoient rassurer jusqu'à un certain point la conscience peu exigeante de la soldatesqiie et de la populace égarées. La révolution angloise étoit liée d'ailleurs à un0 de ces guerre^ de religion où les séditieux s'appuient sur une autorité supérieure à l'autorité royale elle-mêoie, pour
miner
miner secrètement Pune. et l'autre. Il ëtoît donc lie iû dignité du monarque de lutter contre l'accusation , de toutes les forces que lui donnoient son t^og et son cat*actère. Charles P' ne se découvrit point devant le prétendu tr^itnal qui s'arrogeoit ïe droit de le juger, il répondit aux questions insolentes et captieuses de Bradshaiv avec la fierté qui convenoît au chef de Fétat , et surtout au chef de l'état injustement accusé. Voilà deui^onduites difiërentés, qui paroissent également réglées par une raison ^u« périeure, let qui aboutissent à deux morts également généreuses et sublimes. Bu temps de Charles 1*', la religion, invoquée par les régicides eux-méràes ^ devoit rester debctbt après lui. Il suî&soit qu'il niourAt en roi: Au mois de janvier 17939 toutes les bases de la sodëté étoient détruites. La vertu d'un homme 'ne pouvoit liicn Xîontre la perversité de tôuà. Il felloit à cette génération f exemple de 'la résignation d'un sàirrt , et du courage d^un martyr.
Les révolutionnaires anglois se rapproèhèrent cependant des nôtres dans leur système de défense. Cétoit la preraièÉ-e fois qi/on étabBssoik l'inconcevable dtstinôtion de là souveraineté de droit y et de la souveraineté de fait ^ et qu^tin grand coupable osoit alléguer pour sa justiû-- IL i3
cation les rumeurs du peuple et les menaces des soldats. Cette doctrine parut extraordinaire et scandaleuse aux juges des régici4es. Il est vrai qu'eUç étoit alors inouïe en lé^sla):ion.
Les lecteurs , qui seront curieux de pousser plus loin ces rapprochemens, trouveront à se satis&ire dans le. livre que j'annonce, et où la matière me sem];>Ie épuisée. Us y reverront, sous des noms étrangers , les hommes de la ré- :Volution française , leurs systèmes , leurs inconséquences, leurs ex.cès, et quelquefois des circonstances si spéciales , qu'on a peine à ne pas confondre les ups et les autres. Si le bou-> cher ne s'appeloit pas Harrisson, si le bras* seur ne s^ppeloit pa# Scot, on croiroit qu^il est encore question de Legendre et de Saii* terre. On prendroit l'histoire de la dissolution du Parleosient pour, une allusion romanesque au 18 brumaire, si CromvreU n'avoit pas existé. 11 p'y,a rien de nouveau sous le soleil, et il .n'y a rien de moins nouveau que la politique des tyrans.
, Le rétablissement de Charles II sur le trône de son père avoit été accompagné d'un acte d'abolition et d'oubli pour ce qui s'étoit passé depuis le commencement des troubles. Quarante-neuf des prétendus juges de Chai4es I^' fijr^it seuls exceptés de cette disposition, et
(195) tout récours ^ eu pardon fut interdit à cent d'entre ein qui ne se rendroient pas en prisoA sous quinze jours. On leur assimila les princi<paux provocateurs et les agens les plus imnié-> diab du régicide : un. homme de loi nommé Cook, qui avoit porté l'acte d'accusation au nom des communes; mi prédicant Pélers^ le ' Garasse deWestminster, qui appeloit Charles V* le Barabas de Tf^indsor, et qui eut quelquefois lé mente de faire sourire Gromwell ; le&meùx marquis d'Argyle, dont la lâche trar hison livra le roi aux parlementaires; le capi-* taine Hulet, surnommé j9ar&^-6m^^ convaincu d'avoir fait , dans la fatale journée du 5o janvier y l\)ffice d'exécuteur , pour une gratification de quinze liprès; et je ne sais quels autres misérables de là même trempe. Cétoit ce qui restoit, dans;leur langage mystique , de la bonne meille cause des assassins. I>ix*sept subirent la peine de mort; presque tous avec la résolution du iÊinatisme!^ et certains daUs un état d'en* thousiasme extatique i qu'on ne. croiroit dpnpé qu'aux cohfissseùrs de la vérité. Mais cette partie des anci^nes relations pourroit bien avoir été altérée paff le^zèie intér^essé dc: quelques. conçiplices^ . Cromv^ell, Ireton , Price et fifadsh^ furent arrachés de leurs magnifiques tombeau^^ ,
suspendus, dans leurs ^Qpeuk» et . .euteçi|ép ]^u
pied du gibet. Monson, Mildoaay et Wallop tie fqrent pas eiécutés. On les trathn snr la olaie , la corde an cou , jmsqu'À Tybum , et on les conduisit en prison pour y finir leiir vie. Tous les autres, quoique reconnus coupables, obtinrent la remise de leur peine , parce qu'au lieu de pallier le crime par des sopbismes monstruewi qui ëtoippt un crime nouveau con6*e Tordre social , ils n'implorèrent la idémence du souverain qu-en se dévouant à la pistice. De ce nombre fut^ent le bourreau pnéme de Ghar-^ le^ P', et cet Augustin Garland,? bien plus eiécrable encore, qui , après avoir signé l'ordre de condamnation et Pordre d'eséculion , atten-' dit Charlej» P' sur sod ^passage,- pour lui cracher à la figure. Le témpiu qui déposoit de ce -fait se rappeloit que le roi a^oit mis > sa maki dans sa poche gauche ; mais il n'-étoit pas sûr qii^il se fÂtç$suyé.i(cLe roi Vest^essuyé, r^rit !]^ vivemeilt le solËcôleur^énéral y mais 'Augustin » Garland,' quelque temps qu'il puisse /vivre , y> n^essuiera jëmttis cette tache;«)r -^ ' '
Ijelle est à peu près l'histoire dé h* réaclîon d'Angleterre. Je ne sois ^si elle a "SatisÊiit entièrement a la:jtfStiée; mais elle^nfe^fut que trop "^gbfi^ ^auit"-yeux de l'humanité;* Félicitons < îéSf' ^tivértîetjienS'qui ii'oBft pas été obligés de iïé^cfi^èr hin'grilnd appareil de force pour aês*
(197) • surer la tranquillité de l'ét^, et pour arrêter le cburs des agitations poIitiqiW.
Le procès de Charles P' n avoit été imprimé que deux ou trois fois en France. Les anciennes cditiops sont fort incom{j€^te& et a$$ez,rares:, et la dernière imprimée pai^ les ordres ei:.$ou$ )es auspices deU Convention ,. après le meurtre de LojaisXYly est scandaleuc^m^nt infidèle. Quaut au procès, des régicides, on ne l'avOtit jamais* lu, dans notre langue. L'ouvrage que j'annonce prendra donc dans 1^ bonnes bibliothèques une plaee encore vide j et Fîntérét d'analo^e qui le rattache à notre propre histoire, le recommande plus que jamais à la curiosité. U offre, dans la succession des Êiits l'exactitvule
scrupuleuse des actes des tribunauK ; il pré^onte leur ensemble dans des précis^ pleins d'ordrq çt de sens , presque toujours empruni;és avec isa-, gacitéaux écrivains les plus judicieux d'Angle-^ terre ; certaines questions , enfin , s'y trouvent éclaircies , , mais rareoient et jamais sans nécessité, dans, des notes qui- annoncent l'habitude d'observer et le talent 4e discuter. Je le regarde commç un excellent objet d'étude pour . les peuples , et je regrette amèrement de n'avoir pas vécu dans un temps oà sa lecture n'aurmt excité qu'une émotion lUgitive, comme celle que font naître les fictions d'un romancier atrabilaire. Tant de bonheur n'étoit pas Êdt pour nous !
Complot d^ Arnold et de sir Henri Clinton , contre les Etats-Unis d'Amérique et contre le général J'f^ashington.
\l y avoit quatre ans que les colonies angloisés s'étoient affranchies de la dépendance de la Grande-Bretagne. La métropole avoit résolu , de ^on côté , de soutenir ses droits ; et cette querelle, difficile à résoudre sainement en morale politique , étoit remise , comme toutes les questions de ce genre , à là décision des armes. Jamais aucune guerre pour la liberté n'avoit présenté des circonstances plus avantageuses. Le; psrrti des iiidépendans , qui est répiîmé toutes les fois qu'il peut l'être dans les pays en révolution y par l'action immédiate des institutions, se déroboit à cette influence à la faveur des vastes mers qui le sépafoient du centre du gouvernement. Il n'etoit contenu ni par l'aspect du pouvoû* dont il n'avoit jamais connu qu'un vain simulacre , ni par l'exem* pie de la fidélité. Aussi, ces principes se propagèrent avec rapidité ; ses succès répondit^nt à cette puissante impulsion de la pensée qui étmt le premier de tous, et F Angleterre ne trouva bientôt plus assez de forces en elle-même pour en arrêter le progrès. Elle l'ut obligée d'engager à sa cause des auMliaires étrangers, achetés à grand prix j dont la pfésence ne fit qu'irriter lea
Ibrmens de FiDsurtection , et qu'en assurer le triomphe. La France ne fut point du nombre des puissances qui fournirent ce secours inutile au
gouvernement ànglois dans les guerres d'Ahi^-
t •' nque.
De gbmds intérêts de politique , dont les suites furent peut-^étre mal calculées , la déterminèrent, au contraire , à prêter son assistance aux insurgés. Nos soldats partagèrent leurs dangers, concoururentà leurs ^victoires, et rapportèrent de cette terre nouvette , avec les premiers laurieif^ que dei^ Européens y eussent cueilKs , le germe de quelques idées, dont la Êtusse application' devoitcdûter avant peu le bonheur à leur patrie , et le repos au mondée • ' ' ' * ' La conservation des riches colonies des Etats- Unis étoit d'une trop grande importance à l'Angleterre,pour qu'elle négligeât aucun de!» moyéDi possibles àe ressaisir son ancienne autorité sur eux: Il en est que la sévère probité n'approuva jamais, et qu'on e^ convenu cependant , par une ^o'nces^ioh'bien déplorable , de tolérer en'politî^ que. 11 serioit à souhaiter qiie la morale de Fi^di^ vidct fut toujours en ce cas la règle de la méral& du peuple et du gouvernement. Heureuse Athènes , où un moyen de salut public proposé par Thëi^istoole ^ùt rejeté unabimément sur l'avis Md' Artttide'y parce qu'il étoit ibjuste ! Une teHe.
république peut périr ; die doit même céder de bopoe hçure aux entreprises ai tificiçiBes de ses enneinis^ mais elle laisse ua nom glorieux ettou* c^i}|snr la terre, parce qu'elle a sacri64les intérêts de la gloire aux obligations de la vertu. Des éniîssaires furent envoyés en Anoériqu^i^xbargés d'y répandre les élémensles pins sûrs de séduction) ceux qui manquent si n^remeiit leur efiet en Eu-* rope y des dbtinctions y des emploiâî ^ de For , et surtout des promesses pour les ambitieux insatijs^lçs^ qui^ au miliei^ des jQuissafK^es les plus rée][les .}se trouveroient mallraités de la fortuue4 s'il ne leur restoit pas à jouir en e^rancef M^is ' le&indépendans avoie||te&0K>rece singulier avan» tage de position qu'une guerre de corruption était impuissante cpntre enx^ EtraifigidrS'aiis besoins Ëiptioes de no^. sociétés usées,, aux fcA^es illusions de Jaryanitéyaux frîyc^tés.él49;ijriss^nte$ quicompoj^entl^ bonheur en Et^rope^ilsne cojftnoksôieQt d'autres biens que les biens âoUd^s d'une fiinulle ijai,nj^^se(y;rîcbepar son unippi, |iar^|i activité, f»r,l^ jTaveurSt de la naiturAx ffui^ ^jun :sol sans bpf^s à expkiî(er^,etd^!trés9i;;s iftf^u^snblesà i:eci^illii' autour d'elle 3, ils ne dé^rpiqnjt g^e la Ubc|i:té« Toutes les. tentatives écbauèrejj^t q^uitre cette juste appréciation d'intâràts pèrsonnel^^ j^y^'^ qu^que&îs dans l'histoire) les llonp^vl^ dd Ih YpvlifL. Pqs maids, prodigues de^^ùs l^sgesifes
de fateut^, ne tronvèrenl, sur le nouveau continent i que deux traîtres à acheter. Oa a (n*e8qtie oubUé le nom du pnsitliet'.y parce que. sa laohetë;^ n'obtint point dis. rëi^tats. Le second èat plos^ célèbre^ C'est Bénédict'Anaold. '. ...... ^
G^i»H)i étoit «ufe des plus dk&tîiignës dea^ f^në^) Faux amérî^iils s éortî èomôséla plupart d'entre, eul d'aine oondUion obscure 4 il b'^étcât &it re* marquer depuis loug^tfoips^parune tendance de caractère qui .pgssott duBa qe pdys*là . pour une exception qutod eHe étûit hixkL déteriiiip4e,.ibaiiâ qu'oa s'atténdoit si. piea.ir.trbf»rer dan&Hn dmtcuyeu des. Etslt^-Uuoisv qu'il. nfy avcôt* rien de plus &oile q|ue4^ lacaféb^r tous, une a|»parence boiîorablç. C'est le ^aeuJr privilège qu'ait le vice Qb^î& le$ ;p^u]^es .<qut n'y !<apôîeiit pas. Bénédict Arnold étoU avide àt ambitieux \ ce qui lia &isoit ^ patoer pour actif et paaMOiÛDiéde:gknre.It&ut une longue taiit4,d'espénttices pour établir avec tmo précisie^ùioEiperturbable k diagiK>Stiq;i2edn cœur huméinfet'l/eB^rienoe manquoitieseore à ces répnbbfeainsninflâ ^zqcii ne se ebnnoiàsoient iqu'en vertus. Quelques annéesi plus lard ^^notisauiioàs pu leiit* fournir de lionnes lôyodsw
L» .réputsition d'Arnold^ étàblib avant lestége dé Québec^ ne souffrit.poiaVân/iDauvais suçis^ de cette expëdilion aventureuse. Les talens qu^il y avoit mamf^tés ^ les difficultés inormès qa'il
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avoit eues à yamcre peur arriver devant la place, l'mooiicevable audace de Tentreprise qui étoîl si propre à frapper l'esprit d'une nnJtitade iiBpa^ tieâte d'émotions , augmcsilèrent au contraire la confiance qu'il inspirait à Washington et au parti de l^indépendance* Lesindépendans , éblouis par sa. renommée militaire ,< fermèrent les yeux sur ses exc^s. Son amour pour le gain , ses dilapidations efirénées j son ostentation Scandaleuse , les vexations que sa tronpeavoiont exercées à Mont* Réal^, et qui avoîeni diif éloigner de la cause com-* mune tout le peuple canadien , nie désabusèrent pas le commandant eu chef, qui lé chargea de prendre possession de Philadelphie. Arnold, tout* à'fâit égaré par les passions le» plus contraires aisi œcéura du généml d'une armée, républicaine et du délégué d'un peuple libre, déploya dans cette ville une magnificence ^d'autant plus dé* placée, qu'iLoocupoit lliabitalion du simple et austère lé^ktour de la Pensylvànie : c'étoit un officier américain ^ un paysan du Coimecticut, qui étonnait la 'maison de i^nndu luxe de l'Asie et des. folies; de Lucullua. Sa conduite eut le ré*
sultat qu'il étoit naturel d'en attendre, iléduit auecesfcivemeât a- l'embànsas^ au malaise, aul>eaoin^ par des prodigalités dont il ne pouvoitplus arrêter le jcoui^ , il passa du désordre au crime. 11 ^voit commencé par des extravagances,^ qu'il
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essaya de reparer par des bassesses. U devint concussionnaire , et pais traître. C'est la marche ordinaire.
Ce qui honore c^te confédération naissante y ce qui pent-être a le plus contribué à ses progrès et à son affermissement, c'est que la réputation y les services , Futilit» même d'un coupable illustre ne suffisoieut pas à ses yeux pourcom penser les Ëiutes graves, celles dans lesquelles l'honneur étoit compromis. La justice se saisit d'Arnold au milieu de son pouvoir , et lui demanda compte de ses actions. Parmi les soldats, il en étoit certains qui avoâent pris part aux. déprédations de leur chef. Tout le reste , séduit encore par le prestige de ses faits d'armes , refusa de déposer con* trelui; mais lesi juges ne se bissèrent pas émouvoir par V^ttltude inquiétante de l'armée. Us condamnèrent Arnold à subir , de la . bouche <le Washington y une réprimande qui fut pleine de noblesse et de mesure^ ^mais qui sépara pour jamais cet- esprit irritable et altier de la cause de l'indépendance. On pourroit croire du moins que^ depuis oe moment, sa défection fut résolue* L'historien dont je suis l'intéressante relation en a cependant peisé autremeiit .: il rapporte qu'Arnold hésita long-temps entre l'honneur et l'opprobre , et qu'il ne fut pas éloigné de deman-^ dcr asile à une peujJade sauvage, pour se.dérober '
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au malheur de violer ses seriuens. Le Sachem d'une tribu illinoise s'étant arrêté par hasard dans le même gite qu'Arnold , celui-ci s'informa si la bourgade dont il étoit le chef recevoit des esclaves, a Tous les hommes qui habitent nos » forêts, lui répondit le Sachem , tous ceux qui )) pèchent sur nos lacs , sont libres ; et dès qu'un » étranger est admis parmi nous, il est compté » au rang de nos guerriers. Un guerrier ne peut )!> pas être esclave, et je ne le suis pas moi* » même , quoique je sois leur chef, et le moins )) libre de tous. » Cet Illinois n'auroit pas compris le despotisme militaire; mais il ne défiuissoit pas mal l'autorité des bons rois chez les peuples bien gouvernés^
A compter dé ce moment, le caractère d'Ar^ nold, altéré par les dégoûts, aigri par qudquesuns de ces actes de justice sévère <|u'on appdle injustices quand on les subit ,'4iëgnidé surtout par le plus vil, le plus &uzyl& plus incurable de tous les besoius, le besoih'dWgeilt sans nécessité réelle , se déprava de plus en plus. L'envoyé de France , le chevalier de laLmeme , avoit conservé pour lui les égards d'une .aticieime estime. Arnold, après lui avoir peint Iqs mécontentemens douloureux que lui.donnoit le congrès, lui témoisna l'intentioil de rester fidèle à l'aiibnoe, sous la condition honteuse qpele Roi
de Ffwice actiéteroit cette fidélité mercenaire' L'envoyé jugea qu'un faooiine qui mettoit son honneur k prix avec un ami, étoit.faîen près de le vendre à tout le monde* U répoussa cettQ prop(»tion avec une soble fierté; mak Arnold étôit alors sur les bords du précipice ^ et il y tomba.
Uue foule de circonstances singulières semblérent contribuer à Hi ruine. La république avoit envers lui' des engagémens pécuniaires qui pou* voient être légitimes , mais qu'une prévention fondée sur sa conduite privée iatténua de jour en jour, et qui finirent par n'être, ppint ficquittés. .Washington qui n'avoit pas sur lui l'ascendant des succès nûlitaires, Washington dont la considération éminente étoit principalement due à ce calme de caractère qui l'appelle toujours; à cet ensemble froid 9 mais imposant, 4^ qualités morales que personne n'a porté plus loin dans 1^toire moderiie, le ËftiguoÂt de sa gloire séineuse^ dt$ ses vertus impasûbles , de sa isupérioriM. ^us effort.* Il ne cocnprenoit pas qu'on gagnât si aisément, par ia seule autorité de l'opinion, ce qu'une activité inconcevable et souvent heureuse ne lui avoit point acquis dan« tant de batailles. Enfin, il y avoit dans les Etats «-Unb un parti d'opposition attaché avec force aux anciennes mœurs, aux anciennes institutions, aiji g0ttve]>
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nement de la métropole. On ëtoit parv^na à diminuer son iaiportance , en le séquestrant des emplois- publics sans donnera cette mesure une forme de proscription : elle sauva probablement 1^ république. C'est dans ce parti. qu'Ardûkl avoit pris sa femme ; et sa femme , qui étoit la plus belle dans un pays où toutes les femines sont belles , joignoit à cet avantage tous ceux du coeur et de l'esprit. Il ne falloit pas tant de motifs pour faire perdre à la cause de l'indépen* dance un homme qu'elle avoit perdu à demi, depuis qu'elle l'avoit humilié.
Dès que sir Henri Clinton , qui commandoit les Anglois, crut pouvoir compter sur les dispositions d'Arnold, il s'empressa de les seconder; et Arnold, qui ne cherchoit qu'une voie à la
' vengeance ou qu'une ressource au désordre de sesafiaifies, n'hésita pas à promettre tout ce qu'on exigeoit de lui. Pour être utile au parti qui le Hiarcfaandoit, il falloit, à la vérité , paroître fi-
< dfjle au parti qui le payoit encore, llauroit mieux valu le quitter comme Alcibiade pour attendre la mort sur une terre étrangère ; il valoit mieux le quitter comme Coriolah lui-mêoi^e pour se mettre ouvertement à la tête de l'ennemi: mais garder les apparences de la fidélité pour recueillir lesaTantages de la trahisQn, c'est le dernier des crimes.<^
( 207 ) Le pays que traverse THudson étoit necessâî^ rèmênt le principal théâtre de la guerre ; c'est celui où Arnold devoit désirer d'être employa, puisque le succès des Anglois h'étoit' possible qu'autant qu'ils se rendroieût maître du cours de ce fleuve, de manière à diviser ' toutes les ressources des Américains, à intercepter tous leurs rapports, à empêcher d'une rive à l'autre le passage des denrées de première nécessité. On n^ pensoit pas qu'une armée ainsi coupée pût tenlr^ dans ces contrées, aixlelà de trois mois. Cette tentative étoit si naturelle, qu'elle étoit probable , et tpie Washington ne vit de moyeu de la rendre inutile , qu'en resserrant l'ennei^i vers New-Yorck , par la clôture de llludson. Tous les rapport» àvoient démontré qu'on rie poiivoit le fermer que vers cette colline de West-Point , qu'une fortification ingénieuse et une conspiration romanes-^ q^^ ont rendu doubleoient célèbre. Arnold , appuyé de la recommandation des partisans les plus zélés de l'indépendance, sollicita ce com* mandement , et l'obtint de Washington , qui élimina pour le lui accorder un homme très-fidèle, dont on mettoit la' capacité en doute. Cette petite délicatesse faillit compromettre le sort dû Nouveau-Monde. L'histoire de tous les mondes est, pour ceux qui y ont réfléchi, d'une nbonotonie insipide. Ce qu'on sait de positif, c'est
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qu'Arnold vendit ce qui lui restoit d'honneur pour, trente miUe livres stefling, qui valent trente mille de no6 louis. Un p^rjwe est fort bien paye à ce prix 9 mais c'était #n Amérique. • Ici paroit un nouveau personnage qui n'a pas joué le premier rôle de l'action , mais qui a eu les pénibles honneurs du dénoûmenjt. C'était un *
^ ^ ^' '; jeune adjudapt • général de l'armée angloiae,
. \ . nommé John André ^ que d^s qualités aimables
/ ' ' -' et brillantes, jointes ^ une valeur éprouvée,
. avoient fait distinguer par sir Henri Clinton y dont il étoit devenu l'aidé-de-'camp , le conseil et l'ami. Son intervention dans le complot d'Arnold est ]fi noeud de ce drame intéressant , et il ne me reste plus assez de pl^ce pour le délier aujourd'hui. Si cet article excite disses vivement la curiosité du lecteur pour l'engager à diercher dans l'ouvrage même les faits que j'ai à raconter, il y gagnera de deux manières ; car il s'épargnera la lecture du second, et il lira , dans un fort bon style , ce que je suis obligé de resserrer un peu sèchement dans le mien. S'il désire , au contraire, de voir les situations et les événemens se succéder sous ses yeux dans une suite de scènes rapides , je lai promets que l'entr'acte ne sera pas ]oQg% II ne me j&ut que le temps de changer la décoration , et de transporter le lieu de la représentation à West-Point.
Continuation.
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. Continuation.
S Al dit que l'aide-de*camp de sir Henri Cliih* ton réimissoit aux qualités d'un excellent militaire les agrémens d'un homme du monde. Pen* dant que Philadelphie étoit an pouvoir des^ An* glois, John André avoit contracté une étroite liaison d'amitié avec les parens de madame Ar^ iiold. 11 avoit été reçu dans leur maison et parmi leurs en&ns avec cette familiarité que les mœurs du pays autorisent^ et qui se concUie avec les réglés les plus sévères de la bienséance. Voilà le témoignage irrécusaUe de l'histoire. Dans Tordre des fictions romanesque» et poétiques, où il y a beaucoup moins de retenue , il étoit si £aicile de tirer parti de ces circonstances et de l'espèce d'intimité qu'elles ont dû établir entre un jeune officier si remarquable par soti mérite et une jeune dame si célèbre par ses charmes , que je m'étonnerois que ce sujet n'eùt4;enté nulle part la verve des dramaturges et l'imagination des romanciers. Je doute qu'en France du moins^ et à l'égard de nos compatriotes , l'histoil*e même eût été aussi réservée. Ce qu'il y a de certain ^ c'est que la réputation de madame Arnold^ loin de subir aucune atteinte , lui attira , jusqu'au milieu de l'opprobre dont son miari s'étx>it couvert , les égards ^ les respects dç la multitadetf II. i4
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il faut convenir qu'un peuple qui savoît reUpeC-^ ter ainsi la vertu malheureuse dans ses plu$ grands ennemis ^ étoit très-digne de la liberté.
Pendant que le général anglois choisissoit Au* dré pour intermédiaire anpris d'Arnold , celui- -ci , de son côté, refnsoil de communiquer avec fout autre agent ^ et André ne ilégligeoil rien pour justifier cette double confiance. Très-jeune '.encore , mais organisé pour les conceptions for* tes et ks elitreprises hasardeuses , il avoH la téter d'un conspirateur et le bras d'un soldât. Le pre« |et de s'emparer des forts le Jour même du retour de Washington , et de &ire ce général priaoïinier^ Itit parut aisé i exécuter^ il s'y arrêta. ' Dans le cas du succès , le major André devenoit ' le héros de cette guerre, et les deui Mondes se ressentoiettt de cet événement; La glcnre des liommes et la destinée des empires tiennent à def si petites causes I
Le 90 septembre 1780, André, accompagné du colonel Robinson , arriva , sur le sloop ie . J^uUur, presque vîs-^à-vis du fort Montgomery, situé cinq milles plus bas que West-^Point , sw la même rive. Le f^ultur échoua à la basse mer, et fut reconnu.^ U ne faUoit qu'une ou deux pièces de. canon pour le couler bas^ on conçoit qu'Arnold tes refusa. Dès cfe moment, il fut jEiécess^irement placé entre les soupçons de son
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IktmÀe et deux qu'il inspiroît encore k l^armed angloise ; car il est probable que Qintôn comp-^ toit peii stir liii; Tel est le sort des trattres ^ qu'on méprise quand ils sont utiles , qu'on dé-* teste quand ils ne le sont plus , et dont leà mé^ Chans 'seuls entreprennent quelquefois de justi^ fier le parjure, pour séduire d'autrei lâches, e( fomenter d'autreà trahisons. Toutes les fois qu'un parti attache hautement une idée de bravoure et de gloire i des actions faites contre le devoir des sermens, il laisse échapp^er àon secret. 11 n'a pour but que la subversion des idées morales et la ruine des sociétés.
Après beaucoup d'obstacles , dont quelques-»
uns sont extrêmement dramatiques, Arnold resta maître du poste le plus importafpt ded Etats-Unis, au moment ou les intérêts du set* vice éloignoient pour plusieurs joilrs de leurs armées le général américain et le général frànçois^ Encore contenu par quelques raijsons de pru-' dence, il ne put voir publiquement André, tnéme à la favetir du (iaviQon parlementaire, et il. fut obligé de le convoquer à un entretien se* Ciret , dont ce pavillon devoit toutefois couvrir le mystère* Cet abus d'un signe respectable ré-^ Volte justement l'historien, qui laisse éclater dans ées réflexions la noble ' indignation d'une âmo honnête ; ^Se servir d'uâ pavillon d® trêve pour
|Mrëparer une trahison , s'écrie4-il y c'est cacher l'épée sous l'olivier , et rompre le dernier lien qui puisse unir les hommes quand les li^is de la bienveillance et de Thumanité sont rompus* On est fâché de trouver cette condescendance ou cette précaution humiliante dans un homme aussi généreux qu'André. » Mais ce scrupule paroi tra bien minutieux aux hommes d'Etat qui conçoivent qu'on arbore des couleurs qu'on déteste , et qu'on proclame avec toutes les démonstrations de l'amour un gouvernement dont on a déjà arrangé la chute. Gela n'est cependant pas rare dans l'histoire.
Sans autre sauvegarde qu'un passe-port oii son nom étoit déguisé sous celui d' Andersen , et qu'un manteau gris qui couvroit son uniforme , André, plein d'impatience et d'ardeur , n'hésita pas à descendre au bord du fleuve où Arnold l'attendoit. Vainement il fut détourné de cette démarche périlleuse par le colonel Robinson, qui refusa de l'accompagner;^ vainement les cris des sentinelles américaines l'avertirent bientôt qu'il n'étoit plus sur territoire neutre; vainement l'anxiété avec laqudle Arnold lui-même prescrivit à son guide de l'informer des mouvemens que pouvoient exécuter les postes du voisinage , lui révéla tout le danger de sa situation : son but l'occupoit trop fortement
pour (Ja'il s'en laissât distraire par des craintes pusillanimes j cette idée ne troubla point la con* férence.
Tout fut donc préparé pour l'exécution du coddplot dans la journée du 26 ou du a6 septembre , qui devoit être celle du retour de Washington. Le plan seul d'André, qui a voit fermement résolu de faire Washington prisonnier, parut souffrir quelque obstacle de la part d'Arnold i qui invoqua, le croiroit-on? les devoirs de l'hospitalité envers ce général, dont il trâhissoit la confiance et dont il vendoit la cause. Vaincu par un discours plein de dialectique et d'éloquence , qui ne seroit pas déplacé dans une bonne traduction de Tite-Live, et que l'anonyme pHSte sans doute un peu gratuitement au jeune officier anglois; accablé surtout par le sentâmept de sa honte , qui le mettoit sans réserve à la merci des hommes qui l'avoien tacheté, on croit qu'Arnold transigea sur tout , et cela n'est pas difficile à croire d'un homme qui a transigé sur quelque chose en Êiit d'honneur.
Cependant les mouvemens du T^ultur et des canots parlementaires avoiçnt* attiré l'attentioa des officiers qui commandoient les forts de lu côte, et éveillé l'inquiétude des mariniers, d'ailleurs très-désintéressés d'opinion qui pouvoient seuls recond^iire André au sloop. Après d'inu-
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Û\es efforts polir les déterminer, André fat obligé de revenir vers Arnold , qui ne vit ou n'osa lui conseiller d'autres nioyens que de retourner par terre sous un habit qui le déguisât tout-à'&It. Cette circonstance changeoit entièrement , d^ns }es Jo^s 4^ la guerre y la position d'André. Un ennemi déguisé passe pour im espion , et doit en subir la peine. I^a perspective d'un déshonneur qui p'est point mérit.é, est la dernière épreuve d'une grande âme^ André la subit sans se démentir. Muni d'un passe-port d'Arnold , qui lui permettoit d'aller aux Plaines- Blanohes pour le service public , et porteur de tous les papiers de la conjuration qu'il avoit cachés dans ses bottes, il traversa sans accident tous les postes américains avant et après l'Hud- ^on, jusqu'à la ligne d'où l'on pouvoit apercevoir les vedettes angloises. Déjà il atteignoit Jarry-Town , village mi-parti, quand troi3 miliciens volontaire/5 qu^ s'étoient postés de leur propre inouvement dans oe passage , ou qui ^j trou* voient par hasard, s'élancèrent du taillis à la bride de son cheval, Une réponse équivoque, un passe-port d'Arnold qui auroit facilement trompé des Américains , qui ne l'auroient cerr tainement pas compromiiï [devant des Anglois , assuroit le salut de sa vie et le succès de son enr |;r^rise. Mais il avoit tout prévu , peut-être , et^
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«epté ce qu'il ëtoit si naturel de prévoir. Apre* avoir échangé quelques mots vagues avec ces in- •connus, trop sûr d'être déjà parmi les siens ^ il 5e découvrit de lui-même : il fut arrêté et trans^ £éré à Old-Salem , où la capture de ses papiers ne laissa plus de doutes sur ses desseins. Les noms des trois sauveurs de la république des Etats-Unis ont été depuis solennellement consa<* crés, et vivront dans tous les âges. G'étoient Jhon Paulding, David Williams, et Isaae Yau^ wert. Celui d'André, qui se dévouoit si généreusement pour son pays , a conservé la même réputation dans l'armée angloise« Toutes les opinions sont dignes d'indulgence quand elles- 5ont sincères , toutes les actions courageuse$ sont dignes de respect quand elles ont été faites* ouvertement et dans un but honorable. Ce qahl y a d'odieux , c'est la mauvaise £bi et la trahison^ Ce qu'il faut livrer au mépris des siècles , c'est le parjure qui sacrifie les intérêts de son pays à ceux de son avancement ou de sa fortune ; o'^st
Arnold ou tant d'autres.
Arnold apprit l'arrestation d^André le a5 au matin : c'étoit le jour ou la veille de la consom-f mation. La réputation militaire d'Arnold lui servoit encore de garantie contre le soupçon , et tous les moyens d'achever son ouvrage demeuriodent entre ses mains. Ils dévoient préva-f
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loir, si l'arrivée de Washington avoit été retardée d'un jour. Washington arriva : le conspirateur n'^ut que le temps d'embrasser sa femme et son enfant , et de fuir sur une barge à la vue du bâtiment qui ramenoit son général. Washington se contenta de dire : « J'avois cru qu'un officier » habile et intrépide , qm avoit souvent versé
> son sang pour son pays, méritoit confiance, 3) et je lui avois donné la mienne. Je reconnois
> aujourd'hui, et pour toute ma vie, qu'il ne i> faut jamais se fier à ceux qui manquent de » probité j quelques talens qu'ils puissent » ai^in, » Cette leçon du Nouveau-Monde a été quelquefois perdue pour l'Ancien.
V Arnold avoit disparu j' André, prisonnier, attendoit son jugement. On ne leur trouva pas de complices. Cependant ce danger, le plus grand qu'ait couru la république naissante ^xcita de grandes alarmes , et laissera un long souvenir dans lest Etats-Unis. Etonnante révolution que celle où L'on a pu compter les traîtres et les victimes ! . . ' .
Aussitôt qu'Apdré fut mstrait de l'évasioù d'Arnold > il fit connoitre à Wiashington son nom, son rang, et les circonstances qui. le justifiaient dii reproche honteux d'espionnage.
Autorité par son général, il étoit venu pour conférer avec un général américain. U avoit
( ai? ) passé la ligne des postes/ mais il PâToit passée en uniforme : « Au reste, 9Joutoit-il, si les lois » d'une poKtique rigoureuse veulent que je su* » bisse la mort , je demande d'être traité comme » un homme qui n^a rien &it dé déshonorant. y> Pendant que le congrès agitoit cette question, Ointon, fidèle aux devoirs deFamitié, réclamoit le malheureux major. 11 attestoit les droits du pavillon parlementaire et l'inviolabilité des prisonniers y il envoyoit des députés ; il descendoit . contre son usage aux formes de la plus humUe déférence. Auoiold, de son coté, méprisé, mais ménagé dans le piarti ennemi , relevoit un peu là dignité de son caractère par d'incroyables efforts pour sauver André , dont les Américains eur-mémes estimoient le courage et plaignoient le malheur. On dit qu'un partisan nommé Ghampe, feignit de déserter avec qudques-uns de ses camarades, et fut reçu dans New-Yorck , d'où il se proposoit d'enlever Arnold. Cette entreprise, qui auroit peut-être sauvé André , ne réussit point. Arnold vécut pour porter longtemps le remords d'une mauvaise action. André, qui n'y avoit coopéré que dans la vue des intérêts de son pays ; André^ distingué par sa bravoure, par ses lumières, par sa modération ^ par sa conduite généreuse envers les Américains, dont un grand nombre lui étoi«nt redevables de
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k conservation .de leur vie et de leurs propriétës^ alla mourir à an gibet* Il avoit sollicité avec ar* deur la commutation de ce supplice honteux; elle lui fut refusée. Cet arrêt équitable , mais implacable , qui punissoit d'une mort ignominieuse un officier du premier mérite pour avoir tenté de changer les formes encore nouvelles d'un goupemement de fait y fut rendu par un conseil composé de six majors-généraux e% de huit brigadiers-généraux , dans lequel on remarquoit le général allemand Steuben et le général françois La Fayette. Le gouvernement de droit de 1789 fut beaucoup moins sévère.
André mourut : sa situation avoit appelé la pitié, sa sérénité mérita l'admiration, «c Sa co.*î^ tenance, dit l'auteur , étoit celle du plus brave des hommes , placé par l'ordre de son général sur une mine dont l'explosion va lui donner la mort. »
L'ouvrage que j'ai analysé en deux longs ex^ traits ne compose qu'un petit volume ; mais ce volume ne se fait pas moins remarquer par l'élé* vation des sentimens et la justesse des pensées ^ que par le goût et le style* On l'attribue à un homme d'Etat , qui ne dédaigne pas d^stre un homme de lettres ^ et que l'histoire nommera comme un homme d'honneur. Présent à l'évé»
nement qu'il raconte ; il a été lui-même la vipr
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time d'^vënemens plus récens et plus mémorables. Ce récit, achevé le lo juin 181 5, est le témoin d'un noble loisir ou d'un noble eùl« Je ne pousserai pas plus loin cet éloge. Nous vivons dans un siècle où il est difficile de peindre avec quelques détails un homme véritablement vertueux, sans violer son anonyme.
••*— wn^
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De Tutîlité des Colonies y des causes inté^ rieures de la perte de Saint-Domingue , et des moyens d*en recouprer la possession ; par M. MAeisfŒS , colon.
En économie politique | a dit M. de TaUeyrand, les faits deviennent les vérificateurs de la science après en avoir été les matériaux. Ce mot profond est l'épigraphe de M. Mazqres , et il s'applique à toutes les sciences comme à l'économie politique; mais c'est en politique surtout qu'il est dangereux d'attendre les faits pour vérifier la science. On n'achète alors quelques idées vraies qu'au prix d'une expérience de malheur *et de sang. J'hotfOre beaucoup l'esprit humain et sa perfectibilité possible ; mais je félicite les nations qui sont parties d'une législation donnée , et qui n'ont pas attendu pour la vérification de leurs lois la longue épreuve de l'infortune publique.
La France a perdu aux événemens qui ont chang#la fece de l'Europe, une circonscription monstrueuse et disproportionnée , mais elle a recouvré le monde avec les mers. Le règne des Bourbons nous a rendu la Guadeloupe , la Martinique et Saint-Domingue. 11 étoit naturel que toutes les pensées se tournassent d'abord vers les nouvelles sources de prospérité que nous
ouvrent des relations depuis long-temps interrompues. Ce qu'il y -a peut-être d'étonnant, c'est qu'on ait pensé que Futilité des colonies avoit besoin d'être prouvée , et que la folle théorie de quelques rêveurs méritât un adversaire. Cette polémique est l'objet de la prenuèr^ç partie de l'ouvrage de M. Maiérés , qui combat avec une logique pleine d'éoergie la plupart des paradoxes des économistes, jusqu'au système continental inclusivement. Ce système contineatal est effectivement un paradoxe réduit en pratique , et c'est un de ces &its qui deviennent les vérificateurs de la science.
La seconde partie traite des; causes intérieures de la perte de Saint-Domingue. Elle est aussi piquante que la precmère par les faits , mais je la trouve infiniment moins satis&isante par les raisonnei!nens. «Tavouemême qu'elle nuit jusqu'à un certain point à l'effet des raisonnemens qui précèdent , parce que le lecteui; impartial se soucie peu qu'on substitue des prévention^ de colon à des paradoxes d'économiste. Mensonge pour mensonge , il préféreroit peutrétre celui qui compromet des intérêts de commerce à eelui qui offense la raison et l'humanité. 11 étoit fort inutile d'ailleurs , pour prouver l'impor^* tance des colonies , de revenir sur la question usée de l'iofériorité de la race noire. Cette in**
( sait)
l^rioritë est de fait, parce que la race noire n^st encore joui d'aucun des bien&its de la civilisa- ' tion j mais c'est le tort de la société elle^-tnéme, et nob pas celui de la nature^ Gomment M.Ma- • kères peut-il avancer que la couleur négatii^0 de la peau des nègres annonce les ténèbreë de leur intelligence ? Son intelligence écbirée peut-elle voir dans ce rapprochement d^analo^ gie autre chose qu^un feu de mots ? M. Ma^ «ères annonce que les nègres ont l'odorat nul, parce i{u'ils mangent tout ce qu'on leur donne, . et jusqu^à des chairs corrompues. Cela prouve seulement que les nègres n'étoient pas fort bien nourris ; mais les relations des voyageurs four^ millent d'anecdotes qui feroient penser que la race noire est douée d'un odorat plus sensible et plus perfectionné que tout le reste de l'es« pèce. ce Un piment nommé dans les colonies y> piment à diable j k cause de sa mordante 7> causticité , mâé avec abondance dans tous » leurs mets , n'agit sur leur palais que comme » un arôme balsamique^ D Et &ut-il en conclure que ce besoin d'une sensation irritante, si modifié , mais si général parmi les homme» , est en raison inverse des facultés morales?
Montesquieu aimoit beaucoup ce piment, et le mangeoit sans l'adoucir par aucun mélange^ ^ Le nègre est un grand en&nt , borné , 14-
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^ gôf 9 mobile , inconsidéré , ne sentant avee V force tii le plaisir , ni la douleur , sans pré**:
> voyance , sans ressort danjs l'esprit ni dans 30 l'âme ; insouciant comme tous les êtres pay> ressetïx , le repos , les femmes , le chant et » la parure composent le cercle étroit de se» » goûts , )e ne dis pas de ses affections , car les
> a%ctions proprement dites sont trop fortes xt pour une âme aussi molle , aussi peu réac » tive que la sienne. » Gela est fort bien ex*' primé ^ mais M. Mazères ne peint dans ce pas» sage qu'une société très-jeune , à laquelle il a manqué jusqu'ici deux grands moyens de perfectionnement j l'éducation et la liberté. On diroit la même chose de toute la race malaie qui comprend les habitans de la cinquième partie du monde , et qui n'est aussi qu'une &^ mille de grands enfans ; on le diroit de toutes les races d'hommes dans les mêmes circonstances , et je me garde bien d'en excepter les blancs* <c Ils croient aux fantômes , aux sortilèges , aux }» maléfices j, ils ont même des sorciers en titre* j> Ils se croient k l'abri de la mort , quand ils » ont les reins entourés d'une peau de lapin D qu'Us appellent un ouanga. » Tous %es fait» ihe paroissent très-exacts, et je suis si peu dis^ posé à les contester, que j'avoue qu'il n'y a pas ufi viUag,e de Franclb où l'on ne puisse voir
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la même chose. Les hommes ont des ouanga partout où les lumières ont fait peu de progrès, et il est difficile qu'elles en faussent beaucoup chez des enclaves.
Je me souviens d'avoir entendu traiter cette question ex professa dans un heu qui ne paroissoit pas propre à devenir le théâtre d'une discussion politique. C'étoit dans un dépôt de Paris , où trente personnes étrangères les unes aux autres avoient été jetées au commencement de la huit. On vint à parler des nègres , et un colon y homme d'esprit , les dégrada du nom d'homme avec des raisonnemens si bien ordonnés , des preuves si spécieuses et des atomes si ti;anchans , que je ne savois plus qu'en penser. Le hasard suscita un défenseur à la cause opposée , et ce fut pour son triomphe.
Jamais une dialectique plus pressante n'avoit été animée par une plus brillante élocution, jamais la puissance des idée^ n'avoit été embelfie j avec plus de charme , def l'élégance des expressions et de l'éclat des images. Notre colon lui-même , vaincu sans être persuadé , cédoit lai parole n son adversaire par le seul plaisir de l'entendre ; il n'y avoit pas un de nous qui n'attendit avec impatience qu'un foible rayon de soleil vînt diminuer l'obscurité de notre prison pour recoAnoitre l'orateur dont l'éloquence
loqlidnce cllai'mdit ainsi les plus tristes hettrés de notre vie. Le jour parut : c'étoit un nègre', et un nègte de la couleur ta plus négatwe } il s'appeloit Octaue^ et se laissa mourir de faim quelques jours après dans un Cachot dû Tem** pie , où son souvenir s'est long-temps conseirvé- Si quelqu'un n'étôit pas oontent de cet elem*ple qui m'a toujours frappé , je le renVerrois à la page 78 de l'intéressante brochure de M, Mazères. Le petit épisode d'Ogé est un des plus toùchans comme un des mieui écrits que/ je connoisse , et il prouve , de l'aveu même de M. Mazères , que les noirs ont failli avoir leur Washington.
Je me suis étendu sur cette partie de l'ouvra*ge de M. Mazères , parce que c'est la seule qui me paroisse susceptible de contestation , et que sa brochure, très-agréable à lire , est trop courte pour avoir besoin d'une analyse détaillée. Ce qu'3 étoit iita portant de prouver ^ et ce que]\|« Mazères prouve d'une manière satisfaisante ', au moins pour la foule des lecteurs qui n'ont pas approfondi ces matières , c'est que les nè^ gred seront plus heureux sous leur ancien régime que sous aucun autre , moyennant cer* taines modifications que l'expérience du malheur aura peut-être apprises aux colons , si l'expérience du malheur apprend quelque éhose.
L^ civilisation des nègres est très- reculée j elle ne peut être perfectionnée que pardes rëvola; lions dont le foyer est en Afrique. Ce n'est pas sur la terre de l'esclavage que naitnr le Lycurgue de cette race nouvelle , et ce n'est pas de long-temps. En attendant , et puisque le jeu singulier des événemens a donné les noirs aux blancs , il &ut que les blancs usent de leur fortune sans cruauté. Il faut qu'ils consacrent cet adage bizarre et en&ntin qu'on attribue aux noirs : ^près Dieu j ce sont les blancs^ et qu'ils le justifient par de très-hautes vertus : je le leur souhaite sincèrement.
M. Mazères est persuadé qu'on ne doit peojier à aucune expédition militaire avant un ar^ rangement à l'amiable , auquel on emploieroit des colons éclairés et de bonne foi. Cette conélusion me paroît pleine de sens ; et, quoique je ne sois pas en tout de l'avis de M. Mazères, je le regarde comme un CçJon éclairé et de bonne ibi, qui pourroit rendre des services immenses à l'état dans une opération de cis genre; J'en connois même peu qui en soient plus capables. M. Mazères a étudié les hommes , et il sait qu'on se fera entendre plus faalement de la yanité des noirs que de leur mison : il £amt convenir que ces noirs ressemblent à beaucoup de blancs.
Le style de M.Mazères est généralement pur , soaveot élégant, toujours nerveux ; liiais on a vu que sa logique n'étoit pas sans prévention. Il paroit avoir pour but la réunion des noirs et des blancs , et il en a bien indiqué les moyens j. mais il les a hasardés dans une communication trop publique , et peut-être mal me* surée. Il est très-remarquable , au reste , que M. Mazères se croit sûr d'émouvoir les nègrea au nom du roi ; et cela n'est pas étonnant • cac ils sont généralement demeurés fidèles à son souvenir. Cest au moin^ une preuve qu'ils pi);| une âme ; et avec tant^ df esprit et de raison y .iX n'est })as permis de le.nie^tre en doute.. ^^ ;- ^
Notice historique sur la Colonie de SierfCL^ Leone} p?ir .M. la Servière.
L'instinct des voyages aventureux et des éta» blîssemens lointains est naturel aux peuples qui se' perfectionnent. On croîroît qu'un sentiment secret les avertit que l'apogëe de leur fortune est proche de leur ruine, et qu'ils ne parviennent à nh rang si élevé dans l'ordre de là civilisation , que pour retomber de plus haut dans la barbarie d'où ils sont sortis. Plus les nations sont puissantes, plus elles sont sujettes à ce besoin d'envahissement et de conquêtes , qui n'est au fond que celui de se préparer un exil. Ce n'est pasa^ Sez pour elle que de soumettre des royaumes inconnus , si elle n'y découvre de va^es solitudes^ es{iérance de leur décadence et de leur misère» Ainsi toute la sagesse de l'homme, au plus haut degré de la sdience et de la gloire, aboutit à pré- * voir la fin de sa prospérité sociale , et à se mar« quer de loin un asile dans le désert. Sans k merveilleuse découverte de €hrist&pheXlolomb, qui Kvra un monde immense au rebut du monde ancien, au superflu de la civilisation européenne, le système actuel de cette vieille Europe ne se serpit point conservé jusqu'à nous. Il ne s'est maintenu si long-temps qu'en étendant son actiçn à des distances infinies, qu'en l'exerçant sur
âe$ points innombfables , qu'en offrant u\ ¥el hémisphère comme une proie à l'ambk des roU; à la cupidité des trafiquans et au fer <^ soldats. Ce seroit peu toutefois, je le répète, que d'avoir exploité ses trésors et partagé ses dépouilles pendant plusieurs siècles , si l'invasion de ces terres presqu'inhabitées n'a voit produit à leurs infortunés conquérans que des teintures précieuses, des semences rares et de l'or. Ce qu'il y a d'inestimable dans leur conquête , c'est qu'elle leur a assuré un refuge j c'est qu'elle a ouvert à leur migration prochaine une carrière infinie en étendue et en ressources; c'est qu'elle a montré à leurs regards des savanes fertiles et sans bornes; des fleuves navigables qui baignent de riches contrées, des forêts étemelles qui promettent un abri tranquille à une longue suite de générations heureuses, pendant que la partie opposée du globe réparera ses désastres, renouvellera ses mœurs, et aclievera d'expier dans de cruelles révolutions^ son funeste perfectionnement. Et s'il étoit permis encore de parler de la Providence dans ces jours de lumières , on oseroit dire qu'elle n'a peut-être pas fait concourir sans dessein l'apparition miraculeuse de l'Amérique avec les guerres civiles d'Italie, de France, d'Angleterre , l'invention de l'imprimerie , et le grand événement de la réforme. Elle n'a donné qu'une
fois une ter?e vierge à rhoinnie ci\itisé, et il semble que c'est au moment où celle-ci al.loit lui échapper. ILes grandes convulsions politiques dont nous venons d'être témoins, n'ont eu de résultat pour les philosophes en théorie qui ont pris tant d'influence sur l'opinion et sur la législation des modernes 9 que la consécration équivoque de deux ou trois principes très-abstraits 9pour ne pas dire très-vains ; et nous avonspayé assezcher leur apprentissage^ il faut en convenir, si J.-J. Rousseau avoit raison de croire que la liberté ellemême seroit payée trop cher d'une goutte de sang. Pour l'observateur droit et sincère, pour l'honnête homme sans prévention , pour le philosophe chrétien , ces terribles catastrophes dê^ voilent les vues les plus profondes de la sagesse divine. Ce sont elks qui ont fondé dans le Brésil ce royaume catholique et européen qui va recommencer la civilisation catholique, la civilisation européenne dans le plus beau climat du globe; ce sont elles qui ont ramené notre attention vers les établisseraens coloniaux, qui ont &it sentir la nécessité des émigrations spontanées et l'intérêt que les métropoles ont à protéger ce mode d'épuration et d^affranchîssemeiit réciproque dans une société avancée. Ce soDt elles qui ont préparé la destruction des pirates , la civilisation des noirs et la conquête morale de
rAfrîqûc. Pendant qu'un ergoteur Êinatique, instrument involontaire d'une force qu'il méeonnoît, rêve pour son village des lois athées tt des institutions sans Dieu , la pensée de Dieu se manifeste et la face du monde change.
A la fin des grandes révolutions , la colonisa*» lion offre ce doublé aVatitage^ qu'elle soulage les Etats dans exercer de vexations sur les individus^ cl qû^elIe permet aux mécontens de chercher une terre plus favorable , sans priver la mère-patrie^ du fruit de leur industrie. et de leurs facultés ^ qui ne s'exercent pas inutilement pour elle diùs les climats les plus éloigné.^ Là facilite d'un éta< blissement avantageux dans uh'pa^s agréable qui tente là curiosité par des sensations nouvelles,, qui fait espérer des découvertes à la science, des succès; moins contestés au talent, des chances 'plus sures à l'esprit de spéculation, de nonvelleë^ 'explo'rations au commerce, est un objet de distraction convenable aux âmes actives pour lesquelles le mouvement est devenu un besoin.
L'homme ardent quia reçu d'une fatale organisation et d'une éducation plus fatale encore , l'habitude de l'agitation , qui vit moins en lui que par les autres, qui a moins de présent que d'ave* nir , et'quine eroit sa destination remplie qu'autant qu'elle peut laisser, à quelque prix que ce soit /dès souvenirs très*divables ^ est appelé aux
coWnies , où les impress^ops plus inattendues se font sentir plus vivemept , où les lois locales s'im* provisent aouvenjt au gr^ de la nécessité ^ où la puissance d'un esprit habitué aux affaires et d'un caractère imposant , tieqt aisément lieu d'une magistrature politique. Le séjour d^ colonies est plus favorable encore à ces âmes désabusées / (ju'un sentiment bien contraire éloigne de l'ancien mondej qui trop pures pour un âge corrompu, trop jeui^es pour des moeurs récrépies , trop libres pour des devQÎrs insignifians ou absurdes , soupirent i^prés l'indépendance sociale , ^près l'heureuse paix et la prospérité innocente d'un peuple neuf. Il y a pn âge surtout (et c'est le seul où là sensibilité trompée puisse devenir violente et dangereuse, un peu plus tard elle s'éteint) , il ^ a un âge qui est celui des fortes douleurs , mais qui n'est pas celui des douleurs sans espérance y oùla poissibilité de franchir quelques montagnes et quelques mers , et de trouver au-delà un tombeau ^ seroit une sorte de bopheur. Quand les liens de la vie sont relâchés, ou usés, ou rompus, on sent qu'on jouiroit presque indifféremment d'une solitude étroite ou d'un espace infini. On éprouve le désir , la volonté irrésistible de se renfermer dans une cellule, ou de connoUre la terre. N'est-il pas remarquable que les gouvernemens qui ont présidé pendant vin|^t*cinq ans
aux destinées de la plus misérable agrégation d'hommes qui vivent sur le globe , aient fermé les cloîtres au moment où ils perdoient les colonies? Ce qui caractérise les législateurs sans mission , c'est qu'ils ne paroissent pas se souvenir qu'il y ait des malheureux, et que c'est pour les malheureux que les institutions les plus utiles sont faites. Il &ut avouer que la philosophie humaine le cède un peu , sous ce rapport, à l'ignorance évangélique.
Les révolutions de la France , qui ont si puissamment agi sur le continent , n'ont pas épargné les colonies. Ces domaines éloignés de la monarchie ont offert un spectacle plus étrange, plus incompréhensible que la France elle-même; non-seulement ils sont échus comme elle en partage à des esclaves révoltés, qui héritoient par l'assassinat de la fortune et du rang de leurs maîtres , mais par un prodige presque unique dans l'histoire des sociétés, ils ont passé en partie sous la domination d'une variété fortement contrastée de l'espèce humaine, qui n'avoit jamais exercé le pouvoir absolu que dans des régions barbares et inaccessibles. Il est résulté de cet inconcevable changement de destination, des phénomènes que le génie de l'homme , éclairé par l'expérience des temps , auroit eu peine à prévoir. Des noirs, achetés sur les côtes d'Afrique , sont devenus
Ca54 )
•ôuvei^ias daps un monde primitivement habité par une race blanche , et qu^une autre race blan-^ che, descendue du Caucase, avoit conquis il y a trois siècles. Et pendant ce temps-là l'Europe, épuisée de convulsions, a tourné ses yeux vers l'Afrique, pour y fonder des établissemens de refuge , et pour y préparer un asile, sur la terre des noirs , à la malheureuse postérité des blancs. Ainsi changent d'aspect les deux grandes divisions, les plus prononcées du globe , et toujours dans l'intérêt de la civilisation. Usurpateur en Amérique , ou cessionnaire de terres coloniales en Afrique, ce peuple, si ancien dans l'histoire et si nouveau dans la science sociale , tend doublement à s'y perfectionner. Ou conquérant ou protecteur , il va s'enrichir de toutes les lumières des sociétés qui Font précédé, et jouir de ce bienfait si vanté jusqu'à l'âge de la corruption et de la mort : c'est la marche du genre humain.
Ces vues sont prématurées, sans doute : co n'est pas de long* temps qu'une académie , transplantée des rives du Sénégal , régnera sur la littérature et sur les arts des rives de la Seine , et décidera entre Ario3te et M. Schlegel. Les révolutions hâtent les siècles; mais elles n'en tiennent pas tout-à-fait lieu, et le sceptre du monde social appartient encore , pour des siècles sans nombre, à l'heureux Paris. Qu'ils se consolent ,
les esprits chagrins que Paniour de la gloire na* tionale tourmente d'Inquiétudes si ingénieuses sur notre suprématie politique. Cette supréma-* tie, ce n^est jamais la force des armes qui la donne", c'est bien moins emcore la sagesse des institutions, la parfaite convenance des lois, la jouissance des idées religieuses et morales. Vingt gouvernemens, dont l'histoire n'a pas conservé le nom , étoîent contemporains de la ville de Tibère et de Caligula , dont la renommée plane sur les âgés. Chaque fois qu'une ville immense rassemblera en elle toutes les aberrations de la raison humaine , toutes les folies de la fausse politique , le mépris des vérités saines, la fureur des nouveautés spécieuses, l'égoïsme à découvert , et plus de sophistes , de poètes et de bateleurs qu'il n'en faùdroit à dix générations corrompues , elle sera nécessairement sans nvales la reine des cités, Rome n'avoit plus ni ses consuls , ni son sénat , ni ses orateurs^ ni ses guerriers, Iprs des fréquentes irruptions du Nord. Elle n'opposoit aux barbares que des mimes , des courtisannes , des gladiateurs ,, les restes hideux d'une civilisation excessive et dépravée qui sortoient de tous les égouts, et Rome demeura la capitale du monde. Ces considérations , énoncées sans ordre , et qui sont plutôt l'expression d'un sentimept que l'analj^se d'un système , peuvent occuper cepcn-
( a56 ) dant ratlention du lecteur sage et sensible qui rêve quelquefois à l'avenir de ses descendans. Il est doux pour tout le monde de penser à une terre nouvelle, où toutes les passions s'éteignent, où tous les souvenirs se confondent et se com* pensent, où les ministres du vrai Dieu préparèrent une retraite à Billaud-Yarennes , qui leur avoit ôté une patrie ; où le proscrit régicide recueillit les derniers soupirs des royalistes proscrits^ où des François attendent peut-être d'autres François qu'ils reconnoitront à leur langage, comme Philoctète reconnut ses Grecs, et où les opinions réconciliées ne sépareront plus ceux que la nature avoit faits pour être frères.
Je parlerai, dans un article prochain , de la brochure intéressante et aussi bien écrite que bien conçue de M. de la Servière. J'y parlerai de la société coloniale d'Afrique , dont la sage institution est d'un si heureux augure, et pour la philanthropie et pour la politique^ Je tacherai de me faire pardonner la longueur de ces préliminaires , sinon en communiquant mon enthousiasme aux autres, du moins en 1^ faisant comprendre. Les sociétés coloniales formées à la suite des révolutions , sont comme la colombe de l'arche venant annoncer à la famille de Noë qu'il y a des terres praticables.
Continuation.
J'ai rassemblé, dans un premier article, quet^» ques-unes des considérations qui me semblent le plus propres à fixer notre attention sur les colonies. Je ne les ai pas empruntées à un état de choses hypothétique , à une position idéale de la société 3 je n'ai pas eu besoin de fiction pour présenter ma pensée tout entière et pour la faire saisir ; je sentois au contraire , en écrivant , qu'elle s'adressoit à une partie trop considérable de la population , à tous les hommes bien ou mal organisés, qui sont nés avec l'instinct de la force et l'impatience d'une activité surabondante , facultés toujours dangereuses au milieu d'une forme arrêtée de civilisation \ aux esprits curieux de nouveautés, qui veulent essayer , à quelque prix que ce isoit, des sensations singu« Hères et variées} aux âmes fatiguées surtout qui ambitionnent le repos, l'indépendance, le changément peut-être ; car c'est un bien quand on souffre , pe changeât-on que'pour soufiBrir autrement. Je ne me suis poiilt trompé ; la société coloniale philanthropique poursuit avec zèle le cours de ses travaux (i): des voyageurs éclairés explorent pour elle les belles campagnes deGorée et du Cap- Vert. Des administrateurs connue par leur sa-
(i) Ceftte institution n'a pas eu desuiles.
gesse et par leur expérience dîiîgeot ses entreprises. De grands capitalistes la- secondent, en lui fournissant le nerf essentiel de toutes les af-- £iires, le premier élément de tous les succès. Des écrivains distinguéslui consacrent leur pluma et le fruit de recherches longues et difficiles. Elle devient un objet d'espérance pour les mallieureux , de combinaisons utiles pour les riches« de fécondes Spéculations pour les sa vans , d'idées consolantes pour les philosophes 9 qui regardent l'abolition de l'esclavage, la rédemption des captifs et la civilisation des noirs, comme le biit le plus imposant que puisse se prescrire une asso^ ciation humaine, et qui sont bien plus disposés à attendre ce triple bien&it du courage patient de la religion et de la charité, que des suites équivoques d'une escarmouche nav^k. Enfin.^ tous les yeux sont tournés vers l'Afrique, et dans le moment où l'on s'occupe activement d'une colonie prête à naître sur bords y il est naturel de chercher à se rendre compte des moyens d'établissement , des chances de prospérité^ d^ précautions qu'il est nécessaire de prendre, des aberrations qu'il est indispensable d'éviter pour arriver le plus tôt possible à un résultat favorable* Rien n'est plus Ëiit pour &ciliter cette étude que la comparaison,. surtout quand elle est tirée de temps, de localités, de circonstances très*qnalogues. Tel est le mpbile de l'inÇérêt qu'excite
aujourd'hui l'histoire de la colonie de Sierra* Leone 9 dont les commenceniens ont été si.mal^ heureux etles progrèssi tardi&, sans qu'on puisse s'en prendre toutefois ni au sol , ni aux habitans. La brochure de M. la Serviére nie fournira quel* ques détails sur ce phénomène.
Il y a que1q%ies années qu'il se forma en Axu^ gleterre une société philanthropique, animée^ comme celle qui vient de se former parmi nous, du désir de favoriser les progrès du commerce et de la civiUsation en Afrique. Ses vues ^ d'abord extrêmement étendues, contrariées par des cir-^ constances qu'il est inutile de faille connoître, ne produisirent d'autre résultat que la création d'une colonie composée de INègres transporté^ de la Nouvelle-Ecosse., et de Marrons de l'île d^ la Jamaïque.-Cette colonie ) que la compagnie a définitivement cédée au gouvernement anglois 1^ I.*' janvier 1808, est celle de Sierra-Leone.
Pour j«iger de ce que promettoit cet établiii^- <#em6nt^ si ses. développemens. n'avoient pas été arrêtés par une cause étrangère, il suffit de jeter un coup^d'œil sur l'état auquel il est parvenu en ^ingt ans, malgré les lois intempestives , lesme^ sures violentes, les persécutions qui dévoient en consommer la ruine, et l'émigration si naturelle à l'opprimé, surtout quand il n'est pas retenu par les doux liens de la patrie. La capitale de Sjjierra^
Leone renferme plusieurs miUiersd^habitans ac-* climatés , propres au travail et doués d'un esprit industrieux, sur lesquels on en citoit a peine, en i8i4, douze ou quinze dont la conduite put exercer sur leurs concitoyens une influence dangereuse. Ces colons sont d'un caractère afiable et docile, quoique fiers et jaloux de leur liberté; ils aiment les pratiques religieuses j ils cherchent l'instruction ^ ils se plaisent dans les réunions publiques. Ou remarque leur bonne conduite dans leurs familles , leur attachement pour leur^ femmes et leurs en&ns, leur soumission a leurs che&« On leur accorde particulièrement cet amour dé l'ordre , de la décence et de la régularité, qui est le premier gage du perfectionnement social. Le$ délits contre la morale sont si rares dans la colonie, qu'au bout de vingt ans, on n'avoit eu que deux occasions d'appliquer une peine aMctive : la première fois à une femme adultère , la se** conde fois a un colon ivrogne. Le plus grand des crimes est l'attentat à la liberté. Il a immortalisé le nègre Cambridge, comdamné pour avoir vendu un esclave. On n'en connoit point d'antres exemples. L'habitude de jurer et de blasphémer^ qui est probablement devenue chez nous un droit du peuple, car on ne la regarde plus comme un vice, étoitassez répandue parmi leshabitans, à la suite de leur contact avec les Européens. Ils
en
éû sônf parfaitement corrigés. Ajoutez à cela que ce peuple naturellement brave et beUiqueun n'a rien à craindre de ses voisins , dont ses premiers gouverneurs ont sa>lui concilier l'amitië^ et que ses prop? es intérêts le défendent pour long-temps des dimensions et des rivalités sanglantes qtii suivent l'excès de la prospérité. Cela est si constaté, si in&ilUble, qu'un règlement particulier intefdit aux &cteurs dé la colonie tout X'etour en eaux-de-vie , poudre à canon bu instra«« ment de guerre. Le sol n'est pas le meilleur^ qu'on puisse choisir pour une colonisation. Il est propre cependant k la culture du café, de l'indi* gO) du tabac, du riz, du mais, des fèves ^ et il offire la ressource d'une pécbe abondante, à la^ quelle se joindront nécessairement, a mesure que la colonie prospérera , celles dé l'échange^ du courtage et de l'industrie manu facturière. Que manquoit-il donc à un tel établissement pour réussir du premier abord? Quelle malveillance ou quelle maladresse a pu Êiire échouer des ôoqabi-' Daisons si bien servies par la nature y et par le caractère des colons? (c II paroît, dit M. laSer- » vière, qu'on vouloit assujétir tous ceux deee^ >» infortunés qui étoient en état de porteries ar-^ » mes à devenir soldats ou matelots , suivant le D bon plaisir du gouternement , pour être trans- » portés dans quelques parties de r^frique 11. 16
îlisfoire critique de VEloquenùe chez les Grecs ; par M. Bëlin de Ballu^
' L'ouyiUGS que j'annonce au publicnepouToit pàroître dans de» circonstances plus favorables, be système représentatif^ long- temps attesté inu-* tîlement pour le bonheur des peuples , est enfin apjpliqné bien sérieusement, depms quelques* atinées , à Finstitution politique en France )> et ce système est le véritable élément dé ce genre d'éloquence dont les anciens nous ont laissé de si beaux modèles. C'est du haut delà tribtme des assemblées délibérantes que le talent de lal parole exerce son plus grand empirer Des Etats malheureux par le sort des armes se sont quelquefois relevés aox yeux de l'histoire par cette illustration intérieure. JDémosthènes auroit été moins grand sans les succès de Philippe^ Nos idées doivent se tourner naturellement aujour^^ jourd'hiâ vers Pinfiuence des moyens oratoires dans les ^constitutions libres ; et si le système représentatif est susceptible de développemeiis heureux , comme nous devons Fespér er , nous en obtiendrons des résultats tout-à-&it nouveaux^ tout-à*&it propres à ce siècle , car il n'étoit pas connu des anciens sous le même point de Tue , Fiostitution des esclaves formant chez euxi un eontr^-poids IJMÉL ggLiM^^fe P^^^^ L%r&
(a45 ) dît gouTwnement r^résentatif est dooc celle ^'une nouvelle éloquence, et il n'est pas étonnant que l'éloquence devienne pour nous un objet plus spécial d'étude , quand elle semble nous offrir des garanties plus sÂres et plus nom' hrenses de sécurité et de salut.
D'un autre côté , aucun livre ne se présent^ sous de plus heupeox auspiees, si l'on eonûdèrp le noniderauteur,etûrona ^rd aux longues <études par lesquelles il s'est préparé à cet oitvrage. Fen M. Belin de Ballu étoit sans conq tredît ^un de nos premiers hdlénistes. Sa tra* duction de Lucien est infiniment remarquable, au moins sous le rapport des recherches et du •avoir , car on peut r^retter qu^d n'ait pas toujours rendu l'effet piquant de l'origînalj mai» on sait que le stjle n'est qu'une qualité secondaire chez h» énicUts. JJHistoire critique de ^'Eloquence des Grecs 3 qiû exigeoit encore plus (fînstractïon , mais beaucoup moins de coloris, devoit donc laisser peu de chose à dé- Nrer. Je ferai en deux lignes la part de la critique on lui reprodiant impeu de séchereaie.
et je nfr sais quel vague de ce annonce aux lecteurs exercés u fini. Ce dé&ut est cotnmun dac . làils , oii il y a toujours quelque aux notions les plus complètes
(ii46)
Ce qu'on a le droit d'eiiger des savans , c'est 1^ nombre et Tordre des matëriaui ; ce n'est pas ce travail déUcat, ce poK élégant y ce- fini psv* qni car&otérkent lo» |>rodactiond de l'esprit qt dn goàt. La seienfce* tasseoable les £iits et leis met en ordre ; c'^ un autre talent qui donne aux Ëvres une existence durable^ Il faut cher* cher dans eeluinû ufi!'«noixibre immense de traits curieux ,- d'anwfiotes'^ d^anaLyses qu'on ne trouireroit pas aîHeurs sana d'incroyables recherche») et âoâf teite vefrve que le sujet âemt)k)it promettre. Ici PbÎAtoire de l'éloquence n'a pas ^ inspiré l'éloquence. :M, ËeKa de Balln n'est que l'archiviste des orateurs^ il $ait toi» leurs secrets^ excepté celui de leur génie. Cette observation . n'est pas un reprocha .L'Histoii^e de PËloquftnce est
encore un bon livfe a faire sous te rap[)Ortoratoîte; sous le rapport critique, M. Bélin de Ballu l'a&îte. Cette histoire' ' de l'âoquem;e des Grecs est dû itroins aussi'' coilipiètë que possible. Quant à respàceVelie 'éfUbî^kssb celui quis^ét^nd de* A puis*-rori^e. de l^rt , c^ës^à-^dire , depuis «ne
'époque bi^n obsctti^é et bien incerlaib^ jusqu'au troi^émè i^lé tfprè^ Jé^u»Christ y 6àf s'étoit tJ^à élevé un gënrieh d'éloqueoce nouvelle , celui de la poléibique eb^élienné. On voit que cela n'est que trop étendu, cai: l'histaire de l'éloquence des Grecs poûv;Dil se bornera la dtiréô
(247) de leurs républiques. U en est de même quant aux genres. M. Belin de BaUu n'a rien dédaigné ; les rhéteurs , les sophistes , les gramînairiend ^ les avocats, tous hommes voués par goût ou par métier au bel art de la parole , mais dorft Phis-» toire ne peut se lier à ôelle de l'éloqueace que lorsqu^ils ont attaché leurs tioms à la défense fie quelques grands intérêts , ou lorsqu'ils ont tïnmortalisé de petits intéféte , en leur prêtant réclat d'un grand talent. Ainsi nous concevons ti^-bien l'importance d'un âmjJe plaidoyer d'Isocrate sur. le prix de la course des chars: Le Trapézitique du même auteuf , où il -ne s'agit que de réclamer de l'argent déposé chez uin certain Pasian , par un jeutie homme d'île* raclée , offre encore moins d'intérêt en soi. Mais qui pourroit dédaigner l'écrit le plus indifférent d'Isocrate? Quant à la foule des so^ pbistes , leur histoire n'afppartient qu'à la philo* logié qui recueille tout , et M. Belin de Ballu étoit philologue.
Ce livre est donc fait aussi eobsciencieuse^ ment qu'une compilation savante du seizième^ siècle , et c'est un exemple qu'on ne sauroit trop recommander à l'Académie des inscriptions ,ct belles-lettres elle-^mêmey oii il est fort à craindre quel'érjadition classique ne devienne de mauvais ton. Depuis que l'esprit a gagné toutes
les classes , le ridicule s'est attache aux investigations sévères, aux travaux solides et sérieux. On craint de djire simplement ce qui n'est qu'instruclif ; et la proposition la plus utile ne sauroit être admise quapd elle n'est pas , comme pn dit , légère et piquapte. U étoit réservé à ce siècle bizarre qui a solemnisé tant de pauvretés , d'avilir les choses austères et les vraies sciences fie 4'hpn)me ; on a fait des principes avec des inepties , et pu repousse une notion juste quand ^Ue n'a pas le trait d'une épigramme ou le tour d'yn quplibet.
Les idées de l'atiteur sur l'origiue de l'âoquence chez les Grecs ne spnt pas précisément tout ce qu'pn ppi^voit attendre d'un homme judiciwx , parce qu'il a voulu leur donner quelr que chose d'absolu que ces questions ne comportent pas. Il l'a ÎBiit, sortir de certaines circonsr tances spéciales dej$ temps fabuleux x>u des preiniers ti^mps historiques j comme si cette noble puissance de l'homme qu'on appelle l'éloquence ii'étpit pas tout-à-&it propre à la nature do l'homme , et toujt-àr&it [Hrppre à la nature de la civilisation. . Pu moment où une famille hur piaine a obéi à l'impulsipn jde l'esprit de société , l'éloquence a exercé son premier empire , et jsi la parple n'avoit été dèsrlors donnée à l'hompie^ l'éloqpencen'en auroit pas m<Hjas ex^té^ car
Pélpquénce peut se servir mdîstînctement de tous les signes. L'enfant qui n'articule pas en* Gore , le muet qui n'articulera jamais , Fétranger qui ne peut se faire comprendre , sont éloquens toutefois quand ils éprouvent et qu'ils ont besoin de transmettre une impression forte. L'homme naturel aussi étoit éloqueqt , à supposer que Fhomme ne soit pas né dans la société:
ilne&Uoitdonc pas marquer d'un trait si positif cette origine de l'éloquence grecque , à moins qiii'on ne la prît hors du vague des premiers temps, à l'époque où elle commençoit à recevoir les règles des rhéteurs; àcetlsocrate, par exem-ple , dont on a dit qu^ avoit porté eit lui tons les orateurs grecs , oomme le cheval de Troie tous les vainqueurs de la ville de Priam. Il est à remarquer que c'est Isocrate même qui a le pre- «nier fait remonter l'origine de l'éloquence à l'origine des sociétés. 11 prétend , dans son Nico^ clés > que nous n'avons sur les animaux d'autre avantage que celui de la parole , et que cet "avantage seul nous a rendus propres à l'état social. U &ut convenir que les philosophes et les orateurs chrétiens oni: eu de plus hautes idées de la dignité de notre espèce.
Histoire abrégée de la Littérature romaine $
par M. ScHŒLL.
On né s'est jamais n^oii:^ occupé de la littéra* tube grecque et romaine , qu'à l'époque où tout le monde voulott êlre grec ou romain , en dépit de nos moeurs^ de nos traditions , de nos lois, de notre religion, de notre caractère iiationak ' 11 étoit même reçu en principe par les fier^ républicains qui ramenoient alors la bat^rie .eh France, an nom de la philosophie et des lumières, que l'étude de la langue des répur Uiques anciennes li'eSt qu'une superQuité indigne des modernes; qu'il s'y a rien- de plus méprisable aux yeux d'un peuple régénéré par les priogrès de la oiyilisalian que les sciences et les arts des peupWaîvilisés, et qu'il ne faut aux brillans compatriotes de Racine et de Voltaire, pour assurer leur prépondérance sur le resite des nations, que du pain et du:fer. Tels étoient le^ premiers dogmes de ces démocrates célèbres, que nous avons vus depuis si grands et si bas , réconcilier leur patriotisme austère atec l'or et les institutions delà tyrannie. Ainsi, les héritiers de totites les connoissances humaines et de l'expérience de tous les siècles marchoient à l'accomplissement de leurs projets, en détruisant autour d'eux jusqu'aux moindres germes
( aSi ) de l'enseîgnemeiil , jusqu^aun élémens de Pëducatîon kl plcrs commune ^ tant il leur importoît que la France fût assez stupide et assez flétrie désormaù pour subir sans intdignation le mat* heur de leur obéir 'y et ce qu'il y eut de pluâ étrange, je le répète, dans cette conjuration dé Pignorance et de k férocité contre les idées //bérates et humaines^ c'est qu'dle se couvrit dé j^ ne sais quelle prétention d'idées humaines et libérales j qui étoit presque aussi ridicule qu'atroce. Jamais le contraste des choses avec les mots h'avoit été plus scandaleux, plus in^croyable ; jamais une nullité d'idées aussi ab&olue, une grossièreté de moeurs aussi révoltante, une abnégation aussi odieu^re de tout ce qui distingi^e l'homme de la brute , ne s'étoient appuyées du moins de l'autorité *des temps classiques et des- souvenirs de ^histoire. Jamais un misera-' ble , déguisé sôus fè nom de Brutus, de Cassius ou de Scévola, ne ^'étoit aîvisé dé proscrire jusqu'à la langue dont il empruntoit Ce sobriquet insensé. Ces extravagances inconcevables étoient réservées à Fâge dé la perfectibilité etau règne de la raison.
L'élan violemment rétrograde' qu'on essayoit de donner à l'esprit humain dans ces temps de désastreuse mémoire, n'entraîna pas heureu-» $ement la société tout entière, et nous dames
^ l'obstinatioB éclairée de quelques homçies <Pun sens droite sagement prévenus contre les nouvelles théories, la conservation des bonnes études et des bonpes lettres , à certaines concernons près qu'il ÊiUut bien faire à l'esprit d'innot vation pour ne pas le révolter tout-à-&it. On peut donc s'occuper aujourd'hui de l'instruction classique , avec l'espérance d'être encore entendu y et déjà de tqus côtés jaillissent des lumières qu'on avoit lieu de croire à jam9is éteintes. Si l'âge de l'érudition pédantesque, de la critique simple-» ment verbale, des recherclies minutieuses et diffi* cilement puériles, est passé. depuis long-temps dans notre littérature, il nous reste des hommes extrêmement iqstruits qui savent aussi bien que les Saumaise et les Scaliger, qui s'expriment avec plus d'élégance, qui enseignent avec plus d'intérêt, et qui ont particulièfement sur eux l'avantage de la méthode, et du goût. De ce nombre est M, Schodl , dont la réputation lit* téi^re étoil déjà assurée par plusieurs ouvrages, et entre autres par une excellente Histoire abré* gée de la Littérature grecque y. très-propre à faire désirer \ Histoire abrégée de la Littéra^ tare romaine j qu'il nous donne maintenant. Ces deux abrégés, toutefois développés d'une manière très-satis&isante , peuvent êtr^e considérés comme les parties dSm même tout qui renfer-
( aôS j
mera l'histoire des classiques anciens, et aaqtr^ il ne manque, pour le compléter, qWuu Reper^ toire de Littérature ancienne , exclusivement destiné à la partie bibliographique. Ainsi, on trouvera désotmabdans un seul corps d'ouvrage, sous une forme qui n^a tien de la sévérité sè^ che et souvent rebutante des livrés de pure érudition, l'appréciation claire, impartiale et élégante do tous les auteurs de l'antiquité ; une analyse toujours judicieuse et presque toujours piquante des écrits qu'ils nous ont laissés et qui nous sont parvenus; des vues ingénieuses et nouvelles sur la marche progressive des langues classiques et sur les^changemens qu'elles ont subis à travers les différens âges littéraires; des notices exactes enfin sur les commentateurs j les éditeurs et les éditions , travail immense et indispensable, du mérite duquel on peut juger jusqu'à un certain point , par la première édition du Répertoire, tel qu'il a paru en 1808 ^ mais qui gagnera infailliblement beaucoup à être revu et renouvelé par l'auteur sur un plan plus étendu, comme il se le propose. U seroit inutile d'insister sur l'importance d'un pareil monument littéraire, et sur les avantages qu'il oSr^ à toutes les classes de lecteurs, c'est-à*Klire à celle des lecteurs studieux qui veulent apprendre, à celle bien autrement nombreuse des
lecteurs superficiels qui veulent passer pour avoir appris, à celle enfin des lecteurs dont la vie se remplit de travaux plus essentiels , et qui né peuvent accorder qu'une foible partie de leur temps à la connoissance des classiques. U est certain que la seule érudition des dates et des noms est maintenant dans la littérature elle* même un abîme où la mémoire se perd^ et comme elle ne cesse pas de. se surcharger de notions nouvelles, à mesure que les &its qui en sont Tobjet s'écbircissent ou se multipUeat, elle doit finir par dévenir à peu prés tabellaire. C'est £6 qui est arrivé, par exemple , dans les sciences naturelles , où la forme synoptique s'est graduellement substituée à la forme descriptive , et dont l'étude , bien que facilitée par ce moyen , estk peu prés réduite aujourd'hui à la science purement mnémonique des nomenclatures : c'est jcè qui arrivera nécessairement partout. Nous devons donc savoir un gré infini aux écrivains doués d'un tact fin , d'un esprit analytique et iréfléchi^ et surtout d'une patience inappréciable, qui veulent bien mettre à notre portée, dans un cadre de peu d'étendue, les connoîssances qu'ils ont péniblement recueillies, et nous épargner la plus grande partie des recherches fa3tidieuses dé nos devanciers, qui çonsumoiént quelquefois de longues années de
leur vie à apprendre les moyens d'apprendre.
Grâces aux savans dont je parle, toutes les sources de l'instniotion son^t ouvertes, et il n« s'agit plus que d'y puiser.
L'ouvrage de M. Sohœll est précédé d'une introduction très-curieuse , qui est à elle seule un ouvrage important et un excellent livre, plais qui Ëiit regretter que l'auteur ne lui ait pas donné plus d'extension;. ce qui vient sans 4oute de ce qu'il ne l'a regardée que comme un accessoire de luxe et d'oruement. Cette introduction tout à la fois géographique, historique et littéraire, traite de l'origine de la po« pulation de l'Italie et de l'origine de la langue latiâe, deux questions qui paroissent appartenir à des théories différentes, mais qui se touchent immédiatement dans la logique de l'auteur et dans celle de la raison, la composition des hn^ gués hybrides ne pouvant s'expliquer que par l'amalgame des peuples qui les ont formées.
- La troisième partie, qui est très-courte, est employée à exposer les divisions chronolo^ques de Y Histoire de la Littérature romaine ^ que M. Scfaœll réduit à cinq périodes, embrassant ensemble un espace de douze siècles. JLa pre* mière époque renferme les cinq siècles qui se 3ont écoidés jusqu'à la fin de la première guerre Punique; pendant ce long intervalle, la litté-
tAlnre, romaine fut èelle d'un peuple barbare^ uniqueolent occupé du soin d'étendre sa do-* mination sur les peuples qui Tentouroient. Elle* produisit à peine le» poéûes fescennines ^ les cueamentay les ateUanes, essais grossiers d^une imagination presque sauvage , et dont il n'est rest^ que le nom. La seconde s'étend depuis la moitié du troisième siècle ayant Jésus-Christ , jusqu'à la mort de Sylla; ce qui fait deux siècles à peu près. C'est l'en&nce de la littérature latine et le temps de ses premières tentatives. Nous en» avons conservé Plaute , et Térence surtout qui auroit &it la gloire d'unsiècle plus perfectionné. La trqisième n'est que d'un seul siècle; mais ce siècle est cefni d'Auguste. C'est ce que M. Scfaœll appelle rage d^or de la littérature romaine. Il appelle âge dargent, par continuation de cette figure , la quatrième épo^ quej c'est-ànlire le temps écoulé entre la mort* d'Auguste et le siècle des Antonins ; depuis ce siècle, jusqu'au bouleversement del'empired'Oc-* cident, la littérature , entièrement dégénérée ^ parcourt une longue suite de périodes de décadence dont se forme le siècle d^ airain y et. meurt , vers le commencement du sixième siè^ cle , avec les écrivains qui avoient pu Gonnoître les derniers empereurs. C'est là que se termine I^ littérature romaine/ puisque l'auteur a bien.
voulu
voulu la conduire jusqu'à ce pomt^ honueur qu'elle ne méritoit réellement plus. Cette; divi« siôn est très-suffisante pour la clarté; mais elle n'est peut-^re pas bien satisfaisante pour 1^ goût. Il n'est pas vrai de dire, en effi^t, que l'âge où une littérature brille de tout son. éclat soit la figure exacte de Vâga d^or des sociétés , qui est plein de simplicité et d'heureuse igno-^ rance, et il résulte, selon moi, de ce concours d'aoceptions quelque chose de louche qui ne contente pas l'esprit. Puisqu'il est difficile dç prendre d'autres termes de comparaison pour les littératures que les âges du monde ou les âges de la vie, j'auroîs préféré cette dernière forme qui me paroît d'ailleurs le véritable type des époques littéraires , et je m'en serois tenu à l'ingénieuse division du professeur Funck^ qui suit l'histoire de la littérature latine, depuis le bégaiement de la première enfance jusqu'à l'inertie de la décrépitude. Cette métaphore est de la plus grande vérité dans toutes ses acceptions possibles ; mais il importe très* peu qu'on lui en ait préféré une autre, quant au reste de la méthode, et quant à l'instruction qui en résulte et qui sont absolument les mêmes* Cette petite délicatesse étoit donc si indifférente au mérite général du livre que la critique n'a-* voit peut-être pas le droit de s'y arrêter un mo- II. 17
iKre&t» Mais si die a peu de dioses k reprendre dans un des ouvra^ ks {dus utiles- ddrt se* KfiSt enriefaie de|>uis kmg^tenps la bit^ograpUé-; jratsonnée ^ die ne peut s'en occopér sans re-r marquer et sans recneittir en passant un» foule de particularités curieuses^ dont (|^aelqués*uBes offrent un intérêt très^piqnant pour tous les lec- . teors, et cet examesn àé détails oie fi»ùrniia un< aecond article^
MW
Côntîkuation*
3é rtiô suis engagé, dans mon article {ir^^e!-^ dent, à en composer un second des notiops plus, ou moins Curieuses que fai recueillies dansf Timportant ouvrage de M. Sclioefll, parmi une fibule de> âboses intériessantes et singulières qu'il mHk apprises* Je n^m pas remarqué , eu faisant eetfte pi>t)4iiiase, qiie telle particularité qui pàa* toit nse paroître neiw^f, nWc^t pas lé mémct ivai»lage pour vm ^gntnà nombre de fecteurs^' «t qtie je tn^eipos^is pai" iconséquefit i £itiguei^ d^idée» i<el)attùes Fattenliea des personnes dtf-^ ficiles qui veulent du nouveau, et qui en vetM lent éoi4o)ur», n^en fiU^it ptut àJÉf mondé. €é beson de ieiKâtîoBSptqBaittea^etviiriëeis est uil des Téndtsfl» nëoes^aii^ 4e bo^ longuet agita-' tioaspQilitiqciei. iJibflfta^ilh^ des é^n^meto^yl» sucotfsaîon infinie èm éoMi^ns en.SMsopposé^ la fnoUliké de tente lu ^ aociafe , lions otïf &xt oootffaetoi' llnbitudie^ éè ^ôèfte cmiosité in^ quiàfcs^ qiù tut demande qtt'à Ranger d^RoM»» ^ €t qu'il n^art fMBi» aisé <de fMfsfaii^e ^ifand o&^s'ôe^ etipe i^K^ées Mactes el d'él;itdeR positi^FeB. G^ estrfiîfr, â^ttt indigne de6 negar ds <ko gens ^ monde., 'él n^m éléreSbferok sans fhnft ^elqne» ^ainitâs à 'lybnr agipéablé oisftveilëy cre sWredis^
(aCo)
donc qu'à ceux mêmes pour qui le livre de M. Schœll a été écrit , et qui doivent y chercher ^ ou le complément indispensable d'une bonne éducation classique y ou le souvenir toujours aimable des anciennes études :
Indocli discant, et ament metninisse penlL .
Cette ligne dç latin me met tout4-&it à mon aise avec les lecteurs courageux qui voudront bien la franchir 3 et j'entre en matière, sans au-* 4re plan que la méthode chronologique de. mon auteur^ c'est-à-dire saisissant çà et là quelques gbservations ou quelques faits dans l'ordre des t$mps , indépendamment de leur liaison lo« g^que.
. Le premier âge d'une littérature est certain nemeut le moim intéressant sous le rapport des productions* L'incertitude d'une Jangue naisflaute^ n'esdut, à la vérité, ni la grâce, ni la force , mais elle ne peut se concilier avec l'harmonie, Itvec l'élégance, la pompe, l'dévation des langues fixées* Si cette règle n'est pas sans exc^ tion, elle est du moius très-exacte relativement aux Ii4atins qui ont parcouru ponctuellement , tans anticiper, sans rétrograder sur auQuno époque ^ toutes les époques littéraires depuis la pre* jQoière enfance /jusqu'à l'extrénie décrépitv^de* Mais la connoissande de ces antiquités, pour 4tre moins séduisante, n'en est pas moins pré-
eieuse, pas moins inestimable sons d'antres rap* ports. L'histoire des progrès de notre esprit se lie utilement dans l'intérêt de la morale poli-" tique à celle des progrès de la civilisation , et il résulte du concours de ces époques remarquables de développement , de maturité et de corruption , de hautes leçons d'expérience qui ne devroient pas être perdues pour la société. Il est d'ailleurs bien démontré dans l'intérêt seul de la littérature que l'étude des archaïsmes de la langue que l'on cultive est un des secrets les plus sûrs des bons écrivains , et cette hypothèse se prouve chez les Latins par l'exemple de Cicéron , chez les Anglois par celui de Johnson ^ chez nous par celui de Molière, de La Fontaine, dé J.-J. Rousseau, de tous tes auteurs de notre moderne littérature qui ont bien connu notre littérature ancienne. Ces considérations donnent une grande importance à la première et à la seconde partie de Fouvrage de. M. Schœll^ dans lesquelles les lettres latines sont prises k leurs élémens. 11 iie nous reste de Fépoque ht plus reculée que des fragmens assez considérables dès Lois des Douze Tables que Cîcéron préférpit aux bibliothèques de tons les philosophes (i). Ce que les peuples écrivent d'abord^
(i) Orau 1. 4^> .. . . *
eu sout les lois,c^est-à-4ire certaidesinstitaâoDs doniuées à rhomme dans des tefiap» très-i^nté* rieuEs par une puissance au-dessus de Phomme y eu , si l'on veut) certaines règles de cod vetaù^oa , ^^ermies p^r l'usage ^ sanctifiées piir le respect des aïeux , et qui ojx^ acquis une autorité vf^gieuse sur les f^toyens; de sorte qù'<m peut dir0 que toute bonne loi. écrite étoit une tradition* Quant au déUre d^ ipeuplos usés qui commencent à se ^re des lois quand ils n'oot plus ni religion ni mprale^ je lï'en connois point d'exem* pÏQ, chez les anciens^ li 0st assea remarq^^Ie que les lois qui restent fondamentales et invar riables'd^ns toutes les Jég^tions l&dmi^esiûent lété écrites p^r des Bajéapeèy et que les lois^ ixnprovisées par les sociétés qui; se renouvel* lent, soient presqijie tQùfOurs im praticables et absurdes. Qui croiroit qu'i l'époque où cesjEfdr
ttMÛAïQ&Lùis^desIhus^e Tabler furent recueil^ lies , la lettre R p'étoit pas enopre^ introduite dans l'abécédaire romain y et que l'initiale du npni de RqiDe ne s^ fignrât que par un signe équivoque? On écrivoit tSbi/na ou Domsa^ Tout ce qu'il y a de. bon dans l'étst sooisd a été pensé et reconnu dans les premiers âges. Le perfectionnement littéraire des nations a si pçu de rapport avec leur perfectionnement moral, qu'oa a craint, avec quelque raison^ qu'il no
Im £l!it totalement opposé , et de» philosopha l'ont dit. Les grands penseurs qui conduent d^ ce qu^uB peuple a l'Académie, I-Opéra , les ^a^ diateurs ou la&ntasoaagorie, qu'il en^ i|^ à te r0eimstitn$r y outragpnt gratuitement I^ ^ns comoaun. "Ce qu'on appelle la cmli^citiqn per^ feotianûée n^a jusqu'ici innové qu^ df^s folies qui sont devenues souvent des hornéur$i
La littérature romainene datepropretneiit qu^ de la seconde époque* L'hUtoire en est précédée dans l'ouvrage de M. Schesll d'une excelli3n{;e introduction qui se continue au devant d^s^ur très périodes, et qui compose iiiosi un cours curieux d'histoire politique dans la .p^us cur rieuse des histoînes littéraires» Lenteur a réuni à la suite de ce discours les ^mots, les .plu*aseS| les ângularités d'orlhi^graphe qui . distinguent cette époque, et qui ont 4lté tQut«*à-lfait ai>apr donnés par les écrivains du siècle d'Aï^usIits. Ces recherches , extraites en graitde parti^e de l'ouvrage de ;Fund& (a) , sont de ^la ^plns grande utilité poiir l'élude ^comparée fies langues et la 'icience étyaiolo^q»e. C'est avec. le même soin que l'auteur siût!, de période en période , les nouvelles modifications de la langue, ^oit .lorsqn!eUe monte vers ;son apogâe , soit
(]), De adolesçentid lingues lalinœ^ Marpury, 172^.
lorsqu'elle penche vers sa décadence. II n'a pas même négligé dHndiquer certains mots et certaines locutions dont léis exemples sont si rares qu'il nW pas étonnant qu'ils manquent dans la plupart des lexiques. Tels sont les grécismes pédantesques , les onomatopées barbares, et les mots ridiculement composés qui abondent dans Ennius, Plante, et les écrivains de leur temps. Nous n'avons pas échappé à ce travers, commun dans toutes les langues naissantes', qi^on voit toujours impatientes de s'enrichir aux dépens de l'harmonie, de la clarté et dû goût, et il a été agréablement châtié par Rabelais , dans l'Histoire de l'Ecolier Limousin , et dans celle du Seigneur de Basché (i).
La seconde époque est remarquable, en ce <}u'elle a vu fleurir, à peu de distance l'un de l'autre, deux grands poètes comiques qui n^ont pas eu dé rivaux chez les Latins-. L'art de la comédie est propre aux littératures adolescentes, parce quHl ne s'exerce avec avantage , dans la société, que sur les caractères décidés et les mœurs franches qui appartiennent exclusivement aux civilisations nouvdles. Plus tard, les nuances s'affoiblissent ou s'éteignent, les carao^ tères se rapprochent et se confondent dans une <p— ^ ■ Il I II ■ I I I , I ■■ ^
(i) Liv. Jï , cbap. VI5 Liv, IV, ckap. XIII et'suiv.
sorte de caractère mixte , vague , indéterminé , qui n^a plus ni naïveté, ni énergie. La çompdie d'intrigue succède k la comédie de mœurs, et ne lui survit pas long-temps. Le rapport invariable des^ deux genres avec deux âges so^ ciaux très-dietincts-, se manifeste depuis Aristophane et Ménandre jusqu'à Molière et à Des-* touches , dans toutes les littératures classiques.
Les Latins citoîent avec éloge quelques au* très auteurs cooiiques. Horace parle d'une ma-» nière très -honorable de Quinctius Atta , de Gecilius Statius, de Lucius Afranius. Cicéron rapporte des vers dé Trabeas. AulurGelle nous a conservé une épigramme dé Yulgatius Sedî^ gitus, qui fixe les rangs des poètes dramatiques^ et qui ne donne que la sixième place à Térence* 11 faut léliciter les Romains d'avoir eu cinq poètes dramatiques supérieurs à Térence ; ou bien il fiiut plaindre Térence d'avoir été jugé par Yulgatius Sedigitus.
U est .inutile de dire que la plus brillante de ces époques , et celle qui a le plus d'intérêt dans l'ouvrage de M. Schœll, . comme parmi tous les âges littéraires, c'est le siècle. d'Auguste. Les chapitres relatif à Virgile, à Horace, à Cicéron^ sont des morceaux achevés de bibliôlo$;ie et de critique, auxquels il n'y aura plus rien à ajou-* ter quand ils auront été complétés dans le Ré^
pertoire pskT des notices bibUograpiùqute telles que M. SgUgbU e$t capable de les &ire« Ces grasds écrivains n^ûmk été ouUe part jit^ sage^ tnedt appréciés ; car le ga&t ii^poUible de M.: Sehœll lui a appris à les juger dVprës les coîtîqtfes les plus surs et les seDlimens les mieux établis, «ans égard i ^anoun système ^ à aucnoo prév4M]iion. U paroît ai étranger à toute parUa- Uté, si dépouiUéde toute illusion,. qu'on sent en le lisant qu'il ne &it qu'écrire l'arrêt des siècles et ccMoatater l'opinîoa la plus accréditée, la plus générale, la plus fondée en raison. Celte oiodéraitibBiest très^louable, même dans ce g^are de poUmique oà l'excès est mobs dangereux qu'en tont amtre^ mais oh il n'est ni /plus rare ni moins outré. IjHdoIâtrte du langage eicérchnieu fot portée à un tel pmit à la renaissance des lettres, que certains écrivains se défendirent d'employer les tours idont Cicéron n'avoit pas fait usage. L'élégant BeUeuden , que les érudits eux-mêmes ne (tisent tplus , se flattoit de n'avoir pas hasardé une locution qui ne se trouvât dans I'or9(t0ur vDfnain. On a dit la niêm^ chose de Manoce le jeune, de Nicolas Thomseus^ philo^ logue îngéaietigE , qui -a publié, sema le nom de Jjoùmc^ d^s dissertations pleines d'urbanité et de science^ et du ^mieux ^Etienne Dolet, qui Ti'étoit pas gravepr en taîBe- douce comme 1^
pense M. Schœll, mai& emoettent itnfuîmeur de Lyon. Erasme , qui a potirtant cfotnbftttu avec succès cette innocente' manie dans le Cicero* nianus publie en 1628, la portoit encore plus loin en 1625, dans la Préface de son édition des Tusculanes. «Je ne m'éloignerois pas beau- » coup, disoit-il, du sentiment de ceux qui sq » persuadent qu'il y avoit quelque cbose de y> divin dans l'âme de Cicéron , et qu^eQe doit D> résider dans le ciel. » On sait qu'il a cependant enchéri sur cette idée dans le colloque intitulé Conpwium religiosum y o\i il parle des saintes âmes de Virgile et d'Horace , et où 3 avoue qu'il a peine à ne pas s'écrier quelquefois : Sancte Socrdtes^ ora pro nabis ! Voici quelque cbose de plus extraordinaire^ car c'est unexem* pie de culte littéraire passé dans la liturgie chrétienne. L'abbé Bertinetli rapporte , d'après un manuscrit de Jean Piccinardi de Crémone ^ qu'au quinzième siècle on cliantoît à Mantoue^ à la messe de Saint-Paul , une hymne en l'honneur de Virgile; on y supposoit que ï'Apotre des nations, arrivant à Naples, tourna ses regards vers le Pausilype , où reposent les cen-» dres de ce grand poète , et qu'il regretta de n'avoir pu le voir pendant sa vie, et l'élever à la connoissance de nos mystères :
^d Maronis mausoUum ' Ductus ,fudit super eum Pice rorem laaymœ* Quem te , inquU , reddidissem Si te vivum invenissem , Poetarutn maxime !
Ge& traditions historiques et littéraires mêlées txxx traditions chrétiennes, existent jusqu'à ce jour chez beaucoup de nations, et particulier' rement chez celtes qui n'ont pas été soumises à une civilisation intermédiaire, comme certains peuples des provinces Yindiques qui ont conservé en dévotion le nom de Castor et de Pol* lux. La docte Padoue elle-^méme a eu longtemps le ^om d'An ténor dans ses Litanies, ^ comme Trieste celui de Japix^ et Laybach celui de Jason. Tout cela n'est pas bien ortho*^ doxe; mais il faut rendre grâces à l'imagination, d'avoir ainsi honoré le courage et le génie. Cette aberration de sensibilité n'est pas le défaut des peuples vieillis.
La quatrième époque de la littérature. latine a beaucoup de rapport avec celle à laquelle nous sommes parvenus. Ce ^'est pas que nous ayons aujourd'hui des satiriques de la force de Perse et de Juvénal ; mais si les mauvaises mœurs et le mauvais goût portés à l'excès en •nfantent toujours, ils ne nous manqueront pas.
Ca69)
Lés historiens du guérite de TacitjQ , les polygra-^ piies du mérite de Sénèque le philosophe nbsont pas plus communs. Cependant une espérance bien fondée , et déjà justifiée par beaucoup de titres , peut nous faire attendre l'un et l'autre dans le même écrivain. Quant aux rîmeurs enflés ou subtils qui ressemblent à Sénèque le tragique par l'emphase et l'abus des hyperboles; à Stace par la prolixité des narrations , l'aiFec* talion des pensées, et le &cile étalage d'une érudition triviale; à Martial par la prétention des effets, la recherche des antithèses et le goût du trait ; à Lucain même par la pompe froide et la bouffissure du style, on en trouverait dix pour un y au talent près.
Ce qui tient le plus déplace dans toutes les histoires, c'est ce qui en mérite le moins. Les deux derniers volumes de l'ouvrage de M. Schôell sont consacrés à cette cinquième période qui est l'âge de la dégénération des Latins, âge sans éclat, mais plein de &its et de souvenirs. Les littératures décrépites sont radoteuses comme les vieillards qui tombent en en&noe. Toute»
les littératures classiques du monde ne rempliroient pas de che&-d'œuvre la bibliothèque la plus modeste. U faut des palais , il faudroit dea i^illes pour contenir les rêveries insipides des siècles avancés <^ui attestent toujours la per-
^âbiKté) et qui enta^se&t en son nom des mon-' tagoe» éé HvreB ihutileft on ridicttles. Ifeùreu^ ' semienl, M. Sehœtt se dérobe, pdr une exception bien i^eMiftrq^'âble, k tontes les règles géerérale» sar h division des figes littérdtt^. H est vena dans un- temps où Poo gagne tine péputation avec «M id^, et qudquefois sans une idée« Ecriviàn érudit et fécôod, mais eonscien(âe€x, il a eu eafire les mains la matière de plusieurs libres, e^ da plnsîeurs bons livres. Ses prë&ces 9^oi«fnt des dissertations , ses introductions dei histoire», ses ttfbles des abr^ës v!Cih$ et curieni^ U a daîg^ toe fai^e de toert cela iju'un seul ou-' vrage ii^dîspensable &ax gens de lettres qrâ se font une grande renommée académique aveé «ne petite littératupe d'emprunt , mais proba- !Mem€«it fort inutite au savant qui Fa conçu efc €{i» t*a estéeuté* C'est dans Pordre.
»ii liii ri i I i m
Choix des Poésies originales des l\x>iihadourS}
par M. Raynouard.
. La ^remiélre choBe qui fbap]^. le léidteitt' datosf le titre que je viens é& r^tpf^ft^ , ^'èM ciètit&iiie-^ ment le nom de Pamteor) qa\>ri ttè ê'nllèftd fm à voir at(a;ché à des: reéhercheft ^ kinédid^ fort sévères eft fert ari^s^ eki îsippatf^cè : la plaëtf qu'il a pri^e parmi ttm tragique», odle q^ie i(é doniMra sans doute dsms Fépopéè is^tt f!icri!^è^ des MaehabéBS^ «i ï^esiéçiilî^m <eMîè«^ de «é^ ouvragé vépokid) èofiiatnie ou la dnmtrdie i^espël*e^9 aux morcebùx <^ sont d^jà tsdsm^$^ ^ qài font désirer sa puMicaHiûii àvee- font '^%âpaSieiièe^ ocMe plaœ ië)i»iieiB^ èèl&Ue fôf^t. lom de edib oà vëgète dWdinaâfre t^spl^Mlôm* cPàntiqtiitësf elle tmte graanfesidifM». fiie ¥li%aire tfè voit daM9 leurs^ études qaW Ittt^ail dé uÉ^élttoîre, ^aii9 diarfàe et ^m mDè^ , ïtièaf^Iè d'offrir la iteiÎÉKire prise à l^iiiiagtaiftiM , et de diéâcrnorma^ ger , ipar k plus fo&le ^liiâëmoe iks pef sonné» qui ^ea deettpen«/do 99^mi^»éaikiÂ^épM pepéuvet. H »e m <4bute fifis -^e edUe ^eijsn^ àù^^e^des étjuiiobgie»a aussi nbn^ méfi^elitëijik ^ "sa poé^ ^ q«e les lgtt»€ii d^ fiy^htfbeO; Soient niîérës^, dheto le» Ck^ecs-) Mtts 4b^ )>F6técllîé4»dë8r ïlCbses , ^tqùé d^^étfies Id» qfiè^l^ d'eT'am)» et ^etSèé^ MSKuWraiâQt ffckMM^^ dè|)V^^k t6iîn^
i la sciêiice dont elles sont l'objet, si elle ëtoit incompatible avec le culte des Grâces. Uo écri- Tain qui a reçu de la nature , avec la Ëiculté de peindre 9 le besoin de réfléchir j et qui joint à cette puissance de sentiment qui &it le poète, $ette profondeur de vues, cette solidité de jujgement qui &it le philosophe , ne peut consacrer de longues années à 3on art sans méditer qndi* quefois sur ses élémens, sans se demander compte d'une foule de choses qui échappent à la rue des hommes ordinaires, mais qu'un usage continuel lui a rendues &milières, et dans la recherche diasqueUes il trouve d'ailleurs l'attrait le plus piquant et le plus inattendu. Que penseroit-on de l'artiste dédaig^Bux et inconsidéré qui ne se slsr- . viroit de ses instrumens que par une;espèce de routine, qui sauroit à peine leur nom , et qui ne se ^endroit raison de leur usage que par leur usage xnéme? Il est vrai que la grammaire générale est à elle seule une vaste et difficile .science , dont l'application spéciale à une langue quelconque demande souvent l'enq>loi dc^la vie «ntière; et ^'est pour cela qu^ est si rare qu'un Uttérateur &vorablement connu dans les genr^ d'imagina^ tion se soit distingué par des productions trèsremarquables dans odiii-ci. L'auteur de la Gramr maire de Ja Langue vom(me aura l'avantage d'être un des premiers, sinon le premier que
notre
notre liltëfaitûre puisée citer sous ce double rap^ {lort , et d^avoir signdlé douUement cette espèce de phénomène ; car ce début du poète danis la grammaire est un chef « d'œuvre que les^ grém* mairiens de profession ne surpasseront pas. Les hommes insitruits, qui peuvent apprécier la di& ficulté d'une bonne grammflire dans une langue ik>ntemporaine ou dans une langue classique, à la suite des innombrables schoiiastes qui ont préparé toutes les richesses , et des innombrable! autorités qui ont mis en œuvre toutes les corn* Hnaisons du langage , et qui ont fixé toutes ses règles, doivent comprendre ce qu^l y a de grand et de hardi'dans la seule conception de la grammaire d'une langue perdue, qui ne subsiste plus du moins que dans des monumens épars ou dans des traditions incertaines, et dont personne ne s'est jamais avisé d'arrêter les principes^. Un livre par^ est une création qui suppose non seulemeut l^p6tttdé ta plus extraordinaire aut travaux lexioologiques, mais un véritable génie* Quelle force d^esprit ne Êiut-il pas pour deviner tout l'ensemble d'un édifice détruit , sur la simple inspection de ses ruines, pour concevoir, pour embrasser, pour reproduire toute l'harmonie de ses diverses parties , et pour le relever entier , comme par magie , aux yeux des hommes qui ne soupçonnoient plus son existence ! II y II. i«
avqit un grand vide dans l'histoire des langues y un vide qui paroissoit à peine avoir été occupé par des jargons insignifians et barbares, sans .philosophie^ sans raélhode. La science vient de le remplir ; et ce qu'il y a de plus digne de nôtre attention , c'est que dans cette langue dont la grammaire nous manquoit , se trouve l'origine jd'une intéressante famille de langues du nombre desquelles la nôtre fait partie, et par conséquent une introduction presque essentielle à leur étude» On peut appliquer à M. Raynouard y avec plus de. raison peut-être, ce qu'on a dit de Qiohtes- ^uieu en parlant d'une science dans laquelle les erreurs sont de tout autre conséquence que dans la grammaire : la langue Françoise avoit perdu ses titres; il les a retrouvés.
Cette grammaire n'est , ainsi que le titre l'annonce, qu'une préparation i la lecture des Poésies originales des Troubadours; que le Vesti* bule d'un des monumens les plus importans et les plus curieux de l'archéologie littéraire. Les traditions historiques et les preuves matérielles qui. attestent l'existence de la langue romane à des époques très-reculées y le tableau de son origine et de sa formation ; les règles complètes de cette langue , telle qu'elle a été perfectionnée ' et fixée dans les ouvrages des Troubadours p ^ qui sont ses autorités , et qui loi tiennent lieu
de classiques ; le choix enfin de ces ouvrages, tas^ semblés sans doute avec le discernement dodt l'éditeur a fait preuve^ dans tout ce qu'il a écrit sur des matières de pure critique, et spécialement dans ses deux excellentes Notices histori* ques sur les Templiers et sur les Ktais de Blois; telest le plan de l'inappréciable collection que nous avons le bonheur d'annoncer aux gens de lettres. En supposant, comme il est très*naturel d3 le penser, que l'auteur couronnera cette belle et précieuse entreprise par un index àQ mots qui pourra servir de glossaire^ il aura réuni tout ce qu'il est possible de souhaiter pour une série entière et parfaite d'études sur la langue romane : son histoire , son dictionnaire , sa grammaire et ses auteurs. Ce sera l'Encyclopédie de cette branche nouvelle de la littérature ; et , ce qui est unique peut-être dans ce genre d'ouvrage, sou Encyclopédie achevée sans aucune de ces réticences si communes, de ces lacunes presqu'inévitables dans les livres d'érudition , de ces solu-tions de fiuts et de sens qui y laissent^ toujours un problème à résoudre et une découverte à faire. Tous les vestiges de la langue , de la poésie romaoe, ont été consultés; tout ce qui avoit des droits à l'intérêt des gens de goût a été recueilli. Si la grammaire n'offre pas cette précision absolue ,• cette exactitude philosophique que les es^
pnts (f une rectitude sévère cherchent partout , et que Bacon et Leibnitz auroient voulu porter anus les langues, c'est que ces qualités idéales ne peuvent se rencontrer dans aucune grammaire iisueUe, dans aucune hingue parlée; et qu^elles Be sont réellement propres qu'aux types ingé*^ nieux, mab impraticables, que les philosophes ont imaginés dans leur cabinet. A cela prè;^, je souhaite à nos langues vivantes une grammaire qui vaille celle-ci; elles y gagneroîent tout ce qu'elles peuvent gagner aux travaux des hommes, qui influent bien peu, je dots le dire par parenthèse, sur leur formation et sur leur perfectioce Dément , que» qu'en dBsent les idéologues et les demi-savans qui composent des grammaires gé^nérales et des langues universelles, sans étnr capables d'inventer les élémens d'un seul mot. Chose merveilleuse ! Ces langues , le che fd'œuvre de la civilisation , ce ne sont pas les philosophe» qui les ont fiiites ! elles s'instituent, s'améliorent , se modifient par une force cachée qui ne provient point de l'homme, et dont les effets se coordonnent toujours aux lieux et aux circonstances sans notre participation. Supposez dans une ile sauvage, an bout de l'univers, cinq ou six générations successives dé créatures h visage humain , prises parmi les plus impar&ites de Fespèce; si •lies ont d'ailleurs tous leurs sens, elles parle-
( 377 ) Tont 'y et cette langue qu'elles àuroht crëée sat» le 5a voir, et qui aura sa graiïimaire, sa poésie et 5on génie, comme toutes les langues, jamais toutes les académies de la terre né lui donne* roient de cours chez un peuple, même de son consentement , parce que les langues ne se font ni ne «e prescrivent : elles se perçoivent et se communiquent. Notre science ne va pas plus
loin.
Cet ouvrage est précédé d'une introduction assez courte, car une deâ choses qui le distin<f guen,t encore des autres ouvrages d'érudition , et même des meilleurs, c'est qu'il ne contient rien d'inutile', et qu'au milieu de tant d'occaûons d'étaler pompeusement beaucoup de faits nouveaux et de citations curieuses à l'appui de ses propositions, l'auteur s'est restreint, avec un goût bien judicieux et bien exquis , à ce qui étoit stiîctement essentiel à sOn dessein. Il établit dans cette dissertation préliminaire que l'existence de la langue romane remonte à des temps peu po^érieurs à l'établissement de la monarchie françoise,et il appuie cette Dpiniou d'exemples très-authentiques, dont quelques-uns datent de la fin du sixième siècle. Il prouve ensuite, ncKi moins positivement , que l'idiome primitif s'est conservé et perfectionné dans les écrits des Troubadôiïrs et dans le langage des peuple^ qui habi-
tèrcnt le midi de la France. Apres avoir démontré leur identité, il passe à l'ei^amen du mécanisme et dès formes (essentielles de cette langue; il se transportée en quelque manière au moment de sa création; il Pobserve, il la saisit sur le fait dans ce période si intéressant de son premier âge 9 où elle semble se soustraire à toutes les investigations , et présente les élémens de sa grammaire avant l'an mille. Parvenu à son âge littéraire, à la brillante époque des productions des Troubadours, il l'extrait mot par mot des 'livres dans lesquels elle est renfermée j il l'analyse, il là recompose; il parvient, par une longue suite d'analogies, de comparaisons , de conséquences, à reproduire sa Grammaire détaillée, en autorisant toutes les règles, soit générales, soit particulières , par des citations empruntées aux auteurs qu'il va publier, et qui serviront de preuve à celte partie dé son travail. Cette Grammaire, divisée comme la plupart des nôtres, n'est pas plus qu'elles susceptible d'analyse; et ' comme les observations de critique verbale auxquelles elle peut donner lieu , et qui m'ont arrêté pendant ma lecture , sont bien loin d'avoir un intérêt universel , je n'y reviendrai , selon toute apparence, qu'en rendant compte des volumes suivaiis. En attendant , je recommande celui^-ci à toutes les personnes que des études déjà fortes
( 279 ) ont prépar.éés à recevoir ce complément essentiel d^nstructioo dahs la science des langues» Elles y trouveront, dans une méthode aussi simple que lumineuse , tous les principes d'une langue qui a servi de transition entre le latin et la plus belle famille des langues européennes, et dont la connoissance jette la plus grande clarté sur la langue mère et sur ses dénvées, l'italienne, l'espagnole et la provençale. Elles y verront que ce dernier idiome, qu'il n'est pas permis depuis long-temps de confondre avec, nos patois provinciaux , a sur celui qui nous est resté l'avan* tage de la prééminence dans l'ordre du temps, comme celui de la douceur, de la grâce et d<3. l'harmonie, et qu'il justifie par des titres bien, établis, de son origine et de son àtoit d^aînesse. Malheureusement pour lui, le lâng9j{e qui a.
prévalu a dû ce succès à des che&-d'œuvrc qui ont fait oublier très-justement les Troubadours,* la gaie science et la belle langue d'Oc. C'est un cadet de bonne maison , que d'excellentes pro-. tections ont fait réussir dans le. monde au préju* dice des héritiers légitimes. Les langues ont leur destinée comme les hommes.
SSssai sur la Poésie et les Poètes françoisj aux XIP , XIIP et XIY* siècles ; par M. Bb- NpisTON de Ghatèaumeuf.
Quand une nation a perdu ses grands poètes, elle s'occupe beaucoup de sa poésie* Les derniers che&-d*œuvre de J. B. Rousseau , et les principaux chefs-d'œuvre de Vol^ire avoient paru quand Massieu publia VHistoire de la poésie françoise. C'est ainsi qu'un héritier ne procède à l'inventaire du trésor qu'on lui a laissé , qu'après la mort du testateur.
iJean de IVotredame 9 qui étoit , je crois , fils du prophète Noslradamus , imprima l'histoire des Troubadours au moment où l'on coûimen* çoit à les oublier. Depuis ce temps, tout le inonde eu avoit parlé avant que l'Institut y pensât , et provoquât les recherches de M. de Chatèanneuf et de ses rivaux. Millot , Sainte» Palaye, Barbazan, Tressan, Paulmy ,Dutens , la Yallière , Une foule d'académiciens illustres et de savans ingénieux avoient entrepris de dé-* brouiller le fatras de nos titres littéraires, et y avoient plus ou moins réussi. De nos jours mé« me , il est juste de citer M. de Roquefort dont les recherches sur la langue romane , indispen-* sables à ceux qui se livrent à l'étude des anti-* quités du moyen âge , ont surpassé tout ce que nous possédions en ce genre , et sprtout
M. Aime Martin qui a réuni ces cotonoisfianccf , dans un cours spécial dont nous attendons im^* patiemment l'impresssÎQn , kous la forme la plus agréable et la plus piquante. Cette suite d'upèr^ çus justes et fins , encadrés dans des leçons spirituellement écrites y me paroit digne d'une publicité que FAtbénée n'assure, pas toujours.
M. Benoiston de Cfaateauneuf qui leur succè* de , jette d'abord un regard sur l'origine de la langue romane , et sur celle de la rime et de la poésie françoise. II adopte l'opinion de Huet et de Saumaise, qui donnoient aux Arabes l'honneur d'avoir été nos maîtres en poésie y hypothèse difficile à soutenir , el d'ailleurs pi** seuse et frivole y sous quelque rapport qu'on la considère» Supposer que les Arabes nous ont appris la poésie y c'est regarder ce bel art com^ me purement tradidootoel , tandis qu'il e^t naturel à tous les climats et à toutes les sociétés d'hommes. Faudroit-il en conclure que si nous n'avions pas eu quelque^ rapports avec les Arabes , Racine et Voltaire n'auroient pas écrit? C'est faire dépendre d'un concours d'événemens bien fortuits le génie d'un peuple et la gloire d^une littérature. Cette généalogie gratuite ne valoit pas la peine d'être renouvelée.
Du roman provençal se forment leâ trois iaii* gués kswplus harmonieuses de l'Europe, l'italien^
r^paS^ol et le'portugais. Le wallon donne naissance à la langue Françoise ; et comme s'il eût toujours été de la destinée dn peuple qui la parloit , dit M. deChateauneuf , de porter partout son langage et ses mœurs , en moins d'un siècle les Normands l'introduisirent ea Sicile , bientôt après en Angleterre, sous la conduite de Guillaume; et dans l'Orient , sur les bords du Jourdain , les croisés la firent entendre aux filles de Sion et aux Arabes du .désert.
Le goût des vers , qui n'a voit encore rien perdu de sa vivacité, devoit inspirer l'idée d'en composer dans Renouveau langage. M. de Chateauneuf surprend l'art, à sa naissance dans le neuvième siècle. L'Ëvangile ria^é parle moine Ottfrid de vVeissembourg est le plus ancien essai de poésie en langue vulgaire qui ;soit venu jusqu'à nous. On présume bien qu'il est tout-* à-&it inintelU^ble.
' Le onzième siècle fut plus riche , ou du moins plus fécond , car il est impossible d'appeler richesse la malheureuse facilité de coudre des rimes barbares à la Bible et à la Légende. C'est ainsi cependant que se formoit une langue qui devoit prendi^e tant de noblesse et tant de charme sous la plume des grands écrivains di; siècle de Louis XIV; et déjà la poésie faisoit entendre de plus doux accens, v^^ le Midi de la France ,
Iiêureuse patrie des Troubadann, des Musars et des Càntadourst Biejitôt elle y fleurit sous les auspices de Guillaume IX , duc d'Aquitaine , qui la cultivoit lui-même avec succès , et qui raconta ses fortunes de Palestine en vers exactement mesures , ornés de rimes harmonieuses. Les comtes de Foix et de Poitiers , les princes d'Auvergne et d'Orange , lés rois de Sicile et d'Aragon , et surtout le célèbre et malheureux Richard Cœur-de-Lîon , illustrèrent cet art nouveau qui devoit payer leurs veilles à son tour de tant de plaisirs et de tant de gloire. L'Empereur Frédéric enfin offrit l'exemple rare d'un tyran qui partage sa vie entre les fureurs de l'ambition et les doux loisirs. de la Muse^ Le dévastateur de l'Italie goûta ces riantes lùerveiU les de l'imagination qui paroissent si étrange* res aux passions sombres et farouches dont il étoit possédé. Méron aussi avoit aimé la danse, les spectacles et les vers.
Deux sentimeqs opposés se font distinguer dans les premières productions de la poésie provençale. C'est la tendresse qui inspiré la Canzon; c'est une malignité satirique et souvent cruelle qui dicte le Sir^ente. M. de Châteauneuf en recueille d'intéressans exemples , et il les revêt d'un style élégant et animé.
Après avoir suivi la marche progressive d®
{ fi84 )
là poésie dans les ouvrages dés Troubadours , et dans les rapsodies mystiques des jongleurs, l'historien arrive enfin à l'origine immédiate dô ia poésie Françoise proprement dite , c*est-à-dire au moment où parurent les Trouvères , et avec eux les [dus anciens mônumens de notre littéra* ture^ C'est l'époque où semble naître cet art canfus de nos pieux romanciers que Villon de» vent un jour débrouiller. Ici , M. de Château* neuf ft cru devoir changer la méthode de son livre 9 et substituer l'ordre des matières à celui des temps , en commençant par les pùemes di* dmetiques, allégoriques et moraux. Le poëme didactique , en effet , qui est très-rare dans les littératures classiquiBS, abonde également dans les littératures naissaiites et dans les littératures épuisées. Le XIl*" siècle a donné naissance au Bestiaire qui traite de Fhistoire naturelle des animaux , au P^ôlucràire qui contient probablement les préceptes de la chasse du faucon , et à la traduction du Lapidaire de Marbode. Ce qu'il y a de remarquable dans le Bestiaire^ c'est que les hémistiches y riment entr'eux , suivant la méthode Léonine ^ et non par la dernière syllabe du vers. L^iuteur du Foyage de Charlehtagnè à Constantinople a été encore plus hardi en s'affranchissant tôut-à-feit de la rime : mais cette liberté n'a pas eu le même résultat
que celle de Thomas Kent , qui iatrodukit Iq vers blanc dans la poésie angloise , par son ro« man de Toute CAei^^/^r/^. Il seroit curieux de savoir combien notre versification et ootre gép nie peut^tre auroient gagné e^a liberté , si cet exemple avoit été donné chez nous par un homme dont l'exemple put devenir une loi.
Le roman du Brut ou des Bretons, et celui de Rou j qui passe pour être du même auteur ^ ouvrent la seconde moitié du dpuzième sièclo. On sait que le premier contient une chronologie imaginaire des Rois de la Grande-Bretagne^ que l'auteur fait descendre d'uq Brutus , arrièr re-petit-fils d'Ënée. Le protestant Misson^ qui a écrit en style hébraïque la même chronologie, ne lui donne pas une origine si noble ; mais celle-ci n'est pas même justifiée par la consonr* nance équivoque dçs mots. La vieille racine gallo-celtique brit signiSoit piçtus j, épithète naturelle d'up peuple tatoue > comme les Brcr tpns l'étoient eqçoxe à. l'çpoque de la première invaSiioQ des liomaiqs dai^s les G^ul^st , et cwpm^ me l'étoient çaos doqte les Poitçviqs q«i en opt gardé le riam de Fktan ^ et le sucnom pi^i^vejv bi^l de Poitmm mug^^. Il ne feqt paf oublie^ que ce rçmaQ de ^r(^^ ef t le premier dép-Qtdes traditions de la Tablj^ Honjcte , çt h wmrç^ de presque toutes les ^opéçyi moderaes , m y cç^m^
prenant certains romans de chevalerie dont ^ £ible merveilleuse auroit pu inspirer un Homère. La seconde subdivision de M. de Châteauneuf contient les Fabliaux , ou comme il le dit ingénument , l'histoire plaisante des déconvenues de l'hymen. Cette matière épuisée par les imitations de Boccace y de Rabelais , de La Fontaine , de Molière ,
Des malices du sexe immortelles ardlives. ^
par les utiles recueils de Legrand d'Aussy , et par les excellentes dissertations de M. de Caylus , fournit cependant à l'auteur nombre d'observations utiles et de rapprochemens ingénieux. C'est ainsi qu'on y trouve dans l'extrait de deux jolis contes, le f^ilain Mire et la Housse partie , le sujet de deux Comédies qui resteront aussi long-temps l'une que l'autre au répertoire , le Médecin malgré lui , et les Deux Gendres.
Le paragraphe qui est consacré aux Nouvelles renferme une charmante analyse SAucassin et Nicolette. J'ai remarqué parmi les passages extraits une peinture oii il y a tant de mollesse et de naïveté que je ne puis me refuser à la transcrire, avec un seul changement de l'orthographe et de quelques locutions anciennes qui embarrasseroient le lecteur. Aucassin a retrouvé sa Nicolette , il la prend avec lui sur son cheval , et ils vont gagner 1^ mer :
Aucaàsin le beau , le blond ^ Le gentil , l'amoureux Aucassin ^ Est combla de ce bien parfait :
Entre ses bras ses amours , Devant lui , sur son arçon !
Il b^ise tour-à-tour son front ^ £t sa bouche et son menton.
ÈUc Ta mis à raison. ' Aucassin , bel ami doux ^ £n quelle terre irons-nous ?
Douce amie , que, sais- je ?
Je ne compte où nous allons, £n forêts ou en détours ; Mais que je sois avec vous.
C'est ici le lieu de dire avec Legrand d'Au9sy : Voilà des choses que notre langue paroît avoir perdues sans retour , et d'ajouter avec M. de Chateauneuf : M. Legrand d'Aussy n'a que trop raison.
Les tensons ow jeux mi-partis étoientune^ espèce de sophisme quintessencié , une question entortillée et précieuse y dont la solution ne pouvoit être qu'une niaiserie ^ ce froide, et » languissante galanterie , dit l'auteur , qui mér » rite d'être mise à côté de la carte de Tendre , » où l'on ariîve par petits soins et par billet » doux, et qui doit être oubliée comme elle. ^) Ce misérable esprit du Tenson , et cette &de métaphysique d'amour ^ particulière J( notrj»
langue , sont l'origine directe du roman de la Rose ^ où ce genre a été rebattu jusqu'au dé^ goût. Je me réserve de revenir , dans un autre article , sur ce prétendu roman beaucoup plus cité qu'il n'est connu , et dont k notice eiacte et spirituelle de M. de Gbateauneuf donne une idée plus juste que. tous les livres qui ont traité du même sujet.
Les Satires et Contes moraux remplissent le cinquième chapitre. La Bible de Gnyot de^ Provins, le &meux Hvre du Castoiement , et les singuliers ouvrages de Rutebœuf y sont exa« minés trop rapidement. Ici , commcr partout ^ la brochure de Bf . de Ghateauneuf donne k regretter qu'il n'ait pas fait un livre. Ge genre satirique et moral , qui cache une leçon sévère 90US feiteiÎGur d'une folie , est proflre à notre nation et à notre esprit. G'est de l'école des Sifçenies que sont sortis te Pantagruel et les Contes y et MbBère , et Pascal peut-être. Ge» obligations valent la p^ne d'être comptées.
Le sixième chapitre est pins neuf encore , ma» i} n'est pas beaucoup plus complet. H a pour (^jet les lais ou chansons populaires qui se sont multipliées parâculièrement sous le règne de Saint- Louk. parce que le peuple chante quand il est heureux , dit M. de Ghateauneof , et^n France plus qu'ailleurs. Il est vrai , malheureusement
heureusement pourla philosophie, que les Frau« çoisont chanté sous un Roi qui est devenu saint. Il est vrai ausài que les François chantent tou* jours , et qu'ils n'en (>aient pas moins. Mazarin le savait bien.
Je n^avoîs vu nuHe part quelques-uns de ces lais qui ont une grâce par&itè , et que j'emprunte à M. de Chateauneuf , en me réservant la même liberté de transcription que pour le passage cité auparavant :
' Quand Aorit la violette I
La rose et la fiear deglai, QitaBd cbànte le papegai i" Lors me-poigneut ampureUe * .
Qui me tiennent gai.
Je cha attirai 9 Et je ferai Chanson joliette Pour Tamour de ma miette ^ A qui de long-temps me donnai. '
Voici un couplet de jeune fille, qui est ife* marquable par je ne sais quelle naïveté coquette qm est de tous les temps, mai$ dont l'expression appartient à des mœurs tr^- anciennes:
Prene£-y garde !
Si l*on me regarde ,
Dites«le-moi.
Trop suis gaillarde 9 ' ' Bien raper{oL
Ne puis lottffirîr qu'en vain uq regard se liasarde^ Et tel nie regarde Dont beaiicpiYp me tard^ .
Qu'it in*ait à soi*.
Le septièaie paragraphe traite de^ Fables»
tl n?y «st question que de celles de. Marie, de France qui avoit traduit cent deux &bles d^Etope y éïus le titre SYsopêt i nom. défiguré du poète phry^en. M. de Ghateauneuf ne devoifc pas dire à ce sujet qu'aucune dame de notre temps n'a essayé le genre de l'a^pologue. J'ai lu des &blés sous le nom de madame JoUyeau ^ et je me souviens qu'il y en avoit dans le nom^bre qui valôient mieux que céUes de Marie de^ France.
Le chapitre des Pastorales^ àe& Jeux, des Miracles et desiUora/i/^^ n'occupe que quatre pages. Il y avoit beaucoup plus de choses à dire y même en Wr venant pas beaucoup . plus avani dans Thistoire chronologique de notre littérature ; et en général , le seul reproche qu'on puisse &ire à l'auteur est d'avoir trop économisé son temps y sqn^ travail ou, sa matière. U avoit plus d'esprit et plus d'érudition qu'il n'en &nt pour nourrir de notions curieuses et solides im volume dont la postérité auroit &it mention , et il a sacrifié cettç gloire réelle à la gloire passagère d'une mention de 'Ilnstitut. C'est là le dé&ut
fondamental de ces prix académiqttes qui cdtl^ ronnent Pétnde superficielle d^un homme légè-^ rèment imbu de connoissancés communes ^ qui font avorter les longues études d'un homme d'un talent mûr, qui n'a plus besoin que du temps nécessaire pour produire, et qui dégoûtent lliomme bborieux qui atiroit produit à son tour , s'il li'aToit pas été rebuta par lès &ciles succès de ht médiocrité ignotante« On feroit une bibliotfaè^ que coK^sidérable des bons livres que cette étroite et misérable émulation académique a étouffés* Omar à peut-être lait moins de mal aux lettrés que te cardiilal de Richelieu^
La dernière division de Touvrage de M« tle Ghateauneuf est consacrée aux romans i J'y t€H viendrai avec lui , et l'hache verai de lui rendre une justice qu'il auroit plus complètement mé-> ritée , s'itn'avoit pas été forcé à improviser une partie de son tivre pour arriver dans' les délais de rigueur*
( aga ) Continuation.
Tai dit que la dernière subdivision de l'our vrage de M. de Chateauneuf étoit consacrée à l'examen des princij^ux romans des douâème , treiÂème et quatorzième siècles; ce chapitre commence par les recherches obligées sur l'ori* gine du romsun françois, et il n'y a rien de mieux, puisqu'il est reçu par les savans que les peuples n'inventent rien et qu'ils ne vivent que des emprunts continuels qu'ils se font les uns aux autres. Nous savons donc , grâces à M. de Chateauneuf, que les romans nous viennent des Arabes comme la poésie , quoiqu'il n'y ait pas le plus foible jap*port entre les romans des Arabes et les nôtres.. Il est vrai qu'il ne tien^t qu^ nous de croire avec le savant M. Warton ^ qui^;»'est occupé^ dans sgn Histoire de la Poésifi anglaise^ de .ciettegn^v^ inutilité, que nous devons ces ÊiUes aux Norr mahds , qui les avoient peut-être reçues des Scaodinaves qui pouvoient les avoir apprises des Scythes, quand ceux-ci se réfugièrent parmi eux après la dé&ite de Mithridate^ On ne s'attendoit guère à voir Mithridate en cette affaire , et toutes ces conjectures ne sont probablement elles-mêmes que des romans pédantesques à l'usage des érudits.
Cest iîeffî-oy^ archidiacre de Monmouth , qui
onvre la série des romancieri^ modernes par utie histoire des rois de la Grande-Bretagne , depuis Brutus I" jusqu'à Cadwallader. Là paroissent pour la première fois les prophéties de Merlin , les aventures d'Àrtur et de ses chevaliers , et; toute la féerie merveilleuse qui a pris tant de charmes sous la plume magique del-Arioste:
féerie <iont l'origine est si visiblement asiatique, dit M. de Chateauneuf ) qui est bien décidé à ne rien laisser à &ire à l'imagination des Occiden-^ taux. Ce qu'il y a de certain , c'est que tontes les nations ont des superstitions qui leur sont propres; qu'il se compose de ces superstitions une espèce de mythologie populaire qui, s'identifie plus ou moins avec la religion , et qu'il n'y a pas besoin de recourir à l'Asie pour trouver des fables accréditées dans le peuple. Les hommes de tous les pays sont peureux et crédules quand ils sont i^orans , et , dans tous les pays, la peur et la créduUté font des monstres.
A peu près dans le même temps , s^on les plus fortes apparences, car on n'est pas bien d'accord sur ce point de critique, naissoit en France la fameuse Chronique deTurpîn, ouvrage de l'imagination d'un auteur pseudonyme qui ne trouva rien de mieux à faire que de mettrc-ses rêveries sous le nom d'un pieux archevêque , pour leur donner le crédit d'uiîc. narration
véritable ; mais elles^furent long-temps à obtenir la vogue du roman <f Artur, qui avoit déjà été traduit en langue vulgaire par ordre tf uô souverain , et rimé a la manière du temps, parChres* tien de Troyes. Cest aux soins de ce versificateur inépuisable , bienheureux Scudéry de la lit-* térature intermédiaire, que chacun des preux de la Table Ronde doit l'honneur d'être devenu le héros d'un roman particulier, et chaque épisode des vieilles chroniques un mortel in-folio, Cicéron écrit quelque part que tous les oratei^rs sont sortis de l'éloqueuce d'Isocrate j comme les guer-^ iriers grecs du cheval de Troie. Cela seroit plus vrai à dire encore des Paladins de notre histoire Êibuleuse , en parlant du fécond rimeur dé leurs exploits. Le nombre des livres de ce genre se multiplia tellement enfin , qu'on fut obligé, pour y mettre quelque ordre, de les distinguer en trois classes, les romans anglois ou de la Table Ronde, les romans francois ou des Douze Pairs . et les ^madis. On pourroit faire une quatrième classe en faveur des romans chevaleresques tirés de l'antiquité, comme u^lexandre et Josapkàt ^ et même une cinquième classe pour ceux qui n'ap* partiennept à aucun âge' déterminé , et dont toutes les parties sont imaginaires jusqu'au nom des personnages , comme Parthenope et Blati"
çh0lore. Quant aux romans allégoriques ^ tels
4fàe lé romaa da Renard et celui de la Bjofe j ils devoifint entrer peut-étjt;e dans la première di^ vision de. l'ouvrage de M» de Çhatea^neûfl Lç Delàpathos est cependant eqcore plus d^éplac^ dflins ceUe^ci.^ pwisque ce n'est, qu'uA rçcueU de &bles moseates, dans lego^t 4^ Mille et urut
he Renard n'est , soivmt M. de Chateanneuf , qu'un masque àUégpriq^e, , sqiis lequel Pierrç dq Saint^Hpud et Giélée de Lille ont.voulu cacher les intrigues d'un certain favori de Zuentibold, roi d'Austraùe • dont le funeste crédit arma conr
tre sa patsie les François et les AUeouinds , et ioanisà ht ruine de son maître. Je ne connais pa^ Zuentibold , je ne me souviens pas des guerrcis d'Austrasie, et je doute fort jque les, intrigues 4'un Êivori de Zuaitibûld aient pu dpnnçr.Iieu ji tin roman allégorique, deux ou trois siècles apr^ la mort de ce courtisan, qui ne ysiloit pjtis.lii peine d'être mâaagë par les poètes ; mais l'eqyif dédire des choses singulières &it souvent dire de «ingulijBres choses. Je ne suis pas porté à croira -
non plusque La Fontaine ait puisé l'idép d<^ spH" noms ingénieux qu'il a donnés à sps. animaux, dans le rpman du Renard j où le loup s'appelle Ysengrip, .et où l'ours s'appelle Don Brun. Bertrand et R^tpn sont des inventions trè^agriéables; mais La Fontaine me paroît tout aussi capable
de cet effort d^maginftti ve qae Gîëlée de OHe et Pierre de Saînt-CIotid. Quant à la manière vite et spirituelle doât la critique de mœurs est amenée dans ces premiers essais de notre littérature, je conviens qu'elle est très-digne, de l'attention de l'historien, et qu'elle indique d'avance, par je ne sais quel rapport d'esprit, le tour que pren-^ dra la plaisanterie la plus commune 'dans les siècles postérieurs. Ainsi, quand l'ours a violé la femme du loup , et que celui-ci va porter sa plainte au lion , le roi des animaux lui conseille de ne pas |)ousser plus loin une affaire dont il ne peut résulter poiir lui que de là honte et du chagrin, ce Je n'ai jamais vu, lui dit-il, tant de » bruit pour si peu de chose. 11 en arrive touç y> les jours autant aux comtes et aux rois, qui 7> se taisent pourtant, et qui ne peuvent rien » &ire de mieux: y> C'est précisément le <^*' cours de frère < Jean des Entommeures à Pa-
Le roman de la Rase , qui n'a d'un roman que le titre, est, comme oiï sait, wÀe longue et fas^ tidieuse allégorie '
Où tout l'art d'amour est encJose ,
et dont on ne peut suivre le fil et développer les emblèmes sans porter au-delà de toute expression la patience de la curiosité. L'analyse de M. de Chateauneuf en donne heureusement une
idée très-sufSsante k tout lectear qai ne. se pi^ que pas d'être érudit, et qui ne veut savoir dea choses de ce genre que ce /qu'il est essentiel de ne pas ignorer.
L'idée fondamentale de. cet ouvrage repose sur une métaplioi?e aimable et ingénieuse qu'on pouvait tourner agréablement en quelques li-* gneS) mais qui devient m^upporlable sous U.
plume de Guillaume de Lorris, et. surtout sous celle de Jean de Meun/ son assommant continuateur , savant sans goût et poète sans grâce , qui a trouvé moyen de broder, en vingt- deux mille vers, toute la métaphysique de l'école sur le canevas d'un madrigal, .Voici une fiction qui auroit inspiré sans, doute un poète grec , et qui n'étoit pas indigne d'être revêtue des couleurs deThéocrite ou d'Anacréon : (cUn jeune homme ^ . s'endort pendant une des belles nuits du mois p de mai, et le dieu des songes lui envoie un » rêve plein de charmes, ou il lui dévoile, sous D une apparence fantastique, tous les secrets » du bonheur que son cœur avoit déjà pressen- .» tis, mais qu'il n'a voit pas devinés. Un jardin 3^ abondamment orné de fleurs , est séparé de lui » par une simple muraille , que paroissent déy> fendre des monstres dont l'aspect seul est re- » doutable et qui s'enfuient à son approche; » image spirituelle et vraie des soucis doulou*
» renx , mais souvent imaginaire»^ qui actomjf> pagnent un pi*eniier sentiment. Une nymphe » l'introduit dans ce lieu de délices ,> et l'y pro^ » mène de merveille en merveille^ cependant, » au milieu des illusions lés plus brillantes et les y> plus variées , un seul bouton de rose a captivé ;» ses regards , et il borne ses espérances au bon* >i heur de le conquérir. Ce bouton appartient )) au maître du jardin enchairt^é, et ce maître est » PAmour j propriétaire envieux et jaloux , qui » défend jusqu'à la vue de ses trésors pour eu » rendre la possession plus dénrable et plus préy> cieuse. Pendant que l'amant contemfde avec » adoration cette fleur qui combleroit ses vœux, » le dieu qui le guettoit , caché sous un figuier, » lui latice une de ses flèches , puis une seconde, » une troisième; il épuise tout son carquois, et )> chacun des traits dont il le frappe porte avec ^> lui une espèce particulière de poison \ l'un est » beauté j l'autre simplessej un autre courtoisie. V il lui laisse cependant , en dédommagement » de son martyre , un bien qui &it otiblier tous » les maux, c'est l'espérance, et trois plaisirs qui *» les adoucissent , doux penser j doux parler et » doux regarder. Après de longues peines , sui*- » vies d'un triomphe d'autant plus doux, qu'il » a été plus chèrement payé , l'amant cueille sa » rose , le poëme finit , et le romancier se ré- » veille. »
: 1% ce sujet ëtolt totiibé dans Ibs mains d'ian écrivain qui eût joint le jugement a l'esptît et i la délioàtesse , notre littérature dateroit du ro« man d^ la Rose , et coaimenceroit par un chef*di'œuvre; mais la mauvaise poésie, Férudttioa BOporifique et la logique ridicule des deui[ au«teurs gâtent tout. Joignez à ces dé&uts Fintolé^ table ennui que répandent sur le sujet une Soulè d'abstractions réalisées', c'est-à^fire le genre de tnerveitleux le plus n^anssade dont on ait pu sV Tiser au dé&nt d'une théogonie nationale, PEUR^
BCONTB,PÀUVRETÉ,PAUX-SBMBIiANT,h HAINI^ TaVARICB , Ph YPOCRISIB
Au visage pâle et piteux^ ,
Xi'Envie
Qui ne rit oncque en sa vie • !Et qui ne regarde n^ant Fors de travers en lorgnoyant ,
l/oiaçVETÉ qui ouvre la porte du verger, DÉDUIT qui l'halnte avec sa cour, raison qui oppose à la douce oiagie de ., la rose les discours les plus eimuyeux qu'on ait jamais lus en aucune langue ,, BED-ACCUEiii qui introduit les amans du bouton , danger qui est chargé de jsa gardé , malebouche qui rapporte mécham* ment les tentatives dont il est Fpbjet, et au bout de tout cela , Vénus, la INatqre, et le grand-prétre
( 5oo )'
eéimrs qui dénoue cotte pénible intrigue beaucoup trop tard pour le lecteur. C'est ainsi que notre poésie a commencé y et que nos aïeux ont préludé sluj admirables productions du grand siècle. Tout ce que nous avons gagné h ce volumineux verbiage, c'est une satire de Régnier qui est à la vérité la meilleure , et un vaudeville de Piron qui n'est certainement pas le plus mau- Tais. L'allégorie de la JRosSy beaucoup moins répandue dans les littératures de l'antiquité , est devenue d'ailleurs si triviale chez nous , que le sens propre lui-même n'est pas plus intelligible , et c'est sans doute au roman de la Rose ^ et à son étrange succès qu'elle doit sa popularité; mais il &ut convenir avec La Harpe qu'une pensée heureuse et un petit nombre de traits naturels sont trop achetés cent iToîs par ce déluge de logogriphes et de galimatias dans lequel il ÊLut les chercher. J'indiquerai en finissant un rapprochement que M. de Chateauneuf m'a fait sentir, et qui est saisi avec goût. Guillaume deLorris peint la tristesse couverte d'une robe,
. . • • • En maint lieu d^cbirëe ,
Qui pleuroit moult tendrement.
Cela rappelle la touchante expression de Qaudieu :
. • • • « Scisso mœrens velanûne luctu».
' (3oi)
Et il est certain que m Guillaume de Lorris n'a pas appris cela de Claudien , il l'a appris de la nature*
L'ouyrage de M. de Chateauneuf ne se distingue pas seulement par l'érudition et par le bon ordre des idées ; il a le mérite d'un style extrêmement clair y qui est toujours aussi fleuri que la matière le permet, sans laisser voir de prétentions, et aussi plein de choses que la matière l'exige , sans feste et sans pesanteur. J'ai dit et je Vépète qu'il ne donne qu'un regret, celui que l^iiuteur ne l'ait pas développé davantage. M. de Chateauneuf en doit sentir déjà la nécessité, s'il a poursuivi ses études , nonobstant le suffrage de l'Institut qui les a mentionnés honorablement ayant leur maturité. S'il ne s'est point aperçu que sa brochure laisse beaucoup plus à désirer qu'elle ne donne , c'est probablement moi qui ai tort , et je lui demande pardon de l'ayoir trouvée trop courte.
(3oa)
Tableau historique de la Littérature française^ depuis i'jSQ;p«rCni:sii^R.
On avoit rendu compte dans le journal des Débats Un Tableau historique de la Littérature fiançoise, depuis 1789 , avant qu'une nouvelle édition en eût multiplié les exemplaires. JJor pinioD publique a confirmé jusquHci notre ju« gement général et nos jugemens particuliers , ou du moins elle a concouru avec eux. Elle ik reconnu dans cet ouvrage des parties qui font honneur à l'esprit de critique dont Cliénier étpît doué. Elle y a blâmé comme nous de prétendus arrêts pietés par les préventions de l'esprit de parti, jOU par les préventions plus incurables en-* côre de l^mour-propre irrité. EUe a placé enfin cette production aumombre des ouvrages de critique > qui: méritent d'être lus avec précaution , et t>ii des sentimens ti^ès^-erronés sont compensés par des idées justes , quand la passion lie js'eo tnêle pas. Le rapport de Chénier entrera pour quelque chose dans le complément des bonnes études ; il ne sera pas daugereux pour tout homme qui a reçu de la nature une certaine aptitude à juger sainement les théories littéraires, ou qui a rectifié sa raison par une instruction saine avant de l'appliquer au^ paradoxes de tous les genres.
L'opinion publique dont j'atteste te jugement
tï*à rigide comdaan avec l'opinion deF coterie, et surtout avec celle de quelques feuilles peu con-^ Hues qui. ont exalté outre toute mesure l'ouvrage de Chénier, beaucoup moins en considération de son mérite réel que parce que le nom de Chénier se rattache malheureusement à des sou*^ Venirs exécrables, qui ont empoisonné lés der-* iiières années de sa vie , et qui en bnt peut-êlrê avancé le terme. Instmit ef pttni par l'expérience, il auroit repoussé leurs éloges exagérés. 11 n'y auroit vu qu'un prétexte saisi aU hasard pour ressusciter des critiques injustes dont il a du souvent rougir;' pour avoir l'occasion 9 par exemple , de détacher de son Rapport quelques Ëgnes assez platement injurieuses contre M. de Bonald, et pour outrager un' excellent écrivain et un ex- Cellent citoyen sous là garantie d^un mort.
CSette prédilection n'a dtl ' hiôins pas été déter^ tninée parle goût; car Chénier^ qui étoit ordinairement mal inspiré par la haine , nel'a jamais été plus mal, et nous n'avons rien hasardé dans un de nos afticles précédehs, en disant que les passages de son Rapport les plus répr^heki^ibles aux yeux des Itonnêtès gens, étolentàusâi les plus
fôiblement y les phis inCôrt'eeteilheht écrits. De ce nombre e^t l'analyse burlesque Vie l^dinirable épisode d'-^/ûtfa,ou plutôt- la' parodie de mauvais toù qu^il aplirà GhéWer de donner potir une àiialyse d'^/a/a. Il n'y a point d'ignoble farceur
tfur lès plus vils tréteaux de la popolade qui ne parvienne à dégrader les idécis nobles par des synonymes grossiers, et la beUe harmonie .par des consonnances ridicules, comme Cfaénier l'a &it en cette occasion. Il n'y en a point qui ne puisse enchérir sur lui dans l'art trivial d'opposer en quelques lignes les mots nouveaux et les tours inusités que présente un ouvrage d'ailleurs assez étendu , où il n'est question que de choses inusitées et que d'objets nouveaux; .c'est le secret de Zode. Voltaire n'a pas dédaigné de se servir de ce misérable artifice , pour travestir l'Ecriture- Sainte ; mais des bouffons , qui lui étoient très- ^inférieurs en toute chose,, ont eu le honteux avantage de l'égaler, de le surpasser peutrétre dans ce genre dégoûtante Au reste , je le répète , le style.de Chénier est ai indigne de son talent dans le paragraphe dont il est question , que }é répugne encore à penser qu'il l'ait éciit : on en jugera par deux exemples pris au hasard, et que je n'ai pas cherchés bien loin. Ils sont à quatre lignes de distance , pages âoa et ao5« <c Quelques » jours s'écoulent^ peine, dit Chénier, lorsqu'il y> survient une catastrophe. y> Une catastrophe qui survient lorsque des jours s'écoulent f « le )> P. Aubri eût tout arrangé, comme il a soin de » l'absenter lui-même. » Le P. Aubriqui a soin d'observer lui-même une chose à quelqu'un! Et,
ce
(HoÙ)
te quHl faut ftvoîf soin d'observer, c*est que ée$ platitudes sont tevétties d'une sotte de sanction académique. Je n^a)oute pas qu'elles ont été pro' nonoées devant le conseil*d'état : il en a entendu bien d'â%i très.
Nous avons déjà dit qtie cette édition coiite-^ noit deux augmentations importantes* Celle dont je ferai mention d'abord , parce que je nVi guère que des éloges à lui donner, est étrangère au Tableau historique , mais elle le couronne fort bien. C'est le Rapport stir le grand prix décen-** tial de littérature que le ^ury de l'Institut a voit adjugé, on ne sait oorament, à VExamen des historiens d^u^lexandrej par Sainte-Croix« Il est au moins très-bizarre , à une époque oh Pou prétend que les lettrés et les beaux-arts ont iàit les projxrès les plus sensibles dans toutes les fa«. cultes qui en dépendent ^ d'être obligé d'accorder le prenùer prix de littéfatnre à un Ouvrage d'histoire. Chéoier répara cette eîrreur dans le Rapport que nous annonçons, et rendit au Cours deLUiérUture de La Harpe le rang qui lui étôit justement du parmi les productions littéraires des dernières années. L'analyse à laquelle il pro<-^ cède pour arriver à cette conséquence n'est pas d'une bienviftiUance sans bornes. On pourroit même accuser tout autre que Ctiénier d'avoir fait la part de la critique beaucoup trop forte j IL ao
maïs dans sa bouche, et dans le système d'opi* nioDS politiques et religieuses qu'on lui connoît, cette analyse ne paroîtra que strictement équitable. Les éloges sont d'ailleurs distribués avec discernement, avec goût, sans parcimonie et presque sans efforts; Chénier a eu l'art du moins de le Élire croire , et c'est beaucoup plus qu'on n'a coutume d'attendre d'un poète , à l'égard du critique dontilaexeroé la sévérité. Le rapporteur de l'Institut avoit eu à se plaindre de La Harpe , qui le ti^te avec le dernier mépris dans la CoP* respondance Russe , et il y a de la noblesse dans son procédé envers un aristarque trop rigou* reux , dont il s'est fait un devoir de réhabiliter la gloire. Il ne &ut sans doute qu'un peu d'esprit et de jugement pour saisir une occasion si Ëicile, et toutefois si éclatante, de s'honorer aux yeux du public par un témoignage d'impartialité qui n'est peut-être pas sans affectation ; mais il est bon de tenir compte aux hommes de ce qu'ils font de bien, s^ns remonter à leurs moti&. On trouveroit tant de vanité derrière la plupa^rt des belles actions, qu'on finiroit par refuser de croire que les belles actions puissent avoir un autre mobUe. Ce qu'il y a de plus sûr pour porter une opinion Ëivorable de la société , c'est de s'arrêter à la superficie des choseshonnêtes ^ de peur d'en perdre l'illosioit.
L'autre addition qui est intercalée à son rang dans Fouvrage , et qui y occupe quatre ou cîncj feuittes d'impression 9 offre un tableau intéressant de nos richesses historiques. Chénier apprécie avec exactitude et avec rapidité les historiens les plus célèbri^ de la monarchie > et ses jugemens très-courl&portent souvent un caractère de bonne foi naïve qu'on n'auroit pas osé attendre de lui. On ne sauroit trop remarquer avec quel respect il prononce le nom de Henri lYj et quel François peut prononcer le nom de Henri lY sans que ce nom révéré lui rappell0 le nom de liOuisXVI!
, C'est un petit dé&ut de convenance dans ce chapitre sur les historiens François^ que d'avoir cru Bossuet suffisamment caractérisé en ^ deiil ligues, tandis qu'on donne deux pages et demie à un historien grec , qui n'est là nommé que pài^ hasard; mais cette distraction nous vaut un morceau excellent sur Thucydide , à l'occasion de là traduction de M. Lévéque. Il n'y avoit pa^ de raison pour ne pas s'étendre en aussi longs détaib sur Diodore, Plutarque , Arrien , Quinte4!!!urGe et Justin, au sujet de cet Examen deshisftoriem d^ Alexandre ^ par Sainte-Croix j que nous re* trouvons ici et qui y est du moins à sa place. Ce qu'il y a. d'extraordinaire, c'est que ce chef* d'œuvre dé critique historique , dans lequel ie
jory avoit vn le premier des ouvrages lUtëraires
de la période , et qni mérîtoit cette distinctioa à
•on genre près, ne paroît pas même digpe à Ché^
nier du premier rang dans Phistoire. L'amertume
lepsibleavec laquelle il le sacrîfieaux sèches com-
inlations de Thouret et aU brillant roman de
Rulhière, n'est cependant justifiée par aucune
raison solide. 11 se contente de choisir parmi les
recherches de Sainte-Croix cellesquiq'ost qu'une
importance très-^secondaire , et de les resserrer
dans une énumération ironique , souverainement
injuste, et pourtant médiocrement plaisante.
Gest la première fois qu'on s'avise de blâmer uo
savant d'avoir poussé trop loin le lu^e des inves*
ligotions et des autorités dans ui| ouvrage d'ères
dition. Ce jugement peut convenir à u^e classe de
lecteurs superficiels y qui ne cherchent dans la
critique et dans l'histoire cpie l'afféterie^ que les
fiiux hrillans d'une école, la pompe &ctice de
Baynal ou le trait précieux de Duclos. Les gens
de gpùt ne pensent point que Sainte-Croix ait
eoLcédé les bornes d'ailleurs très*arbitraires de
son sujet; et Chénier, qui avoit l'amour des études
fit des curiosités historiques^ lui auroit certaine-
iQ^nt rendu un témoignage plqs fiivoniUe^ si
fiaâutedÇncHx n'eût été opposé aux philosophes ;
mais le rapporteur de llnstiCut , qui étoit puis-
•aauiienl{»failg$o^l}ie^ etqui vçnoit de pratiquer
la philosophie politique d'une manière singulièrement acerhe , ne se trouvoit pas toujours disposé aUK concessions que' nous avons admirées dans son Mémoire sur La Harpe. Sainte-Croiit fut donc traité avec la plus grande rigueur, et Ghénîer n'en dissimule pas là raison. /( Quoiy> que les pensées de l'écrivain , dit-il, serédui* )> sent pour l'ordinaire à combattre les pensées » des autres, il manifeste pourtant quelques j> opinions fort édifiantes. Qn remarque aussi % qu'il lance à tout propos ^.souvent même hors $> de propos , des traits amers contre la philo* m Sophie et contre lé gouvernement populaire» 9^ Toutefois , il n'aime pas mieui les conquérant D que les républiques et les philosophes, etc. » Cette dernière précaution oratoiredut être agréa* h\e k Buonaparte , mais eUe &it peu d'honneur h l'orateur servile qui lie impKcitement la cause de la philosophie à celle deâ dévastateurs du mondQ |)Ouf caresser la vanité d'un tyran.
'( 3io )
Continuation.
Notre première analyse nou»^a condtiil jusqu'à VEconomie politique ^ où nous trouverons Péloge d'une froide et lâche traduction de Macfaiavel, par un M. Guiraudet, mort préfet de la Coted'Or. M. Gallois , qui a traduit Filangieri , l'emgorte cependant sur M. Guiraudet. Quant à M.
Gamier quia traduit Smith, il l'emporte peut-être sur M. Gallois ; mais Chénîer n'ose pas l'assurer. Ce qu'il y a à dire*îàe VOceana d'Harringlon se réduit à peu de chb^, cette dernière traduction n'étant pas sortie de la boutique du libraire; mais elle suggère au rapporteur une observation trèsremarquable sur ce Kttérateur anglois, qui ^ par un contraste singulier^ mais pour lui doublernent honorable ^fut à la fois le plus fidèle ami du Roi Charles I" ^ et le plus zélé partisan des opinions républicaines. Retenez bien qu'il est honorable d'être le fidèle ami d'un roi, et que c'est Chénier qui l'a dit.
Chénier s'excuse de ne pas faire entrer dans le tableau de la littérature les actes écrits de l'autorité. Le respect le iui défend <, et c'est dommage 9 car ce sont de belles productions littéraires que les sénatus-consultes , les décrets impériaux £t les ordonnances de police. « Ce dont il est lo juste cependant de louer le gouvernement
(3ii)
>) dans quelque ouvrage que ce soit , dît-il , c'est l> de la garantie qui! il donne à ^indépendance » des opinions. » Voilà une méchante ironie qui annonce, si je ne me trompe, dans un simple académicien, une impudence presque sénatoriale. Chénier ne manquoit pas toutefois de l'esprit et de la délicatesse nécessaire pour bien préparer la louange*^ mais il rendoit à Buonaparte la justice de croire que toutes les louanges lui étoient bonnes. Celle-ci dut paroître un peu forte au conseil d'Etat, qui avoit le droit d'être difficile en bassesses.
La critique n'occupe pas une grande place dans la bibliothèque de la révolution ; elle avoit du ménager particulièrement Chénier, quiexerçoit alors sur l'opinion une n^agistrature plus puissante que celle du talent. Et quel journaliste, quel grammairien , quel rhéteur se seroit avisé de juger un auteur qui jugeoit les Rois? Chénier fî.it siiBé deux fois , à l'entrée et à l'issue de sa carrière dramatique, c'est-à-dire, un peu avant que sa carrière politique fût commencée , et tout de suite après qu'elle fut finie. Quand il prêta sa plume, dans une tragédie de circonstance , à l'inauguration d'un usurpateur, les gens de goût trouvèrent piquant de se venger sur le chantre de Napoléon, de celui de Timoléop. U n'y avoit rien de plus juste»
( .315» ) Cependant , quelques vérités littéraires, échappées par-ci par-la , commepçoient à prouver que r indépendance deVopinion étoit du moins garantie au^i auteurs, en matière de vers et de prosev^ps^îrer à conséquence. Quelques ou* yrages de ^aine critique avoient paru, ejb certains ayoîent obtenu dès leur publication une autorité classique. On voit biçnque jeparle deXaHaipe^ qui goûtoit peu le talent de Chénier , et qui le jtraitoit daps^ toutes les occasions avec uneanimosite amère. La Harpe est sévèrement jugé dans le rapport, on peut le croire; 'mais comme toutes les partieç de la littérature doivent être parvenue^f à leur apogée daps le cou rs de la période , e( , quHl faut sactifier La Harpe à quelqu'un , on doit féliciter Chénier d'avoir pensé à ^. Gin-r guené, qui n'étpit célèbre alors que par une foible part à la rédaction de la Décade. On me demandera ce que c'est que la Décade y et Vil est raisonnable d'opposer le Décade ^m Lycée ?i^ p'en sais rie.n^ et jene me piqiie pas de rapporter un jugement raisonnable. Je m'en tiens fidèleipent aux opinions de l'Institut.
. Le chapitre de /^JS/o^rz^nc^ promettoit , à en juger p^r l'emphase avec laquelle^ Chénier exalte les progrès du siècle en.ce genre de littérature* « Un esclave ne peut-être éloquent , s'écrie-t-il '^ ^ cet axiome est de Longin. Bien n'est mieux
3> senti ni pronvé. » Il ne manque à Taxiome de Longin et à Pexclan^ation de Chénier,qoe la dé* finition de resclai^e ^ qui étoit difficile à donner devant Buonaparte. Ce qu'il y a de certain , c'esi que son énumération d'orateurs se compose de Balzac , de Lingendes , de Mascaron , de Bos<" suei, de Flécbier , deBourdaloue y de Massillon, de Cheminais , de Boisno^ont , de Patru , de Pé-. lisson , de Gerbier , qui étoient tous des esclai^eSy puisqu'ils n'avoient pas eu le bonheur de naître dans Tère de la révolution. Elle finit plus: maladroitement encore avec Vesclauctge à Mira<beau , et à S. £m. le cardinal Maury que la liberté du gouvernement impérial n'a pas biea inspiré. Il lui restoit alors pour toute richesse M. Target, M. Treillard et M. *** C'étoit bien la peine d'être libres !
Je voudrois savoir comment l'homme qui avoit un pareil thème à traiter, ou plutôt na pareil paradoxe à soutenir, a pu oublier les orateurs de la République, les membres diserts de la Convention , ceux du moins d'etitre eux qui ont développé avec un certain éclat quelques facultés de l'éloquence tribunitienne.Thtitony qui réunissoit lïmpétuosité des mouvemens , la Iiardiesse des tours, l'originalité des images, à une espèce d'abandon qui n'étoit pas s^tis prestige j Saint' Just , qui aSectoit la soletanité avec
Lie.-'
art et souvent avec succès ; Yergnîaud, surtout, à qui personne ne conteste un talent très-élevé, digne d'un meilleur sort , d'une meilleure con-> duite et d'une meilleure cause. Seroit-ce que Ghénier croit sa gloire si intimement liée aux souvenirs de la Convention qu'il ne peut les rappeler sans que la rougeur de la modestie s'élève sur ses joues , et que le bégaiement de la timidité embarrasse ses périodes ? Ce seroit une pudeur bien placée !
Mais, que dis-je! Bnonaparte étoit là ; Bao-' âaparte empereur , le vainqueur , l'héritier y le Saturne de la révolution, celui qui a acheté ou mangé tous ses enfans; et le républicain apostat, barriolé des feuilles civiques de l'institut et des cordons de l'empire, esquive avec soin des rapprochemens dangereux. Il sacrifie précisément tout ce qui doit rester des folies furieuses d'une assemblée dont il faisoit partie , à l'inquiétude ombrageuse de son maître ; il escamote , en passant , vingt réputations oratoires qui ont perdu le mérite ou évité l'opprobre de la circonstance,' et il justifie ainsi, par un exemple de plus, l'axiome de Longin : Un esclape ne peut être éloquent. Rien n'est mieux senti ni mieux prouvé.
' Chénier , gêné dans la politique et dans la morale (il étoit si difficile de parler de cela sans tou- ^l^r à quelques-unes des fibres sensibles de l'au-
dltoire) , se trouve tout*à-fait à son aise dans le roman , élément naturel des réformateurs modernes. II comprend sous cette division l?admi- ' rable épisode d'^tofo , pouf le déchirer dans uhe de ces parodies ironiques, dotit le sel consiste à rapprocher à faux des membres de périodes isolés de leurs sens, et disposés de maniéré à n'en avoir aucun. Il n'y a rien de moins piquant que cette plaisanterie , gauchement imitée de mille autrçs, qui ne s'élève nulle part au-dessus de la bouffonnerie la plus commune , et qui est , contre l'usage du rapporteur, écrite en fort mauvais style. Km reste , on pourra se consoler du peu de mérite diu^tala^ avec les ouvrages de M. Lavalée , qui inspirent au rapporteur une sincère admiration. Les plus connus sont Giesidet Itanoko. Les jolis romans de M. Fiévée sont traités avec une extrême rigueur j et Chénier laisse percer le secret de sa colère plulosophique dans cette ligne naïve. « On y parle de religion; » on y parle de morale. » En revanche , les éloges ne sont pas épargnés aux romans de Laclos et de Louvet, où l'on ne parle ni de morale , ni de religion. Si quelque historien accnsoit un membre de Plnstitut de Rome d'avoir loué devant CaracnUa les infamies de Pétrone, nous l'aurions à son tour accusé de calomnie. Il ne faut s'étonner de rien. Ajouterai-je que, dans
la cotnmission de l'Institut dont Chénïer ëtoit riuterprète y se trouvoient un évéque et un abbé, qui ant^ concouru à la discussion , qui ont approuvé les élémens du rapport y et qui ont parconséquent revêtu de leur suffrage public les Liaisons dangereuses et Faublas ? Voilà d'honnêtes eûcléôastiques qui ont fait d'excellente» lectures !
Dans nû article prochain , nous trouverions Chénier sur son terrain , au chapitrede la Poésie, et nous révélerions avec lui à nos lecteurs étonnés les sublimesépopéesqin ont paru depuis 1789* Ici, l'éttide d'un grand critique n'est pas perdue pour moi. Je me familiarise peu-à-|féu avec lés secrets de «on art , et )e finis mon article par une réticence bien propre à tenir les esprits en sus-* penSr Oui, Messieurs , je vous pàrlemis d'une épopée, de deux , trois , quatre, cinq, six épopées qui ont illustré la période ; et pour vous ménager le plaisir de la' surprise , je n'en citerai qu?une aujourd'hui : c'est lu Napliadè y en quarante chants , par le célèbre M. Godin.
Mais je ne^i'eviendrai plus sur ce Rapport de Chénier, qui «xigeoit une mention très^étàillée. Nous la devions à la nécessité de combattre ses erreurs littéraires , qui soiit quelquefois graves et souvent spécieuses. Nous souhaitons, sans l'espérer, que l'histoire puisse oublier les autres.
La Gaule Poétique^ ou l'Histoire (le France considérée dans ses rapports avec la poésie, Téloquence et les beaux - arts ; par M. dç Marchangy.
S'iii n'est pas douteux que les peuples acquièrent de nouveaux besoins politiques dans les i*évolutions, il est également évident qu'ils doivent y contracter de nouveaux besoins moraux , -eifc que leurs organes plus exerce, acootarlumés à <les impressions plus énergiques et plus profondes, chercheront désormais des ini^pressious analogues jusque dans les plai^rsde l'esprit. Ainsi , l'inutile levée de bouclier des classiques contre les romantiques , ou , si l'eu veut, des routiniers de la littérature contre ses idées libérales, n'efâ^ péchera pas le mélodrame de se naturaliser isur notre scène : c'est, puisqu'il &ut le dire , un des pas delà perfectibilité, une des conquêtes de la civilisation , et une de ces conquêtes irréparables <dont il n^'CSt pas possible de s'appauvrir^ parce qu'elles sortent d'elles-mêmes de Finstitution so^ jciale, et qu'dles devienoent, comme la littéral iure l'est 'toujours, V expression d* un sUcle. Il me semble que biens des gens ne se sont déchainés contre la mélo4i*^*^*^ ^^'^ défamt ^^percevoir ce rapprocheipeot. 11 auroit peuft-être- été plus naturel et . mieux enttedtt de donner uœ
1)opne direction k ce genre , en lui appropriant autant que possible quelques-nnes des idées et des règles classiques, et en le Ëiisant servir a un but d'utilité nationale. Aujourd'hui qu'on s'occupe beaucoup de l'éducation du peuple y on devroit songer que le peuple des grandes viUes Ëiit son éducation ou la reËdt au mélodrame.
De quelle importance, par exemple, ne seroit pas la tragédie romantique appliquée, par des écrivains d'un certain talent, à l'étude de notre histoire? U ne &ut pas s'imaginer que la tragédie historique , traitée à la manière des classiques, pmsse jamais produire les mêmes résultats. Il y a dans l'histoire une foule de détails jiai&, mais extrêmement caractéristiques, qui révolteroient la délicatesse de nos Muses scrupuleuses; et c'est précisément là le coup de pin» ceau qui appelle Fattention du peuple , et dont l'effet se met en harmonie avec ses idées et ses sentimens.
On auroit très-bien répondu à cet argument, Il y a cent ans, s'il avoit pu être Êiit alors , eu disant que les jouissances raffinées des arts, faitçs pour les classes élevées de la soôiété , ne peuvent être appréciées que par elles , et que les émotions qu'elles doivent : produire sont calculées sur le tact délicat des organes les plus fins et les plus douX; mais ce qui est vrai dans une hy^
{{bthèse sociale cesse de Pétre dans une autre» Les tragédies politiques de Corneille , celles de M. Raynouard , sont déjà trop fortes pour le parterre le mieux composé de TËurope. Il en faut d'autres à la multitude quand elle agit dans les Etats comme puissance morale, quand elle n'est plus négative. Le théâtre historique de Shakespeare a beaucoup contribué, de l'aveu de tous les publicistea, à former l'esprit public eâ Angleterre; et, au génie près, les tragédies de Shakespeare ne sont que des mélodrames. 11 y â un certain âge des nations où les merveilles dé l'esprit et du goût ne sont plus pour la foule qu# des beautés de convention consacrées par l'ha<bitude. On demande alors , et telle est la naturç de l'esprit de l'homme, des sensations qui éton* lient , qui ébranlent , qui accablent l'imagination; ia pompe des spectacles, la magie des illusions , le gigantesque , l'extraordinaire , le terrible» Cette tendance de l'esprit des peuples , qui est irrésistible dans toutes les hypothèses , l'est sur* tout quand ils sont modifiés par de nouveaut systèmes politiques et par une nouvelle position sociale. Cçci n'est pas une théorie; eUe seroit du moins fort opposée à mes principes. C'est l'énon^ ciation d'un fait incontestable, et qu'il seroit très-inutile de contester. En cela , comme en i^jlif re chose , il £»ut laisser aller U siècle qui a,
(3flo )
secoué des jougs plus imposans que celai d^A* "^ mtote.
Crétoit sans doute une idée heureuse que de porter le flambeau de l'imagination dans les té* nèbres de nos antiquités historiques, d'interro* ger les \ieax monumens de la monarchie y les vieilles traditions de la Gaule; d'évoquer du sein de ses immenses ruines les grands souvenirs et les grandes renommées de la patrie; de recueillir à la suite du cortège de ces siècles obscurs , n^sôs simples et grands que nous qualifions de barbares y les événemens dignes des Muses ; de tracer sous cette inspiration l'histoire poétiique de la France, et de lui dire, en lui présentant le tableau dô ces âgés héroïques , non moins dignes que les âges héroïques de la Grèce , d'animer la lyre d'un Homère qu'ils n'ont pas trouvé : Yoilà vos £d)les, votre mythologie , vos mœurs aneiennes, vos poèmes, vos tragédies, sujets subEmesauxqu^sil n^a manqué que-de fixer le choix, que de recevoir le sceau du génie pour succéder, dans l'empire du drame et de l'épopée, aux lamentables, aux éternelles histoires de Troie, d' Argos , de Thèbes et de My cènes. Ce plan , M. de Marchangy l'a supérieurement rempli : mais convaincu comme moi de l'action du temps sur la littérature , ce n'est probablement pas aux poètes de l'é<M>le classique qu'il s'est flatté d'où-
'^i vrir
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vrîr tine nouvelle carrière. La temte générale die soii ouvrage indique du moins que ce n'esit pas iur létir palette qu'il a coai{:k>sé , qu'il a assorti ses couleurs. Cette teinte générale est ce que faî cru devoir expliquer, parce qu'elle préie cer-^' tainement à la critique, et qu'on feroit une. trop grande part à la critique en la lui abandonnant tout-à*^&it. Je me suis livré d'ailleurs sans scru^ pule à dette digression dans un article destiné à. rendre compte de la Gaule poétique y parce qu'il y a une certaine classe de livres sur lesquels il seroit difficile de rien iippi^endre de nouveau au public éclairé qui lit et qui juge^
Le âuccès des premiers volumes de cet ou^ vrage me dispenseroit de joindre mon foible té-moignage aux suffrages unanimes qu'il dk obte^ iius , si je lie le devois poUr* l'acquit de ma propire opinion. On trouvera dans Ces quatre derniers volumes les qualités qui ont si émixiemment dis*, tingué les précédens, une érudition puisée da^n;» les sources led plus sévères , et toutefois extrême?* ment fleurie) une iSocution dont la richesse va jusqu'au luxe; i^né manière de narrer vive, oratoire, pittoresque^ un Coloris plein de chaleur ^ d'originalités Je dirai plus : quoique l'ouvrage de M. de Marchangy puisse être justement réclam^ par l'école romantique , il est juste auèsi d'avouer qu'il n'en â emprunté^que^ce qu'il lui étoit
H. ai
(3aa )
indispensaUe de s'approprier pour conserver dans ioale sa compositioD lliarmome convenable an sajet. Comment peindi*e en effet ces siècles goiennels, dont la redoutable obscurité enveloppe tout le berceau de la monarchie, ces superstitions étranges et merveilleuses, tes institutions gothiques, si fières, si colossales, qui imposait encore par leur majesté, quoique dépouillées de tontes les illusions qui les entouroient alors? Comment exprimer la gra/x^ib^zi^ ingénue des mœurs chevaleresques, sans recourir à des moyens , à de3 instrumens inconnus ou dédaignés de l'écrivain perfectionné des siècles classiques? Ici, je le répète, le goût même est obligé de convenir que ce qui paroitroit partout ailleurs voisin de Foutre, du bizarre et du &ux, a le mérite particulier de la vérité locale. Il en est de même de ces monumens anciens que Famour des arts a dérobés à la fureur des vandales révolutionnaires j on aime sans doute à y rencontrer, dans certaines lignes , dans certains contours, dans l'agencendent de certaines parties* quelque chose de cette grâce inspirée qui donne tant de charme aux chefi-d'œuvre des Grecs; mais on jouiroit moins de leur vue, on éprouveroit moins profondément cette impression d'admiration religieuse qu'ils inspirent, s'il ne se trou voit pas là je ne sais quoi d'âprè , .d'incor-
rèct, de grossier, cpii révèle leur antiquité tuys^ térieuse, et le caractère d'une génération, naïv^ et à demi sauvage, qui n'avoit point encore 4é* pouîUé tonte sa rudesse. origineUe, Xi'art .p^rtjéf au plus haut degré de per&cjtionnèmien.t nftr^r/o-^ duiroit pas dés jouîssauces du même oi:di:e^ et^ parmi les sensations noblds et pures que les arts procurent aux hornooes, il n'y en a pointa dé^. daigner.
Je pense donc qu'on ne repcochera poipt^t M. de Marchangy là coifileuir particulière de style qu'il a adoptée, quoiqu'^^ pe soijt pa) exempte de cette niagoifiGence ambitieuse, de ces effets plus brillans. que Vrais, qu^ auroit évités avec soin dans im autre sujet dans uA autre plan. On seroit mieux fondé à ie Uanif^r d'avoir cédé avec trop d'abandon à nne inspira'tion heureuse, en l'étendant trop \compUdsaai« ment dans un grand nombreiie Tolumes. L'id4e mère de son ouvrage , l'idée d'ailleurs peu âusr ceptible de contestation , qi^e notre histoireoffr« de superbes sujets à la poésie, pouvoit se passer d^étre développée en huit vol. in«8.^, où' les exemples ne se succèdent que pour se.confirmen Cette remarque, qui ne sera pas du goÀt à»
tous les lecteurs , car un livre agréable n'est ja- -mais trop long, est cepeadànt d'autant mieux fondée que M. .de ^rcbangy ppirpil; avpir été
entraîné au-delà ded boines qu'U s'étoit d'abord prescrites, par le charme de sa composition; et Fempire de cette espèce de séductioo ae £rtt trés*bîen t^ooce? oir quand on le tit^ Ce n^est plus que par une extension un peu baurdée que la FFanoe des derniers siècles peut s'appeler la Gaule; et dès le règne de Henri IT, dont le caractère s'ac^ commode mal dé Pallufe sans fniochise et sans^ &miliarité de notre poéûe soutenue , Fauteur ne rattache les iaits k son systèaie que par des ivpprochemens un peu forcés. Le règne de Louis XIT9 qui lui fournit une bypothèse ingé-> liieuse, la suj^Kisitioa d'un voyageur étranger fihairjsporté au milieu du grand siècle dans les Etats du gfand Roi y est encore moins bien placé dans là Oaule poétique. D n'y a rien de moins poétique que F^H>qné où brillent les &meux poète». Uue fois ^e ies arts parviennent à leur apogée , les source» de l'inspiration s'épuisent» L'histoire poétique f un peuple finit au moment où sa civilisation se perfectionne et se complète^ Laissez lei» Fontangeaet les 1« Vallière, héroïnes d'une cour aimable , élégante et voluptueuse , mais qui ne seront jamais celle» de la lyre. Gonduisezpflioi sous le chÀie des Druides, &ites-mot yoit le gui mur qui est prêt à tomber souala ierpe d^or^ et rendea^mei les chants deYelIéda. ToUà[ un âgC; un peuple, une poésie î
C3a5) t)e l^ Allemagne^ par madame de Staël.
Ii« n'est pas question de déterminer ici le degré de mérite de FauVrage de madame de StaëL II est arrivé à sa mnquième édition : il est de nuH dame de Staël , de madame de ^ël qui ne vît plus que pour la postérité , et dont la réfutation iB^'élève déjà au*dessus des prévepations oetntentporaines. Je sais que mon sufirage n'ajoioterok rien à sa gloire.
Il ne s'agit pas non plus d'embrasser une thèse hasardée qui paroU abandonnée mâme de la plu* part de ses défenseurs , et que }e n^ai niie droit , ni Pinteution de renouveler. Ce n'est pas dans un ÎQuroal depuissi lopgrtemps eoîinu par la pureté classique de sesdoctrines, et idlans lequel eesdoe^ trines ont été défendues avec tant de succès (i)| 4t{u'on s'attend à trouvetr la tardive apolo^e de.k Jittémture romantique ^ effort d'ailleurs bi^ inutile y tant qu'il ne sera pas justifié par dfii& chefs-d^ceuvre qui jugeroient la question.
Personne encore n'a pu niaçqnerles Ituntes du beau, tant que la société est debout^^t que lacivi* lisation mardie; mais il seroit absurde de leschercber dans l'inconnu. Toutefois 9 sans abandoni^ar nos beaux titres littéraires , sans rien mettre ab
(1) Cet article et ceux qui le suivent ont été imMà dtkns le Jovmal des Débats*
comparaison avec eux dans les productions k-rëgulières, dans les créations audacieuses et dé« sordonnées de ces nouvelles Muses , qui n'ont pas'Snbi les lois d'Aristoie, et qui dédaignent trop souvent jusqu'aux bienséances du goût , il me semble qu'il est de notre intérêt de connottre au moin^ce que nous jugeons, et de ne pas condamner sans les entendre ces nombreuses générations de poètes qui font les délices du reste de l'Europe. Ce n'est pas en les accablant d'un profond mépris , en les abaissant au -dessous des Bardes sauvages des peuplades les plus barbares, en lés Kvrant à la dérision publique , sous d'indignes* travestîssemens, que nous parviendrons a détruire les inductions titées en leur faveur du suffrage des nations. Voltaire Im^^méme laissa voir peut'^-étre plus ÙB partialité que d'adresse dans sa violente levée - de bouclier contre Sha- ^kespeare. Il oublia* qu'Alexandre, vainqueur d'uii roi géant, avoit traité ce vaincu en foi , et que s'il est beau ée renverser une idole* consacrée déjà jpar les siècles, c'est surtout quaqd cette idole est un colosse : il falloit anéantir Shakespeare ou ne pas essayer de le dégrader. Attaquer une rexiommée qui résiste ii toutes les attaques, c'est : s'avilir en pure perte.
<. Je le répète : il ne peut pas être inutile pour nous de.CQnnoitre en détail la littérature de nos voisins, même-quand cette lillérature seroit en
( 337 ) opposition, marquée avec les principes éternels du beau , ce qui nesauroit étr^ possible ,. c^r l'organisation des peuples n'est pas si divefs/e qu'ils ne s'accordent sur certaines idées fondamentales qui leur sont communes à tous. Il y a incontestal)lement , pour le goût le plus sévère^ une mine précieuse à exploiter dans les écrivains romantiques, et notre langue est arrivée à , ce point de maturité avancée, où il ne lui est plus permis peut4tre de dédaigner de nouvelles ressources. Qui sait quels effets brillans et inattendus peuvent résulter du rapprochement, du contact heureusement ménagé de deux littératures si riches en contrastd» merveilleux y l'une pure , élégante, majestueuse, belle et fière du perfectionnement graduel qu'elle a dû à la politesse de nos moeurs , à la pompe de nos coui^ , à la protection de nps rois , au génie surtput 4^s plus grands orateurs, des plus grands poètes 4^ temps modernqs -, l'autre libre, agreste, impétupuse , pleine de mouvemens passionnés, ,4^in^pir2)tions hardies , de superstij^onjS imposantes y gt ande et formidable comme ces souvenirs du ^ moyen âge dont elle se nourrit , comme ce génie des temps chevaleresques qui plane encore en Allemagne sur des ruines presque récentes „ et dont la voix s'eçt éteinte pour nous à travers les siècles multipliés d'une civilisation ancienxxe t . C'est ainsi que se formej^t toutes les littératures
jsecondsares; et tant que les littëratures qui se succèdent seront l'expression des sociétés, comme elles le seront toiqours y il &udra bien qu'dles se piodifîent avec dlçs.
U est évid^t y par exeip{de , qu'il s'est intro- 4uit depuis quelques années , dans la niasse des idées européennes , une ppuvelle fiimille d'idées politiques qu^on est cpnyenu d^appeler les idées libérales } et je pour rois remarquer là-dessus que toutes Ic^ fob qu'iipe idée ne trouve pas son nom dans une langue, il y a beiaucoup à parier qu'elle est &usse pn prématurée 3 mais cos idée^ libérales ne sont pas seulement u^ préteii^e , elles sont pour beaucoup de monde un senti' ment , et pour qudques âmes énerâques eUes sont une passion. Or, il n'est pas ppssible d'avoir réfléchi sur ^'action réciprpque de l'institution politique et de la littérature chez tous les peur pies, sans concevoir que ce mouvement, i|ne fois imprinié h l'esprit humain, se communique* roit à toutes ses conpepUons et à tous ses pu-? vrage^. Tel est l'effet des révolutions. Cette belle et magnifique époque du repos de la pensée de ('homme , parvenue h ?on apogée , pe se rencontre pas dans tous lès âges. Les âges de force et de sécurité , ce sont leç âges classiques. Il semr ble que l'action du pouvoir , concentrée dans un homme puissant qui représente un siècle puis- ^nty s'éteude jusqu'au génie. Elle le fixe , le
( 5^9 ) régularise et le circonscrit. Périclés , Auguste ^ Léon X , Louis ^IV régnent : Euripide , Sophocle, Yirgtle^ Horace, Arioste, Racine , reconnoissent les mêmes lois que le monde. Affranchissez leur imagination de ces entraves respectées qui les contenoient dans les bornes de l'ordre universel , vous avez le dévergondage sublime du génie sans frein , un Shakespeare peut-être , et je vous le souhaite ; mais alors il faudra transiger franchement y car de nouvelles institutions sont incompatibles avec une vieille littérature. Quand un peuple neuf ou renouvelé s'élève , une littérature s'élève avec lui. Ses classiques restent des monumensy mais ils ne sont plus des modèles.
Il continue à s'enorgueillit* de leurs ouvrages , mais il ne les comprend plus.
Je prendrai bien près de nous un exemple de cette influence inévitable des révolutions sur les productions de l'esprit. Qu'eût été le mélodrame enFranoeavantl'invasion des nouvelles doctrines politiques , avant les grands événemens qui ont exalté l'imagination du peuple, avant les scènes terrible^ qui ont exercé ses passions, sa sensibilité, son courage, et qui lui ont fait un pénible besoin d'émotions et d'alarmes , de pitié et de terreur ? Sous Louis XIY , un pareil spectacle , placé tout-à-fait hors de l'ensemble des sent^* mens habituels, n'auroit excité qu'un étonne-
ment douloureui j suivi d'un ^ prompt dégoût Ceht étoit dans l'ordre. Aujourd'hui-, le mâodrame est indispensable. Je ne conçois rien du moins qu'on puisse 'mettre à sa pla^^e, et quelque effort que l'on fasse pour le détruire t>u pour le ridiculiser, ce qui paroitroit plus facile, on n'y réussira jamais, parce que ce genre de composition est devenu populaire , parce que le goût du |!>euple qui a toujours une initiative d'un siècle sur celui des académies , finit par devenir national, et parce qu'il doit entrer dans les vues même de la politique de ne pas contrarier les goûts du peuplé quand ils reposent sur ses besoins moraux , et qu'on peut les faire servir à son éducation morale. £h bien ! le mélodrame, c'est la tragédie romantique des Allemands, à l'exécution prés; et si, parmi les gens d'esprit qui s'en font un amusement , il s'étoit trouvé un homme de génie qiii eût le courage de braver l'opposition de la critique, d'ambitionner là première palme dans dne nouvelle carrière , d'évoquer cette Muse mâle et terrible de Schiller ou de Goethe, dont madame de Staël révèle si élequemment les mystères, savez-vous oix seroît votre second Théâtre François? Il seroit peutêtre au boulevard. Le mot peut sembler hardi ^ mais l'idée est vraie.
J'ai besoin de m'arrêter ici pour rappeler à
mon lecteur que je n'ai pas entrepris de lui donner l'idée de la doctrine littéraire du Journal dans lequel j'écris; que le fait que je viens d'établir en hypothèse n'a même rien de commun avec ma doctrine particulière, et que je peux très-bien reconnûitre un état de choses comme imminent et inévitable, sans donner mon approbation aux principes qui l'ont amené ou aux résultats qu'il doit produire. Il importe fort peu de savoir si le genre romantique sera classique à son tour , et si les chefs-d'œuvre de l'école ac*tuelle d'Allemagne seront encore des chefs-^ d'œuvreaux yeux de la postérité; il suiBt de voir que le mouvement général des idées vers un système nouveau de civilisation doit occasiouner une révolution certaine dans les anciens systèmes littéraires; et, sous ce point de vue, les progrès de Técole romantique ne sont pas un simple objet de curiosité pour le critique , ils sont un objet très-^intéressant de méditation pour le publiciste et le philosophe. Après la création simultanée d'une nouvelle théorie de gouvernement , celle d'une nouvelle théorie dans les arts d'imagi* nation est le plus grand des événemens sociaux* Or , un événement pareil vaut bien la peine qu'on s'en occupe, si je ne me trompe, et cependant madame de Staël est le seul de nos écrivains qui ait tracé avec les développeiùens convenables' le (a-
bleau de la littérature romantique en AHemagne, dans le premier et le second volume de l'ouvrage qu'elle a consacré à cette contrée de l'Europe. Je ne sais si je suîs^ abusé par le sentiment que m'a inspiré la lecture de cette partie de son livre, mais je ne craindrois pas que l'analyse rapide que je me propose d'en {aire&tiguât trop péui^ blement l'alteution du public , s'y j'étois sûr dV £iire passer la moindre des émotions agréables qu'il m'a causées. Quoi qu'il en soit , il faut peu* ser que le travail même de madame de Staël ne se compose que d'esquisses légères oh elle a été souveut obligée de sacrifier à la précision des détaik pleins de charmes, et que mon extrait, resserré dans un cadre incomparablement plus étroit , ne sera que l'extrait d'une suite d'extraits. Je voudrois du moins qu'il fit naître une utile curiosité, et qu'il condulutle lecteur du désir de connoitre l'ouvrage de madsone de Staël, a celui de connoitre celte littérature dont elle se rend {souvent l'interprète cÈma le eours de ses analyses* Je vais, donc la suivre à travers ce monde poétique dont la première elle nous a dévoilé lei^ prodiges, dans ce Parnasse du Mord oùles Mus^ classiques n'ont pas encore fixé leur séjour , et qui ne manque cependant pas plus que le Parnasse ancien dés inspirations du génie. Je vais l'y suivre, non pas en adep^, mais en historien;
non pas pour chercher des règles et des modèles^ mais pour recueillir des faits qui ne sauroient rester étrangers aui annales de la littérature , non pas pour indiquer au talent la possibilité d'une autre direction, mais dans la seule espé« rance de lui fournir quelques matériaux de plus« Personne n'a oublié satis doute que le même ouvrage a fourni dans le même Journal, il y a quelques années , des articles d'une critique à ïm fois saine et piquante k un collaborateur en qui j'honore un maître, et en qui je chéris UD ami , M. Dussault ; et on se rappellera que ce n'étoit pas tout-à*^t sous le même aspect qu'il aToit envisagé le talent de l'auteur et le fonds des questions dont il s'oecupe. Mais on né m'accu<* sera pas d'avoir eu le dessein téméraire d'élever opinion contre opinion ; mon seul dessrân a été de saisir un point de vue nouveau dans une discussion où mon prédécesseur m'avoit laissé si peu de chose à dire , et je ne l'ai pu qu'en me plaçant dans nneposition différente de la sienne. Me suis-je' trompé en supposant que la manière dont on se laisse affiscter par une lecture peut être extrêmement variée, même eiitre des personnes animées des mêmes principes?
Continuation.
£n coinmençaDt l'analyse que fai promise à mes lecteurs, et qui se bornera, comme on peut se le rappeler, à la partie de Pouvrage de madame de Staël, où il est traité de la littérature allemande, je donnerai en deut mots une idée de Fordre extrêmement simple dans lequel elle a distribué ses intéressantes considérations sur ce sujet. Cet ordre est celui que je dois suivre après madame de Staël ; et comme les bornes étroites d'un article de journal ne me permettent ni les lubdivisions qui donnent l'intelligence d^nne mëChode, ni les transitions ménagées qui en tiennent lieu, j'aurois peine à expliquer autrement les motifs qui ont déterminé la disposition et le choix des matériaux de mon article. Après des observations assez rapides sur ces deux questions : Pourquoi les François ne rendent-ils pas justice à la littérature allemande, et quel est le jugement qu^on porte en Angleterre sur cette littérature} après un tableau très*court, mais très-piquant, de ses principales époques et de ses<principales écoles, madame de Staël arrive à la littérature, de l'école allemande proprement dite, école qu'elle distingue avec un art infini, qui n'est toutefois pas sans quelque subtilité, de l'école angloise, de l'école françoiseet de l'école
suisse d^AUern^gnei. Elle examine ensuite séparément la poésie, l'art dramatique, le$ romanset Thistoire, niais chaque homme de génie formant ppur ainsi dire 'une école à part dans cette litté^ rature originale où il n'y a de goût fixe sur rien , efk) pour me servir de ses expressions, tout est indépeadanl et individuel^ elle a cru devoir ooimmencer.pàr £iire counoitre'les traits prinotpauix qui distinguent chaque écrivain en par;* tLculier, et qui caractérisent personnellement les hommes de lettres les plus célèbres. On oon*çoit bien que ces portraits ne sont pas les simples études d'ua*oritique froid qui mesure gravement dans son cabinet les proporitoAs du talent, et qui fiait par élever un poète au-dessus d'un antre^ de toute la hauteur d'un hémistiche^ c'est le jet libre , énergique , souvent sublime, du gémëqui apprécie 4e géme, qui l'apprécie en lui, et iûdéhpendaninvent des pétilles cmiventîons , des bien** séances mesquines de Ia.^méi£ociité qui; juge. Uy a d'ai&ur^ dans ces esqubstsnn mëriterparticu-* lier, un mérite rare^ celui depjeindre toujoura l'homme à côté du grand homme, et de &ire pénétrer le lecteur dans l'intinûté d'une belle âme, en l'appeknt à la contemplation dW beau talent. Pour un esprit simple et un cœiir sensible, cette communication a quelque chose d'imposant ; elle prend un caractère d'initiation
qtti nous éléVe jusqu'au commeree des demi'^ dieux; car les hëros de madame de Staël ne sont plus des mortels, surtout quand elle les a aimes : elle affectionne les détails nai6 et leur vérité pittoresque , mais elle craint trop la caricature pour ne pas tomber quelquefois dans l'idéal. Cette manière de voir les objets tient d'ailleurs à une qualité particulière de son organisation , à l'en* thousiasme le plus vrai. U est permis de varier et d'exagérer les couleurs quand on regarde dan» un prisme.
Ce n'est pas à. travers ce prisme qu'elle a vu Wieland, et je lui en rends sincèrement graces« Le surnom de fi^oltaire 4^ V\Allemiagne qae cet écrivain a reçu de l'Europe , m'a voit prévenu contre sa brillante et féconde universalité; le génie dans toute sa grandeur n'est pas si universel; il est un , et originaL Voltaire qm le savoit et qui l'a dit , auroit été {dus modéré lui<fnéme dans ses prétentions- s'il n'avoit été que le chef d'une Ettérature; mais il'étoit celui d'un parti, ou, pour me servir de l'expression convenue aujourd'hui , celui d'un siècle : tout pouvoit servir a ses projets , et il savoit ne rien dédaigner. Wieland, qui n'avoit pas 1^ même avantage de position , n'est que le premier d^ beaux esprits d'Allema* gne. U n'a point &it de disciples en philosophie politique, et madamede Staël pense qu'il serait
k souhaiter quHl n'en eût pas fait en* littératuM^
Rlopstoçk rappelle d'autres souveliirs, le$ plus beaui qui puissent se rattacher à la mé^ moire de l'homme; le premier de ses sentiment fut à la fois l'élan du patriotisme et celui du génie. L'école littéraire de Milton et de Young com--^ mençoit à envahir la littérature allemande -, il os» prêter un langage à la Muse de la Germimie^ et quoiqu'il eût laissé le prix etx suspeos , avee une grâce qu'admire justement madame de Staël, le sucGés ne fut pas douteux. C'est de» premiers vers de KJopstoch quie date cette nou<> velle école dont il a été depuis l'ornement^ et dont il a peut-être aussi marqué les limites. Deux grandes pensées, qui sont soeurs dans les bell^ âmes, occupèrent toutes les &Cultés de sa vie. II l'ecni^oya toute entière à chanter la patrie et la religion^ Amant passionné dé la liberté , il la dé-^ lébra de loin , quand le tocsin de la révolutioa irançpise l'annonçoit au monde; et comme AÏ-' fieri , le Kloptock, le Schiller de lltalie, il désa-^ voua ses hommages , quand , â la place de la déesse > il ne trouva qu'une furie. La rdigion ^ qui ue trompe jamais le cœur qui s^y confie , fut plus fidèleà ses derniers momens ; elle le consola sur Sfon lit de mort, où il murmuroii encore, en exfHiraint , ses vers sur la mort de Marie , sœur de . Marthe et de Lazare , qui conlÂennent le tableau.
àe la moK du juste, (c 11 rappeloit ses vers à tra* 39' vers les ombres du cercueil, dit madame de » Staël , et les prononçoit tout bas pour s*exhor- » ter lui-même à bien mourir; ainsi les senti- » mens exprimés par le jeune homme , étoient » assez purs pour rassurer le vieillard. Ah ! qu'il «> est beau le talent quand on ne l'a jamais pro- »> fené, quand il n'a servi qu'à révéler aux hom- » mes, sous la forme attrayante des beanx- » arts, les sentimens généreux et les espé- » rances religieuses obscurcies au fond de leur
» cœur!»
' ' • On sait que la pompe fun^re d^KIopstock fut une solennité qui se perpétue dans un pieux anniversaire , et que le vœu de madame de Staël , qui désirôit que la poésie religieuse eût des saints, s'est accoippli pour l'hofiolme qu'elle révéroit le plus. Klopstock n'a pas joui de cet éloge : maïs jamais homme n'a été plus honorablement loué de son vivant , car il étcnt simple et pauvre. L'anteur du poëme de Nbé suppose qu'un des hymnes de ses anges mystiques s'étoit Conservé par tradîtion depuis Ife Parfedi^ terrestre- jusque dans l'Arche. Voilà liné noble itfiputation de plagiat. Jje tribut d'admiratîWi que Goethe lui a payé ' dans fP^erther eàt^ pks délicat eilcore. Après avoir revêtu ^ Chistrldtt^' de tous les attraits qui charment les yeux j de t<mte3 les vertus qui cap-
tivent^ le çœuf , îl suppose qu'elle contemple , auprès de Werther, un orage majestueux etter-» jible. Il ne manque jrien â cette scène de; ce qu'il y a de plus imposant parmi les idées de l'homme j l'amour, le malheur^ les désastres de la nature ^ la grandeur et la colère de Dieu. Charlotte pro-r mène ses regards sur ce yaste espace tourmenté par, la tempête, les ramène sur Werther, et nomme Klopstock.. v
La JHessiade est.une, conception d'un ordre si étranger à tous nos systèmes littéraires ^^ qu'il est très-rare de trouve^ des Jecjteurs qui aient pa l'apprécier ; c'est le propre^ des conceptions d'une sensibilité exaltée de convenir à p^u de monde j et l'exa.ltation qui a inspiré la Messiade^ un car ractère de sublimité auquel les plus fortes intel^ ligence^ ne s'élèveqt pas fiicilement. Les idées y spnt tirées d'une région d'id,ées tout-à-ifait iiou<velle, et qui n'a plus ri^i d'humain; on n'y resr pire que la vapeur de l'encens desauges>; on n'y entend que la mélodie de leurs cantiques : c^e^ la poésie du ciel , et madame de Staël dit adnx^-. iTiblement qu'elle ne conviendroit le plus souvent qu'à des ressuscites. Pour admirer Klopstôcfc comme il mérite d'être adjniré , il fautune ^orte .. de génie, il £mt de l'amour et de la foi^ Il faut se laisser emporter par lui dans l'espace qu'il. parcourt , ou l'abandonner tout^-à-ûit. . : ^
Goethe i doué d'une imagpuQatioD aussi bril*
tante, mais d'uae puissauce de eonceptiott plus
ëteodne peut-être et plus variée , ne pénètre pas
mpins^ avant dans Fîdéal, et cependant il ne quitte
famais' lar terre ; dans l'essof le plus ëtevé de ses
inspiratioDSy il n'oublie jamais qu'il est homme,
et se fiiit entendre de tous les bommes. La lyre
de KJopstock ne rend qne des sons d^nes du
sanctuaire , et dont l'harmonie toute (Ùvine
échappe aux sens grossiers de la foule : celle de
Goethe a des accords intelligibles à tous^ pour
toutes nos passions et pour toutes nos misères.
Avec Ktopstocky on * se dépouille de sa vie; avec
Goethe, on Pagrandit : l'un a posé la borne db nos
espérances, et l'autre celle de nos sentimens. Le
premier est un esprit qui nous a révélé tout k
monde intellectuel; le second , un magicien qui
foumet tout le monde physique à ses prestiges*
Rien ne iui é^ppe dans le cerc)e immense de
nos pensées; personne en Allemagne, ne lui est
supérieur dans la pdntnre des sentimens doux ,
daifs l'expresâon des sentimens exaltés. Ses poé-
^ies Jugiiiues sont adressées à l'imagination ;
elles produisent sur elle un ébranlement quire»*
semble à la &scination et au vertige; il a ren*'
contré dans quelques romans , dims Herman et
Dorothée y l'innocence d'un monde nouveau, b
swplicité d'une Muse antique} s'il s'abandonne^
a la passion , oomme dans le comte d^Egmont et * dans TP^eriher^ il saisit le lecteur effrayé, et l'entpaîqe à travers le ciel et l'enfen S'il jette les yeux sur le passé pour y chèrdier des tableaux , /c'est avec l'autorité de cette Pythonisse qui ré*v^lloit les morts. Il ranime b poussière de tout un peuple; c'est Goétz de Berliching^Vbisioire le roman , le drame , l'épopée d'un sîècle.Ses idées les plus ordinaire le ramènent à la contemplation des grands malheurs et au culte des tombeaux; Alors il ne cherche plus la variété des images et la richesse des expressions; il est sévère, <;alme, immobile comme la mort. Madame de Staël compare son Iphigénie et son Tasse à des statues de marbre qui étonnent par la beauté des formes et la splendeur de la matière, mais qui n'ont ni mouvement ni chaleur. Quelquefois il s'élance au-delà de ces tristes limites de Li destioëe humaine dans nn monde qu'il a Eût, s^r il est créateur partout. Son Faust est un de ces rêves effrayans qui tourmentent le cœur au point de £ûre regretter de sentir. C'est un enchanteur qui a Pin^ini à sa disposition ^ et 4ont l'ascendant .#ur le monde moral aboutit à perdre tous ceux qu'il aime , et à se perdre avec eux . Les Allemands appellent cette pièce le Malheur de la Science. C'est la tragédie de la perfectibilité. L'influence de Goethe sur la littérature de son
pays a été servie par cette puissance inerveilleuse de l'opinion , qu'on ne connoit plus dans les littératures usées. 11 a des enthousiastes, on pourroit dire des sectaires. 11 y a une foule d'hommes^ en Allemagne qui croiroient trouver du génie dans l'adresse d'une lettre, si c'étôit lui qui l'a* voit niise. L'admiration qu'il inspire est la religion littéraire d'une espèce de confréne dont les mots de ralliement servent aux adeptes à se •reconnoître entre eux. Quand les étrangers osent admirer Goethe, ils sont rejetés avec dédain , si quelques restrictions laissent supposer qu'ils se «ont permis d'examiner des ouvrages qu'il n'est pas permis dé critiquer , d'examiner même sans une sorte de sacrilège. Il en est de même de Schiller, que nous connoissons mieux par sa réputation , quoique nous le connoissions moins par ses écrits. Il n'y a pas mémoire en France d'un pareil culte rendu au talent 'depuis ce malheureux Jôdelle, pour qui on renouvda le sacrifice du bouc. L'apothéose dé Voltaire vivant avoit un autre motif, et on lui réservoit d'autres victimes. Quoi qu'il en soit , c^est là dernière fois qu'une gloirç méritée recevra chez nous de semblables hommages. Les peuples vieillis ont tant de tributs à payer à l'intrigue et à l'ambition, qu'ib sont insolvables pour la vertu et le génie.
( 543) Continuation.
. Quand j'ai entrepris de renfermer .d$ins le^ bornes de deux, ou trois articles l'analyse d'une partie de l'ouvrage de oiadaB^e de Staël, je m'étois promis de m'attacher seulement aux faits principaux , et de n'arrêter l'atteutiou du lecteiar que sur quelques masses d'idées propres à lui donper une juste opinion de l'enseml^le ; et j'a- Yois pris cet engagement sans défiance, parce qu'il est assez &cile à tenir avec ]a plupart des livres. J'ignorbis que je ne ^erois })ds^ âiattre jnoi-méme de résiiitter à l'eptraitieipent. de ia brillante imagination de l'aujteur , et de retrptir ver le fil d'Ariane daus le ai<ervei)leu?L dédde ou son génie se promène sans s'égarer. Déjà bien avancé ds^ns ma marcbe , et au moment où je devrois être près de toucher le but, jo jette les yeux derrière moi , et je m'aperçois , non sans étonnem^t, que j'ai k peiné quitté l'entrée de la carrièrç.ll faut donc désespérer d'en atr teindre le tei:me 9 et me oontenter d'avoir parlé au sujet de l'ouvrage , puisque je n'ai pas été capable de le faire connoître. Qu'on me pardonne de croire ,, au reste , que le critique impassible qui auroit mieux fixé les linéamcns d'une composition , n'atiroit peut-être pas inspiré au lecteur un seatiment aussi vrai des sensations qu'dW
produit. Quoique madame de Staâ ak une raison trè3*ëclairée et un goût très-sûr, quand elle veut bien ne pas se jouer de ses idées, il est in* contestable que ses écrits s'adressent beaucoup moins à la raison et au goût qu^à ia sensibiKté , ,et 3s doiyent être rarement appréciés s^ûs ne peuvent l'être que par ceux qui les lisent froidement»
J*auroiiB ^oulu cependant avoir réussi en trois lurBcles consécutifi sur le genre romantique , a dépeindre }e9 caraotères particuliers de ce genre, et à Ibire j^enlir le charme qui lui est propre , jbbarme dont Pe£fet est reconnu de tout le mon* 4e^ etque la sévérité de la critique la plus ex* clusive ne sauroit empêdier d'avouer ; mais, comment pendre ce qui échappe à ^ l'exprèssion , ce qui se dérobe presque à nos organes , ou ce qui n'agit sur eux que par une puissance invisible dont Pascendant résulte eh grande partie de ce qu'elle a de vague, et ne s'explique que par ce qui ne peut s'expliquer? Dés aspects encore inaperçus des choses , un ordte de perr Ception assez neuf pour être souvent bizarre , je ne sais quels secr^ du cœur humain dont il a i^uvent joui en lui-même sans être tenté de les iréyéler aux autres, et qui produisent sur nous , quand nous les rencontrons dans les livres , un plaisir analûgiie à celui que &it ][a vue d'un an-
tien ami , je ne sais quels mystères de la nature qui ne nous ont pas échappé dans Fensemble ^ mais que nous n'avons jamais détaillés , et dont l'impression nous étonne, parce qu'une heureuse combinaison de l'écrivain les met tout à coup en harmonie avec des souvenirs et avec des sentimens, l'art surtout de parlera notre imagination en la ramenant vers les premières émotions de la vie , en réveillant autour d'elle jusqu'à ces redoutables superstitions del'en&nce quela raison des peuples perfectionnés a réduites aux proportions du ridicule , et qui ne sont plus poétiques que dans le système poétique de la nouvelle école ; voilà quelques traits du genre romanti* que, sans don te; mais j'aurois inutilement embrassé, au lieu de quelques traits, toutes les parties d'une définition complète rangée dans le mieilleur ordre possible , si je ne suppléois par des exemples à l'imperfection de ce tableau ; et ces exemples, je ne les prendrai ni dans l'épopée ni dans le drame dont il ne nous est pas permis de disputer l'empire aux Muses classiques^ je les prendrai datas un genre de jittérature dont la poétique n'a jamais été bien déterminée , et peut CQnséquemment paroitre susceptible de quel* ques modifications, même dans notre langue* Cette espèce de petits poëmes qu'on place communément sous le titre de Poésies fugitii/es,^
parce que, dans rimpossibilité de les distinguer par le sujet qui dépend de la volonté seule de quiconque sait rimer, on s'est borné à faire allusion en les nommant ^u peu d'importance d'une production éphémère , qui n'a coûté que -quelques heures à l'esprit , et qui vit rarement davantage; cette espèce de poëme, dis-)e, est presque toujours consacrée, chez nous, au plus monotone et au plus fade des sentimens , à cette galanterie coquette et maniérée , qui s'est substituée à l'amour dans notre poésie comme dans fios mœurs. Ghes les Allemands , tous les effets d'une poésie plus relevée ont été prodigués datis ees petits ouvrages dont la dimension ti'ès-limitée -convient parfaitement d'ailleurs au jet subit de l'inspiration ; mais la terreur est le ressort le plus ordinaire de cette poésie énergique, qui ne croit pas avoir assez ému le cœur si elle ne l'a bouleversé. D'autrefois , cependant , ils ne cherchent qu^à faire naître un sentiment tendre et douir, mais dont l'impression se prolonge long-temps dans l'âme , et l'entretient d'une tristesse sans objet réel. C'est ainsi que Goethe force son lecteur à s'associer aux peines d'une fleur dans la touchante élégie de la Violette. Gelle-ci regrette , sous l'herbe qui la dérobe aux yeux , de ne pou- ^Toir frapper l'attention d'une bergère [qui traverse le bocage ^ être cueillie par elle et mourir
près de son sein. La bergère passé en chantant y et la violette y foulée sous son pied qui la brise , se détache de sa tige , heureuse au moins c[n& sa mort soit l'ouvrage de la bergère qu'elle aimôit. Une fois , il raconte comment il rencontra dans la campagne de Rome une jeune femme qui allaitoit son enfîint , assise parmi de magnifique^ débris de l'antiquité. H l'interroge sur ces monumens qu'elle n'avoit point remarqués , et dont elle ignore l'histoire. Elle aime , elle )allaite son enfant, elle ne connoît que le présent. Ce plail n'est rien ^ mais la pensée qui en résulte a quél«que chose de ravissant.
Le Pécheur est une des romances célèbre de Goethe. Un pauvre homme s'assied sur le bord d'un fleuve , un soir d'été ; et , tout en jetant sa ligne, il contemple l'eau claire et limpide qui vient baigner doucement ses pieds nus. Un ver-i tige qm ne s^mnonce par aucun sentiment de douleur , qui tient an contraire des rêves les plus séduisans , s'empare tout à coup de âôn es<« prit. La nymphe du flénve lui apparoît avec toutes les illusions d'une déesse ; elle lui peint les dé* lices de l'onde pendant la chaleur , le plaisir que lé soleil trouve à se rafraîchir la nuit dans la mér , le calme de la nuit quand ses rayons se re* posent et s'endorment au sein des flots. Le pe-
( 548 ) chear^ attire, aëduit , entreiné , se kâsse gljs6«r vers la nymphe qui lui ouvre les bras , et il disparoît pour toujours*
U y a quelque chose d'analogue dans la composition du Sûi des aulnes. Un vieux châte»
lain regagne sa demeure quelques heuresaprésle coucher du soleil , tenant son fils dans ses bras, A la clarté douteuse de la lune, sous l^es ombres tremblantes des aulnes et des saules qui bordent le ruisseau , l'en&nt , que trouble le souvenir des contes du foyer , eroit voir errer ces vains fantômes dont on lui a récité les prestiges. Bientôt l'illusion est complète ; le roi des Aulnes lui* même s'attache aux pas du coursier, et sollicite l'en&nt effrayé de le suivre dans son palais ; il lui promet des bijoux ^ des fleurs, toutes sortes de plaisirs. L'en&nt résiste, et pousse des cris d'épouvante en se pressant sur le cœur de son père, qui essaie en vain de le rassurer : celui-ci hâta les pas de son cheval, il arrive : le pont-lem s'abaisse; la nourrice accourt sur le seuil, détourne avec empressement le manteau de son maître, et enveloppe de ses bras le petit infortuné qui ne répond plus à ses caresses. 11 est mort. Cette, production singulière et touchante a été fort heureusement transportée dans notre langue , il y a peu de temps, par M. de Laton^ che , jeune écrivain plein de mérite , qui ]ùmi
tléjà ia correction d'un poète châtié à la h^f'^ diedfte d'un poète original.
Burger s'est exercé le plus souvent sur les ré*^ cits &buleux du peuple, qu'il a &it passer dans la langue poétique avec un rare talent* Telle esi l'histoire du Chasseur impitoyable, qui, par-^ venu de crime en crime à la dernière des cruautés, est tout à coup transformé en fantôme , et poursuivi sans relâche par la meute qu'il dirigeoit auparavant à travers les champs du pauvre. Mais une conception qui a mis le comble à la réputation de ce poète, c'est la terrible bis-^ toire de Lànore , dont on ne peut offrir ici qu'une analyse sans couleur. Lénore aimoit un guerrier que la paix n'a pas rendu à sa &mille : elle ne peut douter de son trépas ; et , dans son déses** poir, elle blasphème et maudit le ciel. Au même instant , sa porte retentit ; elle ouvre , et voit le soldat à qui sa main fut promise. L'autel les attend } mais il n^y a pas une minute i perdre : elle monte en croupe derrière lui , et le suit à travers d'affireux déserts que son cheval parcourt avec la rapidité de l'éclair. Il n'y a rien de terri-* ble comme la peinture de cet espace ténébreux qui n'appartient plus à la nature vivante, et dont le néant n'est animé que par la marche confuse de quelques spectres qui s'y égarent en gémi»* 9aut. Enfi^, oa voit de loin le cimetière et k
porte de Pëglise qui cède au premier eSori du ca* Talier ; il s'enfonce sous les rimlles nefe au milieu des pierres fonéraifes y grandit , change .de forme, serre sa maîtresse dans ses bras^de sque^ iette , et descend avec elle dans la terre ouverte pour les engloutir.
U n'appartenoit peut4tre qu'à Pioiagi nation de Goethe , qui n'a jamais connu de limites , Renchérir sur cette épouvantable conception , et c'est ce qu'il a osé entreprendre dans la Fiancée de Corinthe^ mais ici la terreur du sujet est relevée encore, si l'on peut s'exprimef ainsi , par la grâce et Pharmonie des détails. C'est une sw" perstition moderne placée dans des mœurs grecques, et qui admet la combinaison des moyens les plus, contrastés de la poésie. Il résulte de la manière dont ils . sont employés un mélange si confus d'émotions , qu'on ne peut le comparer qu'à ces songes extrêmement agités, où l'âme pressée de sensations également viv^es^, qui ne cessent de se. succéder et de se (confondre^ doute hi elle éprouve de l'horreur ou du plaisir. Quelque temps après l'établissement du christianisme, .une jeune Corinthienne est vouée par sa mère aux autels de la nouvelle religion^ Elle aimoit, et: ses vœux la séparent pour jamais de son amant, ^ont la Êimille est restée fidèle à l'ancien culte de» Grecs. Elle ne tarde «pas à succomber
à sa douleur ; maïs le bruit âe cet évéûement n'a pas passé les murailles de sa soUtude. Le jeune hooioie arrive d'Athènes à Coriathe , et il entre de nuit daos lu maison de sa fiancée , sans être vil de personne qui puisse Uinstruîre* Pendant qu'il pçrend son repas du soir , une femme voilée vient s'asseoir auprès de lui : elle est vêtue de blanc; son front est ceiut d'un bandeau noir et or 9 probablement celui de la consécration. Il reconnoît sa maîtresse , il la presse contre son cceur^ et s'étonne de ne pas sentir battre le sien. Cet autre hyménée de la mort a un caractère si étrange , si prodigieux , que l'expression qiii pourroit le définir se refuse à la parole; et ce qu'il y a d'étonnant , dit madame de Staël , c'est l'art avec lequel diaque mot produit une terreur croissante, et indique, sans l'expliquer, l'horrible merveilleux de la situation. Une his<toire , dont rien ne peut donner l'idée, est peinte avec des détails frappans et naturels , comme s'il Vagissoit de quelque chose qui fut animé , et la curiosité est constamment excitée sans qu'on voulût sacrifier une seule circonstance: p^|r qu'elle fût plus tôt satis&ite.
Cependant , qui le croiroit ? cette fiction , dont ma plume justement timide n'a révélé au lecteur qu'une froide exposition , n'est pas l'idée la plus hardie du génie romantique. C'est dans
( Uû)
te Songe dé Jean Paul quHl faut la cfaerdier , et on pourra s'en faire une idée très*)uste en lisant l'ouvrage de madame de Staël ; car eUe a daigné traduire , avec son éloquence et son coloris or-* dinaires , cette monstrueuse production de l'ima- ^natiou en délire , page 3ii du second volume. J'essaierai d'autant moins de l'analyser, qu'elle se refuse à toute analyse , et que l'attention des personnes qui ont consenti à parcourir avec moi cette lugubre galerie d^dées mélancoliques, doit être assez Ëitiguée d'émoti(Kis nouvelles et bizarres. Je persiste à croire cependant que Feffort que j'ai fait pour la fixer sur ces singuliers objets^ ne sera pas tout-à-fidt perdu , s'il porte quelques* uns de nos jeunes poètes à sortir du cercle banal de la poésie de salon , et à chercher , dans les sentimens et les passions , une source d'inspira* tions plus nobles et plus abondantes. Quant am excès du genre romantique, il n'étoit pa» inutile de les signaler, nefûtHse que pour nous confirmer dans nos doctrines , qui sont nécessaire^ ment les meilleures, mais qui ne peuvent étr» jugées telles que'^r comparaison.
Littératures
Littérature Sîaçe^
Les poésies galliques d'Ossiao sont depuis long-temps un grand objet de contestatioya, et il faut avouer qu'on n'a pas porté dans la quesr tion à laquelle elles ont donné lieu un grand espinï de critique. Je vois beaucoup de gens qui croient sans restriction à leur authenticité, beaucoup d'autres qui la nient sans restriction. C'est une erreur opposée à une erreur ; Macphersoi^ n'a certainement pas inventé ces poésies, et certainement il ne les a pas tradiûtes \ mais il y a dans tous les pays des chants nationaux, des poésies traditionnelles; il y en a surtout e^ Ecosse , et'Macpherson en a tiré parti en hommç d'esprit. C'étoit une rencontre très-heureuse et un travail très-peu difficile. En général , donnez à un homme de goût, n'eût-il que du goût,. la production native d'un homme de génie qui n'a que du géuie, et vous verrez ce qu'il ep fera presque sans effort. C'est le diamant brut entré les mains du lapidaire.
Puisque nous avons maintenant des géographes philosophes et des. géographes poètes, nous saurons peutrétre bien tôt, pourquoi ces petites épopées chantées^ que la tradition conserve , se rencontrent dans presque toutes les montagnes du globe. Il y a dans nos Alpes helvétiques des