II
diansons simples et touchantes qui ne consacrent pas te souvenir des grandes guerres, comme Celles du fik de Fingal , parce qtie la guerfe a irarement troublé la paix des Chalets , mais qui peignent merveilleusement les sentîmens les plus dout de l'homme et qui ne le cèdent point dt) tout sous ce rapport aux plus beaux chants de FHomère de Selma. Je retrouve le même genre de poésie dans ce qui reste des trarditionsillyrienlies^ k cette différence près que la pureté du ciel ) la beauté des productions, la grandeur des isouvenirs et Pheureux voi^nage de la Grèce ont dû donner au barde des Alpes Julieniaes une foule d'inspirations que le nôtre nV pas reeues. Qu'on se représente d'abord le chantre' morlaque, avec son turban cylindrique, sa ceinture de soie tissue à mailles , son poignard enfermé dans une gaine de laiton garnie de verroteries^ sa longue pipe à tube de cerisier ou de jasmin, et son brodequin tricoté, chantant je js^z^ttz^ oh la chanson héroïque, en s'accompagnant de la guzla, qui est une lyre à tine seule corde composée de crins de chevaux , entortillés. C'est ordinairement après les premièi^s heures du soir que le Morlaque se proniène sur la montagne, en t*acontant dans son chant monotone, mai»
solennel , les exploits des anciens barons slave». Il ne voit pas les ombres de ses pères dans les^
tiudgeis, nlaill elles vivent partotit autour âe luL Celle de l'homme hospitalier et fidèle , qui n'a point été désavoué par ses amis dans l'assemblée du peu}>l6 , et qui a été brave à la guerre y des** (îend souvent à travers les rameaux des yeilses dans lin rayon de la lUne; elle tremble sur le gazon de sa tombe 9 la caresse d^une lumière douée, et remonte. Celle du méchant s'égare dans les liedx abandonnés; dile fréquente lés sépultures, déterre les morts , ou, plus témé-** raire, va boire dans un berceaii négligé de la nourrice , lé sang des enfans nouveauiL-nés. Sou^ vent un père épouvanté a rencontré le vampire tout pâle , les cheveux hérissés, les lèvres dc^oAtantes , et le corps à demi-enveloppé des restes de son linceul, penché sur la petite &mille en^ dormie , parmi laquelle , d'un regard fixe et affreux , il choisit une victime^ Heureux s'il parvient à trancher alors dW coup de son hanzar les jarrets du cs^davré; Car dééormais celui-ci ne sortirait plus de son cercueils '
Au même instant, les magiciennes pi*épàrent leurs sortilèges. Elles dansent trois à trois comme les sorcières de Macbeth^ en proférant d*ef^ frojables conjurations. Ce soât elles qui appçl* lent l'orage, la grêle et les tempêtes. Quand uii vaiss^U' vient se briser dans les dunes , on les a vues 9^uvent bondir de vague en vague, en frâp«
pant de leur pied la cime écumeuse des flots*
Ces monstres ne sont pas insensibles a\i pou;^ voir de Pamour; mais rien n'est comparable aux fureurs que leur inspirent la jalousie et la ven^ geance. Un vieux prêtre morlaque m'ar raconté qu'il avoit connu un jeune homme ppursuivi comme le Socrate d'Apulée de la tendresse hideuse d'une Lamie. Une nuit qu'il aypit couché dans le même appartement pour défendre son ami de cette obsession, il se sentit lié lui-même par un enchantemenjt qui lui ôtoit le mouvement et la parole; et il vit alors cette femme s?approchec du lit du Morlaque endormi, ouvrir son sein d'un coup de poignard, en arracher son cœur , et le rôtir sur les charbons, puis le dévor rer presque sanglant encore, en dansant avec une joie horrible. Quand le charme fut achevé, la naagicienne s'évanouit dans les ténèbres , l'infortuné s'éveilla le sein vide, et il mourut.
C'est au ix^iieu de ces; prestiges que marche mon poète, car il est ppète aussi, et ne se borne pas. à répéter des chaqts qonpus.La douceur de sa laqgiae.h^rmonieuse,Ja liberté de son rhythme qui n'admet ni la, symétrie Ëitigante d'une césure obligée, ni le monotone agrément de la rime, lui perpietteni d'obéir à toutes ses inspirations, et d'embelUr de ses pensées la vieille ballade que la tradition lui a transnûse. Il arrive même sou*
(.557 ) vent que d'une «moritagné à l'autre, un chantre inspiré Êiit' succéder à la slrophe qu'il achève, une stropibe nouvelle. Tous deux s'arrêtent et luttent d'invention poétique à la- manière des bergers^ de Virgile, ils ont encore ce rapport avec les interlocuteurs des bucoliques -anciennes ^ qu'ils fi* nissent ordinairement par feire l'éloge de leur chant;, et cette dernière partie dû poëme illyrien se modifie fsuivimt l'homme qui le récite, ce qui est tout*à-fait conforme à la nature. 11 est trèssingulier pourtant au premier abord de retrouver dans le chant d'un j^oète sauvage le feiiant «/ûfera d'Horace.
Le poète illyrien ne dispute pas de talent pour un chevreau ou pour une coupe élégante çt ornée, comme cdiui.da Sicile et des bords dui Mincio^ mais le plus célèbre^ par ses chansons^ aura l'hooneur de présider à. là dans© ru^tiqAe/ C'est autour de lui que le kolo se forme ea rond ,' c'est lui. qui4'anime duson de sa ? cornemuse eu. du bruit de sa voixj il redouble, il pi^ease, il? précipitf la mesure ; la gaieté devient de, Veo-; thousîasaiey du délire; le déliré faitplaqeà L'i^o-i cablenàent , ei^lesj danséùfâ tombent épuiaési s^n--. tour du. poète. U.est r^oaarquable que le goût dutchaint, de la poésie et'des* ai*ts'!mimîqu6s spi(;, d'autant plus* vif qitie. ces aif'ts »ont;moiqsperfe<îr ,tioimés et plus vaimnieS de leitr berceau. Jamais'
les lectures du plus prôné de nos poètes de salons , les concerts du plus habile de nos virtuoses j les ballets symétriques du plus él^ant de nos chor^raphes n'ont produit l'ivresse qu'inspirent les aôcens sauvages d'un improvisateur des déserts. Toutes les sensations qui agissent sar les organes délicats de l'homme naturel sont extrêmes; toutes les impressions sont profondés, ot tous les plaisirs sont vrais pour Fheurenx pasteur des bocages Mérédites et des montagnes Clémentines, \jsl jeunesse des sociétés est comme celle de la vie , pleine d^iUusion et de jouissances que l'expérience décolore , et que Icf temps emporte avec lui.
Pour se &ire que idée du chant morlaqne , il &ut Pavoir entendu. Fortis essaie de le décrire , mais il oublie une chose qui me paroît essentielle à dire, c'est qu'il ressemble très-peu à la voix humaine. Oest une espèce d'instrument à deux parties qui oppose avec une rapidité surprenante les deux timbres les plus éloignés; et , comme cette pensée Die peut guère s'exprimer par une ^ule définition , je croirois n'y avoir pas réussi autant que. cela est possible, si je né clierohois- à &ire comprendre à mon lecteur le contraste qui doit résulter d^un hurlement rauque toujours ^nivi d'une cadencé très-aiguë , et la suivant toujours avec une célérité de . mouv^iùent et une
)ti$te8se <f aoeord qui étonnent Toreille. Je me
souviens à ce propos d'un voyage que je faisois
de nuit sur les bords de l'Adriatique. La luné
brilloit de cette da^rté bleue et immobile qu'on.
^roicgit ne lui avoir vue qu'en Italie ; Peau faisoit
un. bruit long, mais très-doux et trèsiqiposant^
celui des mers qui oioit peu de reflux. Les roues
de la voiture crioient d'une manière uniforme
sur le sable égal qui la balançoit^ et je quittois^
&tigué de courses à pied et surtout de grands;
souvenirs ^ les plaines bistoriques de Campo^i
Formio. Je dormois à demi quand ce bruit
^étrange d'un chant morlaque frappa mon oreille^
et me transporta en imagination au milieu des
concerta nocturnes dct Fuok, d'Ariel et de toua^
les lutins de Shakespeare, lo^^sque nouvelle^
ment sortis des fleurs et encore humides de ro-*
»ééf ils forment des chants que les hommes n'ont'
jamais entendus. Je devob cette illusion à uni
postillon dalmate.
Le mètre le plus ordinaire ànpismà illyrieii a beaucoup de rapport avec celui de notre Ters dé dix syllabes. Quoique la césure soit générale* ment peu marquée dans b poésie slave ^ il est: rare que l'enjambement de la mesure ou le ca<« priée du chant la rejette au-delà du deutième pied. La ballade n'est pas divisée en couplets , mais la pensée est ordinairement circonscrite
dans le vers , forme très-antique qni dcmne de la monotouie , mais de la solennité à l'eipression , surtout quand le chant s'y approprie heu- Feusement, ee qui arrive presque toujours à' cause de la siœpEcité des mOtiÊ. La musique^ iniilativedes pays civilisés est nécessairement variée, comme les idéefr' qu'elle représente. Celle des peiiples simples est extrêmement bornée dans ses mQyénsf les musiciens primitifs ne connoissotent peut-être pas l'iieirmonie , ou la faisoit consister tout au plus dans un accompagnement composé de deux 60i»s alternatifs, comme celui qu'on tire de la corde unique fie la guzla^ et qui ne sert qu'à sdutênir la voix et à régler la mesure. C'est, une observation assez curieuse poiir la philosophie diagnostique que ce rappro-oheœent de la- corruption progressive des na'^ dons avec l'anUlioration de leurs arts, et spécialement de lêitr musique ; fit il parbit qu'elle n'a pas échappé aux anciens législatelirs.' Platon luimême , dont Pâme sensible et' délicate devoît être portée à* saisir toutes lels impressions agréables, éïi qui ^ouissoit si vivement du concert idéal- des^* sphères célestes, imposoit «ependant de juste» bornes aux rài&nemens . qui commençoient à s'introduire de son temps dans la musique , et neJ'adméttbit pas dans sa république sans de sévères restrictions. On se rappelle l«
(3(Si)
vieil éphore qui coupa une coi'dc de la lyre de Tiraothéë , et qui regarda comme un attentat aux mœurs antiques le perfectionnement de l'antique harmonie. Là poésie chantée étoit alors Pinter-» prête ordinaire des dieux et (fes sages, et On ne croyoit pas pouvoir, sans une espèce de proËination , substituer de frivoles ornement à la tradition des chants consacrés. Cette belle pensée, trop naturelle pour n'être pas comnvune à tous les temps, se retrouve dans Fîfnstitutîon des cultes modernes. Le chant d'église né diffère dé la mélopée primitive, qu'autant que «embloient l'exiger la majesté des saints cantiques et la pompe des saintes cérémonies. Quâwt au chant primitif lui-même , ir existe encore , cbmmejel'ai dit, dan&toiites les montagnes du glèbe, où le premier mode dé société s'est nécéssaireniïent conservé presque sans itîhartgemënt; de manière que les échos des Alpes répètent probablement aujourd'hui les mêmes airs que dans les temps les plus reculés du monde. Le ranz des bergers suisses, chant monotone à refrains aigus et à modulations contrastées comme les pismés de Dalmatie , n'est peut-être qu'une imitation trèsnaturelle des bruits singuliers qui résultent de la réfraction de la voix humaine dans les gorges et dans les rochers. L'homme nomade, en poussant le cri d'appel qui rassemble ses troupeaux y a
remarque que les échos lui rendoient ce cri (kni différens tons , et il est devenu musicien en imitant la nature.
Le poète iUyrien ne s'est pas soumis k l'esda^ vage de la rime ; mais presque tous ses mots, terminés par des vocales sonores y prêtent infii nimeot à rharayonie. Il a d'ailleurs deux procédés qui favorisent singulière^ient le nombi^, et qui consistent dans l'opposition ob le balancer ment de la phrase poétique , et dans la répétition contrastée de l'expression» Lies pismés dont )e donnerai dea fragmens dans les prochains nur méros fourniront plus d'un exemple de ces inr génieux artifices qui sont très-muldpliés dans les littératures naissantes , et beaucoup trop multipliés dans les littératures en décadence. Le plu$ grand défiant d'ua poète qui a perdu de vue la nature ^ c'est la prétention de lui ressemMer.
Continuation*
Je ne sais si la langue slave aura jamais une littérature clasique ; je l'en crois très-digne sous tous les rapports , et il est du moins certain qu'elle a déjà son Iliade : c'est VO^manide j poëme épique de Gondola , aussi célèbre che2 les Dalmates qu'il est inconnu à Paris. Toutefois ce poëme n'eiiste lui-même que dans la bouche des rhapsodes , et dans quelques manuscrits in-* finiment rares ; encore lé temps en- a-t-il (ait perdre deux chants que M. le comte de Sorgo a rétablis a?ec un talent très-distingué, mais qui sont bien loin d'atteindre , au gré des connois* seurs délicats , à la naïve sublimité du modèle; En attendant que le poète esclavon prenne son rang parmi les maîtres de l'épopée , ce qui peut arriver un jour , son existence à peiile constatée n'occupe pas la renommée à vingt lieues 4u pays qui conserve ses cendres , et je n'ai jamais entendu nommer un de ses émules dans tout le reste de l'Europe. C^>endant ces bardes obscurs, dont 1q nom sera tout-à-&it ignoré de Paveiïir , font le charme d'une nation vive , spirituelle , sensible , qui confine d^uh côté à la patrie de Virgile , de l'autre à celle d'Homère , et qui ne le cède ni à lltalie ni à la Grèce antiques dans la beauté du territoire ) dans la vaiiété des sites, dans Torigi-
nalîté des mœurs et des inspirations. Cette singularité dans la destinée littéraire des nations yaudrbit là peine d'être approfiiridie. .
J'ai 4it que Toppositiôn de la phrase poétique et la répétition contrastée de l'expression ou de la figure , étoient un des artifices les plus communs du poète illyrien , et l'on. peut en conclure qu'il n'y a rien qui ressemble mieux à l'enÊince d'un art que sa décadence. Je ne vois que cette différence entre le poète primitif et celui des littératures très-raffinées ^ que l'un obéit à l'iaipuU sidn d'une sensibilité naturelle et pour ainsi dire en&ntine qui s'amuse du.cboç des idées et des images^ et que l'autre 51 fàtîgvié d^ . l'éternelle beauté des sentimens ^mpkis/ les tourmente pour ks renouveler. Il sero'it peut-être hardi ^ mais ilsçroit.vrai de.dire que le bon sens est l'âge adulte dçs arts.
Le premie> Pismé que j^ me propose de faire connQitre.\à ngiès lecteurs.est intitulé : Xalostjia Piesanzà\PJlem0niie i^^anaghiriise^ f:c chansoa plaintîvç svir la noble éf)ou$o S^san-Aga ». Je traduis ^n pç^i>ta mètres blancs le petit, nombre de vers quei j,Q trouve! à prop^si d'en tradtiire pour donner pi/e • idée du reste , quoique^ les vers blancs soiei)t c^jgépéral d'iw i^rt mauvais genre de ver^ifi^tloipt 9 mais parce qua je nô.conncâ^ point dai9s tna-laungue de rhyj^uiie plus analogue à celui que j'essaie de représenter:
. Quelle blancheur dans la vejrte forêt !
Est-ce la neige ou la plume du cygne ?
Mais aujourd'hui les neiges sont fondues»
Le cygne errant a repris son voyage, 3Da bravé A'san c*est la tente guerrière.
Il y g^niît mortellement blessé.
Voila le début d'un poète presque tout sauvage, qui ne sait pas faire contraster dans des vers retentissans l'or d'Ophir et les diamans de Golconde , l'ivoire de Melinde et la pourpre de Tyr, parce qu'il lui manque l'érudition de la géographie 9 et surtout celle du luxe ^ mais vous Toyez qu'il n'entend pas mal cette petite combinaison des vers modernes dont je parlois tout à l'heure , et qu'il auroit eu assez d'esprit pour se passer de génie s'il n'étoit pas né dans des cir* constances oh à force de génie on pouvoit s# passer d'-esprit.
. L'hi^oire d'Asan est très-simple et très-touchante. Il a été blessé à la guerre, et il est visita dans sa tante par sa ' mère et par sa sœur. Sa femme n'a point accompagné celks-ci par res^ pect pour ùnO'Coutiim^ qui' peut nous paroitre singulière, mais qui est fondée sur des usages antiques , et très-rarement violée chez les Morlaques , dont les femmes assujéties à une obéissance plus servile qu'en aucun autre pays, ne pénètrent presque jamais dans l'appartement du
( aefe)
chef sans y être appelée». Cette simple ciîtîons^ tance transporte déjà l'auditeur au temps des mœurs primitives; elle lui rappelle Esther tremblante au pied du trône d'Assuérus , dont aucun mortel n'ose tenter Faccés, et attendant que le roi daigne la frapper, ei^ signe de grâce, d'un coup de son sceptre d'or.
Asan cependant, moins satis&it de la chaste retenue de son épouse qu'aifligé de Insensibilité apparente qu'elle témoigne, lui adresse la formule ordinaire de répudiation :
Ne m^attends plus ni dans ma maison blanche , Ni dans ma cour , ni parmi mes parens }
et il Fabandonne à.ses r^r^« La peinture du désespoir de cette infortunée est pleine de natujrel et de force; elle présente même quelques traits qui s'élèvent jusqu'au sublime* Un jour, par exemple, le bruit d'un char se fiât entendre au^vant de la niaison dû guerrier; la femme d'Asan , qui qroit que son niari est de retour, dberche k lui cacher son . vissage ; elle court dans les degrés de la tour pour en gagner le sommet ; et ses filles , effrayées de l'excès de sa douleur, la poursuiteut en criant ; v
Vas, no fais point; ce n'est pas notre pire!
Toilà un de ces rapprochemens qui constituent véritablement le poète, parce que l'effet n'en ré-
suite' pas d'un vain cliquetis de mots , tnais qu'il sort d'un sentiment.
Ce voyageur étoit le Beg Pintorovich son frère; elle court à lui, les bras étendus , en lui racon*' tant sa honte:
De cinq enfans , moi qui l*avoié fait père!
s'écrie-t-elle , et eUe tombe en pleurant sur son sein. Le Beg se tait, mais il tire d'une bourse de soie récrit qui permet à sa sœur de se couronner ^our un nouveau mari , dès qu'elle aura dormi sous le toit de ses pères. Elle baise donc le front de ses fils et les|Ques de ses fiUes; elle est prête à partir
Qaand un berceau Tappélle €t la retient. .
Cest de là qail faut l'arracher pour la reconduire dans la maison natale.
Après oette protase, qui est aussi bonne que si Aristote lui-même en avôit fourni les règles, on s'attend bien que là main de la femme d^Asan 9era demandée par Un grand nombre de pi'éten* d^as. Elle se refuse en vain à l'honneur de devenir l'épouse du juge à^Imoski ; elle répète en vain:
Pourquoi Vouloir me âoniier un dpoux?
Mou pauvre coeur se rdmpra de éoulèur S'il faut revoir mes enfans orphelii^s.
Le B^ ordonne , et elle obéit y mais elle met
à sa déférence une condition adaûrablement séo^ tie, et telle que Virgile et Racine n'en auœient pas dédaigné l'idée^ si elle s'étoit présentée à eux dans quelque circonstance analogue : Ecris au juge dilmosJbij dit-elle à son frère, &is4ui par* Tenir ma prière :
Lorsqu'il vieodra me chercher. pour épouse.
Accompagne du peuple et des seigneurs , ^ Qu*il souffre au moins que je reste voilée.
Pour qu'en passant sous là maison d^Asan , Je me d^ube aux yeux de ma famille Qui me demande, et qui n'a plus de mère.
Ce voile ne la cache pas au cœur de ses eû&ns; ils volent à elle, ils l'entourent , ils l'entraînent; elle cède au bonheur de les revoir et de leur par-r tager des présens :
A ses deux iils des cothurnes dor^s , A leu'râi deux sœurs des yoites pndoyans , Au plus .petit qui dort dans le berceau , Sans réveiller , une petite robe*
U seroit fort inutile d'insister sur de pareilles beautés pour ceux qui sont organisés de ma.
nière à les sentir , et beaucoup plus inutile d'y insister pour ceux qui ne les sentent pas. Je puis me tromper, mais je trouve que ces derniers traits ont un air de famille avec le Ëimeux vers d'Andromaque :
Je ne Tai pas encore embrassé d'aujourd'hui.
Asafl
Asad , qui a vu de loin cette scène , rappelle dn« tour de lui ses en&ns^ Indigné de l'abandon de sa femme, il leur défend amèrement de recevoir ses caresses, et le dénouement du poëme est contenu en trois vers :
A ces accens elle tombe mouranf e ^ Et de son cofps son ame se dérobe Quand elle voit ses enfans s'éloignen
11 n'y a point ici de ces sentimens frénétiques, de ces passions outrées , turbulentes , convulsives qui se retrouvent à tout moment dans les écrivains de nos jours ; et c'est par là que ces fragmens se rapprochent des meilleurs modèles, sans en avoir eu d'autres que la nature « La douleur poétique des anciens étoit souvent déchirante , quoi* qu'elle fût toujours grave et presque immobile comme celle deNiobé. Quand l'Hercule d'Eschyle a tué ses enfans , il se vcôle et se coache sur la terre. Chez nous il déclaùieroit. Maintenant, les nations vieillies se plaignent de n'avoir plus de poètes ^ et elles oublient qu'elles n'ont plus d'or-* ganes^r S'il se rencontroit encore par hasard un génie créateur comme «elui d'Homère , il lui manqueroit une chose qu'Homère a trouvée ; c'est un monde qui pût l'entendre.
Il est vrai qu'il s'est trouvé certains esprits audacieux que cet inconvénient même a encouragés, et c'est là un des symptômes du génie. Les