‹ Mélanges de littérature et de critiqueChapitre 6 sur 9 · IL · texte numérisé non relu

IL

uns ont crée avec plus ou moins de bonheur des genres dans lesquels ils sont devenus classiques à leurtour ; les autres ont modifié les règles reçues avec une hardiesse si heureuse qu'on a oublié qu'ils difieroient en tout des classiques , et qu'ils ne pouvoient jamais le devenir. Mais , comme dans toutes les jouissances de l'esprit, il n'y en a point qui approche autant de l'admiration que l'étonnement, ils ont produit tout l'effet que le talent le plus élevé auroit pu attendre de ses efforts y et ils y sont parvenus souvent , car il ne faut rien. dissimuler , en mettant un prodige à la place d'une beauté. On entendra très-bien cette distinction , si on veut se rendre compte de ce sentiment du beau qui est inné dans tous les hommes bien organisés, et qui n'a rien de commun avec la surprise que produisent les combinaisons extraordinaires. On croit voir €e qu'on a pensé , entendre ce qu'on auroit dit, éprouver ce que tout le monde peut sentir. Voilà l'effet d'une scène de Racine , d'une page de Fénélbn , d'un air de Sacchini. Pour lé prestige des écoles modernes , il résulte d'une sensation toute différente^Ouadmirecela parce que l'on ne conçoit pas qu'on l'ait trouvé , et je me trompe fort si ce n'est pas là le signe de l'oubli du beau et de la décadence des arts. Tout ce fracas de situations &usses et de passions exagèrent

qu'on a mis àla place de la nature, est précisément aux chefs-d'œuvre des grands maîtres ce que les tours d'un saltimbanque sont aux beaux exerdces de la gymnastique. - Les bras tombent quand on voit un histrion hasardeux pirouetter sur une corde d'un poudè de diartiétre; nàais Si n'y a personne qui ti'afimât mtetri danser passablement l'ahgloise ou te ïnénùet: 6es petites observations cohduiroiént à tmecoriclusiott bien étrange?, c'est que certaiiis des grands hommes que nous faisons tous les jours lié soni peut-être arrivés à ce point que parce qu'ils n'avoient pas assez de facultés^ pour être* médiocres*.

Ce n'est cependant pas cela qti'dn' me'dorïtêsté, fen suis sfii^; c'est lé drôït de déddîre ces conséquences d'an ouvrage que j'émprtmtè à lai littérature slave, et qui lés amène biew ou maî jamais j'avois besoin d^un poërae qui' otfrît lés' beautés"' de l'antique sans y réunir les défshits choqtians , la puérile afféterie, ïa froide éniurttintiré delà' littérature à la mode; et6ë n'est pas iha fauté si tant de poètes , mes contemporains , m'ont force à le choisir chez les sàupdges. Je né demandérois pas mieux que de l^aVoir trouvé dans léuiis livres. *

Traité ia choix des LiufPs; par M. G^ibriel

Peignot.

. Le choix des lÎTrês est devenu Tobjet d'osé science trè&-importante : il est facile d'en sentir b raison. On a cadculé ou supposé par approximation que le nombre des livres que l'imprimerie a produits depuis son invention , s'éléveroit à trois qiilliardsdeux cent soixante dix-sept millions sept cent soixante quatre mille volume», en admet-, tant que chaque ouvrage a été tiré à trois cents exemplaires pour terme moyen , et que tous les exemplaires existent. D/après cette hypothèse , et en donnant à chaque volume un pouce d'épsôsseur seulement^ il &udroit^ pour les ranger côte à c6te sur la même ligne, un espace de dix-huit, mille deux cent sept lieues, qui fait un peu pl«s . du double de la drconféreûce de la terre. En comptant trois pouces par exemplaire pour VEcritqre-Sainte, elle occuperoit à elle seule une ligne de sept cent cinquante lieues, et cinquante lieues de plus^aA y ajoutant limitation de Jésus- Christ. Mais comme on n'a ordinairement qu'un, exemplaire d'un livre, ce qui réduit cette ap-. préciation à sa trois centième partie , il est pro-' bable qu'on pourroit ranger tous les livres qui ont été publiés pendant ces quatre derniers siè* des sur un rayon de soixante et une lieues de

longueur^ ou, ce qui seroit plus&cile, pluscom* mode et plus élégant, dans une galerie de six lieues, garnie de cinq tablettes de chaque côté. Tout ce qu'on peut conclure de ce calcul, c'est que le nombre des livres est incalculable, et que la ibrniation d'une bibliothèque complète , est physiquement impossible. Il nous reste dotic les bibliothèques spéciales et le^ bibliothèques choi^ siesa.

On entend psiv bibliothèques spéciales celles qui sont composées exclusivement de livres appartenans à une Faculté , à une branche des Sciences, à une partie de la littérature ou de l'his* toîre ; et M, Peignot, à qui nous devons le nouvel ouvrage dont je rends compte, à publié lui-» même, en 1810, un fort bon répertoire de biblio* thèques de ce genre; mais ces bibliothèques Spéciales sont aussi des bibliothèques choisies; car une bibliothèque spéciale complète, quel qu^en soit l'objet, seroit encore une espèce de thaos dans lequel le bibliographe le plus instruit et le plus judicieux auroit beaucoup de peine à feire jaillir la lumière. J'ai vu quelques-unes de ces collections, et je n'en ai point vu qui né laissât beaucoup à désirer en bonnes choses , et qui ne fût embarrassée de beaucoup de fetras. On conçoit d'aïQeurs diificilement qu'une biblio^ thèque spéciale puisse suffire à tous les besoins du

cœur et de l'esprit de son propriétaire. Il n'y a personne au monde <jui soit exclusivenaent médecin, jurisconsulte ou naturaliste; personne qyi prenne un plabir exclusif à la lecture des romans, des Êibles . ou des comédies. Les bibliothèques spéciale^ sont donc fort intéressantes et fort précieuses comme monjumeps littéraires, mais elles me paroissen^ fort insijiiEsantes pour le bonheur j et les livres entrent pour quelque chose, il faut l'avouer, dans le bonheur des hommes raisonnables qw ont vu le monde, et qui l'estiment à sa valeur. Il faut donc en revenir au:j^ bibliothèques choisie;». Il y a mêipe long-temps qu'on le pense, puisc|ue l'ouvrage de M. P^gnot a été précédé de vin^t autres qui ne l'ont pas rendu inutile. Jq ne citerai parijni les auteyrs qui se so^t occupés de ce choix depuis l'inventâoji de riipprimerie que la Mothe le Vayerj çt iji mérite J>ien cette distinctiop , car p'étoit presque mi atliée. On trouve dans Je premier vplurnç de sfis ouvrages (Paris, i6S4^ in-foLj p* 45$ ), un opuscule trèsmince, sous .tpu^ lç)s r9{>pprj;$, intitulé : Des Moyens de dresser une Bibliothèque de cent polumes seulement. Qb pç ^e^^ pja^ peu étonné qu'il y ait admis la Rible , et il i^e s'e^çi ^aviseroit plus aujourd'hui sans ô'ajttirejr de la part de ses confrères un brevet dMgnorapçe et de barbarie. La philosophie a singulièrement perfectionné le goût I

( 375 ) L'idée de former une excellente bibliothèque d'un petit nombre de volumes étoit d'ailleufs extrêmement naturelle. Op a même poussé souvent la sobriété plus loin ;que la Mothe le Vayer» et il n'es[t personne qui ne sente en eSet qu'une Ubliothèque de cept volumes est déjà trop nom* breuse, si l'on se propose de n'y recevoir que les livres qui méi>ten(t d'être relus. Melanchton bornoit la sienne à quatre auteurs, dont les noms commencent par la même lettre , Platon , Pline , Plutarque et. Ptolémée. Bacon y qui ne voyoit dans tous les Uvr^s connus que d^s redites per-^ pétuelles , et qui pc^soit qu'on ppurroit suppléer à toutes les bibliothèques avec quelques ouvrages qu'on ne cesse de copier, s'en tenoit à peu prés au même choix. II y ajoutoit seulement Aristote et Euclide. Guy-Patin .^rit, dans son style moitié pédan^esque 0t moitié burlesque, que Pline et Aristote iDomposent une bibliothèque entière, et qu'avec Plutarque et Sénèque iouie lafamiUedes bon9 Iwresy sera j père et mère s aine et cadet. Selon Theoiiseul de Saint- Hyacinthe, il ne faut que joindre aux ouvrages^ de Plutarque ceux de Platon et de Lucien. Sorbière s^contentoit de quelques écrivains fran<gois dont le dernier ^st passé de mode, €harrOB»

Montaigne et Balzac. Le £3Mneux évêque d'Avranches, PierrcrDaniel H«et, préteudoit qtie si

toutes les choses qui ont été écrites d^uis le commencement du monde ne l'àvoient été qu'une fois, elles tSendroient &cilement dans neuf ou dis volumes in*foUo. S'il y comprenoit les absurdités et les mensonges, dÛL volumes, ce n'est guère; mais il est à remarquer qu'il n'a presque pas vécu dans le dix-huitième ûècle. Enfin, malgré le proverbe latin, Timeo hominem unius libri j une multitude de grands personnages ont manifesté hautement leur prédilection pour certain livre ou pour certain auteur, à Feiclusion absolue de tous les autres. Les ouvrages qui ont mérité cette préférence extraordinaire ou plutôt cette exception , ne sont pas trèspombreuK. Après la Bible etFImitatiion de Jésus- C3irist, {e n'en vois point qui aient obtenu autant d'illustres sufiVages que ceux du bon Plutarque. Yiennent ensuite Homère , Xénophon, Tacite , les Provinciales, les Essais de Montaigne, Charron, Rabelais, et Don Quichotte. Jacques Douglas, savant anglois, a publié en 1739, un catalogue de 45o articles, dans lequd il ne se trouvoit qu'un seul auteur. Cétoil Horace. Trentesix ans après, la bibliothèque du comte -de Solmes en contenoit huit cents éditions dififêrentes. Quoiqu'il y ait de la manie dans ce genre de pré • dilection poussé à cet ex-cès , il n'est pas du pioifîs î!kBposstt)Ie de le justifier jusqu'à uncer-

. ( 377 ) tain point aux yeux de la raison et du goût. On conceyroit même l'engouement de Scaliger , qui auroit mieux aimé avoir &it la a^ ode du 4* livre d'Horace {Quem tu^ Melpomene y semeï) que d'être roi d'Aragon; et celui de Nicolas Bourbon^ qui auroit préféré être l'auteur de la paraphrasé de Buchanan sur les Psaumes à Fhonneur d'être archevêque de Paris ; mais que dire de Passerai, qui estimoit les stances que >Ronsart a faites pour le chanceher de Lhospital plus que le dudié de Milan? Ce fanatisme est quelquefois allé jusqu'à assimiler les auteurs /]ui en étoient l'objet à des êtres surnaturels. Jean Daurat trouvoit la cent septième épigrarome d'Ausonne si merveilleuse^ qu'il ne pouvoit se décider à la regarder comme l'ouvrage d'une créature mortelle : il aima mieux en faire présent au diable que de la laisser à un homme du métier. On a supposé souvent que le diable se mêloit des bons vers; mais c'est la seule fbis^ je pense, qu'on lui ait attribué un madrigal. Cujas disoit de Paul de Castro : Qui non habet Paulum de Castro ytunicam tfendaty et emat.

a. Que celui qui n'a pas Paul de Castro , vende sa tunique ou son manteau , et qu'il l'achète. » Peu de genssepoient tentés maintenant de &ire ce sacrifice pour Paul de Castro^ quand on leur offriroit les dix volumes de Cujas par-dessus le marché ; mais il n'y auroit pas à hésiter s'il s'a^^-

( 37» ) gîssoit 4e Tacite ou de Macliiavel. En* &it de Jlîvres, comme en toute autre chose , il ne &ut daac pas di^pcfter des goûts : les. bibliothèques choisies .dea bibliographes ne sont pas toujours les bibliothèques choisies des bibliophiles ^^t il y a .peut-^etre. autant d'avis sur la manière d'en choisir une qu'il y a d'hommes capables de s'occuper de ce choix avec intelligence. Il n'y a pas deux caJMStéres, deux genres d'esprit qui se ressemblant par&itement; et le dioLx d'une bibliothèque est l'expression infaillible du caractère de lIiomQie qui l'a formée. En général , pour bien connoître un homme, demandez-lui quel est son livre. Le livre de Louis XY I étoit la Direction pour la conscience d^un Roi.

n est vrai cependant qu'il y a dans les livres des choses d'une utilité plus générale, des choses qui sont du moins plus nécessaires à tout le monde dans certaines situations où tout le monde se trouve à son tour. On a remarqué, par exem^Je , qu'il n'y avoit point d'état de la vie , depuis la plus haute prospérité jusqu'au dernier degré do l'abaisseibent et de la détresse , auquel ne s'appropriât quelques passages de la Sainte- Ecriture. Il seroit peut«étre aisé dé réunir dans un seul volume , dont on né se lasseroit jamais, parce qu'on ne cesseroit pas d'y découvrir de n ouvelles ressources et de nouvelles espérances ,

presque tout ce que la bonté divine et la raison humaine ont produit d^e:;Lcell€nt et d^ndispen^ sable pour pptre çonduijbe ou pour notre coipiso-' lation dans les occasions difficil|^. Le Livre de Job , i'Ëcclésiaste , PEyangile ; les trois premiers livres de limitation de Jésus-Christ , le dernier étant purement liturgique ^ |es Traités de Plu-" tarque : J^e V utilité qu^on peut retirep de ses ennemis^ et sur les délais de la justice diçine par rapport aux jf^çlfuns ; les x^hapitres des jE^sais^ queph^osopherc^estappreiulr!s)àm(>^riry et que le^ût4^s bi^ns^et des rnoupfi 44pen!i en bonne part^ de V opinion qiie n^us en aponSj quelquies aermons .de JN^ssillon , qu^ques Êibles de La Fontainie ^ laî centième partie d^s maisimes de la Rochefoucauld^ <^t la moitié des Pensées.de Pascal. Jedpute fort que, parmi les circonstances pénibles où le secours des livres n'est cependant pas tout-à-fait insuffisant, il s'en trouve jamais de tellement extraordinaires que celui-ci eût besoin d'être suppléé; et maintenant qu'une spéculation à la mode multiplie ces^ditions souvent difformes çù les \plumes sont entassés san^ nécessité dans un yolumetDCommode,quelques personnes sauroient gré au ^l;>raire qui rassembleroit sous un format portatif ce petit nombre de chefs^l'œuvre : mais on doit le dire , cette entreprise seroit plus esti-^ mable que lucrative, et c'est assez pour qu'elle ne

s'effectue jamais. Le goût du pubKc s'est prononcé : ce qu'il demande,' ce sont les &céties licencieuses de Voltaire, ce sontles paradoxes extravagans de Rousseau y car il se soucie peu de ce qa^ûs ont Ëiit de bien et de véritablement classique. Ce sont, qui l'auroit cru! les &deurs erotiques de Dorât dont la réimpresâon nous menace : il Ibut obéir au siècle.

Le long titre de l'ouvrage de M. Peignot, promet beaucoup plus de notions que son sujet n'en comportoit nécessairement , et selon l'usage de cet estimable et laborieux écrivain , il ne promet pas, à beaucoup près , tout ce que son livre donne. Il me reste à jeter un coup-d'onl sur sort Mémorial bibliographique, et particulièrement sur ce qui est relatif au choix des éditions, à Far* rangement des livres et à leur conservatioii.

Continuation»

J'ai dit dans Particle précédent, que je re?

gardois le choix d'une bibliothèque comme une chose arbitraire et une simple hypothèse de bi* blic^raphe. Il est tout simple , par conséquent , que je trouve dans la bibliothèque choisie de M. Peignot beaucoup de livres que je ne recevroi» pas dans la mienne , et que je regrette de ne pas y en voir d'autres dont il me seroit près-** que impossible d« me passer. C'est l'inconvénient, je le répète, et l'inconvénient inévitable de cette espèce d^ouvrage. U me suffira donc de dire généralement que le choix de M. Peignot est généralement bien fait comine on pouvoit s'y attendre , et de rappeler que , si je ne suis pas d'accord ayec Im sur tous les détails , j'ai commencé par reconnoltre qu'il étoit presque^ impossible quexsela fût. Au reste , je m'attache*^ rai plus spécialement dans ce choix à ce qui concerne les éditions sous le rapport de la correction du texte , de la fidélité des traductions , et du mérite de l'exécution matérielle , parce que ce sont là des questions de &it 9ur lesquelles tout le monde peut être d'accord.

Dès le troisième article du Mémorial , je trouve , par exemple , V Imitation de Jésus-- Christ, du texte de Valart , indiquée dans le

même paragraphe que celle du texte de Beauzée. Puisqu'il s'agit d'une bibliothèque choisie, il me semble qu'il &lloit s'en tenir à un seul texte j car il n'y en a jamais qu'un bon , et ce n'est certainement pas celui de Yalart qu'on pourra jamais choisir; ce texte, chargé de leçons nouvelles sans aucune autorité, ne jouissant d'aucun crédit. U en est de même de son édition StloTox^e y qui ne méritoit pas en vérité d'être citée de préférence aux éditions de Jean Bond , de Baxter et de Mitscherlich. A quel avantage l'édition des Pensées de Pascal ( Londres, 1776, in -8.*) doit-elle une mention particulière? Les notes de Voltaire , dont elle a été si mal à propos enrichifi par Gondorcet, ,nè sont cependant pas une recommandation; car Voltaire n'a rien écrit, on en convient, de plus mauvais esprit , de plus mauvais style et de plus mauvaise foi. Quiconque attache du prix aux Pensées de Pascal ^ se garderoit bien de les lire dans ce pamphlet ; et quiconque désire qu'elles soient solidement réfutées , si faire se petit, atténfdra que Pascal ait trouvé un adversaire plus- É6rt en raisonnement. Iï-£ill0it observer , sur les diverses éditions de Molière , qu'il n'en a pas paru en France où le texte du Festin de Pierre soit conforme à la première représentation. L'édition unique qui &it partie du Recueil , composé par Westein en

i6gi , de pièces publiées séparément en diSe* rentes années , avec les jolis caractères des Elzevirs y ne devoit donc pas être passée sous silence. Il étoit fort biien d'indiquer à la suite des théâtres les meillenres traductions des poètes dramati* ques^trangers; mais on ne devoit pas y admettre h, traduction de Schiller, parM.delaMartellière, sans prévenir le lecteur que cette prétendue tra^ duction de Schiller se compose de l'imitation peu exacte de trois de ses ouvrages., la Conjura^ tion de Fiesque ^ l'amour et l'Jntrigue, et Don^ Carlos y auxquels on a ajouté V^belino , qui n'est pas dé Schiller ; qu^elle ne contient par conséquent qu'une, trés-foible partie de json théâ* tre , et; qu'on y diercfaeroit inutilement le plus ancien de ses. titres littéraires, l'admirable ou monstrueuse tragédie des P^oleurs. M. de la Martellière donne , pour raison de sa réticence, ^que cette pièce est très-çonnue en France par l'imitationi qu'il en a* £iite ,. sous le nom de Ko* hert chef de Brigands. Vl est vrai que cette imitation est très-connue en France , mais il esfc^ Êiux qu'elle donne la moindre idée de l'originab On en jugera beaucoup mieux par la traduction âpre et sauvage, mais fière et vigoureuse, de M. de Bonneville , dans le douzième volume du Théâtre allemand, qm ne contient d'aiiteurs aucun autre drame de ce poète, et qui laisse dé-

tirer le Schiller françois, depuis long^tedips |rrcH mis k notre littérature par M. Delatouche.

Je vois avec plaiÂr Glotilde de Surville au

Dombre des poètes qui doivent entrer dans une

bibliothèque choisie ; mais )e ne sais par quelle

taison elle y seroit placëe , dans l'ordre chrono-*

lo^que, avant Malherbe. Tout le monde sait

maintenant que ses ouvrages ont été composé»

de notre temps , et cette opinion , par&itement

établie par M. de Roujoux y dans son estimable

Essai sur F Origine et les Progrès des Sciences

et des uirtSy ne sera plus contestée ; les biblio*

graphes n'ont donc pas le droit de cofisacrer

dans leurs systèmes l'innocente supercherie de

M. de Surville. Qotilde est un poète ingénieur

sèment créé pour l'ima^nation , mab qui ne

peut pas être reconnu par l'histoire. U est asse&

extraordinaire au reste , sinon de trouver Glo^

tilde de Surville dans jine bibliothèque choisie ,

du moins de n'y pas trouver près d'elle nos an-»

ciens poètes françois ^ qui ont des droits non

ndoins fondés et certainement plus authentiques^

On conçoit difficilement une bibliothèque fran-

çoise 9 je lie dis pas sans Racan , qui a cependant

des pièces inestimables y mais sans Régnier et

sans Marot. Comme Rabelais et Voiture y man^

quent aussi y ce chois de livres ne renfermeroit

pas un seul livre écrit dans notre langue qui fut

du

éa gôÀtde La Fontame,' et ce seroit un petit ma]*' heur« Cependant , fidèle* au parti que j'ai pris dé ne pas contrarier M. Peigoot sur ses choix , je ne ferois pas mémo cette remarqi^e , si la section des poètes françois ne m'offroit, à mon grand étonne* ment, Bernard , Bernis, Berquin et Demoustier» «Taimerois cent fois mieus: Alain Chartier, Yil'* Ion et Coquillard , qui sont bien plus poètes et surtout bien plus intelligibles. Le choix des ro-* mans me paroît très^bien fait : il comprend Don Quichotte, RobinscMi,* Gil-Blas, Tom Jones, Claris|»e Harlowe et les Contes d'Hamilton. On pou voit y joindre ceux de Perrault, et prévenir le lecteur , qui ne. sait pas l'espagnol , qu^il ne faut pas lire Cervantes dans la contr.e-éprenye froid« et polie' de Florian. Il est peut-être fâcheux de voir les traductions de Quinte-Curce , par Migpot et par Beauzée, si bien |)lacées dans le Mémorial ,• aux dépens de celle de Vaugeias ^ qui est rel^iée dans due petite noté, et qui n'en est pas moins bonne pour être plus ancienne d'un siècle et demi. Je voudrois bien qu'il me fût permis d'en dire autant du Tacite d^Amelot de la Houssaie, qui étoit une des leétures fa-^ vo rites de Christine de Suède. Je l'aurôis biea préféré jt la copie maigre et fardée de l'abbé de la Bletterie. Enfin , on se demandera sans doUte ?1L a5

eoœmeot M. Pâgnot a pu onieltre , dus le catalogue arbitraire d'une Ubliothèque peu nom-f hreuse à la vérité. » mais composée proljabW ment des livres les plus essentiels en tout genre, les ^phorismee d'Hippocrate, et quelques-uos de ses principaux traités, le Corpus Jutis Cwilk, ^'on a appelé la. raison écrite, et les meilleurs ouvrages qui aient paru sur la plus importante d^s sdenees humaines , cette des langues. On a dit que le dictionnaire d'une nation étoit le premier de ses livres* Ce seroit &ire beaucoup trop d'honneur au Dictionnaire de l'Académie que de lui donner ce rang parmi les nôtres ; mais il ne &Iloit négliger ni la bette Logique de Port-Royal, ni les excellentes Méthodes deLancelot.

Les Italiens doivent au savant M. Gamba une Bibl^graphie très-instructive et trèsH^urieuse qui ne comprend que les auteurs. nommés Testi, ç^est-à-dire ceu^s^-là seulement qui peuyeint être CK>nsidérés comme autorités de la langue, et qui ontété consultés comme tels par les compilateurs dtt ^meux Dictionnaire de la Crusca. Cet ou* Trage de M, Gamba est dc«ic une véritable bibliothèque cI^usieY. formée avecjk plusgraad scindes édiUons les [dus. eikactes et les plus beHea des das* sîques nationaux. C'est un ouvrage pareil qui manque k notre littérature , et qpe M. Peignot est fort capable de lur donner. Cet outrage seroit

d'autant plus intéressant chez nous et d^autnnt plus honorable pour son auteur , que celui-ci auroit sur le dictionnaire une initiative que le dictionnaire avoit en Italie sur le bibliographe *^ qu'il indiqueroitau lexicographe les matériaux db son vaste et important édifice j et qu'il résoildroit pour la première fois ex prcfesso des questions dont la solution seroit extrêmement avantageuse pour notre histoire littéraire. Quel est le premier de nos classiques dans l'ordre des temps? Quel est le dernier relativement à nous? Quels sont les ouvrages de nos' classiques qui font autorité danslalangue? Jusqu'à quel point l'exempte d'un classique peut- il être converti en règle? etc., etc. Quant au tableau universel des classique^ de toutes les langues, avec ^indication des éditions à préférer, soit |)Our le texte , soit pour les accessoires, des meilleurs scholiastes et des m^lleures traductions, ibé seroit sans contredit le plus beau raonutnent que la bibliographie pût élever à la littérature.

Si les bibliographes ti'ont pas pris )usqti'ici cette idée pour base de leurs théories , il est juste de remarquer que les fibràirés l'ont sbuvent réalisée très4ieureusement dans la pratique, et qu'3 en est certains dont le seul catalogue est vixe véritable bibKothèque choisie. Les classiques latins ont été ingtpriméspar les G)«i^teKier, les Barboti,^

les Brlndley , les Foulîs, les Baskerville, etc. Les classiques françois ont paru en difierens formats, et de l'exécution la plus par&ite, chez M. Didot, dont les éditions sont connues d'ailleurs pour n'être pas moins correctes qu'élégantes. Une collection des Aides réuniroit presque tous les classiques grecs, latins et italiens. Enfin la coUeclion des Ekevirs, qui est si recherchée maintenant' et qui n'est cependant pas au-dessus de la portée des fortunes médiocres, surtout si on en rejette une foule de livres très-insignifians et très-coût(Bux dont le caprice des amateurs l'a nouvellement surchargée; cette collection dis-je, embrasse les classiques latins, italiens et françois, jusqu'à la fin du dix-septième siècle, à un trèspetit nombre d'exceptions près. Il n'y auroit ^uère à ajouter pour les anciens que l'Homère de Westein , les tragiques et les lyriques grecs d'Henri Etienne, le Plutarque de Yascosan, et les philosophes de Dacier et Grbu, avec le Diogèoe Laërce de 1768;^ pour les modernes que les chefs-d'œuvre de Fénélon, de Bossuet, de Massillon, de Bgurdaloue, de Mascaron, de Fléchier, et les Lettres de madame de Sévigné. Ce qui a été fait depuis n'est pas de beaucoup aussi désirable. Le dix-huitième siècle , riche en &its et en observations, a eu la plus grande facilité possible pour fonder des méthodes utiles^ et pour

enregistrer dans un bon drdre les notions des temps antérieurs, mais il a produit bien peu de choses nouvelles , quoi qu'on en dise, en idées et en sentimens. Cependant, chacun sera libre d'y choisir ses classiques, dont la postérité sera libre à son tour de ne pas confirmer les titres sur la foi d'une prévention contemporaine. Il seroit difficile toutefois de refuser une place dans une bibliothèque classique à quelques ouvrages pour lesquels la postérité paroît déjà venue , le Traité des Etudes de Rollin , l'Esprit des Lois, la Grandeur et la Décadence des Romains de Montesquieu , une douzaine de volumes dans les ouvrages de Buffon , de Charles Bonnet et de J.- J. Rousseau; les chefs-d'œuvre dramatiques et la Henriade de Voltaire , un choix de ses poésies , le Siècle de Louis XIV et la Vie de Charles XII , fît la traduction des Géorgiques de Deliile. On conçoit qu'il ne peut pas être ici question des vivans.

(Sgo)

Continuation. •

Je m'ctob proposé de passer souî silence cette dernière division de l'ouvrage de M. Peignot, qui est relative à l'établissement matériel des bibliothèques,* à la conservation et à l'entretien des livres, parce qu'elle me parcHssoit trop technique pour intéresser. Comme le nombre des amateurs s'e&t considérablement accru depuis quelque temps (en raison proportionnelle de la décadence des lettres, ee qui ç$t assez remarquable) ; comme les notions que M. Peignot luimême a données sur ce sujet laissent encore un ouvrage exprès à désirer; comme enfin la littérature s'enrichit d'une si petite quantité de productions nouvelles, qu'il y a dé la place dé reste dans les journaux pour celles qui méritent d'être distinguées , j'ai été blâmé de cette réticence par quelques-unes des personnes qui me font l'honneur de me lire, et qui ne pensent pas qu'il soit permis de négliger tout-à*Ëiit des détails souvent arides à la vérité, mais que l'histoire bibliographique et la philologie réclameront un jour avec empressement. Je n'ai pas hésité à répondre à leur demande, ou plutôt je me suis félicité qu'elle pût me servir de prétexte; elle me ramène sur des objets que j'aime, et dont j'ai trop rarement à mon gré occasion de parler. 11 me reste donc à

m'excuSier devant les lecteurs qui attachent tnôtna d'intërét à ce genre d'étude, et qui conçoivent difficHement qu'on lui accorde un arliole spécial Quoique les manies n'aient jamais été plus eommunes en France ^ jamais ceux qui n'en sont paa atteints n'ont dû moins comprendre Timportance relative de certaines questions et de certains objets , que dans un temps ou l'habitude des Senti* mens violens et des diversions puissantes distrait journellement l'esprit par des émotions noûvéllésy sans laisser aux doux loisirs de la méditation, aux caprices ingénieux cle llieureuse oisiveté un seul instant à embellir. Nous avons été accoutumés k n'exister que par convulsions* et qu'est-ce, au milieu de ces convulsions sur lesquelles tant d'hommes sont blasés, que les vicissitudes dû goût et les bizarreries innocentes de la mode? Si cet aliment suffit toutefois encore à quelques imaginations fortes et sensibles, gardons-nous bien de le leur ravir ; leur bonheur et Celui des autres y est trop intéressé.

La première chose à considérer dans une bibliothèque (on entend bien que je n'en parle plus que sous le rapport matériel qui n'est pàS dû ressort de la critique littéraire), c'est son expositioti et son emplacement. Le Nord enCretiëilt llicimidite qui est très funeste aux livres, le Midi favorise le développement des insectes qui les devo-

v^t. Il est à souhaiter q^i\dle rcicoive le solefl levant , e( que la construction de la pièce où elle est placée la défende de ces petits quadra* pèdes,

Qui les livres roiigeans ' Se font savaos jusques aux dents.

Elle n'a point d'ennemis plus dangereux après les emprunteurs 9 disent les mauvais plaisans. Nous n'avons plus heureusement à craindre les novateurs à la manière d'Omar, et les philosophes à la manière de la révolution , qui ne vouloient pas pins de littérature que de religion et de moparchie. Consignons ici un Ëiit qui est mémorable dans l'histoire de la bibliographie y et que je n'ai vu cité nulle part depuis qu'il s'agit de reconnoitre, au moins pour l'acquit desbieuséanqes y les choses honorables et généreuses. Deux amateurs distingués osèrent réclamer eu lygS, çt non sans péril ^ on peut le croire, contre la jnutilatioa des livres, contre la dégradation des gravures historiques et des reliures arraoiriées, et' contribuèrent ainsi à sauver des trésors irréparables parmi ceux qui étoient dévolus aux lumières.... des bûchers. C'étoientMM. Chardin et Jlenouard.

On est assez d'accord sur la forme la plus convenable d'une bibliothèque et sur les préparations <|ui peuvent en augmenter la commodité. Quant

i là matière et aux oroemens, c'est la fortune et le goût des propriétaires qui en décident. Cependant, en supposant comme M. Peignot, que Pa*mateiir pour lequel son livre est écrit est absolument maître du choix, je pense qu'il aura encore plus d'égard à la sécurité qu'à l'élégance, et qu'il fera construire le meuble destiné à renfermer ses livres d'un de ces bpis très*compacts ou très-fortement aromatisés que les insectes destructeurs ne parviennent point à percer de leurs vrilles redoutables ou dont ils évitent les exhalaisons. Il en est qui passent pour impénétrables à nos anô^ biesj à nos ptineSj à nos ptilins d'Europe, et qui s'en défendent d'eux-mêmes. Pour l'intérieur, il .suffit, selon M. Peîgnot, d'avoir parmi s6s livres quelques volumes reliés en cuir de Russie, et de semer çà et là quelques rognures de ce cuir que les insectes n'attaquent jamais en e&et tant q^u'il conserve son odeur. II ne seroit pas infiniment plus coûteux d'en recouvrir les tablettes et l'intérieur du meuble où les livres sont contenus, même quand cette précaution auroit besoin d'être renouvelée au bout de, quelques années. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est que Varôme du cuir de Russie est si odieux à tous les insectes , que les entomologistes ont donné à un beau TVichius qui le répand à un degré trèsexalté le surnom â!Eremiiaj parce qu'ils ont

cra remarquer que les autres espèces, et même celles qui ^vivent le plas fréquetutneiit dans les trdn^de saaleet de poirier qu'il habite, n'en approchent plus dés qu'il s'y trouve. J^ai dà le bonheur de conserver mes insectes et mes livres dans des meubles très-altérës , je l'ai attribué du moins au soin que j'ai eu d'y renouveler souvent quand je l'ai pu , ce Trichiua Eremita, qui, sans être fort commun, se rencontre en divers lieni de l'Europe, et notamment aux environs de Paris. Un moyen plus sàr encore, c'est de revoir, de feuilleter fréqu^iiroent ses livres, dé les frapper avec force , de les exposer h un soleil ardent qosnd ou le peut sans altérer l'éclat de la reliure, on sans crisper la matière impriméie. C'est de les lire, de les reHre sans cesse :

Noctumd versate tnanu, versate dtutndi

d'en faire l'usage de l'homme instruit et studieux et non pas l'étalage stérile du biblîomane. La bibliothèque des savans laborieux n'est jamais attaquée des vers. Je finirai ces préceptes de biblid' trique par l'indication d'un préservatif qui ne mainque jamais son effet. Il consiste à circonscrire tous les mois, plus ou moins, chaque tablette d'un ou deux coups de pinpeau imbibé de V essence f/estimentale de Dupleix, qu'on ne sauroit trop recommander à tous les propriétaires de collections, et que je ne crois pas moins digno

de la faveur des dames qui ont à ùcexxt de ravît afut larves des teignes et des dermestes leurs mérinoti et leurs cachemires. Enfin , les amatears qui joignent quelques connoissanees en histoire na*^ turellc à la connoissance 'plus on œoius approfondie des livres , ne se trompent pas sur l'ennemi qu'ils ont à combattre. Les plus à craindre de tous s'annoncent par des trous cylindriques que la poussière qui s'e<}tasse d'abord au-dessoiM^ rend très*&ciles à remarquer. Cette espèce de danger, presque inévitable au temps des reliures de bois, a diminué avec les reliures en peau, et surtout avec les maroquins du Levant. Le cuir de Russie l'a rendue , je le répète , presque nulle. Il est à souhaiter qu'on introduise dans la prépa«^ ration 'des peaux les plus communes , ou l'ingrédient précieux «pii lui donne ce privil^e, ou tout autre qui aura la même efficacité. Les analogues ne manquent pas dans la nature, et celuici se présentera dès qu'on voudra le chercher, et peut-être isans qu'on le clierche. L'odetir yive du tan récent est d'elle-même préservatrice, et les magasins où il ii'entre que des reliures neuves sont bien plus rarement attaqués que les autres.

La reliure est un art dont tout le monde sent le prix. C'est uii plaisir qui n'a rien de ridicule, quoiqu'on eh dise, que de voir revêtus d'une parure maghiflcj[ue et honorés d'une sorte de

eiJteles ouvrages d'an auteur qu'on aime. Blâmet-on Alexandre d'avoir renfermé les poëmes d'Homère dans la plus riche cassette de Darius? 11 ne faut cependant pas trop exagérer l'importance de cet accessoire^ et celle qu'il a prise dans ces derniers temps passe un peu la mesure. Des livres fort médiocres ont monté à des prix énormes à la vente de M. Maccarty , presque sans autre recommandation qu'une brillante dorure et des compartimens dessinés à la main de Boyer, de Dèseuille ou dePadeloup. Le nom de Derome attaché au revers des g«unrf^^ d'un livre, en double , en triple la valeur. 11 en sera autant un jour des beaux ouvrages de M. Simier , de M. Thouvenin > de M. Bo^érian , de M. Noël , de M. Courteval, qui a retrouvé le secret des jolies reliures en vélin de Hollande; de M. Chaumont, dont les i^eaurfaui^es rivalisent d'élégance, de lustre et de solidité avec les maroquins.

Je ne m'étendrai pas avec M. Peignot sur tous les détails qui l'occupent dans cette dernière partie de son ouvrage., et qui ont rapport aux différentes choses qu'il est essentiel d'observer dans la reliure des livres. Celle à laquelle, on at-»tache le plus de prix depuis long-temps , c'est la conservation des marges; et cette considération est telle aujourd'hui pour les amateurs, qu'il n'est point de |ivre ancien qui ne Se vende plu^

cher dans Fétat de simple brochure que soùs la; reliure la plus magnifique. Pour peu que ce livre, sorte de la classe des livres communs., cette valeur de convention s'augmente selon son antiquité et sa rareté.

M. Peignot cite pour exemple la rare et superbe édition d'Homère de MerUus, qui s'est élevée de sa valeur ordinaire de 5 ou 600 fr. à celle de 3,601 fr., à la vente de M» de Cotte, 011 elle se rencontra non rognée. Comme cette circonstance caractérise un livre probablemeut unique à la date de celui-ci, on peut comprendre l'exagération de cette enchère; mais cette proportion est devenue à peu près générale pour toutes les éditions recherchées qui sont antérieures au dix-huitième siècle, et particulièrement pour les Elzepirs qui se paient cinq ou six fois plus dans les ventes avec leurs marges entières, que sous une dorure éblouissante. Comme ces Curiosités typographiques n^ sont pas à la portée de tout le monde, e.t que le moindre des Elzepîrs brochés représente dans une bibliothèque une tablette d'exbellens livres, on se contente généralement des exemplaires où le ciseau du pre^ mier reheur n'a pas atteint les marges partout , et dans lesquelles il a laissé subsister par maladresse, par inattention ou par caprice, quelques-unes de ces inégaUtés assez désagréables à la vue qu'on

appette des témoins. Le nombre et l'anlhentîcité de ces lémoinsGonalituent un nouveau genre de beauté, qui se modifie, selon la dimeoston de ces petits livres , et par tontes les divisions d'une ligne. Un homme qui vent se composer une bibliothèque choisie ne peut donc pas se passer de compas et de tarif, mais avec une bonne bibliogra|:^eil peut se passer de goût.

J'ai insisté à dessein sur ces détails, parce qu'ils sont singuliers, qu'ils marquent une époque dans l'histoire littéraire, qu'il me semble qu'on saurôit gré aux anciens philologues d'avoir rassemblé plus de &its du même genre , et que ces notions recudliies à de longues distances sous la forme de mercuriales bibliographiques, devroient entrer pour quelque chose dans le plan des journaux. A supposer même qu'elles fussent indifië rentes dans les intérêts d'une science, elles ne seroient pas inutilement soumises à Fesprit phn losophique des lecteurs les plus étrangers à la bi^ bliomanie. Il est curieui de savoir jusqu'à quel point les hommes ont attaché de la valeur à une ligne de papier blanc. Gela rend plus aisé à con^ cevoir les maux que leur a &its le papier écrit.

t$^m^fmmrmmm

Manuel du hibraire et de V amateur de

livres ; paf M. Brtjnet.

Nous aomoies bienl<^n dessoixanté*dix mille volumes de la tûbliothèque d'Alexandrie , qjû composoient près de la moitié des livres connus. L'invention de l'imprimerie a £icilité la multiplication des exemplaires , de manière à &ire redouter l'envahissement de la partie habitée du monde par le papier imprimé; révolution étrange, mais peut-*etre inévitable, dont l'éppque se rap*prochera de nous ea raison des progrès que fera Ja rage d'écrire. Ce seroit bien pis encore cependant si nos auteurs avoiont l'inépuisaMe pro** lixité des écrivains anciens , et surtout de quel*-. que&-uns qui remplissoient à eux seuls des bibliothèques considérables, comme Epicure et Ghrysippe. Diogène Laërce parle d'un philosophe qui avoit laissé six c^ts volumes sur la grammaire , quoiqu'il ne s'en occupât que par manière de distraction et pour se reposer de se» autres études. 11 0st vrai que ces volumes n'é* toi^ut , comme leur nom étymologique l'anr QOnce^tjue de simples rouleau^ qui recevoient l'écriture d'un seul coté, et qui se réduisoient souvent à une seuie feuille, mais qui tenoient beaucoup de |)laQe pour le peu de substance qu'ils renfermoi^nU Om en pourrait dire autant

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d'un grand nombre de ooUections plus modernes* Quoi qu'il en soit , j'approuve fort les libraires ingénieux qui ont pris ce procédé à l'inverse , et qui sont parvenu^ à soumettre tous les clas* siques de la langue Françoise, par exemple, au format d'une petite botte in-8^. Puisque l'imagination des hommes ne tarit pas , et que les livres s'accumulent sur les livres dans un ordre de progression effrayant, il £iut bien se restreindre aux bibliothèques en miniature.

Je disois, il y a un instant, que les écrivains de nos jours paroissent persuadés qu'il n'est pas he* soin d'un bagage si considérable pour aller kïitnr modalité , et tout doit les confirmer dans cette opinion. 11 n'y a pas de semaine où ils ne voient élever de grandes réputations fondées sur de petits poëmes, et décerner de grands honneurs pour payer de petits discours. Ce seroit un véritable abus d'entasser laborieusement de solides chefs-d'œuvre qui exigent l'emploi de toutes les &cultés et le sacrifice de toute la vie , quand' une douzaine d'antithèses à rimes riches ou quelques périodes marquetées d'épithètes brillantes suffisent pour gagner les prôneurs, la.couronne et la renommée. La postérité ne sera donc pas fort embarrassée des titres de gloire du plusgrandnom* bre de nos contemporains, surtout s'ils- lui arrivent sous la forme exiguë que jéreoommandois

tout-à-l'heure ,

tout4-Pheure , affranchis de l'ennui de Iciiri notes auxiliaires et de Topulen^e inutile de leurs images; mais le bibliographe n'y gagne riôn, et le lourd grammairien de Diogène Laëroe tien* droit autant de place dans le Manuel du Ld* braire et dé V Amateur^ que le poète impuîs-^ sant ou réservé qui confie sa^ facile répulatîôn à une brochure dé quelques pages.

Les ancietis a voient isur nous en ce gènrla na» avantage très-remarquable que l'invention dd ^imprimerie noiis a fait perdre^ Les production» de la médiocrité , et surtout celles de là sottise ne vivoient chez eux qu'un âge d'homme tout au plus, et le nom de leurs auteurs n'étoit immortalisé que parle ridicule. Un mauvais* ouvrage ne trouvait plus de copistes, quand l'auteur ou ses ftmis oetosctteni d'en payer , et il ne restoit matériellemelit dans k littérature que ce qui étoit digne d^j être conséi*vé» Aujourd'hui /c'est tout ftutre chose. Il: n'y a point de si méchante rapso^ die qti'oa ne puisse multiplier par milliers , dé^ fendre par uoe bonne reliure en cuir de Russie contre l'injure des Vers , et recommander même à la ctÉri^sité^ de^» bifoUôrnanes par le luxé de&'e»^:' tampes ou W cHôix du papier , de sorte qncE le . dernier datetas les barbouilleurs qui déskonof^eo^ l'art d^éèrire.^ à le droit dédire de sa prose et de* H. a6

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