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louissances délicieuses. Onn'entfeprendroit pas même d'attirer un moment l'attention an lecteur sur un catalogue délivres qui nesont pas d ailleurs destinés à être vendus, si le catalogue de M. Renouard étoit un catalogue comme un autre; mais M. Renouard , qui se distingue par une in-^ finité de bonnes et solides connoissances, a imprimé à ses livres le sceau de son utile et curieuse érudition. Son histoire des ^Ides est classique en bibliographie, et son catalogue de la biblio" thèque d^un amateur ^ moins important par son objet, parce qu'il ne présente pas comme l'autre ouvrage un système complet et achevé d'observations, plaira cependant aux gens de lettres les plus éloignés de cette étude par les .piquante re^ cherches de philologie qui l'eniichissent.
Ce Catalogue n'est pas celui d'un homme, qui de rend compte de ses livres dans la forme stérile d'un iavenlaire. Ce sont les réflexions d'un eulieux éclairé sur des matières très-instructives , et qu'il étoit libre de varier à l'infini, mais dont il a circonscrit le nombre avec réserve et avec goût. Je sais qu'il en est quelques-unes qu'on Pauroit dispensé de traiter, parce qu'on ne voit |>as bien comment les inductions auxquelles il se livre peuvent concourir au but quil se proposoit âans doute ; ftiais on éprouvera plus souvent le regret qu'il ne se soit pas abandonné en d'au-'
très occasions à la facile abondance de §es sbui* venir^, et qu'il ait dédaigné âe iious faire patt d'une foule de choses très-familières à sa mémoire, qui seroient des découvertes pour nôus^ Je conviens aussi que parmi ses remarques il en est quelquefois de passablement hasardées /qui pourront bien exditer de justes réclamations de la part de uos bibliographes ; biais le danger de dette innocente polémique n^est pas assez grave pour en balancer les avantages. Heureuses les disputes dans lesquelles il y a quelque chose à apprendre ! Mille fois heureux le^ peuples où la classe oisive de la société ne distrait pas ses loi-^ sirs par des débats plus dangereux! La rectifica-* tion de quelques erreurs de faits ne peut que ser-. vir à l'amélioration des sciences où lelles se sont introduites; U'u^en est pas de même dans les théories religieuses et morales, dû les erreurs né font place qu'à ded erreurs plus sérieuses , qui aggravent Pétat du genre humain de tous les efforts inutiles qu'on tente pour le perfecH tionner^
J'ai dit que le catalogue de M; Renoùard pf é-" sentoit un intérêt indépendant de son intérêt b^ bliographi()tte , darïs un grand nombre de notices qui joignent l'agrément à l'utilité; Je citerai en^ tr'autres celle qui a pour objet tes licences sou» le régimecontinental , une dissertation assez dé^
teloppée rar les préteotioDS de la Hollande ii l'inveotion de Vart typograpbique , par laquelle je crois tçijitea les difficuH^ résolues y et le récit très-amusant d'une anecdote \miqae dans lliis-. toire des plagiats. U s'agit d'un ouvrage intitulé :. Dépelopp€men;f historiques de l'Intelligence et du Goût par rapport à r Eloquence ^ par Edouard L. Ce livre tiré d'abord à cent exemplaires magnifiquement exécutés y et destinés a être offerts à de puissans protecteurs, fut acqui» ep 18 (4 par M. R^enouard, qui crut y reconnoilre l'ouvrage dé^guré d'un homme supérieur,et qui prit la peine d'y corriger ppur une édition digne dç l^ui les épouvantables bévues du co-
pis^,
L'auteur eut Pétourderie 4^ prendre ce tra* vail, qui le sauvoit du ridicule et de la honte , pour une fiilsification , e|t d'intenter un procès au lilMaire instruit qui avoit si officieusement rectifié SjBS sottises; mais .ce ne fut p^s sans avcÂr visité M. Repouard , et^Iiii savoir ex[4iqué ses^gviefs. en termes bien faits pour l'étonner, ce Je viens » me plaindre , lui dit-il , des ajoutathns que » vous avez faites à ipon ouvrage. Sil n'y avoit » pas des centaines Rajoutés qui népugne à la » lectm^e > ]e ferez avec vous le pari, le plus hyi> />o^Àefiça^quembnlivreiraà.la huitième édi-* i>. dition. D'ailleurs, monsieur pourra vous dire.
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y> tdcifement ce qn^û en pense. » C'éloît lin ami t[uiaccompagnoitM. L., et qui sans doutis désapprouvoit tacitenterit ce langage exlràordinaire. M. Renouard ne nous dît pas, à mon grand regret, s'il gagna son procès, oîi s'il fut obligé de restituer à M. L. touteà les absurdités Hë sens et toutes les fautesd'orthographede sa première édi* tion. J'aimerois mieux ce dénouement, pour k singularité du fait. Dans tous les cas , la cause de M. Renouard prêtoit à une sfup^be pfrosopopée; Il ne tènoit qu'à son àrVocat d'évoquer ait milieu du parquet l'omble du grâfnd d'Agtfesseau, qu'on r^arde comme le véritable aùteufdd' livre, et de réolamei' en son nom tous les droits de sa mémoire. Quel événement au palais qu'une appa-* rition de d'Aguesseau!
Je n'essaierai pas de dissimuler que leCataloguë de M. Renouard est dans son ensemble un raouu^ merit de bibtix>mahie y et que oette manié , quf est la plus excusable , et peut-être la plus aimable de tontes^ n'en est pas moins une manie. Je ôon-' viens que j'ai peine à m'explîquer à môi^-niême le motif qui peut déterminer un amateur à amasser les unes sur les autres dix-buit éditions des C^rzoTZ^ dii Concile de Trente, et dix-sept de son Catéchisme. Passe pour le Catéchisme à V usagé de toutes les Eglises de V Empire fixin-^ çois. Celui-là est très-bon à garder, iiu moin£
Cocppietine pièce historique , ne fùt-oe que pour la page qui ordonne d'aimer Napoléon de préférence à père, mère et patrie , et de prier pour lui y sous peine de damnation éternelle. On a cependant mis les hommes à des épreuves plus humiliantes; mais il fnut planter quelques jalons sur, la route de la perfectibilité pour constater les progrès des siècles,
Puisque j'en suis sur la bibliomanie j passion dont M. Renouard raconte un exemple fort reinarquable, mais qui est bien loin d'être unique (l'histoire de cet amateur connu qui vendit sa hu bliothèque pour acheter des livres), j'emprun^ terai au même auteisr une anecdote du même genre qui rappelle le piot de M. de Lagny agonisant, à qui d'Alembert demandoit froidement }e carré de douze, et qui mourut en répondant: Cent, quarante-quatre^ Un Ëimeux libraire anglqis, venu à Paris pour quelques acquisitions , y fut surpris par une maladie mortelle au moment d'une vente célèbre. Toutes les fols que l'abatte^ ment de la douleur lui permettoH d'élever la voix et d'articuler ui^e syllabe, il mettoit ce moment à profit ,pour s'informer du grand événement du jour,, c'est-à-dire du prix auquel s'étoit élevé une éâlûon princeps , tin Elzevir rare, ou un pamphlet singulier. Depuis long-temps , à demi vaincu parla mort , il n'avoit donné que des
signes ijicertains dVxistence ; tout-à-coup il se soulève, entr'ouvrè des yeux effarés, cherche une figure de connoissance... Quelle heure estil ? ... — Minuit. — Le Boccace a-t-il été vendu? — Oui. — A M. un tel? (Cétoit un amateur auquel il prenoit de l'intérêt). Son ami consterné s'approche, et lui dit à demi-voix : J'ai dîné un peu tard , et l'adjudication étoit faite quand je suis arrivé. — Monsieur , répond le bibliomane en colère , quand on veut avoir cette édition de Boccace, on dîne de bonn^ heure, ou l'on ne dîne pas. Et il rend le dernier soupir.
Je crois qu'il seroit superflu, en rendant compte d'un ouvrage de M* Renouard , et d'un ouvrage imprimé par ses soins , de dire qu'il est exécuté avec la plus grande élégance.
Jnscriptioneè sex GeniUUiœ ad I«udo>icurn . XVlll. Petrua Plnceniius BfXloc scripsit Lutetiœ Parisionim.
On sait que PAcadémi^ des InscriptioDS et Belles-Lettres , teUe qu'elle \leQt de se rétablir ^ dut sa naissance à l'idée de consacrer les prînci* ' paux éyéuemens du règne de Louis XIV par des médailles. Racine conseilla de former une espèce d'Académie des médailles y composée de quèK ques savans que leurs études ou leur goût parti* culier avoient voués à ce genre de composition. Dès- lors, cette société s'agrandit , se constitua , et devînt l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, au moment oh la mode des inscriptions commençoit à passer avec les victoires et les trophées du grand siècle. Les règnes suivans ne furent pas sans gloire, mais plus pacifiques, moins imposans, moins dominés par cet amour de la Renommée et par ce sentiment élevé des beaux-arts qui caractérise le siècle de Louis XIY, il n'est pas étonnant qu'ils aient vu tomber eà désuétude la science lapidaire et numismatique. Il faut convenir que, lorsque la France reprit un si grand ascendant sur l'Europe parles triomphes de. ses armées, et eut besoin de consacrer de nouveaux succès par de pouveau^ monumeqs^
le secret du style de l'inscription ëtoit à peu près perdu , ou ne se cbnservoit du moins qu'entre un petit nombre d'hommes restés fidèles par hasard aux souvenirs classiques , sans prévoir que l'occasion d'en faire usage fût si prés de se rencontrer. C'est donc au prix de ces luttes san* glantes qui soumettent les peuples à un |>euple vainqueur^ jusqu'à ce que la succession dés événe^ mens ait &it rentrer celui-ci dans ses limites po^ iitiques , que nous devons l'avantage d'avoir retrouvé l'ancien genre de l'inscription. C'est une bonne fortune littéraire que Pespèce humaine paie toujours un peu cher^ et à tout prendre , je ne serois pas éloigné dé croire que lé peuple le plus heureux da monde) s'il y en a , est celui qui a eu le moins d'inscriptions. J'en demande pardon à l'Académie.
Ce genre n'est pas aussi facile qu'on le croit généralement, faute d'en juger autrement que par sa dimension. On est étonné de la foule des qualités requises pour réussir dans une composition si bornée , et qui semble n'exiger au pre* mier abord que la couuoissance de la langue latine, et un moment d'inspiration heureuse.
L'auteur doit avoir égard au npmbre et à l'es^ pèce des choses qu'il se propose d^énoncer; à la clarté, qualité indispensable de l'inscription^
mais en évitant avec soin la diffusion, et même labondance oratoire du style historique; au choix des expressions qui doivent être élégantes sans affectation , énergiques sans enflure/ et nobles sans emphase ; à l'harmonie qui dépend d'un rhythme, d'un nombre ou d'une cadence propre à l'inscription, qu'aucune méthode ne peut eh* seigner , et qui n'a de règle que le goût de l'écri* vain ; à la sobriété des figures et des tours recherchés ^ qui sortent de ce genre.de style; à la juste proportion de l'ouvrage dans ses rapports avec le sujet j à l'emploi des conjonctions, obstacle futile en apparence , et toutefois des plus difficiles i vaincre. Une copulative de deux lettres fut souvent l'écueil îoévitable où vint échouer une réputation qui avoit triomphé trente ans du verbe et du pronom. Enfin , l'inscription a eu ses rhéteurs et ses lois ni plus ni moins que le poëme épique. On est allé jusqu'à la su^^divisef suivant les différentes circonstances auxquelles ^Ue pourvoit s'adapter, ou suivant les différentes nuances de style qu'elle pou voit admettre. On y a reconnu le genre simple^ le genre orné ^ et le genre sin^ gulier. Il est clair, d'après cela, que l'étude seule de V inscription suppose des travaux très^étendus et très-académiques. Les académies se sont fnême contentées quelquefois à moins.
Ces notions préliminaires sur Vinscription m'amènent aux inscriptions de M. Belloc , qui sont très-dignes de l'intérêt des gens de lettres par leur mérite propre , et de celui de tous les bons François par les principes qui les ont dictées. Ce savant distingué, qui fait depuis long*temps une étude spéciale des antiquités littéraires, et qui possède mieux que personne d'art peu commun de renfermer les &its et les sentimens dans un cadre étroit, sans rien leur faire perdre de leur importance et de leur solennité , a consacré six inscriptions aux victimes royales des fureurs révolutionnaires. Elles sont placées en regard d'un commentaire très-court, mais très'Satis&isant, qui justifie par des illustrailions pleines de goût certaines locutions de l'auteur , et précédées d'une préfece qui prouve que la phrase périodique latine ne lui est pas moins familière que la phrase lapidaire. Cette préface nous apprend, et je me crois autorisé à le répéter pour l'honneur des lettres, que Pou* ^vage soumis en manuscrit au jugement supérieur d'un grand prince, studiisplanè omnibus , quod omnes nôrunt ^ ac disciplinis excultus^ avoit eu le bonheur d'obtenir le plus précieux des suffrages. Toutes les voix de la Renommée s'accordant pour la première fois dans un juste concert
d'âoges, pèurroient-elles ajouter quelque chose i ce succès?
L'exécution typographique de ce beau volume est digue des presses de M. Didot. Sa rareté ne le recommande pas moins aux curieux qui n'estiment que les choses rares; et sous ce rapport, ils auront à se contenter deux fob , car les bonnes inscriplioasneson^pasnon plus trop communes-