MORALES , PHILOSOPHIQUES ET GRAMMATICALES
sur le Dictionnaire de T Académie française.
AbaTace. Le critique appelle mal à propos barbarisme un terme usité , dont le sens est connu par tous les propriétaires de bois.^ et dont ils ont besoin de se servir en traitant avec les marchands de bois.
^ Abatteur. Le critique prétend qu'on ne dit point d un bûcheron ^ c^est un grand abatteur de bois; et pourquoi non , s'il travaille vite et bien , s il £ait beaucoup de besogne en peu de temps ? Il prétend que cette dénomination a son origine dans la chevalerie , et qu'on disait d'un chevalier accoutumé à vaincre : (yest un grand abatteur de bois. On n'a jamais rien lu de pareil dans les romans de chevalerie.
Abcest. s. m. Apostème. Le critique prétend que dest expliquer le connu par l'inconnu.
Mais outre que l'Académie a défini Yapostème au mot apostème ou apostume , elle 1^ définît encore sous le mot abcès , amas d'humeurs
corrompues , etc. Elle n'ei^lique donc pas le connu par l'inconnu. Le critique ne comprend pas que les espèces de synonymes par lesquels un vocabuliste explique le terme qu'il recueille, -ne sont pas la définition ; mais quils servent a conduire le lecteur parles idées voisines à celles qu'on veut lui donner. Le vocabulaire délia ' Grusca , le Dictionnaire de Jonhson, etc. , ont tous suivi cette méthode.
Abdomen. Le critique avance que ce mot est étranger au bon langage français , même en anatomie. Abdomen est dans tous nos vocabulaires depuis plus de soixante ans. C'est originairement un terme d'anatomie; mais s'il est devenu assez commun pour entrer dans la langue usuelle , pourquoi l'en exclure ? et quant à ce point de fait, l'autorité de l'Acadéniie est plus forte pour l'attester que celle du critique qui le nie. Le critique ajoute que ce mot. avait chez les anciens une signification purement morale. On ne sait ce que cela veut dire. . •
Abêtir.. Nous remarquerons le ton d'autorité avec lequel le critique assure c^ abêtir est un terme patois et non français , et qu'il ne signifie pas rendre stupide , rendre bête , lorsqu'on peut se convaincre qu'il y a cent cinquante ans qu'il est dans tous les Dictionnaires , dans les
cinq éditions de celui de rAcadémie , dans Furetière, Richelet, Lebrun , etc. $i le critique a connu toutes ces autorites , il est bien étrange qu'il y oppose la sienne ; et , s'il ne W a pas connues , son ignorance ne lui laisse aucune excuse.
U n'est pas plus raisonnable en disant que ràbêtiresX un barbarisme : f Académie , le donnant comme un terme populaire , dit un fait.
Le barbarisme n'a lieu que lorsqu'on emploie un terme dont personne ne se sert.
Abolissemïint ^'^selon le critique , est encore un barbarisme. Il convient cependant qu'il a été employé dans l'école de Port-Royal ; mais il avertit magistralement l'Académie, que ^ dam cette école f ilj avait du bon et du médiocre ^ mérité dont V Académie ne s'est pas toujours souvenue.
On peut bien ne pas se rendre à Topinion d'un inconnu qui apprécie ainsi les écrivains dtf Port-Royal,
Mais , sans justifier par leur autorité l'admis-* sion de ce terme , et en le supposant seulement employé déjà dans la conversation familière , ce qu'on ne saurait contester ; comme il est clair, doux à l'oreille et dans l'analogie de notre làn* gue ; comme un grand nombre de nos verbes eo ir ont un substantif abstrait formé de la
même manière ; cp! appesantir a fait appe-nantissement; bannir y bannissement; endurcir, endurcissement ; ébhuir, éblouissement , etc. ; le terme dont il s'agit estmanifestementdeceux qu'il faut s'empresser d'admettre.
C'est avec aussi peu de raison que le critique blâme l'Académie d'avoir donné pour exemple de l'emploi du mot abolition, cette phrase : Vor bolition des cérémonies de la loi , parce que dit-il ^ cjela ne peut s'entendre que des céré-^ mordes judaïques , qui , se pratiquant encore dans les quatre parties du monde, ne sont pas abolies. Voilà la décision du critique ; et voici les paroles de Bossuet : /• C. mourant , dit : Tout est consommé. Ace mot, tout changedans le monde. La loi cesse, ses sacrifices sont abolis^ {Hist. univ.) Faudra-t-il blâmer Bossuet de n'a« voir pas dit : La loi judaïque cesse, quoique^ par le nom de loi placé ainsi , tout le mopde entende sans explication que c'est l'ancienne loi 9 la loi desJui&? Et le condamnerons-nous aussi d'avoir dit que les sacrifices sont abolis , parce qu'il y a encore dans les quatre parties du monde des Jui& qui mangent l'agneau pascal?
Acabit. Le critique affirme que le mot acabjitesX exclusivement affecté au porc et au porc
vivant. Cette décision est démentie par Tusage très-connu qu'on £adt de ce terme, pour désigner généralement la bonne ou mauvaise qualité d un légume , â'un fruit ; et par l'emploi qu'en a ùit J.-B. Rousseau :
Ma plume baptise De noms trop doux geos de tel acabit ; Ce sont trop bien maroufles que Dieu fit.
Ép. a Marot.
Agatalepsie. Le critique nous enseigne :
1*^. que ce mot n'est pas français; 2^. qu'il signifie la situation d'esprit du philosophe qui n'a pas encore compris la doctrine de son maître ; 5^. que l'Académie le définit mal.
i^. Ce mot est nécessaire dans l'histoire de la philosophie. Tous nos écrivains modernes qui ont traité ce sujets l'ont employé, a^. Quant à la définition , on ne sait où le critique a pris celle qu'il prête à l'Académie. Selon la cinquième édition , et la dernière donnée par ' l'Académie , Vacatalepsie était chez les anciens la doctrine de quelques philosophes qui ri ad-' mettaient aucune certitude dans les connais^ ponces humaines.
Or y c'est la définition que donnent tous les lexicographes; je ne citerai que Gesner : Aco/talepsia wcaturab acadenUcis philosophis iUà
mentis nostrce imhecillitas quâ comprehendi quidquam ab ed posse negant ; définition tirée de Cicéron, Acad. qucsesL lib. IV. On ne peut trop s'étonner de la hardiesse et du ton avantageux que prend l'ignorance.
AcHiT. Espèce de vigne qui croît dans l'île de Madagascar. Le critique prononce qu'il ne fallait pas faire entrer dans le Dictionnaire le nom saus^age d'une plante qui a un nom fran-^ çais , lambruche ; qu'il n'y a pas deux espèces de larhhruches , mais des milliers de sortes ; enfin , il reproche à FAcadémie d'avoir laissé le choix entre lambruche et lambrusque , le pre-* mier seul étant français ; et parce qu'un Jé^ suite a s>u des lambruches dans l'Amérique sep" tentrionale y d'avoir occupé exclusivement le public des lambruches du Jésuite.
Sur le premier point il a raison ; et l'Académie qui> dans sa cinquième édition , a déjà re-^ tranché beaucoup de termes techniques et savans y admis dans son édition de 1 762 y et qui dans son travail actuel pour iine sixième édition retranche également tous ceux qui ne sont pas entrés encore dans la langue usuelle , a supprimé ce nom ^Achit.
Quant à la dénomination française de cette espèce de vigne , les naturalistes , à qui seuls
appartient le droit de la nommer, l'appellent indifféremment lambruche, et lamhrusque.
L'Académie ne commet point une faute ed disant que la lambruche est une espèce de vigne sauvage. Espèce et sorte sont des mots asses synonymes pour pouvoir être employés indif** féremment dans cette occasion. L'espèce en logique est ce qui est au-dessous du genre et comprend les individus. Quelques méthodistes ont distingué les sortes des espèces ^ de manière à comprendre les sortes sous l'espèce et les individus sous la sorte. Mais , en supposant cette distinction établie, ce qui n'est pas dans le lan-* gage commun, on dit indifféremment : Quelle espèce ou quelle sorte de drap avezfvous là ? et ce serait un pédantisme ridicule de dire qu'il y a des centaines de sortes de draps, mais qu'il n'y en a pas deux espèces.
Enfin , dans aucune des éditions du DictionjGtaire de l'Académie , il n'est question de lamr' bruches vues par un Jésuite dans l'Amérique septentrionale. C'est trop' aussi de fonder des critiques misérables sur de fausses citations.
AcousMATE. Bruit de wix ou d^instrumens qu'on sHmagine entendre dans Vair. Incanta^ tion , cérémonie^ absurdes des fourbes qui se donnent pour magiciens.
Le critique prétend que ces deux termes , dcousmate et incantation, sont essentiellement synonymes , et on ne Conçoit pas cette prétendue synonymie. Le terjtoegrec «xoua/^a signifie là chose , le bruit qu'on entend. L'incantation etnpioyée par de prétendus sor<iiers peut avoir beaucoup de moyens divers , et différens des bruits qu'on pourrait faire entendre à ceux sur lesquels on la pratique.
Après cette observation grammaticale, le critique nous parle de sainte Cécile , qui entendait âu-dedan^ d'elle-même des chants angéliques , et passe de là, on ne sait comment, à dire agréaiblement que: lorsque Sganarelle menace un paysan dé lui donner la Jiè^fre , il se vante dun poui^oir auquel heureusement les académiciens ne croient pas ; mms qu'ils ont un tort inexcusable , s'ils nient l'existence de la Jies^rey ce qu'ils font implicitement par ta manière dont est rédigé l'article sur l'incaniation.
L'Académie n'a parlé ni de Sganarelle , ni de fièvre donnée par des' magiciens. On ne sait sur quoi peut tomber une si froide plaisanterie, ni comment, d'après son article , l'Acadéinie semble nier l'existence de la fièvre.
Affobage. Droit qïd se paie à un seigneur L ^ i6
pour la çerUe du vin , c'est-à-dire , pour avoir de lui la permission de vendre du vin.
Le critique prétend que c est définir en commis du fisc 9 et' non pas en grammairien ; ol;)ser^ nation bien déraisonnable , puisque y pour en*^ tendre le sens d'un mot technique , on ne saurait mieux faire que de s'adresser aux gens de Tart^
Le critique y qui n'est pas commis du fisc apparemment y et qui n'est pas pour cela meilleur grammairien y assure qu'il £aut écrire qffbillagey mot qui ne se trouve dans aucun Vocabulaire , et qui manque aux Dictionnaires de droit les plus autorisés ; tandis que l'orthographe du Dictionnaire , en rappelant le mot forum y marché y confirme le sens qu'on lui donne*
Affre. Grande peur y extrême frayeur. Il rie se dit qu'au pluriel. Le critique prétend que ce mx)i ne signifie ni peur ni frayeur y mais percussion^
La définition de l'Académie peut être blâmée. Ce terme, un peu vieilli, regretté par Voltaire , employé par Bossuet et par Duclos , signifie les terreurs d'une mort prochaine , les horreurs de V agonie , et ne peut guère être défini qu'au pluriel ; mais lorsqu'on lit dans Bossuet les affres de la mort, qui s'avisera d'entendre
par là rien de semblable à une percassion , sans compter qnafft-eux , qui tient à affres , en détermine assez le sens?
AmoiALOGiE. Le critique blâme fortement ïinadirertance de l'Académie , qui a laissé mettre cet article dans son Dictionnaire ; et la vérité est que ce terme ne se trouve point dans la dernière édition , mais seulement ^ et pour la première fois, dans ledition de 1762, dans laquelle se sont introduits beaucoup de mots techniques qui ne sont pas encore entr& dans la langue usuelle, et que les derniers éditeurs ont retranchés.
On verra , dans la suite de ces observations , que Fauteur attaque sans cesse l'édition de 1 762 sur des fautes réelles ou prétendues, qui ont disparu de la dernière édition ; et nous lui dirons a ce propos , que s'il veut se donner la peine , pour censurer l'Académie, de remonter jusqu'à la fin du dix-septième siècle , et à 1 694 9 époque de la première édition, il trouvera une bien plus ample matière à ses observations.
Aile, Ce qui sert aux oiseaux à wler, etc.; se dit de diverses choses par analogie : les ailes d'un moulin.
On appelle aile ^ une espèce de bière ^ etc.
La remarque de l'auteur sur cet article est qu'il n y a aucune analogie entre les ailes d'un oiseau et la boisson nommée bière ^ et qu'i7 fallait faire d'aile un chef d'article.
D'après cette critique^ qui ne croira que l'Académie a donné l'aile , espèce de bière ^ comme ayant quelque analogie ayec Faile des oiseaux?
Or^ dans la cinquième ou dernière édition, l'article aile y boisson j est entièrement séparé de l'artiele précédent , et mis en petites capitales, comme chef d^ article , pour employer l'expression du critique.
H est vrai que , dans l'édition de 1762 , il/ nlest pas indiqué par des lettres capitales , mais il: eert séparé par un alinéa , qui ne permet pas de regarder ce sens db mot aile , comme tenant en aucune manière aux acceptions pré-* cédentes.
Alq^rihean. Sur ce mot, le critique combat enCiOire l'éditioa de 1 763 , et trouve que Fartide est fautif conâra la grammaire ^ contre la logique et contre la dialectique. Nous ne le smyrons pas dans ces détails , et n<His le prierons seulement d'instruire le public de toutes les erreurs de la définition suivante , qui est celle de l'Acadismie , cinipiième édition : Alderman^
nord qu'on dorme en Angleterre à cêrtakis ojjiciers municipaux*
Bouc. L'auteur des remarques reproche trois fautes à l'Acade'raie en cet article-là.
La première d avoir dit que, selon rÉcrl** ture y au jour du jugement , J«-4[!. séparerait les agneaux (ïa^ec les houes , pour dire qu*il séparera les bons d'as^ec les méchans ; il prétend que ce texte est certainement mal eite% et vraisemblablemerU mal interprété y puisque les boucs sont les conducteurs des troupeaux*
Le texte est de s'aint Mathieu, cfa« i25, 32 : congregabuntur antefiUum horhinis omnes gerp' tes , et separabit eos ab imncem, sicut pastor segregat os^es ah hœdisk, Ce que le traducteut Legros rend ainsi : Et toutes les nations étant assemblées des^ant lui , il séparera les uns d'à* vec les autres , comme un berger sépare les brebis d'as^ec les boucs. Le censeur pourfait-îl nous dire ce qu'il y a là de mal cité ou de mat interprété ?
Que les boucs soient les conductetirs des troupeaux, ce n'^st pas là une raison pour blâmer l'Académie d'avoir rappelé le sens figuré du niot bottes , employé dans l'Écriture , en opposition aux brebis, pour signifier les méchans.
La SMonde critique tombe sur ces paroles :
On appelle barbe de bouc la barbe d'un hom^ me y lorsqu'il ri en a que sous le menton. L'auteur des remarques prononce que ce serait une impertinence dans ceux qui parleraient ainsi ^ et qu'il y a une faute d'écolier dans la rédaction , le relatif en ne se rapportant grammaticalement à rien.
A cela nous répondrons que l'Académie ne peut pas se dispenser de recueillir dans son Dictionnaire les impertinences à l'usage de ceux qui en disent et qui en veulent dire; qu'on les rouve dans les Dictionnaires de toutes les langues^ et qu'e/i, dans la phrase de l'Académie, se rapporte très-rgrammaticalement au substantif précédent , barbe , comme dans vingt phrases de ç^tte nature dont nous nous servons tous les jours.
Enfin , on critique l'exemple une praie barbe de bouc , parce que , ditron , une vraie barbe de bouc est la barbe d'un vrai bouc , et que vrai et vraie ne peuvent être donnés pour épithète à un substantif employé métaphoriquement , sans détruire la métaphore même II n'y a point là de métaphore, ou, s'il y en a, elle n'est point détruite, L'épithètç vraie tombe sur les deux substantif suivans que l'on considère comme un ^eul objet , comme lorsqu'on dit ; voilà une vraie
critique de pédant , on se Êdt aussi bien en-^ tendre qu'en disant une critique de s^rai pé^ dant.
Se Cabrer. Cet article est un de ceux dans lesquels le critique a donné à rAcadémie le plus de sévères leçons.
Se cabrer, selon lui, ne signifie pas se dresser sur les pieds de derrière. Un ches>al qui se dresse sur ses pieds de derrière, ne se cabre pas ; il pointe , il fait une pointe , des pointes ; ce sont les termes. Un cheval se cabre , ajoute-t-il , lorsqu'il écarte les jambes , se roidit et demeure immobile y soit pour pisser , soit pour désobéir. 11 prétend que se cabrer, en ce sens, est venu de ce qu'il y avait anciennement dans les armées des billots à trois pieds , quon nom^ mait chèvres ou cabres , qu'on plaçait au be-* soin sur les pointes escarpées des rocs où les chèvres aiment à grimper. Qu'on cabrait une bible , une gonnelle , uu guéridon , etc. Que les soldats jouaient à la cabre. Que de là était venu le proverbe prendre la chèvre, et que toutes ces explications auraient dû entrer dans les discussions mde l'Académie , pour j amener des définitions vraies et sûres qui n'au" raient pas eu le défaut de contrarier le bon usage des pères , et d altérer le bon langage des enfans.
Toute cette érudition , qui n'e$t p^s en trèsr bon français y est , ce me semble , bien confuse^ et je ne crois pas que mes lecteurs l'entendant mieux que moi. Mais ce qui est pis ^ c'est qu'elle dément l'usage universel et les autorités les j^us graves dans la m^Ltière dont il s'agit. '
Selon le Dictionnaire de Monnet ^ imprima en i636: Sç cabrer y c'est se dresser siir ses pieds de derrière , à guise de chèvre.
Cûtgrave expliquant le mot français , le défi* nit en anglais : Se lever ou se tenir droit sur les pieds de derrière , comme une chèvre qui mange les jeunes branches d'un arbre.
Bichçlet f Furetière , Trévoux , et les cinq éditions du Dictionnaire de l'Académie , s'accordent à donner le même sens aux mots se cabrer.
]f nfîn , selon l'Encyclopédie , où l'art de l'équitation a été traité par M. Bourgelat , chef d'une école célèbre à Lyon , où se rendaient dçs écoliers de toutes, les parties 4e l'Europe , selon l'Encyclopédie , où l'on suit constamment la doctrine de nos meilleurs écyyers , tels que Laguérinière , Dupaty^ Thiroux , etc. : Se cabrer se dit des chevauoç qui ss lèvent et se dressent sur les pieds de derrière, disposés à se renverser quand on leur tire trop la bride , ou quand ils sont vicieux oujougueux.
Sur cet expose , que dire de Fanonyme qui , sans autorité , sans preuves , vient nous enseigner que la définition du Dictionnaire altère le bon usage des pères et le bon langage des enfans ? De quel nom appeler une semblable confiance?
Enfin y à propos du sens figuré de l'expression se cabrer f et sur un exemple donné par UAcademie : Ne lui dites pas cela , vous le Jerez cabrer f il observe qu'on ne peut pas dire d'un supérieur qu'il se cabre sur un propos de son inférieur ; et sa règle est &usse , d'après cet exemple , tiré des Mémoires de M. de la Châtre : Le discours de la Princesse fat rempli de beaucoup d'attaques contre M. de Beaufort , auxquelles je répartis du mieux que je pus , sans la cabrer.
Calenturç. Fièvre chaude, assez commune sur mer^ Le critique. blâme d'abord cette définition comme vague ;> et , il nous dit que la calenture est une maladie d'esprit, laquelle attaque la plupart des personnes qui navi-* guent pour la première fois entre les tropi-^ ques , si elle n'est grés/enue par le baptême de mer, etc.
Ici les fautes sont accumulées. Les Dictionnaires de médecine définissent la calenture une
fièvre ardente ^ qui attaque ceux qui font de^' voyages de long cours dans des climats chauds, ou qui passent la ligne. Un de ses symptômes est , que ceux qui en sont attaqués voient la mer comme une prairie émaillée de fleurs et plantée d'arbres , et que , si on ne les veille pas , ils s'élancent du vaisseau. On attaque le mal par des saignées abondantes et par des boissons rafraichissantes.
Les Anglais et les Espagnols donnent a cette maladie le même nom^ et la définissent aussi Une fièvre inflammatoire y accompagnée de délire ; mais elle n'est pas plus pour cela une maladie d'esprit, qu'une fièvre maligne avec transport au cerveau.
On demande aussi^ où le critique a vu que le baptême de mer est un remède à ce mal.
Enfin je remarque que la définition d'une maladie dans le Dictionnaire de l'Académie ne demande pas plus de précision , et que la définition du critique est tout aussi vague , et , de plus, fausse , comme on vient de le faire voir.
Canard. Ici le critique se surpasse en sévérité et en érudition.
i*'. Il trouve d'abord mauvais que l'Académie ait recueilli et expliqué l'expression canard
privé, qui signifie un homme aposté pour en attirer, en attraper d'autres j et, parce qu'elle est en usage pour signifier principalement des hommes qui font ce métier dans les prisons pour découvrir les coupables, il déclare que ce mot est entièrement de Vidiome des filous , des ifoleurs et des assassins , et ne doit point trouver place dans le Dictionnaire des honnêtes gens.
Je crois que les lecteurs ne partageront pas son scrupule. L'expression figurée canard privé est très-bien faite , d'après l'usage où l'on est d'employer des canards privés pour attirer les canards sauvages dans des nasses , et les mettre ensuite dans l'impuissancç de s'envoler.
2®. Il blâme l'Académie d'avoir défini le chien canard y un chien dressé pour aller à Veau chercher les canards quon a tirés. Définition , dit-il , terminée par une équivoque. -
Il n'y a rien là d'équivoque. Tirés , signifie pour tout le monde, qu'on a tués ou blessés d'un coup de fusil, et qui sont tombés dans l'eau.
La troisième observation du censeur est , que le chien canard ne tire point son nom du volatile nommé canard, mais d'un antique substantif canheo , €fui a donné à l'ancienne langue de Rome le mot canis ; sur quoi il conseille à
rAcadémie $ avertir ses secrétaires înàniovtbleSf de se tenir en garde contre les définitions. qu'elle établit sur V origine des termes y au lien de les établir sur le bon usage.
Nous répondrons y i^. que T Académie n'a point dit que le chien canard tirât son nom du volatile nomme canard ; elle a dit , que le chien appelé canard était un chien dressé pour aller à Veau.
2^. Si l'Académie eût dit que le chien canard était appelé ainsi , à raison même de Pusage qu'on en fiait , parce qu'il va volontiers à l'eau et nage comme un canard , elle eut donné au nom une origine plus naturelle et plus vraisemblable que celle que lui assigne le critique.
5°, Nous ne voyons pas ce que le critique a pu trouver de plaisant dans l'inamovibilité des secrétaires.
4^. L'auteur parait ignorer que ce ne sont pas les secrétaires de l'Académie qui font son Dictionnaire > que c'est l'Académie elle-même.
5°. L'Académie ne définit pas les mots d'après leur étymologie. Jusqu'à l'édititïn à laquelle elle travaille à présent ^ elle n'a point donné les étymologies ; et elle n'appuie ses définitions que sur l'usage dont elle n'est que le témoin. On voit par là combien la leçon que le censeur fait à l'Académie est déplacée.
Mais le bon est^ que l'auteur qui donne a l'Académie cette instruction , tombe avec luimême dans une contradiction bien prononcée ^ et dans le même article ; car, après ayoir dit qu'il n'a pas pour objet dans ses remarques de livrer des assauts étymologiques ^ il déplore Yimperfection à laquelle le Dictionnaire de rjtcadémie est condamné , faute cFun travail de quelques années y quil est encore temps de proposer à ta répuhliqm des lettres.
On voit que , selon le critique , il manque essentiellement à rAeadémiè, pour faire son DijCtioifnaire , on homme capable y comme lui , de discttssioos étymologiques, par lesquelles on prouvera çz^ecanis vient du celtique CBnheo ; que canardière vient de can , qui signifie toute espèce d' engin ^ que nous avons remplacé par le substantif féminin , bouleite ; que han , et . ahan , mots exprinumt l'effort de ceux quifendent du bais, etc. , viennent de dlan et ^ achan, qui , dans le langage antique de nos aïeux , signifient , le premier , houlette , et le second , araire y ete*
J« laisse m:es leeteura apprécier ce &tras d'érudition précaire , choquant toutes les opinions reçues j nrois je Êiis remarquer seulement que celui qui prodigue ainsi les conjectures étymologiques, pour en former des objections contre
le Dictionnaire de l'Académie , ne pratique pas lui-même le précepte qu'il a établi de se tenir en garde contre les définitions qu'on établit sur l'origine des termes , au lieu de les établir sur le bon usage.
Castagnette. Ce mot nous fournit un nouvel exemple vraiment curieux de la légèreté dédaigneuse et des fautes grossières du censeur. L'Académie définit ce mot instrument Compose de deux petits morceaux de bois creusés , que Von tient dans la main y et que Von frappe Vun contre Vautre en cadence , en mettant leS deux concavités Vune contre Vautre. Jouer des cas-^ tagnettes. Danser avec des castagnettes.
Le censeur prétend d'abord qu'il faut écrire cascagnette, et qu'une inadvertance de Molière n'autorisait pas l'Académie à changer l'or** thographe.
2^. Que le mot castagnette est longuement et mal défini par V Académie. 3*^. Qu'une cas'^ cagnette est une palette d'ardoise , de bois y ou d'autre matière dont on compose son inrstrument quand on veut jouer des cascagnettes ou de la cliquette. 4*^- Que cliquette au singulier, et cascagnettes au pluriel , sont sjnonjrmes.
Il est difficile d'assembler en si peu de paroles tant d'assertions fausses.
La danse aux castagnettes et ce petit Instrument nous sont venus des Espagnols.
Tous les voyageurs et touis les auteurs de descriptions de l'Espagne y parlent de la danse aux castagnettes^ comme d'un usage ancien et général du pays. C'est de là qu'il nous est venUé C'est un Élit connu et incontestable.
Nous avons dû sans doute prendre la défini*»
tion de ceux de qui nous tenons la chose y ou plutôt nous avons dû nommer et définir Finfitrument de la même manière que ceux qui nous l'ont transmis.
Or, voici l'orthographe et la définition du nom de l'instrument^ prises du grand vocabulaire espagnol de l'Académie de Madrid, « CAS- }) TA NE TA y ( on sait que le caractère iÇ* repré- » sente notre gn), petit instrument fait de bois j) de noyer ou de châtaignier, composé de deux » moitiés creusées, qui, jointes ensemble, onl » quelque ressemblance avec une châtaigne , » qui sont unies par un cordon , et qui servent » à accompagner quelques danses espagnoles, n
Or , cette seule définition nous montre sans la moindre incertitude , qu'il faut écrire cas'^ tagnettes et non pas cascagnettes , ce que l'étymologie prouve invinciblement ; que Molière^ en écrivant castagnettes , n'est pas coupable d'inadvertance, et n'a pas mérité le reproche
que le censeur lui adresse de si haut ; que TA''* cadémie française n'a péché ^ ni dans son ortho^ graphe^ en suivant Molière et Forthographe es^ pagnole, ni dans sa définition^ qui ne diffère que très-légèrement de celle du Vocabukire espa« gnol ; qt^ À l'autelir a trouvé dans les monumens celtiques oo en Basse-'Bretagne quelque înstrani«nt appelé' cliquette y propre à faire danser les filles ^ et £siit d'une ou deux palettes d'ardoise ^ faute de mieux y ce n'est pas là une raison de nous interdire Temploi du mot castagnette , qui est l'instrument dont on se Sert de temps immémorial en Espagne , et celui -> là même qu'on emploie aujourd'hui dans nos ballets y comme dans tous nos pays du midi ; et enfin , que le mot Câstagnette n'est ni mal ni trop longuement défini par l'Acadénlie , etc.
Je pourrais relever beaucoup d'autres étourderies et d'ignorances dans l'article du censeur^ comme la niaiserie de sa définition : une cas-* tagnette est une palette d* ardoise dont on com^ pose son instrument y quand on ueut jouer des cascagnettês et de la cliquette.
Je pourrais ajouter que l'instrument appelé parmi nous castagnette , a été connu des anciens sous le nom d'une espèce de crotales y et que , selon le Thésaurus de Robert Etienne et Gesner , Crotala ckcuntur etiam^ sonotœ sphœ* ■
rulce , définition qui ne présente pas Tinstru^ment dont il est question , sous la forme de palette.
Enfin, que les castagnettes et leur défini*^ tion se retrouvent dans le Dictionnaire délia Crusca , et dans celui de la Langue portugaise^ et dans toutes les éditions de l'Académie , y compris celle qui a été commencée au milieu du dix-septième siècle. Est-ce assez d autorités, et ne dois-je pas craindre qu'on me dise que je prends trop de peine , et que de pareilles critiques ne méritent pas des réponses si sérieuses?
Charpon. En suivant toujours notre censeur , on va d'étonnemens en étonnemens. Il fuit près de trois pages d'observations sur cet article , sans qu'il y en ait une seule de juste, qui soit en même temps de quelque importance ; et toutes sont énoncées d'un ton magistral , qui ne conviendrait pas même aux vérités les mieux prouvées , et aux' leçons les plus utiles.
i^. te censeur remarque que l'Académie définit bien le charbon de l'àtre , mais non pas le charbon que Êibrique le charbonnier ; et il est Yrai que l'Académie définit d'abord le charbon de l'âtre , parce que c'est celui qui est le plu»
connu à ceux qui consultent le Dictionnaire ; mais comme elle définit le charbon que fabrique le charbonnier, immédiatement après ^ on peut apprécier le reproche du mtique.
2?. L^Académie ayant rappelé cette Êiçon de parler de l'Écriture , amasser des charbons ar^ dens sur la tête de son ennemi , comme signifiant que celui cpi fait du bien à son ennemi , le rend par là plus inexcusable , en laissant la vengeance à Dieu ; le censeur prétend que c'est là traduire ridiculement et piteuseiherU une phrase de la Bible ; cpie c'est s'arroger un privilège qui na jamais appartenu quaux soi^ disant aumôniers de S. M. le roi de Prusse; et il veut que la phrase , Congères carbones ignis super caput ejus , signifie : F^ou» tiendrez unjlamhecai sur la tête de vptre ennemi , %Wis dissiperez les ténèbres dont il em^loppe sa conduite.
J'observerai que la traduction eu ex^ieation que Mkmt le cienseur, se ti^ntàtit d^h dans l'édition de ï 7 20 , et ayant été par conséquent introduite dans le Dictionnaire <lès le commencement du dix-huitième siècle , ^t avant la fin du règne de Louis XIV> les 6oi-disa»t aumôniers du roi de Prusse, et kstibeifés qu'ils ont quelquefois prises avec là Bible , ïi'ont rien à faire ici ; qu'aim» le censeur perd l'avantage
quHl avait cru pouvoir tirer de ce rapprochement contre F Académie et contre ses secré-
La traduction du passage de St.-Paul ^ fournie
p^r le censeur , est inadmissible : avdpaxoa irupoa
signifie exactement carbones ignis \ des char*
bons d« feu y et non pas un fiambeau allumé ; et tous les traducteurs l'ont entendu ainsi.
Quant à l'explication ultérieure donnée par i'Acadénaie y c'est la seule vraisemblable. Elle est amenée naturellement et nécessairement par le verset qui précède : iVie cous vengez point. Cest à moi que la vengeance est ré-servée. C^est moi qui la ferai, dit le Seigneur.
Lorsque , immédiatement après ces paroles^.
Fapôtredit: Si votre ennemi a faim et soif, donnej^lui à manger et à boire ; et, en faisant ainsi , vous amasserez des charbons ardens sur sa tête i quoi de plus naturel que d'entendre , que s'il gai^de son inimitié lorsque vous lui rendez le bien pour Je mal , il en sera plus coupable , et deviendra l'objet de la vengeance que Dieu s'est réservée ?
C'est un^ des explications que donpent .les traducteurs d^e Mons , qui n'o;it pas commenté la Bible à la manière des aum^iers du roi dq Prusse. Yousîima$sca:€îz^ 4i3ent-ils, d^schar**
bons de feu sur sa tête , c'est-à-dire , la colère disfine qu'il attirera sur lui.
Mais , dit le censeur , le Dictionnaire de VAcadémie na point pour objet d'expliquer les passages dijficiles des écrits religieux. Cette leçon est bien peu raisonnable. Lorsque l'Acadëmie explique la phrase dont il s agit , ce n est pas comme un passage difficile du nouveau Tes-» tament ; elle prendrait là une trop grande tache : c'est comme phrase faite , employée dans la langue usuelle , et quelquefois même détournée à des acceptions un peu profanes. Lorsque le prédicateur ou l'écrivain religieux l'emploient, ne faut-il pas que ses auditeurs et ses lecteurs l'entendent? et si je dis que l'auteur des Remarques , en faisant tant de mauvaises critiques , a assemblé des charbons ardens sur sa tête , c'est-à-dire , s'est préparé quelques dégoûts , ne faut-il pas qu'il sache ce que j'entends par ces paroles?
M. le censeur s'avise encore d'enseigner à l'Académie , que ce mot ï Ecriture, tout court, est équivoque, lorsqu'il est employé par VAca^^ déraie , et qu'il ne signifie V Ecriture sainte que Aans la bouche d'un théologal , dune mère abbesse ou révérende prieure ; et il croit avoir été fort plaisant.
Je ne serais pas en peine de citer de très*bons
écrivains qui , sans être prédicateurs , tii caté^ chistes f se sont dispensés d'ajouter au mot Ecriture 1 epithète de sainte , et se sont très - bien fait entendre. Je remarquerai seulement que celui qui explique une façon de parler de l'Ecriture en disant , comme l'a feit l'Académie , ce qu'elle signifie en sijle (T Écriture , ne laisse rien d'obscur et d'équivoque dans son discours ; car il n'y a que l'Ecriture sainte dont on puisse dire , le stjh de V Écriture.
J'ajouterai que y quand on prétend donner des leçons de grammaire à l'Académie française , il faudrait être instruit de l'usage qui conduit et maîtrise la langue ; et l'usage établi permet de désigner F Écriture sainte par le mot seul VÈcri* ture. L'on dit fort bien VEcriture nous enseigne ^ etc. , et, selon l'Écriture, la création du monde ne monte qu^à ensnron six mille ans. 11 en est arrivé de ce mot comme de celui de Bible, qu'on a appelée d'abord Biblia sacra , les livres sacrés , et qu'on a dit ensuite , par ellipse , les Bibles , et puis par corruption , la Bible. On a de même dit d'abord VEcriture sainte , et en-* suite VEcriture.
Je dirai plus encore. Si le censeur eût su seu-^ lement bien lire , il n'eût pas Êiit cette critique , car il aurait remarqué que VEcriture, dans le Dictionnaire de l'Académie , est écrit avec un
■É majuscnle , et que par cela seul il signifie une Écriture appelée ainsi emphatiquement , et qui ne peut être que V Écriture appelée sainte; car on n'écrit pas V Écriture de ce cofnmis est fort belle, mais récriture de ce commis , etc.
Autre critique relative au mot charbon. On reprend l'Académie d'avoir dit d'un homme qui aunejièire lente , qu'il brûle comme un char* bon; et le censeur nous enseigne , qu^bn dit d'un homme qui a une fièvre lente ^ qu'il s'éteint comme une lampe sans huile , et non pas qu'il brûle comme un charbon. J'avais été frappé , étonné même de la justesse de Tobservation , lorsque j'ai voulu m'assurer que l'Académie avait fait cette horrible faute ; et j'ai trouvé tjue dans les deux dernières éditions , celle de 1762 , et la cinquième^ on lit ardente, et non pas lente; et certes, d'un homme qui à unejîès^rè €trdente, etc. , on peut dire qu'il brûle comme tm charbon; et j'ai admiré l'étourderie et la précipitation du critique , en supposant qu il na pas altéré sciemment le texte de l'Académie,
Le censeur blâme ensuite là définition du •charbon febriqué par l'ouvrier qu'on appelle charbonhier , que l'Académie définit tronçons de jeune bois brûlé à demi , et qu'on éteint pour le rallumer quand on en aura besoin;
mais le critî<fue ne dit point ce qu'il y trouve de défectueux ; il remarque seulement que l'Académie croit , comme le^ ouvrières de Pqris , que le charbon quon achète chez la Jr^itièie se fait comme la braise du boulanger , et que le secrétaire perpétuel de V Académie devait prendre le temps de consulter au moinS une servante bourguignons U £»ut avouer que les ouvrières^ lafrukière, le boulanger^ la servante , tout cela est d'un ton et d'un goût peu familier à l'Académie , en même temps que la petitesse des détails ne conduit pias à une définition du charbon meilleure que ceUe du Dictionnaire.
Mais y pour satis&ir e le critique ^ nous avonsL consulté l'Encyclopédie , et nous avons trouvé que le charbon de bois est un corps résultant de la combustion du boîs ^ ménagée de mo/* nière que ses progrès ne se sont pas étendus jusquà la destruction du bois une fois aUumé ^ définition qui rentre à peu près dans celle de l'Académie.
Peut-être est-ce avec quelque raison que le censeur blâme l'Académie ^ d'avoir recueilli quelques expressions techniques, relatives au même sujet, comme passer dubois en charbon^ charbon de bateau , charbon de somme ; d'a^ voir omis de dire qu'il y a aussi du charbon
de terre. Ces fautes seront corrigées , et ces omissions réparées ; mais les lefcteurs conviendront qu'elles ne sont pas si graves que celles auxquelles le critique se laisse aller lui-même , et qu'elles n'autorisaient pas le ton qu'il a pris.
Charbon est aussi une espèce de gros fronde j qui le plus souvent est pestilentiel. Il se dit particulièrement de la tumeur qui parait à ceux qui sont frappés de la peste. (Académ.) '
La première remarque de l'auteur porte sur l'orthographe. Froncle^ dit-il , n est pas le mot^ ni fiironcle que VAceidénde a mis ailleurs. Il faut dire et écrire foroncle.
Nous allons voir que cette décision si leste et si magistrale suppose une grande ignorance dans la matière dont il s'agit.
Tous les écrivains français , de médecine ^ appellent cette Xwaxem fiironcle , ou par contraction ^onc/e / et c'est sans doute à eux qu'il appartient de Êiire le langage de leur art.
FuRUNCULUS se trouve dans Pline ; et Dupinet Fa rendu par fronde. Cornélius Celsus , lib. 5. , a un chapitre entier de Jurunculo. Ce mot , oublié par Uesner^ a été recueilli dans le Lexiconde Facciolati, qui l'explique par ladroncello; ce qui indique son origine àefiir, et son orthographe t
Maintenant^ n'est-îl pas évident que, si le critique se fut donné cette petite et facile érudition , il ne lui serait jamais venu en pensée de prononcer : furoncle nest pas le mot , il faut dire et écrire feroncle.
Quel nom donner à une décision pareille, choquant l'usage , contrariant l'origine latine et connue , destituée de toute preuve , et rendue avec une telle assurance ? Est-il si difficile de ne parler que de ce qu'on sait p et au moins de n'affirmer que ce dont on est sûr ?
Voici maintenant les critiques nombreuses que l'auteur £ait du cor][)s de l'article.
Le Dictionnaire de V Académie riest pas écrit pour les temps de peste. Un Dictionnaire est écrit pour tous les temps.
Tous les charbons ne sont pas pestilentiels.
L'Académie dit seulement que le charbon est sous^ent pestilentiel.
Tous les pestiférés n'ont pas un charbon.
L'Académie ne dit pas que tous les pestiférés aient le charbon.
Toutes les personnes qui ont un charbon pestilentiel n'ont pas la peste. L'Académie ne dit pas le contraire. Et, selon l'Encyclopédie , art. Antrax ,^par M. Chambon , ïe char* bon pentileniiel est un des sjmptômes les plus (ordinaires d^ IçL peste.
Il y a une maladie des bceufs qu^on nomme le charbon : à la bonne heure.
L'anteur termine sa leçon par cette règle qu'il prescrit à rAcadémie : Le Dictionnaire de TAcadémie française doit ne présenter au public aucune définition , aucune explication ^ aucun exemple qu'6n puisse raisonnableQient interpréter d'une façon contraire à quelque vérité que ce soit.
Une définition ^ une explication qu^on peut raisonnablement interpréter d'une feçon con* traire à une vérité , sont des définitions vicieuses et de fausses explications ; et c'est un pédantisme bien niais que celui qui nous ense^ne que les définitions doivent être exactes^ et les explications justes.
Quant aux exemples^ si je démêle l'intention de Taoteur , son prétexte est relatif au passage de saint Paul , rapporté ci-dessus ; à l'occasion duquel il nous a dit aussi que l'Académie n'a point pour objet d'expliquer les passages difficiles des écrits religieux. Mais cette règle encore est fort inutile. Lorsque l'Académie donne un exemple, une locution de l'Ecriture, une l^irase de Bossuet , une maxime de La Rochefoucaiild, elle ne prend pas une piirase équivo-que ; mais, si c'est une phrase qui ait besoin de quelque explication , pourquoi l'Académie ne
îexpliquerait-elle pas ? Qui Fêxpliquera mieul qu'elle ?
CHAiTDy CHAUDïi. Le ccnsduT s*est ici fort étendu, et ses remarques &xsv cet article prouvent qu'il n'a point d'idée juste de ce que c'est qu'un dictionnaire de la langue française , tel que doit et peut le faire l'Académie.
L^Académie , expliquant cette manière de parler au lansquenet , a^^oir la main chaude , le censeur dît que cet article inintelligible semblé dicté par un pilier de tripot.
Mais le lansquenet étant, comme le pharaon ^ le biribi , le creps , etc. , un jeu pratiqué dans le monde , et entre des gens qu'on appelle de bonne compagnie , il faut bien que le Dictionnaire explique les mots qu'on y emploie, comme il explique m tout , je fais nwn reste, etc.
Selon l'Académie , l'expression on le lui ren^ dra tout chaud, signifie proverbialement et figurément , qu'on se vengera de quelqu'un ; sur cela le censeur prononce magistralement, /ae/te contre la morale , il vlj a tien de pros^erbial à se venger de quelqu'un. Mais la morale n'a rien à faire là. En blâmant la vengeance , on peut toujours expliquer les expressions de celui qui veut se venger. On explique les mots sans approuver la chose. Enfin , la phrase proverbiale
n'est pas : se venger de quelqu'un i c'est le rendre tout chaud.
Le censeur trouve aussi dans cet article une faute contre la logique, parce que^ dit-il, les paroles qu'pn profère ne marquent pas toujours une chose qu'on fera , quoiqu'elles puissent mar« quer l'intention detrelui qui veut la faire.
Ce n'est là qu'une misérable chicane. Quand j'ai dit , à propos d'un mauvais procédé que quelqu'un a eu pour moi : je le lui rendrai tout ichaud, si on me demande : qu erUendez-vous par là ? je puis répondre : f entends que je m'en vengerai. Il serait ridicule de me dire, votre phrase pèche contre la logique, car elle ne marque pas historiquement que votre vengeance aura lieu; vous ne pouvez exprimer que vo,ti'e intention. Eh bien ! dirai-je, m^ phrase exprime aussi mon intention , et personne ne peut s'y tromper.
Le censeur blâme l'exemple, on lui rendra chaud comme braise , comme blessant la grammaire, en employant un verbe actif rendre sans régime ; c'est-à-dire , que , pour régulariser la phrase , il Êiudrait dire , je le lui rendrai chaud comme braise ; mais il ne voit pas que notre langue souffre beaucoup d'ellipses de ce genre dans la conversation et le discours familier. Au reste, cette faute, s'il y a faute, n'est que de
ti6g
Féditîon de 1762 ; elle est corrigée dans la dernière édition.
Autres critiques. Selon l'Académie , on dit d'un homme qui a un peu trop bu et que le vin a rendu gai y quil est chaud de vin. Ces deux expressions un peu trop y et que le vin a rendu gai y sont, selon le critique, inexcusables dans un livft dialectique , ne sont recevables que dans un cabaret y et ne sont qu^un quolibet de taverne.
Je réponds que le Dictionnaire doit recueillir les expressions qui s'emploient à la taverne , lorsqu'elles s'emploient aussi dans le mpnde ; et quel puriste se refiisera à dire i II j a eu une querelle entre ces deux hommes , ils avaient un peu trop bu , ils étaient chauds de vin ?
Coagulation. Le critique attaque ici l'édition de 1762 , dans laquelle on lit en exemple : Le lait ne lui est pas bon; il s^en fait une co^ agulation dans son esâ)mac ; sur quoi il dit : c'est là un mauvais raisonnement dont la prémisse sous-entendue est fausse.
H parait , en effet , que la théorie de la digestion, mieux connue de nos jours, ne permet de penser que, lorsque le lait ne se digère pas bien , c'est qu'il se coagule dans l'estomac ; mais cette erreur , et l'exemple cité , ayant disparu de l'édition subséquente ; la critique qu'on en
Eut est parfiiitement inutile , et laisse voir quelque mauvaise foi ^ puisqu'on ne peut pas reprp^ cher à l'Académie , à qui on s'adresse aujou]> d'hui^ une erreur des académiciens qui travail }aient au Dictionnaire en 1 740 , époque où l'on a commencé de s'occuper de l'édition de 1762. Autrement , comme on l'a observé ci-dessus , le critique pourrait remonter jusqu'à la première édition de 1694*
Quant aux deux mots caiUement etjîgement , dont le critique dit spirituellement qu'ils noni pas même l'honneur d'être barbares , car per^ ^annene s'en sert; en cela il montre son igno-rance , car il y a beaucoup d'arts dans la pratique desquels ces mots s'emploient.
On lit dans le Dictionnaire de Trévoux , que les médecins pensent que la graisse se fait par le Ji^emiBni des parties les plus subtiles du sang ; et > en supposant que cette complication $;oit mauvaise .^ elle prouve toujours que le mot Cernent ,est employé par les médecins* On dit assurément aussi \jdjigement du suif, des grais^ ses ; et il y a beaucoup de circonstances où des gens instruits xxe font point de difficulté d'employer ce .mot dans la convers^ioa >et dam la langue usuelle. *Qu€^e autorité n donc le critique ipour en ix^terdire l'usage ? En général ^ ne doitjpas iscToadce dil&cUe sur ^admissioiSL
des substantifs abstraits qui se forment aiseiment de leur verbe. Nous avons^er, verbe , et son participe ou adjectif/îg'e,^g'ee. Pourquoi ne dirait-on pas^/^€me7i^?Pourqum ne sararaiton pas gré à ceux qui l'ont employé les pre*^ mîers ^ comme on a fait changement de chan-ger , nUongement d'alhnger^ déménagement de déménager ?
GoiON. Poltron y lâche y qtd a le cœur tas y €dme servile y et capaide de souffrir làchenmnt des indigmiési et en exemples , un grand asitm.
Il est si coï<m que il est du style
&milier.
A l'occasion de ce larme , le censeto* commet beaucoup de fautes grassièivs en montrant la même assurance.
L^sdeadémiej dît le censeiir , M'Aurait dû faire mention de ce mat ijue pour avertir ^'il est un dimimùifde coi. On nepmiemnsi que parmi ia cémaille y et le mot coïon n^a ni ccaor paraiif ni superlatif . On ne dit grand cmm que lorsqu'on peut feàz^ eUhusion à ia nature de celui à qui l'injure est adressée. -,
Si l'Académie eut dit que fc&£<m vient de toi , eUe e»t dit ime soltise. Ce i»ot vient évidemment du coglione des italiens , qid vient de cogUa , dooat ^ est l'augmentatif.
En second lieu ^ il n'est pas vrai que ce mot et ses dérivés ne soient en quelque usage que parmi la canaille.
Tout homme qui a vécu en Italie ^ sait qu'ils reviennent assez fréquemment dans le discours familier. On connaît le propos du cardinal d'Est à FAriosto ^ doi^e diawylo messer Lodovico avete pigliate tante cogUonerie.
J'en joindrai un autre exemple que me four^ nit l'abbé de Longuerue j dans VAna qui porte son nom. Le pape Urbain VIII ^ qui se mêlait de faire des almanacbs ^ et de prédire /les varialions du temps ^ éveilla un jour, au milieu de la nuit , un de ses vieux serviteurs , couché près de lui , pour savoir quel temps il faisait : le camérier, pour s'en débarrasser plus vite, dit qu'il faisait beau ; sur quoi le pape dit lo sapei^amo , voulant Éstire entendre qu'il l'avait prévu. Lo sapespi , reprend le camérier, et il ouvre les rideaux du lit et la fenêtre , et fait entendre au pape qu'il pleuvait averse, en ajoutant, s^ecU coglione ? vedi coglione ? L'abbé de Longuerue ajoute que le pape se divertissait à conter le trait à ses fsmiiliers.
On me dira sans doute , c'est en. italien que vous citez des exemples de l'emploi de ce mot; mais je ;répondrai que d'Italie, après avoir perdu ; par l'usage ^ une partie de sa significar-
lion trop libre , il est arrivé en France aveô le s Médicis et avec Mazarin ; et malgré son origine gr ossière on se le permet encore quelquefois en bonne compagnie , en gaieté et entre hommes ; cela suffit sans doute pour excuser l'Académie de lavoir fait entrer dans son Vocabulaire.
Enfin ^ l'étendue que le censeur a donnée à ses remarques sur les mots coïon et coïonner , devait épargner à l'Académie^ au moins de la part de Fauteur , le reproche d'avoir rappelé un langage qui n'est que celui de la canaille , puiscpi'il emploie lui-même deux pages de son livre à commenter longuement et à répéter dix fois le mot et le verbe dont l'Académie n'a donné que de courtes définitions.
Sa dernière critique n'est pas mieux fondée Le mot emprunté de l'italien a passé chez nous avec ses formes et ses acceptions; et en italien il est susceptible de plus et de moins ^ et reçoit des épithètes. *
On trouve dans la Ciccéide, ouvrage dont Bayle a fait mention , et qui est dans les cabinets des curieux ,
Don Ciccio h piu coglione che mc^i.
Je lui citerai encore un sonnet de la Ciccéide , où le poète , après avoir invité ses lecteurs à aller I. 18
à Constantinople voir le grand seigneur , à Mos* cow le grand duc de Moscoyie , à Malte le grand maître, en Tartarie le grand kan, finit par ces deux vers :
Jtene à Lucca oye hà D. Ciccio il nido E cola iroverete il gran cogUane.
CoNFiDENTiAiRE. CusTODi-NOS. Le Critique fap* proche ces deux mots ; dont le sens est le même , et qui désignent celui qui garde un bénéfice pour le rendre à un autre en certain temps, ou qui nen a que le titre, et lui en laisse les fruits.
Sur cet exposé, la remarque du censeur raér rite d'être rapportée toute entière , parce qu'elle peut servir à faire juger, et ses intentions, et ses prétentions.
(( Custodinos,Domine:Gardezrnous,Seigneurf » est , dit-il , une prière chrétienne et de toutes i> les religions. Qu'un secrétaire de l'Académie » ait essayé d'en faire une expression hurles* » que, et que l'Académie ait Êivorisé cet essai, » on aurait peine à se le persuader , surtout en » réfléchissant au grand nombre d'ecclésiasti- » ques qui ont siégé dans son enceinte , si l'ar- » ticle qu'on a sous les yeux n'en était pas une » preuve évidente. Je ne parlerai pas du mot » confîdentiairei barbarisme, qui n'a pas seule-»
^) ment l'honneur d'être tiré de la basse lati- >) nité. »
i^. Si le nom de Custodi'-nos , donné à celui qui garde un bénéfice pour un autre contre les lois ecclésiastiques , était une expression burlesque, ce ne serait pas à l'Académie qu'on jpourrait s'en prendre , c'est aux ecclésiastiques eux-mêmes qui ont établi cette dénomination ^ comme le chanoine Vervile a dit qiialtenUrwn signifie prêtre , parce que S. Jacques dit confia temini aUerutnan ; et comme les abbés de cour disaient chez nous , en poursuivant les bénéfices, qui episcùpaUan desiderata bonum opus desiderata allusions à l'Ecriture , pour la plupart imaginées par les ecclésiastiques et les moines.
2^. Parce qu'il y a des ecclésiastiques dans l'Académie , pourquoi n'y aurait-on pas parlé des confidentiaires dans les termes que les ecclésiastiques eux-mêmes emploient?
5®. Le burlesque ici ne pourrait être répréhensible qu'autant que Custodi nos serait vraiment, comme le prétend le censeur, une prière chrétienne ; mais, pour la trouver telle ,rauteur a été obligé de l'altérer , en y ajoutant Domine^ gardezr-nous , protégez^nous , Seigneur. Or , jamais ecclésiastique , confidentiaire ou simo-> niaque , n'a dit d'un autre qu'il était son Cus'* todi nos , Domine , parce que cela n'aurait pas
eu de sens ; mais il a pu très-bien dire j et ik ont dit souvent : Mon neveu est encore trop jeune pour être susceptible de bénéfice ; je vais vous faire donner ce prieuré^ et vous serez son Custodi-nos. U y a bien là ce que le droit canonique appelle confidence ; mais il n y a point de profanation d une prière chrétienne , ni rien d'aussi burlesque que le ton dogmatique du censeur.
4^. Quant au mot confidentiaire traité de
barbarisme^ l'ignorance du censeur est grande.
Confidentiaire se trouve dans les cinq éditions
du Dictionnaire de l'Académie , à commencer
par celle de 1694. U est dans Trévoux, dans
Furetières , dans Richelet. Enfin, j'ouvre les lois
ecclésiastiques de d'Hérîcourt , et je lis : « On
» appelle corifidentiaire celui qui est pourvu
» d'un bénéfice , à la charge de le résigner à un
i) tiers , ou d'en donner les fruits , en tout ou en
M partie , au coUateur ou à quelque autre pcr-
» sonne, etc. La confidence emporte de plein
» droit la vacance du bénéfice, et de tous béné-
n fices dont les confidentiaires peuvent être
» pourvus. »
Voilà donc les vocabulistes , les canonistes ^ les jurisconsultesxfrançais employant le mot confidentiaire dans un sens bien déterminé , bien clair , pour désigner une sorte de tran&ac-
tion que FEglise condamne. Comment et de quel droit le censeur traite-t-il ce mot de bar^ barisme ? Et pourquoi serait-il un barbarisme , parce qu'il n'a pas Thonneur d ette tiré de la basse latinité ?
ce Définition. Explication de la nature d'une » chose par son genre et sa différence. Définition » juste , exacte , claire , obscure , imparfaite. » Les règles de la définition. (Diét. )
Selon le critique , cette définition est fausse en terme de grammaire. Â parler didactiquement, la nature des choses est inconnue aux hommes. « La différence , ajoute -t -il, employée pour » le pluriel les différences , est une expression » d'argot qui ne serait point admissible sur » les bancs , et en présence des professeurs. » Enfin f cette définition est dangereuse , en ce » qu'elle pourrait renouveler les querelles des » réalistes et des nominaux , et ramener un , » édit indiscret de Louis XI , auquel on peut )) imputer la fausse définition de l'Académie. )x
Ce sont de vraies pauvretés sous le masque d'une pauvre érudition.
On ne sait ce qu'entend l'auteur parées mots, une déûnition fausse en terme de grammaire.
Lorsqu'on dit que la nature des choses est inconnue aux hommes , cette proposition a un
sens raisonnable ^ si on l'applique à certains objets I et si l'on entend parler d'une connaissance intime et entière. Ainsi ^ la nature de notre âme et de ses facultés ^ et celle de la cause première de l'univers , ne nous sont connues que très-imparfaitemenf . Peut-être aussi la nature intime des choses physiques , des premiers élëmens des choses , des grands agens de la nature , tels que l'air , l'eau , le feu , lelectrieité , le magnétisme, ne nous est-elle pas entièrement dévoilée encore. La chimie et la physique modernes ont-elles pénétré assez avant dans ces profondeurs , pour qu'on puisse dire que ces objets nous sont connus jusqu'à un certain point?
Cela posé , il est évident qu'en parlant des objets que nous connaissons ;ainsi , nous pouvons en faire une définition vraie et juste ^ en indiquant ce qu'on appelle en Inique son genre et sa différence.
Si je dis , l'homme est un animal raisonnable, j'explique la nature de l'homme dans ce que j'en puis connaître , quoiqu'il soit vrai que la na« ture de l'homme nous soit inconnue par beaucoup de côtés.
Quant au danger que le censeur craint de voir réveiller la querelle des réalistes et des nominaux ^ si l'on admet la définition de l'Acadé^
mie , il Êiut qu'il ne sache pas bien en quoi consistait cette querelle.
Les habiles gens de Port-Royal qui ont dit dans leur logique ; Définir y c'est expliquer la nature d'une chose par ses aUributs essentiels , dont ceux qui lui sont communs wec d'autres êtres f s'appellent genre y et ceux qui lui sont propres y différence y n'ont jamais eu entre eux les querelles des réalistes et des nominaux y et on ne peut imputer leur définition a Fédit indiscret de Louis XL
Enfin y cet écrivain^ qui ne connaît pas les ouvrages élémentaires sur la matière qu'il traite ici y nous enseigna que la différence employée pour le pluriel les différences , est une expression d'argot qui ne serait point admissible sur les bancs et en présence des professeurs.
Il suffit de lui répondre que Locke et Buffier ^ et tous les auteurs de logique française y ainsi que les écrivains de Port-Royal , ont employé le mot de différence au singulier en parlant de la définition y et que le langage de ces gens-là n'est pas de l'argot.
Enkager. V. n. Être saisi de la rage : si on ne donne pas à boire à ces chiens y ils enrU'^ geront. Cet homm^ a été mordu y il enragera s'il ne fait pas de remèdes.
Le critique prononce contre Tautoritë de tous les Dictionnaires , et contre l'usage attesté par TAcadémie y que ces phrases ne sont pas françaises , et qu'il faut nécessairement dire : Ils de' viendront enragés , il aura la rage. Nous ne voyons ;|ucun motif raisonnable d'en croire à sa décision.
Sur la locution proverbiale , il n'enrage pas pour mentir f il prétend qu'il faut placer ce dicton sous le mot enrayer^ et dire il n'enraye pas pour mentir y phrase qu'il ne se donne pas la peine d'expliquer^ et assertion dont il ne fournit aucune preuve. Il parait qu'il ignore complètement le sens de cette locution proverbiale qui est : Pour mentir il ne sort pas de son état na* tureL Oestde sang-froid et habituellement quHl ment.
Le critique prétend ensuite que , il a une grande habitude à mentir est un solécisme ; mais il altère le texte de l'Académie, qui est : Il a une grande habitude , une grande inclina'^ tion à mentir. Ovy dans la phrase ainsi conçue, on voit que le dernier substantif, inclination , amenant la préposition à , peut la faire passer appliquée à celui qui précède, habitude. Il y a , dans toutes les langues et dans la nôtre , des tolérances de ce genre. C'en est une de cette espèce qui , après deux substantifs de genres
differens , fait accorder quelquefois Tépithèle qui suit avec le dernier seulement.
On sait ^ussi qu'on parle très^bon français en disant : L^habitude au bien, Vhabitudeau mal y V habitude au tras^ail, U habitude à obéir ; et la façon de parler que réprouve le censeur est si voisine de celles-là , qu'on ne voit aucune raison de ne pas s'en servir .aussi.
Enfin^ sur l'expression proverbiale manger de la ^ache enragée, notre censeur nous enseigne, dans sa bizarre érudition, que l'Académie a commis une faute qui tire à conséquence, parce qu'elle a ignoré qu'enragé et enragée , a signi" Jié positii^ement retenu dans un fossé, et que manger de la s^ache enragée , c'est manger la chair U'un bœuf retenu ainsi par une chute qui lui a démis Fépaule ou la hanche , et que le laboureur s^end sur place au boucher; et généralement manger de très^maus^aise i^iande.
Comme le critique se dispense constamment de prouver ce qu'il avance de plus extraordinaire , on peut se dispenser de le croire sur son affirmation. Mais il n'est personne pour qui le sens de cette expression soit équivoque. On sait que y dans les épizooties, il y a du danger à man« ger les bètes malades. On craint aussi de manger la chair d'une bête à cornes mordue par un chien enragé. Les lois de police en défendent
l'usage et le débit ; mais alors même , en éludant les lois^ les pauvres brayent ce danger et mangent de la vache malade et de la vache enragée. On voit par là qu'il a été fort naturel , pour peindre l'état de misère , de besoin , de dire d'un homme : // a mangé hng^temps de la vache enragée.
Etoile. Selon le Dictionnaire , quand on dorme un grand coup sur la tête à quelqu'un , on dit qu'on lui a fait voir les étoiles enplein midi.
Ne semble-t-il pas , dit le censeur, au choix de cet exemple f que ce soit une action méritoire, ou tout au moins indifférente? Montrez ce para'^ graphe à des gens de goût , ils ne se douteront jamais que ce soit un académicien , encore moins ime Académie.
Est'<:e donp qu'en faisant un Dictionnaire , et en définissant une action quelconque , et si Ton veut rassassinat , rempoisonnement ^ on est obligé d'y joindre une leçon de morale ; etparce que l'Académie définit empoisonner y donner du poison à dessein défaire mourir y et empoison^ neur, celui qui empoisonne , dira4-on : JVe sem^ ble-t'ilpas, à la construction de ces phrases , que ce soit une action méritoire ou tout au moins indifférente? On ne peut concevoir quelle idée le censeur se £sdt d'un Dictionnaire.
. Faucheux. Le censeur montre dans cet article sa grande sévérité. L'Académie a défini le faucheux 9 espèce d'araignée qui a le corps petit , et les jambes fort grandes ; et elle a cité en exemple une phrase qu'on peut appeler £aite^ car il n'est personne qui ne l'ait entendue. Ce n'est pas une araignée , ce ri est qvCunjaucheux^ propos très-commun par lequel on rassure une femme qui voit avec horreur un faucheux sur ses vêtemens.
Le censeur ^ pour présenter cet exemple en ridicule , l'assimile à ceux-ci : Ce n'est pas un pigeon ^ c'est un bizet. Ce n'est pas un chien , ce n'est qu'un lévrier.
On lui répondra que l'Académie ne se croit pas obligée de déterminer avec précision à quelle classe d'insectes appartient le Êiucheux , et s'il est ou n'est pas une araignée proprement dite : elle sait que dans le discours familier^ on distingue le premier de ces insectes qu'on reconnaît innocent , tandis .qu'on croit que le second a quelque chose de venimeux. ConHne témoin de l'usage , elle doit recueillir la phrase commune qui exprime cette opinion.
Mais ce n'est pas tout ; et que répondra le censeur, lorsque je lui montrerai , dans des livres élémentaires d'histoire naturelle , le faucheux distingué de l'araignée. Le faucheux , est-il
dît, dans les Élémens d'histoire naturelle de M. Millîn , ressemble beaucoup à V araignée , mais il ri a que deux yeux. Certçs , l'Acadéinie peut bien suivre dans sa nomenclature des objets d'histoire naturelle, un ouvrage élémentaire estimé , dont Tautorité est plus grande que celle d^un écrivain inconnu.
Faux. Instrument à couper l'herbe des prés et les avoines , et qui consiste en une grande lame d'acier, large de trois doigts enifiron, un peu courbée , et emmanchée au bout d'un bâton. Et en exemples ifaux tranchante ; faux emmxin^ chée à rebours. Rebattre une faux.
L'auteur parait se piquer d'avoir de profondes connaissances en économie rurale , et il les étale ici avec profusion.
I® Il dit d'abord que l'Académie ne définit que la j aux des statuaires et des jardiniers de Paris, qui n'ont rien à faucher. Mais les statuaires ont mis dans la main du temps la faux employée dans les campagnes pour les foins , et telle qu elle est ; et c'est celle aussi qu'emploie le faucheur qui tond les gazons des Tuileries , dont la manœuvre ne diffère aucunement de celle des fau-
cheurs de campagne.
a^. Selon le censeur ,^«a: tranchante est un pléonasme insupportable , pour quiconque sait
manier la faux , ou qui a regardé un faucheur faire un andin. Ainsi Voltaire a JÊsiit un pléonasme en disant :
Qu'arrive-t-il ? la mort , la mort fatale , Au nez.camard, a la tranchante faux , ' Vient yisiter nos diseurs de bons mots.
Il est vrai que Voltaire eût manié fort maladroitement une faux ; mais dans la campagne où il a passé la moitié de sa vie / il avait vu plus d'une fois un faucheur faire un andin , connaissance qui jie la pas empêché de commettre le pléonasme que reprend le censeur.
C'est aux poètes à se défendre ici contre un critique qui leur interdirait comme pléonasme, toute épithète , surtout si elle est justement appliquée , et qui ne leur permettrait pas la fournaise ardente et la lime mor^ dantey etc.
5<>. Le censeur blâme Texempley^uar emman»
chee à rebours , parce que , dit-il , on ne s^ avisa jamais d'emmancher une faux à rebours ^ car ce serait la rendre inutile; que si Von veut parler d'une faux montée en estoc , & est^-à-dire , pour courir au loup , elle ri est ni montée , ni emm>an* chée à rebours. ♦
Ce sont là de misérables chicanes. Une faux montée à l'ordinaire est emmanchée dans sa
douille par le côté du tranchant , qui se trouve par là du côté de celui qui s'en sert. Si au contraire on fait entrer le manche dans la douille par le côté convexe de la faux ^ c'est le dos de la faux qui se trouve du côté de celui qui la tient , et le tranchant se présente en avant. On ne saurait mieux caractériser la faux ainsi montée qu'en disant qu'elle est montée à rebours ; et elle n'est pas inutile , puisque , de l'aveu même du censeur / c'est de cette manière qu'elle devient tme arme d'estoc , et une arme très-dangereuse, et qu'on peut s'en servir avec avantage contre un animal malfaisant , tel que le loup ; car c'est ainsi que nous expliquons ce que le censeur appelle une faux montée pour courir au loup , ce qui d'ailleurs n'est pas facile à entendre et n'est pas écrit en français^
4^. On ne sait pas pourquoi le censeur dit que rebattre une faux , aiguiser une faux , sont des manières de parler contraires à la propriété des termes. Ce sont au contraire des termes trèspropres. Rebattre exprime précisément l'action du faucheur qui bat de temps k autre le tranchant de sa Ùlux sur une petite enclume fichée en terre , pour l'amincir.
Aiguiser exprime plds particulièrement l'action de la pierre de queue sur le tranchant de la. lame , pour le rendre plus coupan^.
Peut-être le censeur ne veut pas qu'on dise aiguiser^ parce que ce mot signifie proprement et ëtymologiquement rendre aigu , rendre per* çant , ce qui ne convient pas à la Êtux ; mais c'est une très-&usse délicatesse. L'usage a détourné ce mot de sa première acception. Nous disons aiguiser un couteau > qu'il ne s'agit pas communément de rendre pointu , aiguiser un ciseau.
Ce sont sans doute ces expressions indéterminées que le censeur dit qu^on aime à entendre sortir de la bouche des femmes, etquHl nous avertit qu'elles savent trouver, sans quun Dic-^ tionnaire les leur indique ; et il ne voit pas aussi que les femmes font une grande partie des Langues , et que lorsque les expressions indétermi^ nées f qu'elles inventent sans cesse , sont consacrées ensuite par l'usage, les Académies sont bien forcées de les admettre.
Si l'on veut au reste s'exprimer avec propriété sur l'article de faux ^ voici la leçon que nous
donne le censeur avec une pédanterie vraiment risibl'e. « Le Êiucheur af&le très-sOuvent sa faux^ » et il la ckaple de temps en temps. Jamais il w ne va au pré Sans porter son chaploir, a cause » des accidens qui peuvent survenir à sa daille. }) Toujours son charabec pend à sa ceinture ,.
» et y lorsqu'il n'affile pas ^ sa queue trempe » dans son coffin lie à sa per^nne. »
Voilà la belle langue que le censeur veut qu'on substitue aux expressions indéterminées quon aime à entendre sortir de la bouche des femmes.
Fourche. On dit adverbialement et prover^bialement , à la fourche ,. pour dire négligemment et grossièrement : Panser des chevaux à la fourche. Cela estjait à la fourche.
Le critique prononce que l'expression prétendue proverbiale ne devait pas se trouver là, parce quelle ne peut être gramnuiticalement expliquée avec la bienséance converuible à un Dictiomiaire de V Académie; et, tout en donnant à l'Académie cette leçon de bienséance , il recueille un conte grossier d'une jeune demoiselle qui dit à M. Huet , évêque dAvranches , en présence de père et mère , Monseigneur paraît tout j
Le censeur va chercher dans de vilaines sources une explication qui se présente bien naturellement. Dans l'expression qu'on veut expliquer y fourche n'est que le latin furcat l'instrument de bois ou de fer qu'on emploie dans les écuries. On a dit d'un cocher ou d un palefrenier qui n'employait pas l'étrille et la
brosse à panser les chevaux ^ qu'il les pansait à la fourche , expression qu'on a appliquée ensuite à tout ouvrage fait nëgligenimeat. L'expression ne se trouve-t-elle pas ainsi grammaticalement expliquée , et avec la bienséance convenable à l'Académie?
Faoidir. Devenir froid après (woir été chaud. Ne laissez pasfroidir le dîner; et avec le pronom personnel ^ les viandes se firoidissent. On dit plus communément refroidir et se refroidir. Sur cet article le censeur prononce : froïdir , né barbarisme , demeure barbarisme , et mourra barbarisme.
Je représenterai très-humblement au critique que , depuis le milieu da 1 7* siècle , où s'est préparée la i'® édition du Dictionnaire de l'Académie , publiée en 1694 , jusques et com-* pris la dernière édition , froidir et se froidir ont été regardés comme des mots français par les académiciens^ contemporains et confrères des Corneille , >des Racine > des Bossuet , des Fénélon , des Massillon , des Voltaire^ etc.; puisqu'ils se trouvent dans tous les Dictionnaires publiés au nom de l'Académie. De quelle auto^ rite se croit donc revêtu l'auteur des Remarques^ qui puisse balancer celles-là ? ou sur quelle raison peut*>'il se fonder pour rejeter, comme
barbare le yerhejhidir, formé si naturellement du substantif^iif, et ajoutant à la famille des dérivés , froideur , froidure , etc. ? N'y a-t-îl pas des cas où Jhoidir peut être mieux placé que refroidir? Le médecin qui fait prendre à son malade des eaux: thermales, ne s'exprimera-* t-il pas plus exactement en lui disant : JVe laissez pas Jroidir votte bain , que s'il dit, ne laissez pas refroidir, mot qui emporte une répétition de l'action de refroidir, qui n'a pas lieu pour des eaux qui n'ont pas été froides? Et enfin , l'Académie , en avertissant qu'on dit plus communément refroidir et se refroidir , ne remplit-elle pas mieux sa fonction de témoin de l'usage, que le censeur, en prononçant que >«/irestunbarb«isme?
c( Gàulis. Terme de vénerie , branches d'un » taillis qu'on a laissé croître. Lier des gaulis, » détourner des gaulis , etc. »
Le critique voit dans l'académicien qualifiant le gaulis , terme de vénerie , une étrange VjonUé , qui se montre , selon lui , en ce que , quoique les boulangers lient les fagots avec des gauUs f racadémicien a mieux aimé qu'on le crût chasseur à la grande bête , que dêtre soup^ çonné mitron ou geindre : ensuite il demande , si dest le taiUis ou les branches qu'on a laissé
agi
croître ; enfin , il blâme le mot branches , au 'çbxnel , parce que c'est supposer que gaidis n'a point de singulier.
On peut dire en effet que gaoiis n'est paâ uniquement un terme de vénerie. Il exprime l'ëtat d'un taillis , où le bois, revenant sur souche^ est parvenu à une certaine grosseur qui fisiit de chaque branche une perche qu'on appelle gaule; de sorte que le gaulis devient un nomcoUectif , signifiant un nombre , «n ensemble de gaules. Cependant on peut le regarder aussi comme un terme de vénerie ^ parce que ^ dans la chasse à courre ^ on s'en sert pour désigner les parties des bois et des forets qui sont dans l'état de taillis de quelques années , et où le courre est plus diCQcile : c'est ainsi qu'en a jugé Molière^ qui^ dans les Fâcheux ^ en mettant daos la bouche de son chasseur tous les termes de Fart ^ lui fait dire : .
Je poussds mon cheval et par haut et par bas , Qui pliait des gaulis aussi gros que le bras.
Le censeur aurait-il ditii Molière que gaulis était un terme de boulangerie ? On ne voit pas bien coinment l'académicien rédacteur a pu craindre d'être soupçonné mitron , et comment sa vanité a pu souhaiter qu'on le crût chasseur à la gî^ande bête. Il n'y a pas non plus d'équi-
voqueilaos la définition , qu on a laissé croître se rapporte iiaturellement À toî//î^/ et ^ qukndil se rapporterait à branches , il n'y aurait aucun inconvénieut.
Quant au singulier et au pluriel dans l'usage de ce mot ^ je veux bien qu'il puisse être employé au singulier 9 quoique je ne voi« pas trop en quelle occasion; il me semble qu-iji est plutôt uji nom collectif ^ et qu'on dit un gaulis pour un bois coupé depuis quelques années , dont les sepées ont poussé des branches qu'on peut appeler gaules , de celles avec lesquelles on abat les fruits de quelques aii)res , tels que les pommiers et les châtaigniers ; ce qu'on appelle gaider.
Gaupe. Terme d'injure et de mépris , qui se dit d'une femme malpropre et désagréable.
J^ilaine gaupe y sale gaupe. Il est du stjrle familier.
Sur ce mot , voici les décision^ du censeur : définition vicieuse ; gaupe signifie une proS" tituée , avec cette seule différence , que la der-uière ne cache pas ses déportemens. Les femmes qui font partie des éandes de voleurs sont qualifiées par eux de gaupes 9 et s'honorent de ce titre. Enfin les exemples fournis par l'Acadétnie sont de V argot des cavernes et des cabarets.
On peut croire raisonnablement que l'homme qui écrit de ce style n'a pas vécu en si bonne compagnie que ceux qu il appelle les secrétaires de l'Académie y mais^ le ton mis à part ^ voyons s'il a quelque raison.
Je lis dans Ménage i Gaupe signifie* parmi nous une servante, une grosse femme malpropre; et ce mot ^ dit-il avec assez de vraisemblance , paroît venir du latin gausçtpa &u gàusape > un tissu servant de nap'e , ou de serviette , ou de couverture , ou quelquefcSs à essuyer léé tables , ainsi qu'on le voit dans Horace, gauséèpe pur-^ pureo mensam perterêit. 11 est aisé de comprendre comment le notïi d'tm tiMrâ grossier , employé à essuyer les tables , a pti dé^renir uti nom injurieux donné à une servâïite qui est chargée de. cette fonction.
Mais ce ^'est pas tout- Dès le temps de Mo^ Hère , le sens de ce mot se trouve , sinon fixé , au moins employé d'une manière qui exclut absolument l'acception grossière que lui donne le censeur, et justifie celle de l'Académie.
Lorsqtie, dans la jwertiière ^nt du jTartuffe , madame Pemelle dit à sa servante , en lui donnant un soufflet , marchons ^ gaxipe , jnarchons , elle n'entend pas sans doute que la pauvre Flipottee^^ une prostituée qui cache ses déporiemens. Aucun des lecteurs et àm specta-
téùrs de cette aidniirable scène n'a attaché ce sens à l'injure qu'elle lui dit , et Molière n'a pas pu mettre l'ai^ot des cavernes et celui des cabarets dans la bouche de madame Pernelle.
Genêt. Espèce de chei^al d'Espagne , entier.
Genêt d'Espagne.
La décision du censeur sur ce mot est qu'im genêt n'est ni une espèce de chei^al , ni un che-val d'Espagne plus que de France ; que c'est un cheval entier, et que genêt est opposé à courtaut.
Voici de quoi combattre ces décisions :
Le Vocabulaire délia Crusca définit le ginnetto , sorta di cavallo di Spagna.
Dans Ariosto , chant 25« , Fior-di-Spina , Fleur d'Épine , dame espagnole , fait présent à Bradamante , qui se sépare d'elle , d'un excellent genêt..
Un otiimo gineUo In don da lei vUol che partendo toglia.
Les Anglais appellent les chevaux d'Espagne genett di Spain ; et Johnson définit genêt , small sized Spamsh horse, petit cheval tf Espagne-
On voit par là que dans toutes les langues qui ont ce mot comme la nôtre ^ il signifie
constamment un cheval d'Espagne^ et on ne peut pas douter que nous ne l'ayons reçu dans le même sens. Enfin ^ les cinq éditions du Dictionnaire de l'Académie j les Dictionnaires de Faretière, de Richelet, et tous les Dictionnaires français en attestent l'usage dans le même sens, depuis plus d'un siècle et demi. N'y a-t-il pas une véritable extravagance ou une ignorance grossière à décider y comme fait le censeur ?
Grigou, s. m. Un gredin , un nUsérahle.
C'est tout ce que rapporte le censeur de la définition de l'Académie ; sur quoi il fait contre elle la sortie suivante :
« Voila des injures, et lés lecteurs préfére- » raient une définition. Dans l'antique idiome, » grigou signifiait un pâtre. Un pâtre vit seul , n et a le temps de beaucoup réfléchir , et par » conséquent il est capable de sorcellerie. Or, » de capable à coupable la distance est petite , » selon les temps et les pays; ajoutez l'autorité » d'un texte académique tiré d'un gros livre , et n préparez-vous à voir sans étonnement la qua- » lité de grigou suffire pour &ire condamner » un homme à être jeté dans une chambre ar- » dente. »
Je demande pardon à mes lecteurs d^avoir
mis sous leurs yeux un tel non sensé. Peut-on croire, en effet, qu'en écrivant ces pauvretés, le censeur ait été mentis compas? U Êiut pourtant nous y arrêter nn moment.
En définissant un grigou, on ne dît d^injfiires à personne. On définit seulement le terme injmîeux.
Le censeur qui prétend que rAcadémie n a pas donné de définition , ne devait pas tronquer celle du Dictionnaire , dans lequel on lit à la suite des paroles citées : Un misérable qui na pas de quoi pivre, ou^i, ayant de quoi ni^re, pit d'une manière sordide/ et ce sont em effet les idées que réveille pour nous le mot de grigou.
Qu'est-ce que Y antique idiome auquel nous renvoie le Q^nseur pour nous expliquer le mot grigou! Est-^e le celte ^ le has-bretoia? encore devrait-il indiquer ses sources. Dans quel Vocabulaire , dans quel ancien manuscrit a^-t-il vu que grigoa signifie pâtre?
C'est assurément une cbose curieuse que le raisonnement par lequel il arrive bf nous mon-*trer un danger , de uoir fêter un homme dans une chamhre ardente { sans que nous sachions ce qu'il entend par tme chambre ardente ) , d'après l'autorké de FAcadémie qui aura défini grigou ; et comment son berger devient comfable de capable , etc. , etc.
Je dirai à cette occasion l'étymologie que j'e crois pouvoir donner au mot grigou , parce qu elle servira en même temps à en déterminer le sens.
Les' Italiens emploient le mot gregario , pour signifier un homme de petite condition ; Di ordinaria. condizione, dit La Crusca. On trouve dans Machiavel , j^rte délia guerra :
Quanto agli uomini bassi e soldait grega^ rii y etc. On voit par là que ce mot gregario a signifié en italien un homme de basse condition y du petit peuple ^ et qull a pu bien aisément ensuite prendre un sens plus dé&vorable et injurieux ; et on peut croire assez Vraisemblablement que nous avons rapporté chez nous de nos guerres d'Italie ^ ce mot en l'altérant , puisque c^ gregario , et du latin gregàrius , pirononcé à Vitslienne gregarious , il a été facile de feire grigou.
« Gu£T-APEN&. s. m. Embûche dressée pour » assassiner quelqu'un , on pour lui feirëi quel- » que grand outrage. Ce n'est point une ren^ n contre ni un duel , c'est un guet^-apens. 11 » vient de l'ancienne façon de parler ;, guet » appensé , guet prémédité. »
Voici lés observations du censeur. Une ren^ contre ; déins l'exemple , est un solécisme ,• //
faut dire un rencontre , parce quil est employé dans le sens de combat singulier.
Je réponds que rencontre ne signifie pas là un combat singulier ^ mais le hasard qui peut rapprocher deux individus et les faire se rencon- 4trer , hasard qui n'a pas lieu lorsque l'un des deux attend et guette lautre. Il n'est donc nullement là question de combat. U faut donc dire une rencontre ( sauf à examiner si Ton dit un rencontre , lorsqu'il y a combat). Je sais bien qu'on trouve dans nos anciens écrivains, et dans nos poètes marotiques, en ce rencontre nous perdîmes beaucoup de gens; et en ce rencontre ^ pour , dans cette occasion. Mais il faudrait observer qu'il vieillit.
La seconde critique du censeur tombe sur l'origine que l'Académie donne au mot gnetapens. « U prétend qu'on ria jamais dit ap^ pensé; cp^ appensé est un ancien adjectif qui ne signifiait point prémédité , et quil ri a jamais pu servir d'adjectif à guet , qui ne signifiait point r action de guetter^ mais des gens apostés pour guetter, w
Toutes ces assertions sont gratuites et feusses.
On trouve dans Nicot , appens , faire un meurtre de guet'' appens^ ou appensé , et de propos délibéré ^ meditatà ratione csedem perpetrare. •
Dans Monet, appens , appensé ^ délibéré pour pensé , animo deliberatum , destinatum.
Crime de guet-appéns , de guet-appensé.
Âppenser , dit Ménage , se trouve souvent dans les chroniques de France , pour délibérer; et il cite Pasqxiîer, dans ses Recherches, Iîv^tiiï. A ces autorités je pourrois en ajouter dix autres.
Les Italiens disent appensato ,. 'pour prœco* gitatus , prémédité.
Il est donc faux qu^appensé ne se soit jamais dit, et qu'il n'ait jamais signifié prémédité.
Il est faux aussi que guet n'ait pas signifié autrefois l'action de guetter , mais seulement les gens postés pour guetter. Il y a plus de deux siècles qu'on dit en françaisyâ/re le guet , c'està-dire faire la garde.
On ne peut trop s'étonner de la hardiesse avec laquelle le critique prononce des jugemens qui décèlent en lui tant d'ignorance.
Hic et Hoc. Les articles hic et hoc fournissent au censeur une occasion de déployer sa bizarre érudition.
L'Académie a dit, hic , subst. m. (h s'aspire) se dit en parlant du nœud , de la principale difficulté d'une affaire ; iH)ilà le hic.
Le censeur voit là trois &utes :
Il prétend d'abord que la phrase est sans no-
xninatif , ni exprime , ni sous-«ntendu ; et on lui répond : le nominatif exprimé est hic , que la parenthèse n'empêche pas d'èlre le nominatif de la phrase , hic se dit, ete.
Il trouve ensuite que ce n'est là qu'une indication vague du sens figuré d'un de nos plus antiques termes y et non pas une définition.
Il me semble cependant que celui qui dit : le hic est la principale difficulté d'une affaire , se fait bien entendre et donne une définition.
Quant à l'antiquité du terme hic dans la langue française , comme il est bien notoirement latin, nous ne comprenons pas à quelle époque antérieure > et surtout à quelle source gauloise le çeii^seur prétend le rapporter.
Enfin , le censeur blâme le secrétaire perpétuel de n'avoir pas fait sur la phrase , sfoilà le hiCf. les recherches convenables^ qui lui auraient appris que y sous la première et la seconde race , hic avait une signification littérale que la rédaction contrarie sans motif.
Comme le critique ne nous apprend point quelle est cette signification littérale de hic sous la première race , nous' n'en pouvons rien dire , son assertion n'ayant pour ses lecteurs aucun sens. Cependant, en attendant qu'il nous instruise , nous lui dirons que cette phrase commune , voilà le hic , a une signification et une
3oi
origine bien simple , que lui seul pourra contester ; et la voici :
Les lecteurs d'une pièce manuscrite ou imprimée jdans les temps voisins de l'invention de l'imprimerie , mettaient souvent à côté des endroits remarquables le monosyllabe hic , abrégé de hîc advertendunif hic sistendum , arrêtezvous ici f ici faites attention; et cet usage ^ étant devenu familier , a amené fort naturellement la façon de parler proverbiale : c^est là le hiù , c'est là la principale difficulté de l'affaire , l'argument le plus fort de la cause.
Le critique n'est pas plus heureux sur l'article hoc. L'Académie a dit que l'expression cela wus est hoc , venoit du jeu appelé le hoc, dans lequel en jouant une carte qui l'emporte sur les autres^ le joueur dit : hoc. Cet article , dit le censeur , semble rédigé par une joueuse de hoc, et non par Vj^cadémie [française. Cette étymologîe est empruntée du savant Ménage , qui ne consultait guère les joueuses pour son travail.
Il ajoute que le substantif français hoc n'est pas moins indépendant des cartes à jouer , que ne l'était autrefois le participe pic, dont le synonyme blessé est indiqué dans sa remarque ^ur l'article capot.
N'est-ce pas un spectacle risible que celui
dW prétendu savant cpii s'annonce ccmune le grand réformateur du Dictionnaire de la langue française , écrivant de ce style et avec cette obsicurité ?
Quant à Forigine de cette Êtçon de parler :
cela m est hoc , il y en a une plus naturelle et plus anciennement apportée que celle de Mé* nage ; elle est fondée, sur le faijt bien connu de la di^nction des deux parties de là France , l'une en deçà j l'autre au-delà de la Loire , en la langue d'oil et la langue d'hoc y c'est-à-dire , en deux pays j dans Tun desquels on disoit oil ou oui , pour exprimer le consentement , tandis que dans l'autre on disoit hoc. De là il a été assez naturel de dire : cela wus est hoc y pour je vous accorde ce que vous me demandez; tenez-vous-en sûr, j'y consens, je dis hoc. A la vérité ^ il n'y a point là d'antique substantif français qui ait rien de commun avec pic , repic et capot ; mais cette érudition n'est pas ici fort nécessaire , et en ces matières ,
Faute de senrir un tel plat , Rarement un festm demeure.
Méditek une méchante action , en comn mettre une bonne ^ a sont, dit le critique, deux » solécismes, autre part que dans une bande » de voleurs. »
De ces deux parties de la phrase soulignée i la première seule est du Dictionnaire. Si ht seconde est un solécisme , c'est de mauvaise foi qu'on la prête à FAcadémie.
Quant à la première , il est impossible à tout autre qu'au censeur d'y voir un solécisme , ni dans une bande de voleurs ni autre paît. Nos meilleurs écrivains disent sans cesse , méditer une horme y une méchanie action. Méditer les vérités étemelles. On ne sait absolument ce qu^a voulu dire le critique.
MiRMiDON. On appelle familièrement minmidons, déjeunes gens dépende considération et de petite taille , etc.
Les remarques du censeur sont d'abord que « l'explication de ce mot eût moins embarrassé » l'académicien qui l'a rédigé ^ si ce dissertateur » en eût conservé l'orthographe , qui est mire" » midonc ^ signifiant regarde-^moi donc. Il nous » enseigne ensuite qu'il y a une sorte d'œiUet » qui porte ce nom, et enfin il reproche à l'Académie d'avoir oublié mirlijlore qui vaut bien ses mir/nidons, et qui signifie guetteur defiU lettes.
L'étymologie indiquée est absolument dans le genre de Bninet , avec cette différence que Brunet se rit de lui-même et ne prétend pas
Élire croire à son parterre les extravagaDces qu'il leur débite ; au lieu que c est très-sérieusement que l'auteur des Remarques noixs instruit que mirmidon est une corrupti<m de mire^mi-dono^ et mirliflore de mîre-les-fleurs , ^ce qui signifie guetteur de fillettes. La littérature n'est-elie pas bien malheureuse d'être en butte et en proie à des dissertateurs de ce goût et de cette force ? Les écoliers qui dans leurs classes sont allés jusqu'au septième livre des Métamorphoses (ï Ovide y savent que l'île d'Égine ayant perdu par la peste tous ses habitans y victimes de la colère de Junon , Œacus leur roi conjure Jupiter son père , de lui rendre son peuple , ou de le priver lui-même de la vie , et que Jupiter , touché des prières de son fils y change en hommes une multitude innombrable de fourmis qui faisaient leur demeure au pied d'un chêne immense ; quXXlacus leur partage les terres que la peste avait laissées sans cultivateurs -et sans maître y et qu'on les appelle mjrmidons y par allusion aux fourmis auxquelles ils doivent leur origine y et dont le nom est |!xvpfjtty)5, ce que le poète exprime avec sa grâce ordinaire , en faisant dire à Œacus :
Vola Jovi soho , popuUsque reçentibus urbem Par/iorj et yacuos priscis cultoribus agros ; Mjrrmidonasque voco nec origine nomina frauda : Corpora vidisti.
Le Nec àrigmé nomina fraudo est expliqué piBir Farnabe> MjrrmicUmas àformicis voco.
Je renvoie mes lecteurs et le censeur luiitiéme à cette belle description de la peste , dans laquelle Ovide parait avoit» imité Homère , comiAe avaient fait avant lui Thucydide , Lucrèce ^t Virgile > et comme ont fait depuis Sëtièqûe^ Lueain^ Stace, Silius Italiens. Je les invite aussi à lire la bonne traduction qu'en a feite M. de Saint- Ange , dont l'ouvrage mérite une place distinguée parmi le^ productions de notre littérature.
En Se rappelant cette fable conservée dans Hésiode, dans ApoUodore, dans NatalisComes et tous les mythographes , n'y voit-on pas sans incertitude la véritable étymologîe du mot mirmidons , appliqué à des hommes de petite Stature , et en général à des hommes , figuréthent petits en quelque genre que ce soit ?
West-îl pias naturel de supposer que des hommes deventis tels , de fourmis qu'ils étaient auparavant , tiennent quelque chose de leur origine ? et cette acception peut avoir été facilement îma* ginée paf quelque savant , à qui Ovide et les autres mythologues étaient connus.
Le Cùtpora pidisti d'Ovide ^ qui n^â pa^ été bien ex|>lique pat les cbmâJentateurs , semble conduire à cette idée. Je lé traduirais : Vous
voyez leur petite taille. La traduction de M, de Saint-Ange éloigne à la vérité cette explication..
F'oiis a{fez vu ce peuple et sa mâle stature. Mais corpora vidisti n^a point ce sens-là. L'éloge que fait Œacus de l'économie et de la vie laborieuse de ces gens^ semble plutôt un correctif à l'hémistiche antérieur, corpora sddisti^c'est comme s'il disait : Ces. hommes sont de petite stature ; mais ils sont vigoureux et préparés aux travaux de la guerre ,- par l'habitude de la vie frugale et laborieuse qu'ils tiennent de leur origine.
J'ai oublié de dire que le critique , dans cette phrase on appelle mirmidons de jeunes gens y blâme le de comme solécisme y et prétend qu'il faut dire des jeunes gens. Nous croyons que dans le style familier , qui permet l'emploi du mot mirmidon , on peut employer en ce cas l'article indéfini de aussi-biea que des. Sî on demandait qui est-ce que vous traitez de mirmi'^ dons ? on répondrait fort bien : Ce sont de jeunes gens dont le plus âgé n'a pas vingt ans, et qui viennaU nousjaire des remontrances.
MoucHOiii et MoucHVRE. Sur ces deux arti-« clés le censeur se laisse aller à son mauvais ton et à son mauvs^s goût , d'une manière si révoltante , que nous avons quelque scrupule en mettant ses paroles sous les yeux de nos
lecteurs ; mais d'un autre côté , nous ne pouvons nous abstenir de montrer, par cet exemple, à quel critique l'Académie a affaire.
(c Le rédacteur, dit-il, a ignoré une autre » signification du mot mouchoir ^ qui signifie ce ^ » meuble d'un instant, au sujet duquel Rabelais ^ s'égaya dans un de ses chapitres; ainsi que » celle du mot mouchure , pour désigner ce » qu'un académicien cache dans sa poche , et )} qu'igi manœuvre j^tte à terre , et dont on peut >) avoir besoin 4e parler à 1^ blanchisseuse , ou » même à un médecin. >>
Voilà , certes , des observations bien utiles. Voilà des omissions bien importantes réparées. Voilà Rabelais et les académiciens , et les ma^ nœuvres et la blanchisseuse cités biçn à propos.
Mourir. Le censeur relève quatre fautes dans l'article du Dictionhaîre.
i^. L'Académie ayant rapporté le proverbe tiré de l'Ecclésiaste : Un chien yisfant vaut mieux qt/un Uon mort, Iç critique dit que cette vérité morale , traduite de l'hébreu , ne peut pas être un proverbe , parce qu'une peau de lion a du prix; raisonnement si ridicule, qu'il est inutile d'en faire voir le vice.
2^. L'Académie définissant ce qu'on appellf^ çni français ^en$ de main morte % gens d'églisQ
qui possèdent des domaines , le censeur pro^ nonce que c'est là une erreur de praticiens ^ sans dire en quoi cette erreur consiste.
5<*. L'Académie rappelant qu'on dit proverbialement : Plus de morts ^ moins d'ennemis, le censeur ajoute, que cela se dit méchamment, sottement , et non proverbialement. Il est pourtant aisé de voir qu'une maxime , quelque immorale et quelque méchante qu'eUe soit , peut n'en être pas moins ufi proverbe ; pour sotte , c'est un défaut qu'on lîe reproche pas communément aux maximes immorales.
Moutarde. « Composition Êiite avec la graine de sénevé , broyée avec du moût ou avec du l^inaigre. »
On va voir ici un nouvel exemple des égare* mens auxquds une érudition confuse et mal digérée peut conduire un esprit Êtux.
Le critique râ{^orte d'abord deux origines données au mot moutarde , dont Vabbé Ménage et ses émules ont gratifié , dit-il , te substantif moutarde, l'une qui le £ùt venir de multx) ardens, l'autre de mustum ardens ; et y selon Fauteur des Remarques ^ tf la seconde a triomphé^ parce » que les compilateurs , ks poètes et les apo- » thicaires ont Êdt venir la mode , qui à duré » deux ou trois automnes , de délayer de la
» moutarde daas du moût , et qu'ils ont sou- )) mis les collèges de Jésuites , voire même les )) Académies. »
Pour démontrer le ridicule de cette explication ^ je ne serais pas en peine de retrouver^ dès le quinzième et le seizième siècle ^ des preuves qu'on y a connu l'usage du sénevé broyé dans le moût de vin ; mais > pour ne remonter qu'au seizième siècle , le Dictionnaire de Nieot ^ imprimé en 1606 , définit la moutarde , à nomine mustum et verbo ardeo ^ parce qu'on la soûlait faire de moust (.de vin ) , comme encorefait-on à Dijon et jingiersj le sénevé sentant pour lui donner ardeur et pointe. Moust ardent.
Je trouve encore dans le Dictionnaire de Monet > imprimé bien avant le milieu du dixseptièiue siècle , moutarde , sauce composée de graine de sénevé pilé ^ et de uin.
Ces témoignage» ne permettent pas , comme on voit ^ de croire que c est depuis Méùage , et pour établir leur étjmologie , que les compilateurs , les poètes , les apothicaires ont fait venir la mode de faire la moutarde avec le moust.
C'est tout aussi peu raisonnablement que le
' critique prononce qu'on ne broie pas la mou-*
tarde , si ce n'est par oisiveté : qu'on la pile ou
la tamise, pais on la délaie dans Veau , du vin,
ou autre liqueur.
3io
L^Àcadémîe ayant observé aveci raison qu^orl &p{>elle aussi moutarde la graine de sënevé dont dn Êdt la moutarde proprement dite , a bien pU dire qii'ôn la broie i car , quand on la Êiit à Di-» jon ^ pM exemple , en ia mêlant avec du moût , Cëftàinement on la broie; et puis le critique, qui Convient qu^on pile la moutarde , voudrait-il bîeii noUà dire la différence qu'il faut mettre etitte iâ broyer et la piler ?
Enfin , pour combler l'extravagance dans ses levantes recherches , le critique nous apprend que le substantif moutarde était anciennement trumtatde > sans nous en donner d'autre garant que sott affirmation y et qu'il a été fait du verbe monter, comme mUsard dé muser , et gueusard
J'ai peine à croire que toute cette érudition du Censeur soit plus instructive que celle dn sa-* Vant ouvrage que iPantagrUel trouve dans la bibliothèque de Saint- Victor, de mùustardd post prdndîum, ^èMefidâ lihri quatuôrdecim.
PaôNê* Mbrc&àu de ioite de côtoH dont tes nègres et fer Indiens , qui vbnt nus , s'enveloppera le cbrps depuit Id teinture jusqu'aux genoux.
Ne dirait-on pas , demande le Critique > à lire cet article , que nous sonmies allés prendre Id
3ii
substantif /)ag72e chez les Asiatiques et les Africains? Cependant pagne est, de toute antiquité, un terme gaulois , racine du mot compagnon.
Que pagne soit un terme gaulois de toute an*dquité , qu'il ait signifié tout ce que le censeur voudra , qu'il ait fait le mot compagnon , tout cela est parfaitement étranger au Dictionnaire
de l'Académie ; elle n'a pour objet que de recueillir et d'expliquer les mots de la langue usuelle f actuelle. Or aujourd'hui , et en France y on n':emploie le mot de pagne que pour signifier le morceau de toile de coton dont les nègres se couvrent le corps, de la ceinture aux genoux.
Ce terme se trouve dans toutes les relations des voyageurs français , qui ont décrit les pays où cette sorte de vêtement est en usage , à dater du commencement du dernier siècle.
Dans la relation de l'Afrique occidentale de . Labat , publiée en 1728, on lit : Pagne est un nom générique qui signifie un morceau de toile dont on se sert pour faire des çêtemens.
Desmarchais^ dans son F'oyage de Guinée , emploie de même le mot de pagne , et le définit de la même manière. Il n'est pas dans les premières éditions du Dictionnaire ; mais devenu plus fréquent à la suite de la multiplication des
relations de cette espèce ^ il a été inséré d^ns réditioQ de 1 740.
Ce mot^ au reste, est tout simpl^a^e^t I^ mot jpono de la langue des Portugais y porté aux côtes d'Afriijqe qu'ils ont découvertes et conquises , qui signifie cbex eun y comnie ea espagnol , un tissu de lin ji de clianvre, et dç quelque matière que ce soit , mais qui , à )a côte d'Afrique , ne désigne que la toile àc coton qui se &d)rique et se teint par les naturels du pays. U n'est pas besoin d'observer que le mot espagnol et portugais vient du latin pjarwus,.
Cela poîsé , peut-on a'étonner assez de l'observation magistrale du censeur , contrariant des Êiits constans ?
Quant aux aqtres traits de son érudition , on le prie d'indiquer dans quel ancien auteur français , il a trouvé le mot pagne en un sens d'où ait pu dériver le mot compagnon ; car il n'est ni dans Fauçhet, ni dans Borel, ni dans le Dictionnaire celtique de Bullet, ni dans le Glossaire français de Ducange.
On sait ,. au reste , que tous les étymologistes font venir bien naturellement le mot com" pognon, du latin du moyen âge , companagium, compagium , dans lesquels entre l'idée de pain mangé en commun. On croit que le censeur résoudra mal ces petites difficultés.
Je crois pouvoir terminer ici mes observations. Elles sont déjà trop étendues pour n'avoir pas lassé la patience du lecteur qui aura daigné les parcourir toutes; et elles sont en assez grand Qoatbre pour les convaincra de la légèreté ^ du faux esprit , du mauvais ton et du mauvais goût de récrivain qui a fait cette critique du Dictionnaire de l'Académie. Que s'il leur restait quelque doute sur ce point , je leur dirais encore que je n'ai pas relevé la dixième partie des erreurs de l'ouvmge que j'ai pris la peine d'examiner.
En terminant ce» observations , Fauteur lui* même n'a pu s'empêcher de se reprocher, comme perdu , le temps employé à réâiter de si misera-^ blés critiques ^ et peut-être phisîeurs de ses lecteurs en porteront le même jugement et regarderont surtout commeau-dessous de la dignité de l'Académie \ine défense quelconque contre une attaque aussi indécente et aussi déraisonnable.
Nous combattrons cette opinion , en citant deux journaux accrédités qui , en critiquant aussi les Remarques y ont blàmé te défenseur de FAcademie tant sur la ferme que su^ le fond de sa critique. Nous croyons devoir conserver leur censure et notre réponse, en faisant observer qu'elle est d'uu académicien et non de l'Académie.
3i4 ADDITIONS
\Aux Observations imprimées vontre Voui^rage intitulé : Remarques morales sur le Dictionnaire DE l'Académie.
Depuis que ces observations ont paru la première fois, elles ont été censurées dans un écrit inséré au Magasin encyclopédique de Fannée 1608, tom. 2 ^ pag. 865; et imprimé aussi à part.
Dans ce petit ouvrage , en critiquant la réponse au censeur du Dictionnaire , on relève plusieurs défauts réels ou prétendus du plan et du travail de TAcadémie.
Je n'ai point répondu dans le temps ; mais aujourd'hui je crois pouvdir joindre aux Observations quelques réponses aux critiques imprimées dans le Magasin encyclopédique.
Le critique déclare « qu'il avait eu le projet » de soumettre à la discussion de la société po*- D lymathique ou philomatfaique, quelques réfle- }) xions que lui a suggérées la lecture compara- » tive d'un ouvrage polémique dirigé avec une » indécence révoltante contre le Dictionnaire JD de l'Académie^ et de la réponse fisiite par un » ancien académicien à l'auteur anohyijne de
>!) cette critique, réponse dictée plutôt pàt là
>) passion que par Famour de la vérité ; mais il
» à renoncé à ce projet, parce qu'il n'a pas été
» beaucoup plus satisfait de la réponse que de
» l'attaque. Le champion de l'Académie , dît-il ,
» s^attache beaucoup plus à la forme qu'au fond ;
» il perd trop de temps à reprocher à son ad-
» versaire son impolitesse ; il se plaint d'une
» manière très-peu civile ; et , si l'on veut voir
i) une réponse aux Remarques hien plus directe
» et bien plus forte, on la trouvera dans les Ar-
» chives littéraires , excellent journal , etc. »
Il parait d'abord étrange qu'en convenant que le censeur de l'Acadéniie est d'une indé-*
cence révoltante ^ on trouve mauvais que je lui reproche son impolitesse. Après avoir rapporté deux pages d'épithètes injurieuses données aux définitions , aux phrases , au langage , aux expressions recueillies et employées par l'Académie, j'ai dit qu'en lisant cette « collection » d'injures grossières , on est tenté, de jeter le » livre , et qu'on se croit dispensé d'y chercher » à ce prix ce qu'il peut y avoir de raisonna- » ble ; mais qu'on répondra pour que l'igno- . » rance présomptueuse ne prenne pas le silence *) du dédain pour l'impuissance de la réfiifer. »
£t en suivant et discutant tous les articles , j'ai
lait remarquer le moussais goût , le faux esprit y, la déraison du censeur de F Académie. Yeilà Routes les injures que j'ai pris la liberté de lui adresser.
Si le censeur de l'Académie a véritablement mérité ces reproches ^ j'ai pu les lui Étire sans cesser d'être poli , ou plutôt on ne peut regarder comme impolis des reproches aussi mérités.
Quand le critique ^ donnant au défenseur de l'Académie des leçons de politesse , le renvoie aux Archives littéraires comme à un modèle ^ je souscris de bon cœur à l'éloge donné au journaliste et au journal ; mais je tire de cet éloge deux argumens contre ses décisions.
J'observe que dans cette réponse le journaliste qu'on ne trouve pas impoli ^ ne se Êiit pas scrupufe de dire , « que les Remarques du cen- » seur du Dictionnaire sont un ouvrage rempli » d'assertions bizarres ^ de bévues palpables ^ » de chicanes déraisonnables , présentées d'un » ton peu convenable ; que les bévues et les » absurdités soilt si nombreuses qu'il y a un vé- » ritable embarras à choisir ; qu'on y affirme » sans preuves les choses les plus étranges et » souvent les plus absurdes. >i
Je ne crois pas qu'on puisse blâmer dans le rédacteur des Archives cette manière de traiter et de combattre l'auteur des Remarques ; on ne
peut s^empêcher d'appeler absurde ce qui est absurde ; mais je puis dire qu'en aucun endroit de ma réponse je n'ai employé des expressions aussi fortes ; je réclame le droit que s'est donné le rédacteur des Archives y et je demande qu'on n'ait pas pour nous deux poids et deux mesures. Je passe à l'autre imputation. Le critiqué prétend qu'en défendant le Dictionnaire y on s'est attaché beaucoup plus à la forme qu'au fond , • et que la réponse est dictée par lapassion plutôt que par V amour de la vérité. Je ne puis que renvoyer à ma brochure , pour convaincre tout lecteur que j'y ai traité le fond des questions. J'y ai discuté plus de quarante définitions ou ar« ticles du Dictionnaire y en réfutant les critiques du censeur avec tout le détail nécessaire pour en prouver la fausseté , ce qui est certainement s'attacher au fond ; et quant à la passion que le critique veut que j'aie montrée , s'il appelle passion le mépris pour la déraison^ je conviens que le reproche est juste y et je serais' encOrô disposé a le mériter*
3i8 REMARQUES
Sur une brochure qui a pour titre : Dissertation sur la préposition A ,^résentée à V Académie^ française. *
fj ACADÉMIE I dit Fauteur de la dissertation, pour expliquer les divers sens de la préposition à y emploie deux formes , dont la première ^ consiste à indiquer un nombre de locutions dans lesquelles cette préposition prend le sens d'^^près , as>ec , en, dans , sehn , pour, ensfiron , suis^ant , par , sur, s^ers, etc.
L'auteur de la dissertation attaque toutes ces explications àlafois , en prono nçant que lapré-^ position a n'est synonyme d'aucune autre prépo* sition française , et il combat les unes après les ^autres toutes les explications du sens de la mér position à, tirées p^ l'Académie de cette synonymie.
L'Académie ^ conti nue le critique , explique divers autres emplois de la préposition à , en disant qu elle sert à désigner le lieu , la situation , la posture , le temps , la distancé , la qualité , la valeur, la quantité , la numière , te moyen, la fn, l'aptitude, la forme, l'usage^ la propriété, etc.
Le critique affirme, que toutes ces valeursr^ attribuées à la particule à , sont des valeurs pré^ tendues; et sa sëyërite est telle y qu'il ne laisse pas un seul des exemples cités par F Académie sans en contester la justesse. Enfin ^ il déclare nettement quCil a traité la préposition à con^ tradictoirement avec ce quen a dit VAca'^ demie.
En critiquant si durement l'Académie , Fauteur proteste cependant de son respect pour elle, et demande quelle ne le confonde pas avec cette foule d'insolens déclamateurs qui ne cessent de déblatérer contre le meilleur des Dictionnaires.
Cette phrase donne à entendre assez clairement que l'Académie regarde ses critiques comme dUnsolens déclamateurs , et son Diction-* naire comme le meilleur des Dictionnaires.
L'Académie en aucun temps n'a donné de prétexte à de pareilles imputations ; elle s'est fait constamment un devoir de profiter des critiques ; dans son travail actuel^ elle les i:ecueille soigneusement. L'auteur de la dissertation reconnaît lui-même que l'Académie a souvent adopté comme siennes les vues de plusieurs, par-^ iiculierSf différentes de celles qu'elle avait anté-^ rieurement manifestées; où l'on voit que, tout en intentant à l'Académie une accusation de
plagiat f il noufi la mbntre comme mettant à profit les criti^ee dirigées contre eUe.
L'Académie n'a pas non plus regardé son Dictionnaire comme le meUleur des Diction^ naires^ elle sait vraisemblaUemem mieux que le censeur combien un Dictionnaire est un ou-^ vrage difiicile , et que celui auquel elle tra- Taille est peut-être le plus difficile de tous y à raison des anomalies' de notre langue y de ses idiotismes y de la puissatice que l'usage a sur elle^ de la différence des genres et des styles y plus marquée chez elle que dans aucune autre, etc.
L'auteur, protestant encof*e de son respect pour l'Académie , nous dît : (c Qu'il est impos- M sible de donner trop de dévelojppémens à une A opinion opposéeàcelle d'une compagnie aussi M célèbre par ses lumières et par Férudition Aé u ses membres que ta été ce tribunal suprême » de notre littérature. »
Ici Fauteur nous semble n'être pas bien d'aceord avec lui-itiême. Selon lin , c'est la célébrité de la compagnie qui mérite les ménagemehs auxquels il veut bien s'astreindre enters elle ; mais, pour cela, il faut qu'elle ait encore la célébrité et les lumières à qui ces égards sont dus. Or , le censeur tious fait entendre que ces avantages , elle ne les a plus , puisqu'il nous dit qvkeUe a été ^lèbre. Un grammairien qui
connaît Fusage des temps y sait bien que dire quune compagnie a été célèbre , c'est énoncer en même temps qu elle a cessé de l'être ; si cette célébrité a été et ia'est plus , l'auteur peut se donner avec l'Académie toute liberté ; mais , alors f ses protestations de respect sont en con-* tradiction avec l'âpreté de ses censures.
Je demande pardon à l'Académie <le m'être arrêté un moment à écarter des traits qui né peuvent l'atteindre. Je vais parcourir et réfuter les observations de Fauteur de la dissertation, dans ses deux psurties; et d'abord dans.celle où il combat les synonymies indiquées par l'Académie entre à et d'autres prépositions.
1^. ^f dit-il^ ne signifie point après dans les locutions à deux mois de là, à deux jours de là. Il exprime l'idée , P époque à laquelle expireront deux . mois ou deux jours , comme termes d'aboutissem^ent.
Il est évident ^ dirai- je , que dans cette phrase^ à deux jours, de là facile sens S après j puisqu'il signifie exactement après deux jours , après deux mois écoulés , comme arracher poil à poil y brin àhrin y et autres locutions alléguées par l'Académie I sont équivalentes à celle-ci : arracher poil après poil y brin après brin y etc.
Que la phrase, à deux jours de là exprime ou nqn l'idée dWe époque ou d'un terme d'a«
3'Jt2 ^
boutîssement , cela n'empêche pas cpià n*y soit réquivalent à! après , et puis comment l'auteur trouvera-t-il l'idée d'époque et un terme d'aboutissement dans les locutions arracher poil à poil et réciter mot à mot ?
(c 2<>. A^ continue le censeur, ne signifie point » a\>ec dans les locutions couteau à ressort , clou n à crochet qui ne sont pas synonymes de cou- » teau avec ressort , ni de clou as^c crochet ; » car , dit- il , avec représente une idée de con- » comitance d'objets différens, au lieu qu'à » n'exprime qu'une simple modification de l'ob- » jet des manières dHétte du couteau et du ^) clou, »
Je réponds que, dans les deux exemj^es cités, à est parfaitement synonyme d'aide ; que le couteau à ressort est un couteau ai^ec un ressort qui presse la lame contre le manche , et le chu à crochet un clou a\fec un crochet, formé par une extrémité du morceau de fer dont l'autre extrémité est en pointe et forme le clou.
Et toute la métaphysique du censeur contre cette synonymie se tourne contre lui-même, car, dans le couteau àressort,leTessortest une pièce distincte , et dans clou à crochet, la forme difierente de chaque extrémité en feit deux objets différens , et pour enïployer le langage du censeur dans Tune et dans l'autre il y a concomi^
tance du ressort avec le couteau et des deux usages du clou, comme clou et comme crochet.
5®. C'est avec aussi peu de raison que le censeur combat le Dictionnaire , disant qu'à est souvent pris pour en et dans , comme dan» les locutions être à son rang , être à Paris y se jeter à Veau y être blessé à V épaule.
A y dit-il , ne signifie pas dans, ce Les locuw tions précédentes ne sont pas équivalentes à « celles-ci ; être dans son rang , en son rang , »> être dans Paris, se jeter dans l'eau, être blessé w dans l'épaule , parce que les premières dési- » gnent un terme d'aboutissement, et les secon- » des, une idée de capacité ou de compréhen- ;) sion. »
Nous opposerons d'abord au critique des exemples de quelque autorité.
Dans ces vers de Corneille ^
La faveur du roi , Vous élève en un rang qm n'était dû qu'à moi ,
est-ce Q^en n'e3t pas synonyme d'à ?
Et dans ces vers de Voltaire :
Or maintenant voulez-vous , mes amis , Savoir un peu , dans nos jours tant maudits , ^ Soit à Paris , soit dans Londre ou dans Rome > Quel est le train des jours d'un honnête liomme ?
k n'est-il pas synonyme de dans ?
Et l'exemple est d'autant plus décisif ^ que Voltaire y- suppose cette synonymie d'à et de dans de la manière la plus expresse 9 en employant y dans le même ye rs ^ ces deux prépositions dans le même sens ; ce qui n'est pas l'efiet de la gêne du vers , puisqu'il aurait pu dire soit dans Paris , comme il dit tout de suite après soit dans Londre ou dans Rome.
Ici , en argumentant contre le Dictionnaire^ le grammairien prononce encore sa condamnation ; car^ en admettant sa distinction^ je lui. dirai que le rang , la saille de Paris , et Veau et V épaule , entraînent aussi des idées de capacité et de compréhension ; qu'un homme qui est à son rang est aussi en son rang et dans son rang; que celui qui vit à Paris est dans Paris ; que celui qui se jette à l'eau , se jette dans Veau , et que celui qui a une blessure à Vépaule est aussi blesse dans Vépaule.
« Mais 9 selon le grammairien^ dans cette » locution être à Paris , il ne faut voir qu'un » terme d'aboutissement , un terme auquel on » rapporte une situation , et non pas un lieu » dans lequel on soit contenu : d'où suit cette » conséquence qu'à ne peut être dans cette » phrase l'équivalent de dans» »
Sans doute à sert souvent à désigner un terme auquel on tend^ un but qu'on veut attein*-
dre. C'est ce qu'il signifie dans la locution aller à Paris , où il n'y a aucune idée de capacité et de compréhension ; mais elle se trouve trèsnettement dans la locution être y mvre à Paris y qui sont le sens de Voltaire ^ parce que l'a signifie là la résidence y l'habitation.
Mais y forcé de reconnaître que y dans cette locution et les semblables > il y a quelque idée de compréhension^ de capacité , le censeur croit se défendre en disant que cette idée ne se déduit point de celle de h dans la locution y e suis à PariSy mais de celle de Paris. £h ! qu'im* porte que l'idée de compréhension se déduise de celle de Paris ou d^ailleurs y pour justifier l'Académie. Personne ne dit que l'idée de compréhension^ dans cette locution être à Paris y se déduise de à tout seul; elle résulte de la combi* naison de la prépositior^ avec le terme auquel elle se joint.
(c D'après le caractère distinctif des préposii) tions à y et dans y on voit^ dit encore le gramj) mairien y qu'il y a des locutions avec à qu on » ne peut substituer à celles qui comprennent n la préposition dans ; et il en donne pour » preuve, qu'on ne peut pas dire demeurer dans » le coin d'une rue y pour, demeurer au coin de » la rue , parce que le coin n'est pas occupé , j) habité par la personne dont on parle , et qu'il
>) n^est qu'un terme auquel on rapporte la sîtua-^ >) tion de la maison. »
Mais avec cette belle doctrine^ à qui en Veut-il ? L'Académie, ni personne , je crois, n^a dit que toutes les locutions où l'on emploie la préposition à peuvent se substituer à celles où l'on se sert de la préposition dans y ni récîpro* ijtienient \ elle a dit seulement que , dans la locution "être à sa place , à son rang, à Paris , à avait le sens de dans , comme le prouve avee ëvidenfce lé passage de Voltaire. Mais de ce qu oh ne feut pas dire demeurer dans le coin d uhé rUe , et qu'on est obligé de dire au coin , il liîç is'eiistiit J)as que , dans wVre à Paris , à faè soit pas l'équivalent de dans.
4**i Le grahimairien entreprend de prou- Ver qtie à ne se preiid jamais pour de; que tette J)ipépôsitiôn ne, désigne jamais un terme de départ ; qu'on n'a besoin de la traduire en àucUne circonstance de la préposition latine à ou ab > et que dans les phrases emprunter à j ôter à f arracher à ^ à indique au contraire un terme final d'appartenance ou de propriété de la chose empruntée, ôtée, arrachée, etc. ; ce qu'il croit prouver par cette raison , qu'on ne peut pas dire : La calomnie ôte souvent de Vhon-nête homme jusquà ses moyens d'existence , et qu'il faut dire à Vhormête homme ^ l'honnête
homme étant considéré comme le terme au-* quel les moyens appartiennent.
J observerai d'abord qu'entre les emplois de la préposition à , dans lesquels elle est équivalente à quelque autre préposition , et qui sont indiqués par l'Académie ^ celui que blâme ici le censeur ne se trouve point ; c'est un oubli qu'on a réparé dans l'édition que prépare l'Académie.
On ne peut trop s'étonner de la légèreté de3 décisions du critique^ blâmant des expressions universellement reçues. Est-ce qu'on ne dit pas : J^ous avez besoin de dix mille francs ; emprunr teznles à wtre ami y et emprimtez-^les de votre amià On a arraché ces enfans à leur mère et des bras de leur mère. Otez à cet arbre ^ ou de €et arbre , les branches super/lues ; et dans ces locutions , à n'est-il pas pour de ? ne s'expliquet-il pas bien par de ? n'est-il pas la traduction du latin à et ab, signe du cas latin appelé ablatif?
Je sais qu'en expliquant par de plusieurs lo^ cutions dans lesquelles on emploie la préposition à f on ferait des phrases qui ne seraient pas françaises. Ainsi , pour arracher à une mère ses enfans , on ne dit point , les arracher de leur mère; mais cela n'empêche pas que le de fi'ançai&^ et le de, Y à, et Vab latins ne soient dans ce
cas-là^ la traduction de la préposition fran^çaise à. Il ne s'agit pas ici de la^ régularité de l'expression , mais des sens de la préposition à, qui s'expliquent par d'autres prépositions.
S^. A continue le critique, ne signifie point far. On tie peut point dire o^^emrjpar^/re de prières f pour obtenir à force de prières j parce que^ dans la première de ces locutions , la force est un terme auquel aboutit ce qu'on obtient , au lieu que, dans la seconde, la force serait un moyen d'emploi pour obtenir. La première n'indique qu'une influence , et la seconde désignerait une contrainte , ce qu'on ne yéut pas Êdre entendre.
Il ÊLUt beaucoup de patience pour entendre et débrouiller cette mauvaise métaphysique.
On n'entend point comment la force , à l'aide de laquelle on obtient , est un ternie auquel on aboutit. Le terme est certainement la grâce, la chose qu'on obtient; la force est la cause, la grâce obtenue est l'effet. C'est mettre l'effet avant la cause que de donner la force pour le terme et le but.
La distinction que fait le censeur entre l'influence et la contrainte , est sans fondement. L'expression àjorce de prières y pré&eute précisément la constance et la chaleur dès prières, ' comme exerçant sur celui qu'on prie unç sorte
de contrainte. Dans les deux locutions, la force est également un moyen pour obtenir.
Dans à force de prières et à force de coups , à force a précisément le même sens.
Enfin y il est clair que je fais entendre par&i* tement à un en&nt ou à un étranger le sens de cette locution à force de prières , en lui disant qu'elle équivaut à celle-ci , par la force de mes prières; je dis par la force , et non pas, comme le censeur, par force de prières, expression qu'on ne saurait en effet employer ; ce qui ne fait pas qu'on ne doive regarder le par comme remplaçant l'a.
6®. j^ , selon le critique , n'est point l'équivalent de pour dans ces locutions , prendre à témoin , im^iter à dîner , et il ne donne de sa décision d'autre raison , sinon que l'idée de l'intention se déduit de celle de prendre et d'inviter.
Javoue que je n'entends pas comment cette sentence , en la supposant incontestable , peut empêcher qu'on n'explique prendre à témoin , far prendre pour témoin.
Le censeur nous oppose cette observation , que témoin n'est pas là pour testis , mais pour tesâmoniwn , témoignage ; ce qui ne me semble pouvoir servir sa cause en aucune façon.
H est bien vrai que , dans l'intention de celui
ifai parle , le témoignage qu'il veut obteuir est pour lui l'objet principal ; mais il s'agit de l'ex-' pression qu'il emploie ; et dans cette eiçpressioo, ce n'est pas le substantif abstrait témoignage dont il se sert , c'est l'être substantif^ capable d'action et du service dont il a besoin. U veut bien qu'on rende pour lui le témoignage ; mais dans sa phrase , il s^adresse à un individu qu'il prend à témoin , comm^ témoin , pour témoin.
Dire avec le censeur que , d après cette explication , prendre à témoin serait une phrase bar^ bare, c'est avoir des idées très-fausses de la na<« ture et des droits des langues , et surtout de celui qu'elles ont , de ne pas dire tout ce qu'elles entendent , et de faire entendre ce qu'elles ne disent pas: car^ quoique ici , par le mot de témoin , on entende le témoignage , c'est cepen-* dant le tém oin dont il s'agit.
7", L'auteur attaque ensuite l'Académie sur ce qu'elle a dit que dans à mon asfis y à équivaut à suivant et à selon; et il emploie pour justifier sa décision la* même métaphysique dont j'ai Êiit voir ci-dessus la ftitilité.
« Dans à mon avis , dit<-il ^ l'avis est un but » vers lequel on tend; et dans selon ou siû^ » vant mon a^isy l'avis est un terme que l'on » touche. » Je réponds :
Dans à m<m avis, l'avis ne peut être un but ;
il est bieû plutôt le point d'où Ton part pou* agir : à son âs^is j il faut donner Vassaut aujoiir* dthui pbitôt que demain. Qui ne voit que Yam est avant Vassmii , et V assaut d'après Vaçis / que Vaifis est une raison , un motif de donner l'assaut; et puis, qu'est-ce que cela fait pour empêcher que suwant ou selon num avis ^ et à mon avis , ne soient des locutions équi** valentes c}ans cette occasion ?
S**. Me voila arrivé à la huitième décision du censeur, qui ne veut pas reconnaître comme équivalentes l'une de l'autre , la préposition à et la préposition sur , ni convenir qu'on peut quelquefois expliquer l'une par l'autre les locutions ,. mettre pied à terre , et mettre les pieds sur la terre.
La raison du censeur est, qiiêtre à terre et sur terre, sont deux états bien différens ; que, dans être à terre , la terre est un terme au-' quel on est arrivé après avoir franchi un espace^ tst , dans être sur la tertre , la terre est une base y un support qui soutient. Sur quoi je demande : En quoi donc ces deux états diffèrent-ils? Un homme qui est achevai, n'est-il pas sut un cheval ? et le marin qui est à terre, n'est-»il pas sur terre. Pour l'homme qui est à cheval ou à terre , le cheval et la terre ne sont-ils pas également une base qui les soutient ? Que dans
mettre pied à terre , on voie la terre comme un terme auquel on est arrivé ^ je le veux bien. Cette idée de terme est amenée par Faction qu'exprime le verbe mettre , comme elle se trouvera dans la locuâon monter à . cheçal , amenée par le verbe de mouvement monter.
Mais lorsqu'on examine si à est, dans quelque cas y et nommément dans celui-là , l'équivalent de sur , il iaxLX juger de la locution à cheval indépendamment du verbe qui y est joint ; et la question ainsi présentée , le doute devient ridicule ^ puisque à cheval est bien synonyme de sur un cheval , et qu'on dit égalemept il était à cheval et il était sur un cheval.
9^. Le censeur blâme encore l'Académie de donner à comme synonyme d environ et denn tre; dans ces locutions : un homme de quarante à cinquante ans une troupe de sept à huit cents hommes. J(, dît-il, n'est pas plus un signe d'ap^ proximation devant cinquante que datant qua-vante : de marque le terme initial , etk le terme final entre lesquels se trouve approximativement le nombre qu'il s'agit d'indiquer par aperçu.
Pour qu'on puisse dire qu'à , dans ces locutions , est synonyme ou équivalent di entre , Hl environ^ il n'est nullement nécessaire qu'à soit' un signe d'approximation. Que de soit ou noji un terme initial et à un terme final ^
l'appronmation n'en serait pas moins exprimée par la locution de quarante à cinquante ; mais à n'est pas un terme final , et de n est point un terme initial; le terme initial est ici quarante y' eX le terme final cinquante. La préposition de indique le terme d'où part la numération, à le terme auquel elle s'arrête, et l'emploi combiné des deux prépositions , dans la locution de (quarante à cinquante , est exactement expliqué par entre quarante et cinquante.
Lorsqu'on dit que ^ dans la locution de quarante à cinquante , à s'explique par entre , on ne veut pas dire qu'à tout seul a le sens d'entre : c'est d'à précédé de de et placé entre deux noms de nombre ou entre deuit noms de temps comme dans cette phrase : d'auf* jourd'hui à samedi y je vous paierai»
Et l'auteur lui-même se condamne en reconnaissant tout de suite après, que ces locutions . et celles de ce genre supposent la possibilité d'insérer des moyens entre les deux extrêmes qui sont ici 40 et 3o. De 40 à 5o indique donc vaguement un nombre entre 40 à 5o.
Je ne conviendrai pas cependant avec le censeur qu'on ne puisse pas dire , il y avait dans la chambre de six à sept femmes , quoiqu'il n'y ait point de moyen terme entre six
et sept femmes. La justesse de Texpression de« manderait en effet qu'on dit de si^ ou sept femmes ; mais l'usage^ qui s'ëc^irte si souvent de la saine logique , autorise suffisamment cette locution y et personne ne peut se*faire scru-» pule de dire : il y avait six à sept femmes.
Après avoir refuté en détail les observations du censeur contre les explications que donne rAcadémie^ des divers sens de la préposition à en la rapprochant d autres prépositions de notre langue y je donnerai un argument général et , selon moi^ d'une grande force; en &veur de f A* cadémie.
Je tire cet ai^ment de l'autorité de l'Académie délia Crusca , qui a expliqué les divers sens de la préposition italienne a , en indiquant comme équivalentes les prépositions qui correspondent à la plupart de celles qui sont rappelées dans le Dictionnaire de l'Académie firancaise.
J'ouvre le Dictionnaire délia Crusca , et j'y. trouve sous la lettre à , dispersées çà et là , les explications suivantes que je range dans l'ordre suivi par le Dictionnaire français :
à in vece di dopo , après.
à in vece di con , auec.
à in vece d!in , en et dans.
à in vece di di, de.
à in vece diper, par.
à in vece diper, pour.
à inrecedi seconda, selon.
a in vice di soprà, sur et dessus.
Ainsi 9 voilà la plupart des explications des sens divers de la préposition à, données par l'Académie délia Crusca, et tirées de même de la synonymie de Y à en italien , avec les prépositions italiennes^ qui signifient, après , avec , dans, etc.
On peut demander si lune des Académies n a pas copié l'autre. Je dirai à cela :
La première édition du Dictionnaire de l'Académie délia Crusca , fondée en 1 582 , est de 1 6i 2 , trente ans après sa fondation , et vingtdeux ans avant celle de l'Académie française. Il en a été £ait plusieurs éditions avant la première édition de celui de notre Académie , publié en 1694. On peut donc croire que les académicien^ fraticaîs ont consulté dans leur travail le vocabulaire italien ; mais il n'en est pas moins vrai que l'autorité de l'une et de l'autre , quand elles coïncident cx>mine dans les exemples qu'on vient de citer , appuie les àé^ disions de chacune*
Je sais qu'il n'y a point d'autorité qa^on n'ait droit de combattre avec des raisons ; mais , en
ne mettant^ si l'on veut ^ aucune limite à cette audace , on ne saurait appeler, prévention , la défiance à laquelle on est naturellement porté contre un novateur sans autorité , qui croit pouvoir attaquer sans ménagement, et renverser des doctrines établies par les travaux de deux corps littéraires dont les noms sont si imposans.
Je défendrai maintenant contre le censeur l'autre genre d'explication de la préposition à , donnée par l'Académie , qui consiste a classer ses différens usages comme indiquant différens rapports au temps , au lieu, à la situation f au moyen , à la fin, etc.
Aucune de ces explications ne trouve grâce à ses yeux , et voici quelques-unes de ses critiques. Il prétend , que dans di'ner à midi , àne marque point le temps; c'est midi, parce que, dit-il, midi est un terme auquel est fixé le dU ner , et que dans à Paris, par la même raison, à ne marque point le lieu.
Dans la discussion qui nous occupe , il ne s'agit pas d'expliquer le sens de la pré^ position à isolée , mais de son sens lorsqu'elle est employée dans une locution quelconque.
j4, non suivi d'aucun autre terme, n'a point de sens , et le sens qu'il prend se détermine d'après
les mots employés avec cette particule dont on ne sait pas même si elle est une préposition , avant de lavoir £ait suivre de quelque autre mol • Dans à midi , à indique le temps , dans à Paris il indique le lieu. Que midi soit un termes je le veux bien ; mais il est aussi le temps où Ton dîne , et Paris peut être à la fois un terme et un lieu. •
Le censeur combat par des subtilités de même genre l'Académie qui dit , que dans cette locution , on dirait à le voir^ à le \^oir s'explique par le gérondif en le sfojrant.
Le grammairien conteste cette explication^ çt la raison qu'il en donne ^ est que dans la première locution l'infinitif voir désigne une action déterminante par rapport à celle qu'exprime le verbe on dirait , tandis que le gérondif désigne une action concomitante de celle qu'énonce le verbe précédent.
Je dirai d'abord qu'il est déraisonnable de prétendre que ces deux locutions .ne peuvent pas se substituer l'une à l'autre , lorsque c'est un fait , que les gens qui parlent le mieux disent également , on dirait à le i^ir, et on dirait en le uçjrant , qu'il a quelque grand chagrin. Toute la métaphysique du censeur ne peut pas empêcher une locution établie^ d'être et de de** meurer française.
Je lui demanderai encore de nous expliquer comment de ce que sH)it déâigne une action déterminante , et en ifajrant une acti<m con-comiiofUe ^ comment ^ disKJe , il s'ensuit que ces deux locutions , on dirait en le vojrant , et on dirait à le mir, ne puissent pas être em^ ployées lune pour l'autre.
Je dirai aussi que la différence qu'il met en-^ tre son action déterminante et son action conr- Gomitante est futile et chimérique ; que , dans on dirait à lé wir^ à le ik>ir soit une action déterminante > par rapport à celle de dire , cela signifie sans doute que l'action de mir détermine ^ amène celle de dire ; mais par là méme^ l'action de ^e est aussi (wu^smiiante de celle qu'exprime la locution à le voir, puisque cellelà suit immédiatement celle-ci; enfin , dans l'une et dans l'autre locution^ pair «st la cause , dire e$t l'effet ; l'effiet est ara^né par la cause et est concomitant de la cause. Le censeur ne peut donc tirer aucune conséquence de cette futile distinction.
Mais, dit lé censeur, que je yeu^ suivre dans le dédale de ses futiles disttncbom, m la locution )) à le voir ^ n'expmnequ'un motif Aedire , une » détermim^tioH à;dire , au lieu qu^en le wjxuA » exprimeîa simultanéité de l'action de wirayec » celle de dire ; que dans celle^d l'action de
» dire est un résultat; que dans la première » elle n est que déterminée par l'action de 9oir, » qui n'est que cause , ou occasion , ou motif, » de dire que Vhomme qu'on voit a quelque chof- » grin» Et on ne peut pas plus remplacer ces » locutions l'iine par l'autre , ni substituer la » locution géroodiTe à la locution infinitive , » et réciproquement , qu'on ne peut dire : Je » Pai amené en parlant ainsi , pour dire ; Je » Vai am&ié à parler ainsi, n
Je ne crains pas d'assurer à mes lecteurs que je rends fidèlement , et je crois plus clairement que lui-même, le raisonnement de l'auteur^ dont je vais faire voir les Tices.
Dans l'assimilation qu'il fait des locutions à le voir, et en le s^oy/mt on dirait, Sixec les locutions /e l'ai amené à faire telle chose , et je l'ai amené en faisant , il ne s'est sàrement pas entendu lui-même. On ne peut pas &û>^ stituer Je l'ai amené en faisant , à Je l'ai amené à faire , pan:e que les deux locutions ont des sens absolument différens , la première énonçant le but auquel on veut conduire , et la. seconde le moyen dont on se sert pour y conduire ; et l'on peut dire , et l'on dit également bien à le s^oir et en le voyant, parce que c'est exactement la même idée qu'on rend , c'est-kr dire qu'à l'aspect de cet homme on juge qu'il
a éprouvé de grands malheurs et eu de grands chagrins.
Dans sa 'dernière observation, le critique prononce « qu'on ne peut pas expliquer donner j) à manger, par donner de quoi manger, parce » que cette phrase est elliptique, que c'est une lo- » cution adjectived'un substantif sous-entendu , » c'est-à-dire de quelque chose ; et il en est de » même , dit le* censeur , terminant la pre- » mière partie de ses observations, des douze à » quinze autres prétendues valeurs que lu^ » donne l'Académie , et que le censeur con- » damne m globo. »
On ne peut entendre ces subtilités. De quoi est par&itement synonyme de quelque chose. Que la locution as^oir à manger soit elliptique ou non , elle n'en est pas moins bien expliquée par as^ir quelque chose à manger.
U n'y a point de voyageur parlant français, qui ne dise également bien à l'aubergiste qui le reçoit : Donnezr-moi à manger, ou donnez-moi de quoi numger; enfin , comment de quoi man-^ gerou quelque chose à manger est-il une locution adjective ? Toute cette nouvelle nomenclature établie par l'auteur , fait de chacune de ses assertions autant d'énigmes dont on ne sau-^ rait trouver le mot.
Je dirai maintenant quelque chose de la
deuxième partie de la dissertation , sans en- . treprendre de la réfuter avec autant de détails que je viens d'en donner sur la première.
J'ai observé en commençant , qu'elle consistait à opposer à l'Académie, i*^. un principe ou axiome général , d'où résulte , selon lui , la fausseté de toute la doctrine de l'Académie , sur la préposition à ^ et ce principe est que toutes les valeurs de cette préposition originaire exclusivement de ad , latin , se ratta^ chent à une signification unique et primitive , celle de tendance vers un point , ou de terme firud.
2®. Une énumération des emplois de la préposition à , du même genre que celle que fait l'Académie, et que nous avons rapportée en commençant, mais beaucoup plus étendue.
Je combattrai d'abord son prétendu principe ; il est évident que la préposition à est , en beaucoup de cas , très-bien traduite par la préposition ah , qui est précisément le contraire de Xad. La torture arrache à Virmocent Vaveu d'un crime qu Un a pas commis. J'ai emprunté dix mille francs à mon ami. Dans ces phrases, Va doit être regardé conune traduit de \ab et non pas de Y ad.
Il est tout aussi manifeste qu'en plusieurs de ses emploie , à ne désigne point un ternie final.
Quand je dis être à RcMne , dîner à midi , s'ha-^ biller à l'anglaise. Dans la première de ces lo*cutions^ à indique le lieu ; dans la deuxième, le temps : dans la troisième , la manièi^ d'agir.
Cest une fausse Tue de l'auteur , de croire avoir trouve dans la profondeur de sa métaphysique une idée unique ^ attachée au monosyllabe àf celle de tendance à un terme final.
U est curieux d'observer comment il se dément et se contredit lui-même , en développant sa pensée. Immédiatement après cette assertion ^ que la préposition à se rattache- à une idée unique , il la définit une préposition qui exprime primitis^emeni les idées de terme final ^ de situation , de direction , et secondai^ rement de tendance , de moyen de provenir au but , et des manières d'être ou d'agir qui y conduisent.
Or, je le demande, comment peut-on donner pour une idée unique ces diverses id^ées qu'emporte , selon le grammairien hii-même, la préposition à ? comment la diirection est*«Ue un terme final ? elle conduit ; mais eUe n'est pas le but. Je dis la même chose de la tendance et de la manière d'être ou d'agir*
Certainement dans être à Paris et se \>êtir à r anglaise , le sens , la force des deux à n'est pas la même« Le premier indiquant le lieu où
si roH-:v^eut^ la situation^ €t le second la niawère d'être ou d agir* C'est îhutilement qu'on tentera de rappeler des idées si différentes à une idée unique.
Mai^l'auteur contrarie encpreplus forteufîent ison système d'une idée unique rattachée à la préposition à , par la liste qu'il qous donne de 19 emplois qu'pn en fait.
Sejion lui la préposition à signifie :
Le terme finale à l'affût.
La tendance réciproque^ bouche à bouche.
La propriété , ôter à.
La convention , prendre à bail.
Llexposition ^ à la brèche.
La réduction I aux abois.
La convocation , à moi.
La comparaison^ à la toise.
La distinjction , un chapeau à plume.t.
La manière d être ou d'agir , à la hâte.
Le moyen d'exécution , bas à l'aiguille.
Le moyen de confection , du chocolat à la vaniHe.
Les moyens d'exercice , jouer au billard.
Une époque à venir ^ remettre au lendemain.
La succession , brin à brin.
La futurition , des fruits bons à manger.
^ Faculté et obligation , un hoHrnie à pendre.
La destination^ cuillère à pot.
Le but prédéterminé , s'amuser à jouei*.
Je n'entreprendrai pas de faire sur cette no^ Inenclature les ^ observations critiques qui se présenteraient en foule ; mais je né crains pas d'assurer que quiconque prendra la peine de comparer cette liste à celle que l'Académie a donnée de ces rapports désignés par la préposition à, trouvera que dans celle - là beaucoup de chefs rentrent les uns dans les autres , qu'un plus grand nombre sont les mêmes qu'indique l'Académie d'une manière plus simple et plus claire j que plusieurs sont expliqués faus-
sèment , et qu'en général dans la manière de les énoncer^ l'auteur est guidé par une fausse ïnétaphysique*
N L'auteur termine sa brochure par un appendice dans lequel il renvoie à un ouvrage qu'il a publié ^ il y a doute ans , sous le titre de Cours complet de Lexicologie , où il prétend avoir prouvé la doctrine qu'il établit sur la préposition à dans le chapitre où il traite des aditifs , dont il distingue quatre sortes : les aditijs pro^ prement dits , les aditifi propinquattfs , les aditifs négatifs f les ùditifs cumulatifs qui separ^ tagent en trois i^arieiés , etc*
Et malheureusement l'ouvrage auquel il nou& renvoie; est taché de déÊitits non moins grande
et du même genre que ceux que nous venons de faire remarquer.
C'est partout , compie l'a dit l'auteur d'une critique inse'rée dans le temps au Magasin encyclopédique , une nomenclature nouvelle aussi immense qu'inutile , plus abondante et plus étrange que celle des scholastiques dont on s'est tant moqué, une multitude de distinctions, de divisions et de subdivisions fatigantes pour l'esprit le plus appliqué, et toutes propres à égarer de la route unie et Êtcile qui conduit à la vérité*.