AVERTISSEMENT
Il parait un ouvrage intitulé ^ Remarques mo^ raies ,, philosophiques et grammaticales sur le Dictionnaire de V Académie française , où le travail de rAcadémie est critiqué avec beaucoup de sévérité et de hauteur*
L'Académie française^ occupée depuis son rétabUssement au sein de llnstilut , de préparer une nouvelle édition du Dictionnaire de notre langue, ne peut qu'accueillir avec empressement tout ce qui l'aidera à perfectionner son travail ; c'est ce qu'elle a fait constamment dès
(*) L'Acadëmie'n'ëtaxit pas dans Fasage de répondre ans critiques y mais seulem^it d'en profiter , on ne doit regarder les deux pièces suivantes que comme Fouvrage d'un acadë-^ micien.
Nous ayons cru pouvoir conserver ces deux places à lâ. fuite de l'écrit de M. de Chanifort, comme relatives au Die**' tionnaîre, dont il parle aussi avec une grande légèreté.
les premiers temps de son institution , et ce qu'elle continue de faire encore aujourd'hui.
Cette disposition a sans doute donné à l'auteur des Remarques nouvelles ^ la confiance qu'il serait lu; mais cette confiance ne lui a pas laissé croire qu'il fut nécessaire d'être poli pour être utile ; il a donné ses instructions sous des fonnes un peu dures. La plupart de ses leçons sont accompagnées d'injures^ comme oh va en juger par la liste suivante que nous avons mise en ordre alphabétique , pour prévenir la confiision que peut causer l'abondance de la matière. Cette liste pourra être utile aux critiques modernes qui voudraient s'en servir encore p ou qui i dis-« posés à en imaginer dans le même genre , vou-* draient éviter de répéter celles-là.
Voici de quels noms le censeur qualifie les fautes qu'il reprend dans le Dictionnaire de l'Académie :
ce Argot , de joueurs et de joueuses des
cavernes de voleurs des cabarets. • . • «des
mignons de Henri m Articles hideux à
lire .... rédigés par la coiffeuse d'une académicienne , ou par la gouvernante d'un académicien
» Définitions vicieuses , absurdes , ridicule$. » Dictions écrites avec une indifférence hi*^ deuse,
n Expressions fan&ronnes de petites filles de vivandières de basse^^our qui
n'ont pas seulement rhonneur d'être barbares. . • éloignées de la politesse française, etc. , dignes
des demoiselles Gorgibus qu'on ne peut
entendre que dans les antichambres et de
la bouche d'une servante.
» EUipses de balayeur d'appartement.
» Éftdçoques Tehut^ntts.
» Hyperboles de couturière , de garçon tailleur à qui la pratique oublie de donner son pour-boire.
» Jargon de fruitière qui veut faire le bel esprit. JB Langage de femme de chambre. . . de blan •
•chisseuse de prostituée insultant au
caractère national.
» Leçons inintelligibles, quoique grossières. » Métaphores en&ntines. ... de basse-cour.
» Mots dont Arlequin savetier a pu se servir en parlant d'Isabelle et du beau Léandre.' n OrtJtographesîxxxsse^.
» Phrases qui ne conviennent quç dans la -bouche d'un manceuvfe.
» Phrases d'ëscamoteor de ^porcher
de barbier de la balle de la plus vile
canaille d'un ton si léger quelles peuvent
faire croire que l'empoisonnement est une peccadille.
j) Plaisanteries de régiment.
» Quolibets odieux qui ne seraient pas sup- ' portables chez les Iroquois.
» Solécismes à la Turcaret.
» Termes copiés de la Cuisinière bourgeoise. . . . dont les honnêtes gens ne %e servent jamais .....
qui ne sont employés que par la canaille
contraires au bon usage à l'honneur de la
personne qui parle ainsi ^ dignes d'une
marchande de laitues.... qu'il faut laisser croupir dans les repaires des brigands et des fi- Iqus^ etc. , etc. »
Tel est f dans tout le cours de son ouvrage , le ton du censeur. Telle est y à chaque page ^ la forme de sa critique; en donnant des leçons à l'Académie^ il ne prend aucun soin de les adoucir. \
Il faut sans doute aimer beaucoup Tinstruction pour la recevoir présentée avec tant de dureté. L'enfaixt qu'on traite sans cesse de bête , destupide^ comment profitera-t-il de l'enseignement du plus habile des maîtres ? En lisant cette collection d'injures grossières, on est tenté de jeter le livre, et on peut se croire dispensé d'y chercher à cç prix ce qu'il peut y avoii* de raisonnable.
Mais nous avons résisté à cette tentation , d'à-
près cette maxime , qu'il n'y a point de si mauvais livre où Ton ne puisse apprendre quelque chose ; et nous avons en effet trouvé dans la gros volume du censeur^ un assez grand nombre de critiques grammaticales qui méritent d'être pesées; quelques doutes raisonnables; quelques formes de rédaction et de diction à changer ; des fautes d'impression ( que l'auteur ne présente jamais comme telles) à corriger; r quelques définitions à éclaircir ou à compléter ;
quelques omissions à réparer^ etc. Enfin son ouvrage nous a fait apercevoir quelques-unes de ces fautes inévitables dans un grand travail ,
Quas aut incuriafudit , AiU humana parhm çayit natura.
Mettre à profit le petit nombre d'observations raisonnables qui peuvent se trouver dans les Re^ marques nouvelles ^ sans &ire aucune attention aux formes insultantes dont le censeur les a revêtues , aux injures grossières dont il les a accompagnées , c'est à cela que se borne la rela-t tion que peut avoir l'Académie avec l'ouvrage du critique. Les injures ne peuvent atteindre l'Académie, et personne ne croira nécessaire de l'en défendre.
Mais, outre qu'il est bon en général que justice se fasse , et que l'ignorante présomption h^
prenne pas le silence du dédain pouf l'impuissance de lui Vépondre , Tintérêt de la raison et du goût et celui des lettres nous ont dëtenniné à rassembler, sur les décisions du critique, quelques réflexions qui convaincront, je pense , nos lecteurs , que l'auteur des Remarques philos sophiques et grammaticales n'est ni bon grammairien , ni bon philosophe ; que son savoir est mal digéré , son esprit faux , et son goût trèsmauvais ; et nous avons espéré aussi faire connaître et signaler par cet exemple , l'esprit qui anime aujourd'hui un parti d'hommes conjurés contre les lettres, et qui paraissent sérieusement occupés de décourager ceux qui les culti^ vent, de flétrir les noms de ceux qui ont obtenu quelques succès dans cette carrière , et d'étoufier les talens naissans de ceux qui $e pro« posent d'y entrer,