‹ Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècle (volume 2)Chapitre 14 sur 15 · SOLUTION · texte numérisé non relu

SOLUTION

IncompréhensiblemenL

Or , voici comment le maître' conduit son élève dans cette grande recherche.

II lui a enseigné que la proposition in est ua initif;

La proposition cum un coitif ;

La préposition /7ne un prceitif;

La terminaison ihle un verbalpassif, facultatif 4

Et enfin la terminaison ment un mod{fica* tif adi^erbialé

Et après avoir fait entrer , sans doute avec beaucoup de peine et de temps , ces nouvelles dénominations dans la tête de son disciple, lorsqu'il lui fait la question ; quel est Vinitif prœitify etc. ? il triomphe de lui voir deviner le mot inrCom~pré4ienS'ible'-TnenU

Mais qui ne voit l'inutilité de cet échafau« dage y pour ail*iver à entendre la composition du mot incompréhensiblement ?

La difficulté n'est pas de deviner le mot , si Ton en a mis dans sa tête tous les élémens ; elle est à y faire entrer et à retenir ce nombre si grand de noms abstraits , sans lesquels toutes les grammaires expliquent clairement le sens des divers élémens des mots. >

Mais y en supposant qu'on retienne ces nou-* veaux noms , si l'on peut en . venir à bout , et pour employer le langage du granmiairien masqué en géomètre , lorsque le problème lexi^ cologique est construit et mis en équation , sa solution annoncée avec tant d'emphase ressemble à celle d'une énigme que j'ai ouï proposer au collège :

Je sais un instrument propre à couvrir la tête. Tantôt blanc y tantôt noir : devine; grosse béte.

Qu'il me soit permis de m'élever aussi contre Tabus du langage mathématique , appliqué , comme il lest dans tout l'ouvrage , avec une emphase vraiment risible , aux humbles re** cherches de la grammaire.

Ce sont partout des problèmes, des théorèmes f des équations , des fonctions , des coëfficiens ^ des exposans , des constructions radicales , ded binômes , des trinômes formulés , des mots irro/* tionelsf etc.

Mais quel vain et £aux emploi de toutes ces expressions algébriques ! Je me bornerai à deux réflexions :

i^. J'observerai qu'en appelant coefficient la particule séparable ou inséparable qui est dans le mot avant là racine , comme par dans par^ venir , et trans dans transmettre; et exposant la terminaison , conmie atus dans s^erberatus ^ et atio dans uerberatio , on dénature absolument l'acception des deux mots coefficient et exposant, dont le sens établi n'a aucun rapport, aucune analogie avec le sens que lui donne ici le grammairien. Un tel usage , ou plutôt un tel abus des termes scientifiques , détournés de leur véritable acception , est infiniment nuisible aux progrès des connaissances.

2^. La saine philosophie cherche à simplîfiçr , à humaniser , à populariser les scienpes

les plus relevées. Tandis qu'un savant (M. de Laplace) ^ célèbre dans toute l'Europe , nous expose le système du Monde , c'est-à-dire , la science dont rhomifte a le droit de s'enorgueillir le plus , en un langage aussi simple que pur et clair , et s'abstient , dans cette vue / d'employer la langue algébrique à laquelle il supplée partout où Ton peut s'en passer , par la clarté de renonciation ; peut-on pardonner l'emphase et la prétention , empruntant la langue des hautes sciences , pour nous donner de$ leçons de grammaire , et quelques idées, communes sur la composition des mots ?

On me dira peut-être , il y a pourtant quelque mérite dans le travail de l'auteur .de la Lexicologie. On ne peut lui contester l'esprit de méthode et d'analyse ; .car il arraxige tout à sa manière^ et il décompose to^t.

A cela je dirai , ^vec 141^ ancien : iipi re ncUu^ raliter obscurd , qui iiifOxponendo pbé^a quam necesse est superfimdit y addit tenebras , non adimit densitaiem. Macrob. in Somn. Spip; }ib. 2. c. 4' '^ Bans une questipçi ^aturellenient » obscure , celui qui donhe à son^^^ explication » plus d'étendue qu'il n'est nécessaire , ajoute à » l'obscurité au Heu de la dissiper. »

Et j'ajouterai qu'on ne peut estimer que la sagacité qui s'exerce sur des objets intéressans ^

et non celle qui ne voit que des minuties.

L'analyse est bonne ; mais c'est seulement lors-* quelle mène à un résultat utile. L'esprit plait et intéresse ; mais c^est lorsqu'il est bien employé et bien conduit.

Eh I qui a plus de sagacité , de subtilité que ces scolastiques dont on a tant dit de mal avec raison ^ et qui ont nui aux progrès de' l'esprit humain par beaucoup de côtés , en même temps qu'ils l'ont servi par quelques autres ?

Qui a montré plus de méthode et plus de ce qu'on appelle l'esprit d'analyse , que le docteur subtil^ le docteur irréfragable et le docteur angélique?etc.

Dieu nous garde cependant de revoir laphi-^ losophie scolastique et tous ses agrémens !

danger dont je dois dire que nous sommes menacés par les auteurs de Grammaires géné^ raies , d'analyses grammaticales , de lexicographies , de lexicologies , et même d'idéologies ; etc. , si quelque Bellérophon ne s'élèvç" pour combattre toutes ces chimères*

^vmvM^ »)%»»%n»»^%%/%<in/w»(%» wiiv%'w%'%<iv%<rt/%iix>%><%o Mi«^mp«««wv««iv««»v««m/%« t/v^ iv»i%««

Page 1