‹ Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècle (volume 2)Chapitre 4 sur 15 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

De M. le marquis de ChasieUux au discours

de M. Vabhé MoreUeU

ONSIEUR,

Au \ moment où vous venez cueillir les palmes littéraires' que de longs et d'estimables travaux vous ont méritées , il peut encore manquer quelque chose à votre triomphe ; mais j'ose me flatter que rien ne manque à votre satis&ction. Sans doute le sort aurait pu donner à l'académie un meilleur interprète ; mais c'est un ami de trente ans qui vous parle en son nom , et la voîx de l'amitié est toujours assez éloquente. Ce sentiment , le premier qu'on éprouve en commençant la viç^ le dernier qu'on regrette et qu'on cherche encore en finissant sa carrière , ce sei^timent si cher aux âmes honnêtes et surtout aux gens de lettres ^ semble avoir droit de réclamer partout la préférence. Ainsi donc , Monsieur^ quels que soient les rapports sous lesquels la place que vous venez reinplir et les fonctions que je dois exercer^ vous présentent à mes yeux , j'aimerai à recoiif.

naître en vcfus cehri qtftm àéstr ardent de m'înstruire me fît rechercher dès ma première jeunesse, ou plutôt que je trouvai dans le sein d'une société dont moh cœùt sentira tou^outs lé prix par ses jouissances ou par ses regrets : je ne résisterai pas atix souvenirs mêlés de douceur et de tristesse , qui me transportent à ces tems heureux , où la carrière ouverte devant nous ne nous ofifrait encore que le charme des espérances. Eclairer et anermîr sa raison par une étude réfléchie, emprunter lé secours dés sciences et des lettrés pour orner et étendre son esprit , et diriger vers le bien public toutes lès forces qu*on a rassemblées : fiel est le désir le plus louable de là jeunesse, telle est aussi la plus excusable de ses illusions. C'est pour elle

que la possibilité n'a pas de limites, le zèle point

d'écueils , le succès aucun doute. L'obstacle est sous ses pas ; mais le but est devant ses yeux : elle marche au but^ et ne voit pas l'obstacle, dépendant Fenvie s'éveille y le préjugé se révolte^ la paresse résiste , l'habitude s'obstîne , et le philosophe qui n'a pas douté que la bienveillance des hommes ne dut être le prix de Pamdiir dé l'hunianité , s'il s'arrête lin moment dans sa carrière , s'il regarde autour de lui , eât bientôt étonné de trouver des ennemis. Persuadé , mais trop tard , qu'on ne s'avance pas

àù fràf ers Aè lâ foule sans exciter là plainte où ^lè murmure , il appelle, il invoque ceux qu'il n'a ^as offenses; mais ils se trouvent à une ttoji grande distancé |iour pouvoir l'entendre. Là vérité elle-même , qui s'ofifrait k nos regards avec tant d'éclat , semble fuir devant nous et se couvrir de nuages, lorsque nous sommes près de Fattèindre/ semblable à ces promontoires , a ces terres élevées , qui , s'avançant au milieu des mers , servent de guide aux navigateurs : à peihe les a-t-bn aperçues , qu^on croit déjà les connaître et pouvoir les décrire i cependant leur forme changé à mesure qu'on en approche , et ce qui ne semblait demander qu un seul coup de crayoïi , ne peut plus être représente que par l'artiste le plus habile.

Ces réflexions^ Monsieur, conviennent mieux à l'époque de maturité où nous nous trouvons l'un et l'autre , qu'à votre destinée personnelle. Vous l'avez ressenti sans doute cet amour passionné pour toutes les vérités utiles , vous vous êtes élancé vers elles sans craindre , peut-être sans prévoir les dangers attachés à leur poursuite; mais les succès ont toujours couronné vos efforts , et lés combats que vous avez du livrer n'ont servi qu'à vous mieux faire oon naître vos forces. Cépuîs ïohg-temps témoin de vos tra» vaux , il me sera aisé , il me sera doux , Mon-

sieur , d'en retracer la . marche et les progrès. C'est un détail dans lequel je ne crains point de m'engager , puisque Facadémie y reconnaîtra avec plaisir les motifs de son choix ^ et que le public ne verra pas sans intérêt votre vie entière constamment occupée du bien général de la société.

Je dois d'abord compter , Monsieur , pour un de vos premiers avantages, d'avoir embrassé un état dont le seul privilège n'est pas de servir les autels , ou de propager la morale par le ministère de la parole. Les longues et pénibles études qu'il exige , exercent à la fois l'esprit et la mémoire; et comme aucune destination particulière n'enchaîne les élèves qu'elles ont formés, elles laissent à la nature à décider l'emploi des talens , et donnent également à la religion des ministres respectables , à l'état des citoyens utiles. C'est de cette salutaire retraite , lente , mais heureuse préparation à la vie , que vous êtes sorti , Monsieur , muni des armes les plus nécessaires pour faire triompher la raison, un style pur et élégant , et une dialectique ferme et pressante. Nulle époque ne pouvait être plus favorable à l'emploi de vos talens. C'était le temps où les préjugés régnaient encore, mais où leur empire était menacé d'une prochaine destruction. Sur beaucoup d'objets

le bien pouvait s'opérer , et Iç bien n'était pa* fait encore. .

C'était aussi le temps où la philosophie^, aprè$ s'être égarée dans de vains systèmes ou dans des spéculations trop hardies^ se rapprochait de son véritable domaine. Déjà le raisonnement commençait à s'exercer sur des questions d'une importance plus immédiate et plus réelle; déjà l'on pensait que ,le préjugé ne devait être attaqué qu'autant qu'il était nuisible, et qu'il fallait s'attacher plutôt à redresser qu'à ébranler l'opinion.

Prêt à remplir la noble vocation d'un écrivain dévoué à sa patrie , à l'humanité ,^ vos premiers regards se fixèrent sur une jurisprudence ef&ay ante et barbare , dont les sages principes^ de notre gouvernement, et la saine doctripe que vous aviez puisée dans nos écoles , ont heu«> reusement préservé ce royaume. Vous crûtes qu'il ne suffisait pas de tejnir le monstre écarté , mais qu'il fallait l'inquiéter , le frapper jusque dans son asile. Ce; fut l'objet d'un livre ingénieux , qui dès lors établit votre réputation. En effiît , cet ouvrage de votre jeunesse n'est point celui d'un j,eune homme. Au lieu de cette déclamation trop commune de nos jours, qui, lors même ^qu'elle poursuit le fanatisme, ne dédaigne pas d'emprunter son langage, vosmoyena

cle persuasion sont des rapprochemens heureux, des combinaisons fines et adroites , et une érudition choisie , qui attiré la confiance sans &tîguer Fàtténfion.

Bientôt il vous fallût employer lès mêmes armes ^ mais dans tin autre ^enrè aè combat.

Quelques administrateurs res|)èctal)lès^ quet^ ques citoyens zélés voyaient avec pèihè qu'un esprit trop exclusif régnât dans plusieurs bï*ànches de la législation , et goùvetriâi des corps trop jaloux de lèùrS privilèges. Vous ne balancez pas f Monsieur , à l'attaquer dans le centré même de ses forces , dans Fopinion ]|[>ùb!ique ; et vos écrits , applaudis et encouragés , ouvrent l'entrée dii royaume à une industrie fëcondé.qui enrichit lé commerce, h liné méthode J)récieuse qui conserve là santé. Ces îoîles ^ si économiquement tîssues y si ingénieusement coloriées par lés Orientaux , hé sont plus pour nous que dès rhodèïès imités où surpassés j leur fabrication ofi&ê ùhè nouvelle ressourcé àù j^auvré laborîèux , et leur usajgé contenté également et là médfocriié qui cherche Téfiargne, et la richesse qui ne veut que ràgrémént. Mais combien hé devez-vous pa^ plus encore vous féliciter d'avoir consacré vos veillés à défendre rindculation pendant lalohgue et pénible guerre qu'elle eut à soutenir !....

Quelle réffèxîôW cônsoïaftte, et quelle îm- ]i)ortafité leton! Céitè ihêmè ^ôcirinè, qu'un savant éttàii^èt (i ) à qui Vous serviez d'inter^ prête ienotçâii vàiiièiiiêftt ^éiàiAit, et que flè^râ^és (lécîsfons éondamhàiérit de toute part, cette doètriiïe addptéé par un' jeûne monarque dont là faîâon proïioiicè éi lé courage résout , tstndîs qii'ôh disèùtë encore , devient ïà consolâfioh èi ïè tepok de la France. On ïm doit le sâlùt d'un sdùvéràîri appelé aux plus bautes destvàéek , et cèïuî de deux lïïustres princes qui , se dévôuiint àveC lui , sémbleùt annoncer dès lôré qu^ils partàgéroni! ious les dangers dont le trôné pèùi être menacé,... Et lés découvertes nouvelles seront éiicoré combattues par cela Èèxà qtîélles sont nouvelles ! Et on leur préférera ae vîèDèé erf-éurs , par cela seuï qu'elles sont âticiéàLnés î Ah ! repoussons cette idée , et; râ^ui^^ ]^âr Àos pi^e^îers progrès , bénissons tiii'e fôife ïè poùvoii" destructif cjui nous ravît tant de choyés , lé tèms , qui nous montre le bien qrfé riotiâ devons àtténdi'e , dans celui que nous avons déjà vu sVpérér. Je ne puis , Monsieur, en parcourir les mbnuméns , sans reconnaître partout \oi irâces. Mais qu'il m'est doux de

trouver Pélôgë de notre auguste protecteur , si

{*) Le docteur Gatti.

naturellement lié au bien public ^ que ^ pour écarter les louanges , il faudrait ici plus d'art qu'on n'en met souvent à les amener.

Vous avez traduit , Monsieur , le Traité des délits et des peines , ou plutôt , en le publiant dans notre langue ^ vous lui avez donné tout ce qui lui manquait encore dans la sienne de méthode et de précision ; vous l'avez tellement enrichi , que l'auteur lui-même , adoptant vos changemens^ a voulu dans une autre édition devenir à son tour votre traducteur. Ainsi vous vous efforciez ^ il y a quinze ans , d'accréditer parmi nous d'importantes vérités , sans savoir dans quel temps l'heureuse révolution pourrait s'effectuer ; et , sans doute , vous ne me démentirez pas^ si j'assure qu'en ce genre les conjecr tures de la philosophie sont toujours tristes. Un seul événement a porté les germes de la raison à leur pleine maturité. Louis xvi a régné , et la question préparatoire a été abolie , et l'accusé a cessé d'être confondu avec le coupable, et la détention a été distinguée de la prison, la sûreté du citoyen séparée de l'oppression du citoyen.

Cependant, Monsieur, tandis que vous offriez des secours passagers à toutes les idées utiles et fécondes , un grand et vaste objet s'é-p tait emparé de votre attention. Le commerce , ^ns lequel la terre ne donnerait point de pro*

ductions , ou les productions point de richesses f le commerce, acquérant tous les jours plus dlm^ portance par sa liaison intime avec la prospé^ rite publique , et par ses rapports continuels avec les sciences et les arts , réclamait l'honneur qu'on avait accordé jusqu'à présent à presque toutes les connaissances humaines. U lui manquait un édifice où ses archives fiissent déposées ; ou plutôt il ne pouvait plus faire usage de celui qu'on lui avait consacré dans son énonce. Le \6du général demandait un nouveau dictionnaire du commerce , et le suffrage public vous en avait nommé fauteur. Rappelez* vous, Monsieur, que, malgré l'ardeur avec laquelle vous vous livriez à ce travail , de tristes réflexions portaient le découragement dans votre âme. Vous me disiez souvent : w Lors- D que je dois décrire le commerce du monde » entier, pourquoi ne vois-je pas ma patrie y » jouer le rôle auquel elle est appelée? Pour- » quoi soufire*t-elIe qu'une nation rivale ose » envahir par la force ce qu'elle pourrait par- » tager par l'industrie ? Pourquoi tant de fer- » tiles rivages , tant de havres , tant de fleuves » sont-ils interdits à nos navigateurs ? Ah ! sans » la liberté extérieure, comment profiter de » cette liberté intérieure dont je m'eflbrce d'é- -» tablir les principes ?»

ne

Comparez , Monsieur , répo<jue ou vous ayfz commence vos travaux^ avec les auspices bq}^ lesquels vous allez en publier le résultat, ejt ranimez vos propres forces eij voyant celles ^ votre patrie. Celui quji partajgeait y(f^ P^ine^ ^t n'osait encore vous montrer qu'un faible espoir, a maintenant un autre langage à vous tenir. J'ai vu , vous dira-t-il , i'ai vu les pavillons français flotter sur toutes les côtes de l'Amérique ; i'ai entendu les acclamations d'jun peuple brave et généreux qui bénissait le monarque des français , et qui f secouant à la fois toutes Içs ch^ine^ qu'on lui avait imposées , détestait égaleinen|t et ses. antiques préjugés et la longue oppression dont il venait de s'affranchir. Désormais le commerce de votre patrie sera libre comme vous l'avez désiré : mais telle sera encore la fidélité aux principes d'une noble et saine politique , que , malgré tant de brillans succès , tant de preuves de générosité, ni le vainqueur, ni le bienfaiteur n'exigeront de préférences ambitieuses ; et le seul privilège que l'on conservera ser^ celui dont on ne peut jamais faire le sacrifice , puisqu'il est fondé sur l'affection et la reconnaissance.

De si grands objets, qui n'échauffent pas moins votre âme que la mienne , semblent , Monsieur, éloigner l'altention du public de

tout mérite individuel , quel<]ue émineut qu'il soit : mais votre heureuse destinée a voulu evr core vous rapprocher des personnages les plus illustres «t des événemens les plus çiémorables. tlette nation • estimable et grande dans ses re* vers comme dans ses succès • que nous appelions notre ennemie . et que nous ne devons plus appeler que notre émule^ résolue enfin de terminer une Ipngue et funeste querelle ^ confie ses intérêts à un homme d'état . dont le ran£ distingué , les prQfondes connaissances en tout genre et surtout en politique , étaient un augure Êivorable pour le succès cje ses négociations. Cet homme d'état . Monsieur • est votre ami f et un ami qui ne craint pas de vous associer à la grandeur de ses pensées^ et à Timportance de ses trayaux. A peine le comte de Shelburne , aujourd'hui marquis de Lands4pwn , a-t-il signé le traité de paix, qu'il s'empresse de &ire connaltre-àu ministre français que , « ci » dans cette afi^re impor^1;e il a écarté les » préjugés d'une politique jalouse et exclusive, » c'est à vous qu'il le doit : que c'est vous qui » avez libéralisé ses idées ( l'Académie ne s'ofn fensera pas de la fidélité qui m'oblige à lui » faire e^tend^e un mot qu'elJ^ n'a point >> adopté^ mais dont j'aurais peine à trouver >; l'équivalent) j que vos écrits f vos conyer-

j» sations ont contribué à Téclairer sur les » avantages de la liberté du commerce^ source » féconde et commune de la prospérité des » nations. » Ce témoignage flatteur que milord Shelburne vous a rendu ^ serait encore un secret entre vous et vos amis , s'il n'avait choisi d'autres confîdens dont le devoir le plus sacré ^ et sans doute le plus cher , est d'apprécier le mérite et de lui prêter un noble appui. Des travaux toujours suivis et toujours utiles , l'estime de l'étranger jointe à celle du , citoyen , l'activité constante . d'un esprit dont les efforts ne sont ni vagues^ ni isolés, mais s'appliquent toujours aux circonstances et concourent aux vues du gouvernement : tant de titres réunis vous ont mérité , Monsieur, les grâces de votre souverain , grâces d'autant plus précieuses , que si l'époque actuelle rappelle les beaux jours de Louis xiv, les distinctions que vous avez reçues rappellent aussi la munificence éclairée de ce grand roi , dont les bienfaits étaient toujours des gages assurés de l'estime publique.

. Que d'encouragemens , Monsieur , pour consommer la vaste entreprise que vous avez com« mencée , pour satisfaire l'impatience du public, qui a mieux apprécié vos forces que l'immensité du travail que vous vous êtes' imposé. Dans un

Prospectus , qui lui-même est un ouvrage intéressant^ et qui décore déjà toutes les bibliothe* ques , vous n avez pas dissimulé qu'il avait fallu une succession d'auteurs et quarante ans de travail pour que l'ancien dictionnaire £at en état de voir le jour ; mais en exposant les difficultés de l'ouvrage > vous aveas eu l'imprudence de laisser trop apercevoir les ressources que voud aviez pour en triompher. Que ne devait-on pas attendre ^ en effet, de Fauteur des Mémoires sur le commerce des grains, et sur l'importante question de la compagnie des Indes? Frappé de la grandeur de vos engagemens , et pénétré du soin de les remplir dignement , en vain ré'* clamez-vous contre vos propres succès; en vain votre modestie exîge-t-elle de vous une marche plus lente et plus précautionnée : on vous de-* mande de ne pas l'écouter^ de ne pas trop sa^ crifîer à l'espoir d'une perfection qu'il n^est paâ toujours possible dWeindre, et àfint on est sur que vous approcherez plus que tout autre. £h ! qui sait mieux que l'Académie combien il est difficile de rendre un dictionnaire parÊiit ? Elle est disposée , Monsieur , a vous, prêter des secours que vous lui rendrez avec usure. Ac« coutumée à mesurer son estime pour les talenâ sur l'usage qu'on en fait, elle ne cherchera pas 11 vous détourner de vos austères études* Cepen*

dant y lorsque le changement de travail , repos le plus ordinaire aux gens de lettres , tous conduira dans des sentiers plus fleuris, elle aimera à yous entendre parler des beaux-arts avec cette finesse. d'esprit et cette justesse de raisonne*ment qu^on a' admirées dans votre ingénieux écrit sur l'imitation en musique ; elle vous saura gré encore de repousser le sophisme dangereux avec l'arme acérée et délicate que le fameux Swift semble vous avoir léguée, et elle vous applaudira également, soit qu'un goût sûr et exercé vous suggère des moyens agréables de soutenir les droits de la raison , soit que la raison , à son tour , vous enseigne à défendre la cause du bon goût. C'est ainsi que l'empiré des lettres, réparant ses pertes par de précieuses acquisitions , a le privilège d'échapper à la destruction, dont le pouvoir s^exerce autour de lui. Les talens, les ^iences> les arts ne périssent pas ; mais les talens , les sciences et lès àrtâ sont des êtres abstraits qui n'ont de commerce quavec l'imagination.

Dans cette compagnie , Ou plutôt dans cette société , car cette expression caractérise mieux les liens qui nous unissent , l'amour des lettres est inséparable d^une tendre affection pour les écrivains qui les cultivent , et nous regrettons amèrement nos coopérateurs , lors même que nous les avons dignement remplacés.

L'intéressant éloge que vous aveas fiùt de votue prédécesseur^ prouve assels que vous partages le sentiment dont nous sommet pénétirés > et que^ venant pour la p^enaière fois vaus asseoir parmi nous^ vou^ n'y paraîssee è au^un ^ard comme un étranger. Ce n^ést dont paà pour rien ajouter à la gloire de M. l'aU^é MiUot^ c'est pour ma {»*opre satisfaction que je prétends aussi rendre hommage à des talens dont le. public a tiré tant d'avantages -, k des vertiis que l'Académie cfaéîri^sâit ^ et dont elle cènsërvera long -temps le soùVëàiK Par ses ouvrages ^ M. l'abbé Millotanlétîtéd'ét^ériB^ttiteurdes peuples;* par ses qualités personnèUes^ il a mérité d'être celui d'un prince que le peuple â^n*çais doit d^à compter > \e nie dis pas seulement au nombre de ses espérances , mais de ses véritables richesses. Eb! qui pourrait doutier qu'un Cdndé ne fiàl le &vori dé la vibtoirle ?€e n'était pas cependant le langage que M. l'abbé Millot tenait à son disciple. Plus attentif 'encore à développer dans son cœur les semences de la vertu que lesgeiihes de Itxéro'isme > lorsqu'il le voyait entouré de l'édat et du tunemite dies^armes^ lorsqu'il fallait bâter àes "progrès dams la géo^ graphie > p^our lut fidré côhnaili^ ces confins de FËurope> ces coiocàiw d'Her<iule^ où tdeuK jeunes prinèes j, avides de gloire et de dangers >

couraient e^oser le sang de nos Rois ; ou bien encore lorsque l'illustre élève , visitant le séjour de ses pères , contemplait les trophées de Groningue et de Friedberg, et que, pénétrant ensuite dans laÊimeuse galerie, cette vaste scène de triomphes s'offrait à ses regards; il lui disait alors : « Vous voyez comment on se fait crain- » dre; apprenez comment on se Êiit aimer.

» Vous savez déjà comment on devient grand; j» apprenez comment on se rend heureux. Cet » asile de la gloire, qu aurait-il été , si les muses » ne l'avaient embelli? Détournez votre atten- » tion de ces tableaux , où le sang des vainqueurs » et des vaincus souille également la terre, )) de crainte que vous n'ayez d'autres larmes » à verser que celles de l'admiration. Regardez » ces marbres, ces lambris; vous y reconnaîtrez » les plus belles maxime&des philosophes , les » passages les -plus estimés des poètes anciens et j» modernes ; regardez , et ne doutez pas que V les yeux du grand Condé ne se soient plus » souvent fixés sur ces monumens des lettres » que sur ceux de ses victoires. Voulez^vous » conifaitre une grandeur au-dessus des rois » et des conquérans ? Contemplez celle de la » nature dans cette immense collection que j) votre aïeul vient de former. N'écoutez-donc ^) pas ceux qui ne vous entretiendront que de

» la gloire ^ ou qui ne vous otTriraient qu'un » seul genre de gloire. Nul grand homme sans » l'amour des sciences et des lettres; nul homme y) estimable sans Fàmour du bien' public, nul » homme digne d'être aimé , s'il n'est sensible » et bon. » Telles étaient les leçons que le ver* tueux instituteur donhait à son disciple ; heureux de trouver les grands exemples si près de lui , que l'étude des teins reculés n'entrait dans x:ette éducation que conmae un objet de curiosité ! Nous les répétons atec plaisir ces utiles leçons; mais quelque importantes qu'elles soient, elles ne doivent point faire oublier celles que les gens de lettres peuvent puiser dans les ouvrages et surtout dans la vie de M. l'abbé Millot. Elle apprend, cette vie irréprochable, que dans un auteur vraiment philosophe la modération ne nuit ni à la vérité qu'il doit propager, ni à la fortune à laquelle il peut prétendre. En considérant la carrière qu'il a parcourue , on croirait 'qu'il na pas épargné les efforts pour devancer ses rivaux, et il a toujours marché sans précipitation et presque sans projets. En lisant ses écrits, on ne sait ce qui doit le plus étonner ou de la hardiesse avec laquelle il combat d antiques préjugés , ou du calme qu'il conserve dans cette lutte perpétuelle. Grâces soient rendues à tous ceux qui purifient l'histoire des

germes dangereux qu^elle porte datis son sein ! Cet objet important, M. Fabbë Miltot se Tétait proposé ; il l'a rempli dans toute son étendue. Heureux les jeunes gens qui se seront instruits dans ses Hyres ! Us auront vu un magnifique spectacle, et ils en seront sortis exempts de corruption. Ce fut par ses travaux sur l'histoire ancienne et moderne qu'on le jugea propre à remplir la tache la plus difficile pour un écrivain véridique , celle d'écrire l'histoire récente. * M. le maréchal de Noailles ne s'était pas contenté de Servir pendant quatre-viflj^s ans sa patrie , eh citoyen zélé , en général habile , en ministre éclairé ; il avait porté ses vues bienfaisantes jusque sur la postérité. Il était persuadé en effet que les services rendus, soit dans le cabinet, soit dans les armées , n'ont qu'un temps, et que les vérités sont éternelles. D en concluait que le plus grand bien qu'on put faire à son pays , c'était de Finstruire ; et sans doute, puisque nos progrès en tout genre sont encore loin de leur terme , puisque les matières les plus importantes à notre bonheur sont presque toujours les moins approfondies , on doit une vive reconnaissance à ces hommes d'état qui , craignant de restreindre les bornes de leur utilité à celle de leur existence , ouvrent à nos regards les trésors qu'une longue expérience

leur a permis de rassembler. Malheureusement M. le marécbâl de Noailles p'avait laisse que de simples matériaux; jet lorsque des descendans digues df conserver sa mémoire i lorsqu'une famille distinguée par un mérite héréditaire , et de nos jours ^ par la plus heureuse adopt^on^ voulut confier ses richesses à M. l'abbé Millot ^ elle parut remplir le vœu de M. le maréchal de Noailles , et préférer llionmie qu'il aurait luinjiéme choisi. Peut-être à la vérité cet important ouvrage laisse-t-*il quelque chose à désirer; mais c'est un spectacla intéressant de voir un homme de lettres accoutumé à la retraite et au silence .qui se trouve tout à coup environné de toutes les affaires , ou, ce qui revient aumême^ 4e toutes les intrigues qui ont agité la France et l'Espagne depuis la guerre de la succession jus*qu'à celle de Bavière; de le voir, dis-je, parcourir tranquillement ce labjrrinthe des intérêts et des passions , et conserver la même impartialité qui dictait autrefois ses jugemens sur les Grecs et les Romains. Le maréchal de.

Noailles, pendant une longue carrière, n'avait vécu que dans des temps difficiles. C'est une triste réflexion : mais quelle serait la joie de ce citoyen vertueux , de ce sujet fidèle , qui avait vu la postérité de Louis xiv prête à s'éteindre , la monarchie française prête à se dissoudre ;

quelle serait sa joie, s'il était témoin de Tédat et du bonheur qui environnent aujourd'hui le trône I Sans doute, à la vue de nos prospérités, jl s'écrierait ? Puisse une heureuse fécondité perpétuer tant de bénédictions 1 Et ce vœu se trouverait accompli.

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