RÉCIT
Fait à la seconde Classe de V Institut de la
manière dont les titres et les registres de V Acadéjnie françqise ont été conservés dans la révolution par M. VajbbéMorellet , pour être replacés dans la bibliothèque de l'Institut , lu dans rassemblée publique du iS ventôse de Van i5 (i8o5) , à la réception de M. de La Cretelle.
J'ai rhonneur de vous présenter pour être places dans la bibliothèque de l'Institut un portefeuille contenant les titres et papiers de T Académie française , cinq Volumes des registres de ses séances , trois volumes de ses délibérations^ et un volume de ses remarques sur le Quinte- Curce de Vaugeks, pièces que je crois avoir sauvées de la destruction qui a fait disparaître beaucoup d'autres monumens précieux de la gloire littéraire des deux derniers siècles. Permettez que je vous rende compte des circonstances qui ont concouru à leur conservation. Tous ceux qui ont quelque connaissance de l'histoire de notre révolution savent que, dès la fin de juin ijQ'S, le vandalisme commençait ses
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ravages. On annonçait dès lors la suppression de tous les corps litte'raires , parmi lesquels TAcadémie française était un de ceux que les novateurs décriaient avec le moins de mena-
gement.
D'un commun accord, nous convînmes, dans la séance du 5 août, d'interrompre nos assemblées ; et c'est en effet la dernière qu'ait tenue l'Académie française.
Le 8 août frit porté le décret qui supprimait les académies, et, quelques jours après, les scellés furent mis sur la salle de nos assemblées particulières, où se trouvaient une bibliothèque d'environ six cents volumes , servant au travail de l'Académie, les portraits en grand de Richelieu et du chancelier Séguier, une vingtaine de bustes et quelques médailles.
Parmi ces effets devaient naturellement se trouver aussi environ quatre-rvingts portraits des académiciens, qui couvraient nos murs, les titres et papier^ de l'Académie , les registres de ses délibérations , etc.
Mais des mesures prises avant de terminer nos séances avaient mis ces objets à l'abri d'une première invasion.
Quant aux portraits de nos confrères , nous
les avions fait détacher des murs et mettre en
pile dans une des tribunes fermant à clef de la L 8
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sadle des assemblées publiques , ({uî précédait k salle de l' Académie française .
On peut croire que c'est à cette précaution que nous devons de les avoir conservés. Ils ont été retrouvés l'année dernière et rassemblés par les soins de nos deux collègues , M. Lacuée et M. Raymond y architecte du Louvre.
Nous pouvions abandonner sans beaucoup de regrets la bibliothèque^ quoique de quelque valeur et formée par les académiciens eiixniêmes et de leurs deniers , et les portraits des grands hammes qui ont illustré l'Académie et qu'immortalisent leurs écrits bien plus que leurs images ; mais nous craignions davantage pour des objets dont la perte eut été plus fâcheuse. Les titres de l'Académie , l'acte authentique de son établissement en i655^ la suite non inter* rompue de ses délibérations , de ses assemblées, de sas élections , de ses règlemens , de ses relations inmfiédiates avec le souverain, étaient menacés d'uhe destruction qui ne respectait pas plus les monumeiâ du génie ^ que le silence des tombeaux.
J'étais directeur, et, en l'absence de M. Marmontel, éloigné depuis plus d'une année, je remplissais la fonction de secrétaire. A ces deux titres, je m'étais cru non-seulement autorisé par les circonstances^ mais même obligé de faite tous
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mes efforts pour sauver Ces restes précieux, et je les avais emportés chez moi, disposé à les rendre lorsque quelqu autorité les demanderait, déliiarche qui, dans ces temps malheureux, n'était pas sans quelque danger.
C'est, Messieurs, à ce pieux larcin (car je ne rougis pas de l'appeler ainsi) que nous devrons la conservation de notre généalogie littéraire et des titres d'une sorte de noblesse qui ne peut faire ombrage aux amis les plus ardens d'une juste égalité. Je remets daasyos mains la chaîne qui rattache cette compagnie à la première Académie française, ou plutôt qui fait de l'une et de Fautre une même académie. Vous retrouverez dans ses délibérations l'esprit qui l'animait, la modération et la dignité qu'elle a constaiïiment gardées , et des matériaux pour la suite de son histoire , devenue aujourd'hui la vôtre et que nous n'avons que jusqu'à l'année 1784.
Enfin, messieurs, vous y verrez encore avec quelque intérêt jusqu'aux simples noms de vos illustres devanciers, tracés de leur propre main ; car le souvenir de ce& hommes célèbres s'attache aux plus légères circonstances , parceque nous voulons l'avoir toujours présent et qu'il nous intéresse toujours.
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