‹ Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècle (volume 3)Chapitre 11 sur 41 · IV · texte numérisé non relu

IV

fausses qu'on a d’abord avancées sur toutes sortes de sujets, il fait naître la discussion et dé- -couvrir les vérités opposées. C'est peut-être “parce qu'Aristote voulait contrarier en tout . Platon, qu'il a énonce tant et de si importantes vérités.

On conteste quelquefois aux anciens des découvertes qu'ils ont faites. D’autres fois on dispute injustement aux modernes le mérite de l'invention; il y a un moyen de résoudre ces difficultés, dont on ne s’est pas encore avisé.

Voulez-vous savoir si une opinion a été sou-

tenue: par quelque ancien ? Cherchez si un philosvphe de l'antiquité a eu l'opinion contraire, et soyez sûr que sT l'un a dit que le soleil tourne autour de la terre:, un autre aura enseigné que Ja terre tourne autour du soleil; parmi les sectes de philosophes , il fallait bien que quelqu une-eüt raison , puisque toutes se contredisaient.

Lors même que les vérités sont découvertes, - l'esprit de contradiction sert à les faire développer et prouver par de bonnes raisons ; parce que les inventeurs et les défenseurs de ces vérités , : attaqués par des contradicteurs, cherchent tous . les moyens de les soutenir, les voient de tous les côtés , au lieu de se laisser aller à l’indolence - et à La stagnation si naturelle à l'homme, lors-

que son attention n'est plus soutenue par l'attrait de la nouveauté.

Enfin, c'est l'esprit de contradiction qui va perfectionnant sans cesse le goût.

Le goût est un sentiment prompt et délicat:

de la perfection dans les ouvrages d'esprit et les productions des arts; un tact sûr et rapide de tout ce’ qui est contraire à cette perfection. Ce sentiment est minutieux , 1l est choqué des défauts les plus légers, et j'ose dire qu’on le doit en grande partie à l'esprit de contradiction. C'est la résolution formée de trouver quelquachose à blämer dans Racine et dans La Fontaine, qui nous fait apercevoir les taches rares et dispersées dans-les chefs- d'œuvres dé ces grands écrivains. C’est de là que se forme en ” nous cette délicatesse ombrageuse qui se blesse d'une impropriété d'expression , d’un défaut de liaison entre deux-idées , du déplacement d'un mot , de la rencontre un peu dure de deux syllabes, des plus légères fautes dans la composition , de quelque exagération dans ‘un sen- timent, de quelque inconséquence dans un caractère, de quelque défaut d'unité dans un plan, etc. C'est cette disposition presque malévole inspirée par l'esprit de contradiction, qui rend l'oreille orgueilleuse et le goût délicat.

C'est ainsi que , dans la nature, le hien et le

mal se mélent à tout, et que s'établit une sorte de compensation qui maintient toutes les forces en équilibre.

Voyons donc l'homme comme il est; ne lui __ prétons pas plus les perfections qu'il n’a point, que les défauts dont il est exempt. Reconnaissons les vrais mobiles de ses actions , qui ne sont ni bons ni mauvais en eux-mêmes, mais seulement par la direction que. nous leur donnons : tels sont l'esprit de eontradiction. et l'amour de Ja liberté qui en est le prinçipe. Le premier a des avantages et des inconvéniens qui se balancent ; le second est la source de l'action , l’activité même de l’homme, indifférente au bien.ou au mal, mais sans laquelle il ne se serait jamais rien . fait d'utile , de bon:et de grand , ou plutôt sans laquelle l'homme ne serait plus l'hoinme. Jouissans de l’un et de l'autre , et,tâchons de les employer à notre bonbeur et à celui de nos semblables., ‘en les détournant des usages funpstes auxquelsdes passions et l'ignorance les. font trop souvent servir.

MoORELLET.

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