LE
On dit aussi qu’on ne dispute pas des goûts, > — et cela est vrai, si l’on.veut dire que l’on ne conteste pas à quelqu'un qu'il sent ce qu'il dit, qu’il sent , qu'il voit et entend ce qu'il dit voir et. entendre; mais on peut n'être pas d’accord avec lu sur-le jugement vrai Ou faux de ses sens , et par conséquent sur la bonté de son goût. Ce n’est même que sur cela que roulent les disputes ; et, comme le goût doit être différent suivant qu'on est constitué ou affecté, il ne faut. pas être surpris si, en exprimant le sien , On.éprouve des contradictions. Le goût change dans la même personne avec l'âge, avec les circonstances, avec le tempérament; une variation ‘dans la santé en amène dans la manière de sentir et de juger ; et ces vicissitudes sont encore une de ces contradictions que l’on éprouve par son propre fait, quand on n’en éprouve pas de la part des autres.
Telle .est donc, selon moi, l'origine de la contradiction : elle tient aux objets qui ont plusieurs faces , et desquels chacun egvisage le côté qui lui plait ; elle tient aux personnes qui n'ont.pas les mêmes intérèts, les mêmes yeux, les mêmes principes , les mêmes connaissances ; élle tient: surtout aux expressions qui’ne sont pas. assez multipliées , assez particulières pour être justes; de sorte que presque tout ce
qu'on dit on qu'on écrit étant susceptible de contradichon , :l he {set pas s'étôunier de rencontrer cette sorte d'opposition. .
Mais dirat-on, vous justifiez la contradiction qui est si importune dans la societé, et si tourmentänte pour les autres. Ce n'est pas Îà précisément la conséquence de ce que je viens de dire : il est bien vrai que la contradiction étant si souvent fondée, on n'a pas ordinairement droit de s'en plaindre ; il est bien vrai qué cette contradiction, si difficile à éviter, est en même temps très-utile pour faire connaître la vérité qui naît du choc des idées, comme l'étincelle de la pierre à feu ; il est bien vrai encore que, sans la critique, le goùt serait exposé à se perdre, et l'erreur à prévaloit; mais aussi, de ce que la contradiction est presque toujours juste, il s'ensuit qu'elle n'exclut pas un mérite réel dans celui qui l'excite, et par conséquent la critique doit étre douce et sans fiel, tomber sur les choses ét non sur lés pérsonnes. Chaque cri: tique devrait se dire : I est âisé de critiquer ; mais ce qui serait difficile , ce serait de dire où d'écrire quelque chose qui ne méritèt ni critique nt contradietion.
L'indulgence dans celui qui eoitredit, la patience dans celui qui éprouve la conträdietron, voila ke conséquence naturelle qui résulte
de la nécessité .et-de la justesse de presque toutes les. contradictions; si la critique. ent: facile et inévitable:, an ne doit ni s'en prévalair ni s'en offenær, Il y en a. auxquelles an fait bien de ne pas répondre; il y.en a bien: peu dont.on ne puisse et-dont:on ne doive profiter:
RÉPONSE Aux Réflexions précédentes.
Les réflexions qu'on vient dedire me paraissent parfaitement justes ;maiselles ne combattent pas la petite théorie que j'ai établie dans ce que j'ai dit de l'esprit de contradiction. Cette expression, dans mon papier, est synonyme de disposition à contredire sans raison.L'auteur des Réflexions prouve bien qu'il y a très-souvent de bonnes raisons de contredire , et il les indique ; mais je parle de la contradiction qui n’a pas de bonnes raisons, et c’est de celle-là que je dis, aprés en avoir montré les inconvéniens, qu'elle tient à l'amour de la liberté. |
Celle dont parle l’auteur des Réflexions , selon lui-mème , peut être regardée comme l'effet de l'amour de l'exactitude et de 1# vérité. Et qui doute qu'il y ait des hommes que cés mo-
tifs conduisent à contredire ? C'est dans cette
classe même que je range l'écrivain qui a prisla
peine de combattre ma doctrine sur l'esprit de contradiction; mais il n'ignore. pas qu'il. ÿ a
beaucoup de gens en-société qui n’ont ni autant
de justesse n1 autant de justice , et qui‘contredisent pour contredire , et c'est de ceux-laque j'ai voulu parler.
VARAAIARAATIMRSS ERA UE à
CLÉMENTIANA.